• Instituteur pendant la guerre d'Algérie Guy Beaujard était venu faire la guerre à la guerre

    Instituteur pendant la guerre d'Algérie Guy Beaujard était venu faire la guerre à la guerre


    Instituteur pendant la guerre d'Algérie

    Guy Beaujard était venu faire la guerre à la guerre

    Instituteur pendant la guerre d'Algérie Guy Beaujard était venu faire la guerre à la guerre

    Guy Beaujard n'a que 18 ans quand, en 1959, il quitte son Jura natal pour rejoindre les collines de Kabylie. L'ancien enfant de troupe, qui a refusé de venir se battre contre les « fellagas », livre un autre combat: contre l'illettrisme. Logé dans le fortin de Tifrit N'Aït Oumalek, avec les soldats français, il fait la classe aux enfants du village et sert d'écrivain public à leurs parents. Dans les montagnes environnantes se cachent les troupes de l'Armée de libération nationale, notamment le célèbre colonel Si Mohand Ouel Hadj. 

    Dès son arrivée, le jeune instituteur manque de mourir dans une embuscade tendue par le fils du colonel. C'est pourtant ce dernier, ardent défenseur de l'instruction (il rêvait d'une école dans chaque village), qui lui sauvera la vie lorsque, en 1962, l'armée française l'abandonne sur place. Cinquante ans plus tard, Jean-Yves Jeudy et Agnès Poullin filment les retrouvailles émouvantes du schirh (l'enseignant, en kabyle) avec ses anciens élèves. Guy Beaujard parcourt les ruines et feuillette l'album de sa jeunesse, celui de toute une génération traumatisée par les « événements ».

    Instituteur pendant la guerre d'Algérie Guy Beaujard était venu faire la guerre à la guerre

     L’instituteur Guy Beaujard fait citoyen d’honneur

    de Moknéa

    Instituteur pendant la guerre d'Algérie Guy Beaujard était venu faire la guerre à la guerre

    Déserteur de l’armée française ayant refusé une ambitieuse formation militaire le destinant à un grade d’officier des colonies en 1958, il était venu «faire la guerre à la guerre» comme volontaire en 1959 en Kabylie au village Tifrit Naït-Oumalek, puis à Ifigha avec comme seules armes la lecture, le calcul et l’écriture et comme bagages une valise en carton et sa tenue civile, clouant au pilori le programme officiel pour dispenser un enseignement ouvert sur l’universalité. «Je ne suis pas venu faire la guerre “aux bougnoules” comme vous dites, mais je suis venu instruire les enfants», avait-il rétorqué aux gendarmes qui trouvaient insensé son projet humaniste dans cette région de l' Akfadou où la guerre faisait rage.
    Cet adolescent qui avait été mis en cellule à l’âge de 3 ans par son gendarme de père «pour tentative d’incendie d’une institution républicaine» alors qu’il avait été surpris en train de jouer avec une boîte d’allumettes sur le perron de la gendarmerie, avait fui ce père autoritaire et une école qui enseignait un programme aux antipodes de ses convictions d’humaniste, c’est Guy Beaujard, qui s’est raconté dans un poignant roman Les couleurs du temps où il dit un cri qui l’étouffait depuis cinquante ans. 

    Guy Beaujard est revenu en Kabylie cinquante ans après l’avoir quittée en larmes le 23 juillet 1962 sous escorte ordonnée par le colonel Mohand Oul-hadj, chef de la wilaya III historique, qui était allé un jour à sa rencontre en zone interdite à Moknéa, pour lui dire la reconnaissance de la population et du FLN pour tout ce qu'il faisait en direction des enfants qu’il préparait à prendre le relais de l’indépendance. 

    Guy avait appris l’enfance auprès des enfants de Tifrit qu’il dépassait de quelques années seulement, lui qui avait à peine 19 ans, l’adolescence auprès des adolescents, et la maturité auprès des adultes de ce village. Cinquante ans après, Guy, qui était accompagné à l’occasion par son ami Pierre Crozat, architecte spécialiste des pyramides, a retrouvé quelques-uns de ses anciens élèves comme Idir Mouhache, s’est promené dans les ruelles tortueuses du village dont chaque pierre lui rappelait un souvenir, et revu l’ancienne école qui résonne encore des cris des enfants avides d’instruction et de liberté que le «chikh kabyle» avait su enraciner en chacun d’entre eux, ce qui lui avait valu les sollicitations écrites du FLN/ wilaya III pour revenir enseigner en Kabylie après l’indépendance, courrier dont nous détenons une copie signée par le colonel Mohand Oulhadj. Guy a improvisé une conférence pour les jeunes de l’association du village, assis à même les pierres de cette tajmâat qui l’avait agréé autrefois, et s’est recueilli sur la tombe du colonel Mohand-Oulhadj en compagnie de son fils Mohand Saïd à Bouzeguène après avoir été reçu par sa famille à Alger. 

