• Hommage à Georges Séguy le plus jeune déporté résistant de France

    En hommage à Georges Séguy qui vient de nous quitter je ne parlerai pas ici de Georges Séguy le syndicaliste parce que mon blog n’est pas conçu pour cela mais de Georges Séguy le plus jeune déporté résistant de France. Je souhaite rendre hommage au résistant et au déporté qu’il était, et présenter toutes mes condoléances à sa famille. 

     

    Georges Séguy est mort

    La Libération par ceux qui l'ont vécue

     

    Hommage à Georges Séguy le plus jeune déporté résistant de France

    afp

    Georges Séguy, né le 16 mars 1927 à Toulouse  vient de s'éteindre à l'âge de 89 ans. Résistant, déporté à l’âge de dix-sept ans, il a raconté la lutte pour la dignité au cœur de l’univers concentrationnaire. Délivré seulement en mai 1945, il témoignait en 2014 de l’écho, au camp de Mauthausen, des nouvelles du front de Normandie et de la libération de Paris.

    La Libération, il l’a vécue, euphémise-t-il, « dans une situation un peu particulière ». À l’été 1944, il est, depuis le mois de mars, la proie du pire des rouages de la machine nazie : déporté au camp de Mauthausen, en Autriche. à Toulouse, il avait été arrêté, à Toulouse, en février, par la Gestapo. Apprenti conducteur-typographe, Georges travaillait dans une imprimerie clandestine. « On imprimait des journaux de la Résistance, Libération, Franc-Tireur, l’Humanité, les journaux syndicaux de la CGT illégale. On a fait des fausses cartes d’identité. On a même édité des faux certificats de baptême catholique, à la demande de l’archevêque de Toulouse, à l’intention d’enfants juifs confiés à des familles d’accueil et dont les parents fuyaient la traque de la police de Vichy. » Tout avait commencé deux ans plus tôt, un soir de mars 1942, lorsque son père, en larmes, lui annonce l’exécution de Pierre Semard, dirigeant de la CGT cheminots, grand ami de la famille Séguy. Révolté, Georges propose à ses camarades de la Jeunesse communiste d’entrer dans les FTP. Le jugeant « trop jeune pour prendre les armes », ils l’orientent sur l’imprimerie, où ses tâches l’amèneront à tenir aussi le rôle d’agent de liaison entre les diverses organisations résistantes.

    Hommage à Georges Séguy le plus jeune déporté résistant de France

    Le plus jeune déporté résistant de France

    Arrêté sur dénonciation, avec l’ensemble de ses collègues de travail, 17 hommes et trois femmes, il fait, à dix-sept ans – ce qui lui vaudra la redoutable distinction de « plus jeune déporté résistant de France » –, l’« horrible voyage » de Mauthausen. « Intégralement nus, entassés dans des wagons à bestiaux, trois jours, trois nuits, sans manger, sans boire, sans voir le jour. » Première expression de la barbarie nazie, qui sera leur lot quotidien.

    De ces SS qui « voulaient à tout prix nous déshumaniser, nous traiter comme des déchets », car « nous étions pour eux une espèce de terroristes coupables d’avoir osé combattre l’idéologie nazie, et, pour eux, ça méritait de nous obliger à travailler pour leur compte, avec leur mépris, leur violence et la famine jusqu’à ce que mort s’ensuive ».

    Au cœur de la nuit, lueur fragile mais inestimable, Georges rencontre d’autres Français, condamnés en France par le pouvoir de Vichy et livrés aux nazis. Avec des détenus d’autres nationalités, ils sont parvenus à monter une organisation clandestine. Elle « fonctionnait surtout pour résister à la cruauté de nos bourreaux », « préserver quoi qu’il en coûte notre dignité ». Entretenir « l’espérance de survivre et d’être libéré ».

