• Il y a 50 ans Le 8 janvier 1969 s'ouvrait, à Orléans un procès ultra-médiatique autour d'officiers de réserve non-violents

     

    Il y a 50 ans 

    Le 8 janvier 1969 s'ouvrait, à Orléans

     un procès ultra-médiatique autour d'officiers

    de réserve non-violents

    L’ancien abbé Jean Desbois et Jean-Marie Muller. Ce dernier (à d.) a passé sa vie à théoriser la non-violence de par le monde et à travers des dizaines d’ouvrages. © gaujard christelle

    Le 8 janvier 1969, trois officiers de réserve du Loiret étaient traduits en justice pour avoir renvoyé leur livret militaire au ministre des Armées. Un procès qui fit grand bruit à l’époque.

    Le 8 janvier 1969, il y a tout juste 50 ans, trois prévenus orléanais comparaissaient à la barre du tribunal correctionnel. L’affaire, hors norme, faisait alors grand bruit au plan national. Ils étaient deux prêtres, Jean-Pierre Perrin, Jean Desbois, et un professeur (à Pithiviers), Jean-Marie Muller.

    Leur délit ? Les officiers de réserve, depuis peu convertis à la non-violence, avaient renvoyé leur livret militaire au ministre des Armées. Ils encouraient alors la prison…

    Ce mardi 8 janvier - 2019 donc -, deux d’entre eux, Jean Desbois et Jean-Marie Muller ont pointé le bout de leur nez à la maison des associations d’Orléans, pour y tenir une conférence-anniversaire. Jean-Pierre Perrin, souffrant, n'a pas pu participer.

    Ils sont revenus sur l’origine de leur acte puissant de désobéissance civile, mû par cette volonté de demeurer dans la doctrine qu’ils venaient de faire leur, dans les années 1960, celle de la non-violence, qui les guide encore aujourd’hui, passé 80 ans.

    Exécutions et torture en Algérie

    "On avait connu les événements d’Algérie, les exécutions sommaires, la torture", narrent les deux octogénaires, qui, déjà, à l’époque, sous les drapeaux et le soleil brûlant de l’Afrique, faisaient leur, l’esprit de désobéissance. "On me harcelait quotidiennement pour pratiquer la torture. Le commandant me montrait comment utiliser la gégène." Instrument funeste que l’abbé Desbois refusa toujours d’utiliser, au péril de la sanction militaire.

    C’est ainsi en 1967, de retour chez eux, qu’ils écrivent individuellement au ministre, "pour demander le statut d’objecteurs de conscience". Ils entendent par là répudier ceux d’officiers de réserve, "et promouvoir la non-violence dans le règlement des conflits". La requête refusée, ils renvoient donc leurs livrets militaires. Et signent une lettre, commune cette fois, au ministre.

    Ils écrivent : "Qu’il doit être possible pour tout citoyen, quelle que soit sa situation militaire, de choisir d’autres moyens que la violence […] pour promouvoir la paix entre les hommes." Avec le résultat que l’on connaît : leur médiatique procès s’ouvre le 8 janvier 1969. Et il y a foule... La République du Centre écrit à l’époque :

    "La cause soumise au tribunal est de celle qui font sensation. La qualité des prévenus, la nature de leur protestation et le soutien, nuancé mais résolu, de deux témoins détenant une incontestable autorité morale, allaient donner au procès un retentissement inhabituel." 

    Car, derrière les trublions, il y a Robert Buron, ex-ministre sous De Gaulle, et l’évêque d’Orléans, Mgr Riobé, qui n’entendait "absolument pas porter un jugement de valeur sur l’utilité de l’armée, encore moins sur ceux qui y consacrent leur vie".

    Interrogé par le président du tribunal, l’abbé Perrin évoque alors l’arrestation par son bataillon de trois hommes suspectés d’être au fait des activités du FLN. "On les interrogea et on les tortura. Dès lors, il était impossible de les relâcher. On les a emmenés dans la forêt et abattus. Cet épisode m’a fait découvrir que j’étais malade, et que l’armée, elle-même, était malade."

    Contre l’arme nucléaire

    Son acte de désobéissance (le renvoi du livret) vaudra à l’Abbé trois mois de sursis et mille francs d’amende. Idem pour ses deux camarades que l’on retrouvait ce lundi à la maison des associations : "On aurait préféré faire les trois mois de prison, mais on nous a refusé cette chance", commente Jean-Marie Muller.

    À l'époque, comme ils voulaient aller en prison, les non-violents ont fait aussitôt appel de cette décision. En vain. La justice a peut-être estimé que l’épreuve des barreaux aurait pu donner un écho encore plus important à cette affaire, dont la France se serait bien volontiers passée...

    Il y a 50 ans   Le 8 janvier 1969 s'ouvrait, à Orléans un procès ultra-médiatique autour d'officiers  de réserve non-violents

    Jean-Marie Muller vient d'éditer un nouveau livre, La Violence juste n'existe pas, à retrouver en librairie. 

