• « Jacques Chevallier, l’incompris d’Alger » Un article de Françoise Le Forestier *** "Chevallier servant de l’Algérie libre" un article de Marc SEMO

    « Jacques Chevallier, l’incompris d’Alger » Un article de Françoise Le Forestier  *** Chevallier servant de l’Algérie libre un article de Marc SEMO


    L’homme qui voulait empêcher la guerre d’Algérie

    Pour la sympathisante de l’indépendance algérienne que je fus jadis, le livre de José-Alain Fralon sur l’ancien maire d’Alger (1941-1958) est saisissant. À partir d’archives familiales, d’interviews, en puisant dans les mémoires écrits par les différents protagonistes de l’époque, l’ancien journaliste du Monde, lui-même pied-noir, parvient à ressusciter sobrement la personnalité hors normes de Jacques Chevallier. Jeune résistant, plus jeune maire de France, membre des services de renseignement français aux États-Unis (sa mère était issue d’une lignée d’émigrés de Louisiane), il fut député de l’Algérie à Paris et ministre de la Guerre dans le gouvernement de Pierre Mendès-France. Il se fit ensuite l’infatigable bâtisseur des cités nouvelles d’Alger la blanche et le défenseur d’une Algérie fédérale où musulmans et européens auraient cohabité dans l’égalité des droits, dans le cadre d’une relation renouvelée et privilégiée avec la France. Jacques Chevallier ne rencontra jamais Albert Camus. Mais il était son frère.

    En vain… Le déchaînement des “événements”, de la “révolution”, en clair de la guerre, le meurtrit sans l’étonner, puis le dépassa. Les virevoltes et silences de De Gaulle le laissèrent incrédule et blessé. Considéré comme « libéral » parce qu’il cultivait les meilleures relations avec les notables musulmans algériens, bête noire d’Alain de Sérigny, le très réactionnaire directeur de L’Écho d’Alger, et du gouverneur socialiste Robert Lacoste, rallié au parti des pieds-noirs extrémistes, il devint la cible des généraux rebelles du putsch d’avril 1961, puis de l’OAS.

    C’est pourtant grâce à sa médiation que fut conclu, en juin 1962, un accord de dernière minute entre OAS et FLN qui épargna à Alger d’être incendiée après les accords d’Évian. Mais la poursuite des attentats et des meurtres produisit l’irréversible : entre mars et juillet 1962, le départ massif d’Algérie de millions d’Européens, sans espoir de retour. Jacques Chevallier fut l’un des rares à ne pas choisir l’exil. Le pouvoir FLN l’humilia, en dépit de son engagement total et sincère en faveur de l’Algérie nouvelle. Il mourut en 1971 d’un cancer, laissant la terre qu’il avait tant aimée à un parti unique de type soviétique et aux militaires qui ont pratiqué l’arabisation à marche forcée et confisqué la rente gazière qui aurait pu assurer à leur peuple la vie meilleure dont Jacques Chevallier rêvait pour l’Algérie.

    Françoise Le Forestier

    Chevallier servant de l’Algérie libre un article de Marc SEMO *** Un livre de José-Alain Fralon « Jacques Chevallier, l’homme qui voulait empêcher la guerre d’Algérie »

    Une biographie de l’ex-maire anticolonialiste d’Alger

    En ce 1er juillet 1962, jour du référendum sur l’indépendance algérienne, il prit ostensiblement un bulletin «oui» sans même entrer dans l’isoloir. C’était pour Jacques Chevallier, ancien maire libéral d’Alger et anticolonialiste convaincu, l’aboutissement d’un long combat. Mais ses rêves d’une Algérie libre et souveraine «où vivraient côte à côte tous ses enfants» se sont vite fracassés sur la réalité de la dictature du FLN et du parti unique. Lui-même, à la fin, dut partir comme le million de pieds-noirs dont, au début, il espérait le retour.

    Arrivé en Algérie à l’âge de 11 ans avec sa mère, Américaine de Louisiane, et un père descendant de Français installés en Algérie depuis deux générations, Chevallier «fut l’homme qui voulait empêcher la guerre», comme le rappelle José-Alain Fralon dans la belle biographie qu’il lui consacre. «Honorable correspondant» des services secrets gaullistes à Washington pendant la Seconde Guerre mondiale, élu triomphalement maire d’Alger en 1953, puis ministre du gouvernement de Pierre Mendès France, Chevallier espéra longtemps casser la spirale de la violence et isoler les extrémistes. Une bataille qui était aussi celle d’Albert Camus, même si les deux hommes n’ont jamais accroché.

    Honni par les ultras, sacrifié par De Gaulle, victime d’un plasticage, il fut néanmoins celui qui réussit à empêcher une apocalypse finale en juin 1962, négociant à l’arraché un compromis entre l’OAS, qui voulait détruire Alger, et le FLN, prêt à lancer un millier d’hommes sur les quartiers européens. C’est ce destin tragique et exceptionnel que raconte Fralon.

    Marc SEMO

     Vous pourrez entendre Jacques Chevallier à partir de 1 mn 5 sec. de la vidéo

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