    Résister à Mauthausen, c’était saboter le travail : Georges raconte comment, affecté à l’assemblage d’ailerons pour les avions de chasse Messerschmitt, il perçait des trous de 10 millimètres pour des rivets de 8…

    Résister, ce sera aussi capter les informations radiophoniques sur la débâcle en cours et, grâce à l’organisation secrète, les faire connaître. Georges sera l’un de ces relais, diffusant les nouvelles aux détenus « trois par trois », « chaque dimanche, jour sans travail ». Ainsi les déportés apprendront-ils l’avancée de l’armée soviétique sur le front de l’Est. De même que, par la suite, l’ouverture d’un deuxième front avec le débarquement en Normandie, puis la Libération de Paris. Là, pour exprimer l’optimisme qui s’empare d’eux, « nous avons fait quelque chose d’un peu particulier, raconte Georges.

    Pour aller du camp à l’usine, on suivait un petit chemin caillouteux et il y avait des coquelicots : on s’était mis des pétales de coquelicots, tous les Français, sur notre tenue de bagnard. Dans notre idée, c’était la célébration du deuxième front. Les SS n’ont pas compris… ». De longs mois séparent encore le déporté Georges Séguy, « matricule 60581 », de la délivrance. Des mois qu’il vivra, confient-t-il, à la fois « heureux », de l’évolution des combats, et « anxieux », car « on avait entendu dire que Goebbels proposait la solution finale pour les détenus de la Résistance ». Mauthausen sera libéré début mai 1945.

    Rapatrié à Toulouse le 5 mai, se tenant à l’écart de la liesse de la Libération – « seul rescapé de l’imprimerie, j’étais avec le deuil, les cruautés que je venais de quitter ». Sans jamais perdre de vue le serment adopté par tous les détenus de Mauthausen : « Poursuivre la lutte après la Libération de telle manière que jamais plus ça ne recommence, que la liberté, le droit des peuples priment tout. » Convaincu, dit-il, que « si la Seconde Guerre mondiale s’était prolongée de deux à trois mois, aucun d’entre nous n’aurait survécu », il avertit : « Gardons-nous de faire table rase du témoignage des survivants sur ce que fut la barbarie nazie » car l’actualité en France et dans le monde prouve que “le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde” ». Un témoignage et un message que, dans le Loiret où il vécut sa retraite, il a portés encore longtemps dans les lycées et collèges où il était souvent sollicité.

    Hommage à Georges Séguy le plus jeune déporté résistant de France

    Pour un hommage national

     à Georges Séguy

    Ce jeune ouvrier toulousain, entré dans la Résistance à 16 ans, déporté en 1944 au camp de Mauthausen, animateur de la fédération syndicale des cheminots puis successeur de Benoit Frachon à la tête de la première organisation syndicale de France, la Confédération Générale du Travail, ne mériterait-il pas la Cour des Invalides et un discours du Président de la République ?

    En dehors des militaires tués en service commandé, la République bourgeoise n'honore que ses pairs car il faut rester entre gens de bonne compagnie, ces héros de la bien-pensance...

    Aussi n'est-il pas révoltant de constater, lors de la disparition de ceux qui ont consacré leur vie à défendre la classe ouvrière, la seule publication par les plus hautes autorités du pays, de simples communiqués aussi laconiques que conformistes ?

    Et pourtant avec Georges Séguy qui vient de nous quitter, nous avons affaire à une personnalité exemplaire, dont le parcours recouvre tout un pan de notre histoire contemporaine, et qui mériterait largement l'hommage de la nation.

    Je l'ai rencontré plusieurs fois. On l'appelait "Rizi", ce "Nougaro syndicaliste" à la rondeur sympathique, au regard malicieux et au verbe rapide. Nous avions évoqué pour le téléfilm documentaire "France, année zéro", le grand combat de la classe ouvrière pour la reconstruction du pays, puis les circonstances du départ des ministres communistes du gouvernement Ramadier. Il m'avait bien fait comprendre comment le plan Marshall avait permis à la haute bourgeoisie de se ressaisir de tous les leviers du pouvoir...

    A une autre occasion, nous avions évoqué son rôle en Mai 68 dans la négociation des accords de Grenelle et nous avions échangé nos points de vue sur le communisme libertaire à propos du centième anniversaire de la Commune de Paris.

    Cet homme fort intelligent, déterminé et courageux qui dirigea une centrale syndicale de près de deux millions d'adhérents, est une grande figure de notre histoire.

    Il a été un dévoué serviteur de la classe ouvrière.

    Il a donc bien mérité de la patrie.

    Vingtras 

     

     

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