• Il se trouve que j'aime la France

    Il se trouve que j'aime la France

    Il se trouve que j'aime la France

    Fut un temps où s'appelaient "patriotes" celles et ceux qui criaient "Vive la nation" en 1792. Deux mots, "patriotes" et "nation", récupérés dans un étrange tour de passe-passe par l'extrême-droite, deux mots dont le destin est accablant mais qu'il faut peut-être, sans pour autant les réintroduire dans le champ politique, lustrer.

    ·  C'est très étrange au fond parce que par les temps qui courent, je mesure le risque qu'il y a à formuler une telle idée. Mais oui, j'aime ce pays. Oh, je n'aime pas vraiment le nom (l'adjectif, passe encore) Français mais oui, j'aime ce pays, la France. Ce pays est certes le mien mais il est celui de tant d'autres gens sans lesquels j'aurais l'impression douloureuse que ce pays qui m'est cher est détruit et vidé de son être en perpétuel mouvement, page blanche qui atteste un pays en vie au coeur qui bat et qui ne sait de quoi demain sera fait.
    Dire que j'aime la France est toutefois inexact tant il est vrai qu'il existe une France que je déteste. Disons alors que j'aime « ma » France, précisant toutefois qu'elle serait mienne non pas par appartenance (je ne suis pas chez moi, on n'est pas chez nous) mais parce que c'est la seule viable, la seule belle et rebelle dans laquelle je ne me sente pas en étrange pays dans mon pays lui-même.
    Ce pays qu'il faut défendre est résumé dans un dessin qui circule encore parfois sur le net. On y voit des gens de partout, vêtus comme plein d'autres des quatre coins du monde, des femmes voilées et des hommes à turban qui disent à un Eric Besson renfrogné : La France, aimez-là ou quittez-là !
    De façon plus trash mais non moins vraie, j'entends le refrain de rap "Je baiserai la France jusqu'à ce qu'elle m'aime" comme une déclaration d'amour à un pays vivant dont, par ailleurs, on peut raisonnablement penser qu'il est chanceux de s'entendre dire ça. 
    Car il faut avoir le coeur bien accroché pour baiser un pays dont le consensus médiatico-parlementaire est représenté par Eric Zemmour, Michel Onfray, Alain Finkielkraut, Laurent Bouvet, Elisabeth Badinter ou Céline Pina, consensus dont le maître-mot est la proscription d'une partie du peuple d'ici en attendant, espèrent nos apprentis-sorciers, les pogroms et les ratonnades.
    Ma France, la France, n'a rien à voir avec le musée rance que défendent tous ces tristes sires. Elle a des cheminées d'usines et fait les 3 huit à Flins ou ailleurs. Elle est le pays d'un peuple mutinational et elle est aussi un pays musulman sans qu'il soit besoin de légiférer sur un délirant islam de France. Elle est le pays de ceux qui se sont cassés le dos à l'usine, de ceux qui respirent l'âcre goudron lorsqu'ils refont les routes, de ceux qui font la plonge dans les restaurants ou travaillent à la réfection d'édifices publics ou étatiques, sans-papiers parfois et sans que le personnel politique parlementaire daigne les voir et les considérer.
    Je tiens à ce pays. Qu'un minaret s'élève ici ou là et qu'un muezzin me réveille le matin ne me poserait aucun problème. Quiconque vit ici est d'ici et le pays se compose de tous ceux qui y vivent et tels qu'ils sont.
    Ne laissons pas l'idée nationale aux réactionnaires de tous poils. Ce serait trop facile. De nombreuses figures de l'indépendance nationale (dans les périodes où cette idée avait quelque pertinence, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui, "nouvel indépendantisme français" ou pas), De Gaulle excepté, ont toujours été internationalistes : qu'il s'agisse de Jean Moulin, de Missak Manouchian ou de Jean-Pierre Timbaud mort en criant : "Vive le Parti communiste allemand !"
    Le discours identitaire qui a pollué tout l'été se prolonge, les rats ressortent des égoûts et certains ex-OAS reprennent du service en légiférant contre le burkini ou en disant tranquillement que nous aurions "un problème avec les Maghrébins". Tout cela, hélas, est observable. Mais ne nous y trompons pas : le poisson pourrit par la tête et ce que nous serine la clique médiatico-parlementaire a peu à voir avec le pays réel (non pas comme l'imaginait Maurras) qui, lui, est pour le droit de vote des "étrangers" aux élections et qui vit paisiblement dans plein de cités et quartiers populaires de ce pays.
    La vérité, sans doute, est que nos oiseaux de malheur sont comme ceux que dénonçait déjà la révolutionnaire du film de Renoir La Marseillaise : ils n'aiment pas la France !

    Ne les laissons donc pas emporter et détruire un pays tout entier !

     

    « Rencontre avec Jean Mollard : sa terrible conclusion "Au cours de la seconde guerre mondiale j'avais peur des soldats allemands, en Algérie c'est de moi qu'on avait peur, je n'ai jamais oublié&A l'occasion de la semaine du chien guide d'aveugle (du 18 au 25 septembre 2016) je me souviens de Delphine Renard, la petite fille victime de l'OAS »
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