    Car ses lectures de l’Évangile et des écrits de Gandhi, à l’origine de sa révélation post-Algérie, ont aussi éveillé le non-violent Jean-Marie Muller à la problématique de l’arme nucléaire. Et à son refus. Le procès était d’ailleurs aussi un peu celui de l’arme, testée en Algérie. "Je sais que la bombe française n’est pas offensive. Mais en pareil domaine […], nul n’ignore le déclenchement stupide que peut amener un moment de panique." Soit les mots, lourds de sens à l’époque de la guerre froide, de l’évêque d’Orléans, prononcés lors de ce qui restera, pour l’éternité, le "procès d’Orléans".

    SOURCE : https://www.larep.fr/orleans/armee-conflit/justice/2019/01/10/le-8-janvier-1969-s-ouvrait-a-orleans-un-proces-ultra-mediatique-autour-d-officiers-de-reserve-non-violents_13101845.html

    Jean-Marie Muller ou la voix de la paix

    Il y a 50 ans   Le 8 janvier 1969 s'ouvrait, à Orléans un procès ultra-médiatique autour d'officiers  de réserve non-violents

     En 2015, Jean-Marie Muller a aussi beaucoup écrit sur l’arme nucléaire. Il a donné plusieurs conférences, notamment au Liban où il se rend tous les ans depuis 20 ans. Et il se consacre à ses petits-enfants. © Orléans AGENCE

    Le penseur de la non-violence Jean-Marie Muller a récemment publié deux ouvrages. Mais il s’est aussi beaucoup consacré à écrire sur les attentats.

    En novembre 2013, Jean-Marie Muller recevait un prix des mains du président de la République indienne pour son travail de promotion des valeurs gandhiennes en dehors des frontières de l'Inde. « Ce prix a apporté un surcroît de crédibilité à mes écrits, estime-t-il, mais je ne peux pas dire qu'il ait fondamentalement changé ma vie, ni mes activités ».

    Voilà plus de quarante ans, maintenant, que ce Chanteausien de 76 ans (en 2013) voue sa vie à penser et à propager la culture de la non-violence.

    Et cette année 2015, marquée par des attentats sanglants, en France et ailleurs, l'a beaucoup amené à réfléchir…

    D'abord parce qu'il connaissait Cabu (assassiné lors de l'attaque de Charlie Hebdo ndlr). « J'avais croisé Cabu à de nombreuses reprises, lors de rencontres. Il suivait le mouvement non-violent. Une fois, nous avions même pris le train ensemble, se souvient-il. En même temps, je n'étais pas d'accord avec la publication des caricatures de Mahomet. Dans ce cas-là, je n'ai pas pu défendre la liberté d'expression ». Ensuite, parce que, comme tout le monde, il a été bouleversé par la vague de violence – « cet amoncellement de drames personnels terribles » –, qui a déferlé sur Paris le 13 novembre.

    « La France est-elle en guerre ? » 

    Alors, l'écrivain a fait ce qu'il sait faire de mieux : il a pris la plume. Jean-Marie Muller a rédigé deux articles : « La France est-elle en guerre ? » et  Faut-il n'avoir que l'amour pour parler aux canons ?», dans lesquels il fustige le «discours guerrier» des responsables politiques. Ces textes ont été repris sur des dizaines de sites.

    L'homme milite pour une « diplomatie de paix ». « Dire qu'on va détruire des gens, c'est une fuite en avant, affirme-t-il. Il faut faire un travail culturel, de civilisation, démilitariser l'idéologie, les religions ».

    Comme un clin d’oeil de l'histoire, c'est justement cette année que son livre «Désarmer les dieux», sorti en 2010, et dont le titre résonne avec une certaine acuité, a été traduit en arabe.

    Marion Bonnet 

    SOURCE : https://www.larep.fr/orleans/2015/12/21/jean-marie-muller-ou-la-voix-de-la-paix_11714557.html 

    Jean-Marie Muller : « Face au terrorisme, non, la France n’est pas en guerre ! »

    Il y a 50 ans   Le 8 janvier 1969 s'ouvrait, à Orléans un procès ultra-médiatique autour d'officiers  de réserve non-violents

    Statue de la Marseillaise - Arc de Triomphe Paris

    Face à cette tragédie qui bouleverse chacun de nous, qui peut penser que c’est le moment d’appeler le peuple français à prendre les armes du meurtre pour partir à la guerre ?

    Opinion de Jean-Marie Muller, philosophe et écrivain, auteur du Dictionnaire de la non-violence (Le Relié Poche).

    « La France est en guerre ! » C’est en martelant ces mots que François Hollande a commencé son discours devant les parlementaires réunis en Congrès à Versailles le 16 novembre 2015. Et les médias ont salué le ton martial du Président de la République qui s’est exprimé en véritable « chef de guerre ». Certes, l’ignominie des actes meurtriers qui ont tué à Paris des dizaines d’innocents porte la violence à son paroxysme. Mais, face à cette tragédie qui bouleverse chacun de nous, qui peut penser que c’est le moment d’appeler le peuple français à prendre les armes du meurtre pour partir à la guerre ?

