• Il ressemblait à Aylan, le petit réfugié retrouvé noyé sur une plage en Turquie… c’est l’histoire tragique du petit Yannis décédé à Nice le 14 juillet 2016.

    Il ressemblait à Aylan, le petit réfugié retrouvé noyé sur une plage en Turquie… c’est l’histoire tragique du petit Yannis décédé à Nice le 14 juillet 2016.



    La guerre, comme solution à tous

     les problèmes, alors qu’elle est le problème

    A partir de combien d’attentats, de combien de victimes vont-ils prendre conscience qu’ils ont tout faux ? Ils, c’est-à-dire les décideurs et les faiseurs d’opinion publique. La barbarie, le mal absolu à éradiquer, la France en guerre etc, ces mêmes paroles qui  tournent à vide depuis Charlie Hebdo, les mêmes postures martiales, les mêmes mouvements du menton.

    Comme, par exemple, celle de savoir pour quelle raison la France est une des cibles privilégiées du terrorisme. Parce qu’avec sa conception de la laïcité, elle constituerait une sorte de modèle universel qu’il conviendrait d’abattre ? Parce que son engagement militaire un peu partout la ferait redouter et désigner comme l'ennemi à abattre ? On peut continuer à s’aveugler avec ces certitudes, jusqu’au prochain attentat, jusqu’à l’arrivée au pouvoir d’un régime politique encore plus brutal et tout autant inefficace face au terrorisme. Une récupération sordide qui n’a d’ailleurs pas tardé, celle, par exemple, à laquelle s’est livré Estrosi, le maire de Nice, tout fier de la videosurveillance de sa ville et des tourniquets qu’il prétend faire installer à l’entrée des établissement scolaires de la région. Une fierté justifiée, vraiment ?

    Depuis janvier 2015, la France « est en guerre », elle fait la guerre. La guerre, comme solution à tous les problèmes, alors qu’elle est le problème : la guerre portée au Moyen Orient et en Afrique – pas seulement par la France certes – avec son cortège de victimes innocentes ; la guerre entretenue par de mirobolants contrats d'armement ; la guerre intérieure avec une mise en accusation permanente, d’une violence insupportable mais tellement banalisée contre toute une partie de la population. 

    Il ressemblait à Aylan, le petit réfugié retrouvé noyé sur une plage en Turquie… c’est l’histoire tragique du petit Yannis décédé à Nice le 14 juillet 2016. 

     

    Le Parisien

    © Fournis par Le Parisien

    « Il faisait le fou avec ses copains...

     C'était une belle soirée »

     

    Nice (Alpes-Maritimes) 

    C'est un récit d'une tristesse infinie, pourtant livré d'une voix calme, résignée, presque douce. Comme si la douleur, quand elle relève de l'inconcevable, avait le pouvoir d'anesthésier le corps et les émotions. Yannis avait quatre ans. « Quatre ans et demi », corrige tendrement Mickael Coviaux, son papa, qui raconte sans trembler cette nuit où il a perdu sous ses yeux son fils unique, fauché par la folie d'un homme et par l'arbitraire du destin.

    Derrière ses lunettes de soleil, on devine des yeux hagards, ceux d'un père qui attend depuis des heures de pouvoir accéder à la morgue afin de voir son enfant. Ce garçonnet, c'était « un filou qui savait mener son monde », sourit Mickael, dévoilant la photo d'un gamin au regard farceur, pistolet à eau à la main, à la plage. « Il ne voulait plus jamais en repartir. Sa passion, c'était de lancer des galets à la mer, parfois même sur les gens », se remémore Mickael, entouré de sa famille et de ses amis accourus dans la nuit.

    Comme les neuf autres enfants et adolescents décédés dans cette tragédie, Yannis se faisait une fête d'admirer le feu d'artifice. Une première pour lui et ses parents, une famille grenobloise installée depuis seulement trois ans à Nice. « C'est mon épouse qui a insisté pour y aller, détaille Mickael. Elle voulait lui faire plaisir. Nous étions installés sur la plage avec la femme d'un ami, ses nièces et ses deux enfants. Yannis était ravi, il sautait partout, il faisait le fou avec ses copains... C'était une belle soirée. »

    A l'issue du spectacle, la petite troupe, insouciante, remonte alors sur la promenade des Anglais pour regagner sa voiture. Mickael a alors à peine le temps de voir le camion surgir. « Mon fils était un peu plus loin avec ses copains... J'ai juste eu le réflexe d'attraper ma femme, de l'éjecter, et de me coucher. Le camion est passé à 10 cm de moi, poursuit Mickael. Quand je me suis relevé, il y avait toute cette foule, et moi je priais le bon Dieu pour que Yannis soit sain et sauf », lâche-t-il d'une voix blanche. Las, le garçonnet gît une vingtaine de mètres plus loin, en sang. « Quand je l'ai vu par terre, j'ai tout de suite compris... Il ressemblait à Aylan, le petit réfugié retrouvé noyé sur une plage en Turquie. »

    Mickael ne peut pourtant se résigner et court comme un fou, son petit garçon dans les bras, en direction de l'hôpital le plus proche, distant de deux kilomètres. Après 600 m, à bout de souffle, il est alors secouru par trois jeunes en voiture qui vont rouler à tombeau ouvert pour gagner l'hôpital. « Ils ont tout essayé, raconte un Mickael reconnaissant, ils ont fendu la foule, stoppé le trafic... et puis on a fini par croiser une ambulance. » Yannis est pris en charge par les médecins, qui tentent de le ranimer. Mickael retourne alors sur la promenade pour s'enquérir du sort de ses amis. « Egoïstement, dans la panique, je ne m'étais occupé que de ma famille... » s'excuse-t-il presque. Sur le bitume, la femme de son ami est en train d'agoniser, sous les yeux de ses propres enfants. Elle ne survivra pas.

    « Quand je suis retourné auprès de Yannis, reprend ce père meurtri, les médecins m'ont simplement dit : c'est fini. Ils m'ont donné un drap blanc, et ils sont partis. Ma femme hurlait à la mort... » se souvient-il, comme revivant la scène. Au milieu du chaos et des cris déchirants de son épouse, Mickael est resté longtemps, perdu, berçant son fils dans ce drap blanc, face à la mer. « Ça a duré peut-être une demi-heure avant que des secours arrivent. Je tenais mon bébé dans mes bras. Mon bébé qui est mort juste à l'endroit où il allait tout le temps se baigner... » lâche-t-il en se mordant les lèvres.

    Après cette nuit d'horreur, Mickael se dit « vide ». « Il n'y a plus rien là, lâche-t-il, pointant son thorax. C'est comme si on m'avait arraché le cœur. » De fait, l'homme puise ses dernières ressources dans une certitude, celle que son fils est mort « heureux » : « C'était une belle soirée, répète-il, et Yannis est mort avec le sourire... »

    SOURCE : http://www.msn.com/fr-fr/actualite/france/faits-divers-%C2%AB-il-faisait-le-fou-avec-ses-copains-c%C3%A9tait-une-belle-soir%C3%A9e-%C2%BB/ar-BBuobFm

    « Facebook me rappelle ce souvenir d'il y a deux ans pour un 14 juillet que nous risquons de ne plus jamais revoir? Un peu de dignité ! »
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