    A Tizi-Ouzou où il a été l'hôte du P/APW, Guy Beaujard, qui a dédicacé son livre, s’est intéressé à l’exposé de Mahfoud Belabbas sur la situation de l’éducation dans la région et sur les efforts déployés par cette wilaya qui détient l’un des plus forts taux d’admission au Bac au niveau du pays. L'instituteur devenu écrivain s'est ensuite arrêté à la maison de la culture Mouloud Mammeri. A Moknéa, autrefois zone interdite, que l’auteur français a dépeint en termes glorieux dans son livre, il a été fait citoyen d’honneur par le comité de village lors d’une émouvante cérémonie durant laquelle un des anciens élèves a raconté comment il avait été soigné d’un furoncle qu’il refusait de faire traiter à l’infirmerie de la SAS d’Ifigha, où Guy s’est aussi souvenu du postier, le Chahid Aliane Mohand-Larbi qui aidait à poster des courriers confidentiels rédigés par Guy aux familles. Ce voyage initiatique est jalonné de souvenirs qui revenaient en cascades de larmes que le «Chikh kabyle», dont le convoi dont il faisait partie avait été accueilli par une embuscade meurtrière en 1959 à Ifigha, n’a pas su retenir dimanche à la télévision, lors de l’émission Tafat de Zahra Ferhati. Des larmes versées pour dire le bonheur de son retour, mais aussi son rejet du colonialisme dont il fut la première victime, lui dont l’histoire «n’est qu’une histoire d’homme qui aime les hommes».

     

    Guy Beaujard et sa classe en 1959-1961

    A propos de cette vidéo 

    Guy Beaujard, fils de gendarme, enfant de Troupe, refuse à 18 ans la carrière militaire et part comme instituteur civil en Grande Kabylie en 1959. La France est alors empêtrée dans cette sale guerre. En juillet 1962, il est oublié par l’armée française. Sous prétexte de le faire prisonnier, le colonel du FLN, Si Mohand ou el Hadj, le met dans le bateau pour la France. Il vient de lui sauver la vie. Retrouvé et invité par ses anciens élèves, ’le Schirh’... (CELUI QUI SAIT)... retourne avec émotion à Tifrit N’Aît Oumalek et à Moknéa en 2010. Il y apprend que l’embuscade subie lors de son arrivée a été montée par le fils du colonel Si Mohand : "Le fils a failli me tuer et le père me sauve la vie, c’est une belle histoire". Ce film documentaire retrace l’accueil chaleureux qui lui a été offert et ravive les mémoires.

    Instituteur pendant la guerre d'Algérie Guy Beaujard était venu faire la guerre à la guerre

    Je vous conseille de visionner cet extraordinaire reportage, regarder dans son intégralité cette remarquable histoire vraie de l'instituteur Guy Beaujard.

    Michel Dandelot


     

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  • Commentaires

    3
    Mercredi 6 Septembre à 14:33

    Oui, oui, on dirait que les coupures publicitaires ont disparu. Bravo !

    2
    Mercredi 6 Septembre à 14:04

    Je m'améliore en vieillissant, si j'étais croyant, je dirai que c'est un miracle, parce que j'ai réussi à supprimer les pubs des vidéos... enfin "je touche du bois". Merci Jacques de vérifier s'il n'y a plus de pubs dans cette vidéo.

    1
    Mercredi 6 Septembre à 10:52

    Oui, les coupure publicitaires sont assez désagréables.

    J'ai pris mon premier poste d'instituteur la même année que Guy Beaujard qui avait vu en 1959 la rentrée scolaire avancée du 1er octobre au 15 septembre.

    Je sortais de l'Ecole Normale d'Instituteurs de Montpellier et mon poste était à Bédarieux. Je n'étais sans doute pas mieux armé que mon collègue Beaujard en matière de pédagogie.

    Je n'ai pas finir l'année scolaire, le jour de mes vingt ans, le 26 février 1960 donc, j'ai reçu, dans ma classe, mon affectation qui était à Oran pour contribuer à faire flotter le drapeau tricolore aux confins du Sahara.  

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