    La mise en échec des dissuasions militaires

    La caractéristique de la stratégie terroriste est de permettre, par les moyens techniques les plus simples, de contourner et de mettre en échec les dissuasions militaires dont les moyens techniques sont les plus sophistiqués. Alors que les grandes puissances industrielles prétendent détenir les armes qui rendent inviolable leur sanctuaire national, l’arme des terroristes vient porter la peur, la violence et la mort au cœur même de leurs villes. Le terrorisme vient prendre complètement à revers la défense des sociétés modernes en sorte que les armes les plus puissantes s’avèrent inutiles et vaines aux mains des décideurs politiques et militaires.

    Le terrorisme n’est pas la guerre

    Le terrorisme n’est pas la guerre. Sa stratégie, au contraire, pose comme postulat le refus de la guerre. Ce qui caractérise la guerre, c’est la réciprocité des actions décidées et entreprises par chacun des deux adversaires. Or, précisément, face à l’action des terroristes, aucune action réciproque ne peut être entreprise par les décideurs adverses. Ceux-ci se trouvent en effet dans l’incapacité de répondre coup pour coup à un adversaire sans visage qui se dérobe. L’État français s’enorgueillit de posséder l’arme nucléaire pour défendre efficacement ses intérêts vitaux, mais les terroristes se moquent des États nucléaires.

    Certes, l’apparition de Daech sur la scène du Moyen-Orient change la configuration classique du terrorisme. Daech n’est pas l’État qu’il prétend être mais il s’agit d’une organisation militaire et politique structurée qui occupe certains territoires et mène des actions de guerre en Irak et en Syrie. Pour autant, Daech ne viendra pas faire la guerre en France et la France n’envisage aucune intervention au sol au Moyen-Orient. Ainsi l’action de Daech en France restera une action terroriste. Si la nécessité impose certains actes de violence contre les terroristes, ils n’impliqueront que des agents de l’État et non l’ensemble des citoyens.

    La violence en réponse à la violence ?

    En France, et un peu partout dans le monde, la Marseillaise a retenti comme un chant de solidarité et de résistance. L’air était juste, mais jamais les paroles guerrières de notre hymne national n’ont résonné de manière aussi fausse : qui peut croire, en effet, que les citoyens français soient appelés à prendre les armes et à former des bataillons pour abreuver nos sillons d’un sang impur ? Non, face à la violence du terrorisme, les citoyens ne sont pas mis en demeure de répondre par la violence de la guerre. Nous devons certes surmonter toute peur et nous mobiliser, mais pour résister à la logique de la terreur qui est la logique de la violence. L’arme des terroristes est d’abord une arme idéologique et c’est cette arme qu’il faut briser. Face à l’inhumanité du terrorisme, l’urgence est d’affirmer les valeurs universelles d’humanité qui fondent la civilisation. Et ce sont les mots de notre devise républicaine qui doivent inspirer notre action : «Liberté, Égalité, Fraternité».

    Désarmer le terrorisme

    Le malheur, c’est précisément que la culture qui domine nos sociétés est structurée par l’idéologie de la violence nécessaire, légitime et honorable. Désarmer le terrorisme, c’est d’abord désarmer cette idéologie afin de construire une culture fondée sur une éthique de respect, de justice, de fraternité et de non-violence.

    Car le véritable réalisme est de voir dans l’extrême ignominie de la violence du terrorisme, l’évidence de la non-violence.

    « Le sang, disait Victor Hugo, se lave avec des larmes et non avec du sang. »

    SOURCE : https://www.la-croix.com/Actualite/France/Jean-Marie-Muller-Face-au-terrorisme-non-la-France-n-est-pas-en-guerre-!-2015-11-27-1385892 

     

    « Gilets jaunes. 1789-2019… des cahiers de doléances très ressemblantsFace-à-face direct... mais attention danger… »
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  • Commentaires

    1
    Vendredi 11 Janvier à 09:55

    La violence est fondamentale dans le monde qui est le nôtre : les plus forts dominent les plus faibles. C'est vrai au plan économique, militaire mais aussi idéologique.

    L'arme nucléaire, pas plus que la force armée conventionnelle n'assure notre sécurité. Pas plus au temps de la guerre d'Algérie qu'aujourd'hui au Proche Orient le déploiement de moyens militaires ne règle rien. On a pu constater que l'arsenal nucléaire des USA ne les as mis à l'abri des attentats du 11 septembre 2011. De même la force de frappe de la France ne l'a pas protégée des actes terroristes du Bataclan.

    La Paix ne peut être obtenue que par une démarche qui a pour corollaire  la justice. C'est bien dans cette voie qu'il faut s'engager. On est loin de cette option !

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