• Jacques CROS commente trois ouvrages de Jules Roy "La guerre d’Algérie" "Les chevaux du soleil" "Les Ames interdites"

    Jules Roy : Écrivain engagé

    pour l’Algérie * Ce pied noir dénonça les tortures commises pendant

    la guerre d’Algérie. * Jacques CROS commente trois ouvrages

    de Jules Roy  "La guerre d’Algérie"  "Les chevaux du soleil"

    et "Les Ames interdites"

     

    La guerre d’Algérie

     

    Jules Roy : Écrivain engagé pour l’Algérie ***  Ce pied noir dénonça les tortures commises pendant la guerre d’Algérie.

     

    C’est le titre d’un ouvrage de Jules Roy paru en 1960, soit dans les dernières années de la guerre. Jules Roy est Pied Noir et a été militaire de carrière. Il a quitté l’armée en 1953 en désaccord avec les méthodes qui sont les siennes en Indochine. Le livre est un reportage en Algérie réalisé alors que l’auteur est journaliste à L’Express. Il est devenu écrivain à temps plein et ami avec Albert Camus

    Deux facteurs conditionnent la vision qu’a Jules Roy de la situation en Algérie. D’abord l’état de misère profonde dans lequel vit la majorité des Algériens. Une misère qui s’accompagne du racisme général qui imprègne la plupart des Européens d’Algérie. Cela se traduit par l’humiliation que connaissent les autochtones.

    Le deuxième facteur a trait à la violence de la guerre. Les exactions de l’armée française, torture, bombardement des villages, usage du napalm, populations confrontées à la famine dans des camps de regroupement… sont à juste titre dénoncées.

    Jules Roy dénonce également le terrorisme qui est l’arme à laquelle est acculé le FLN. Certes des innocents en ont fait les frais mais en termes comptables peut-on tenir la balance égale si on prend en considération les moyens dont dispose la France ? Quoi qu’il en soit Jules Roy souhaite ardemment la paix !

    A l’instar de Jean-Pierre Lledo dans son film « Un rêve algérien » il imagine une Algérie multiethnique permettant la vie de tous dans un pays débarrassé de ses frustrations et des haines qu’elles engendraient. Oui, sans doute, mais on ne pouvait pas faire l’impasse sur les tares consubstantielles, notamment le racisme, au colonialisme. Le récit de ce qu’est le barrage électrifié à la frontière tunisienne est révélateur de l’inefficacité d’une solution militaire à un problème politique et social.

    Comme c’est souvent le cas avec ce genre d’analyse, le sort des appelés du contingent dans cette affaire est ignoré par l’auteur. Il faut avouer que leur fédération d’anciens combattants n’a pas su en faire état et n’a jamais fait le lien avec la nature colonialiste de cette guerre.

    Jacques Cros

     

    Jacques CROS commente deux ouvrages de Jules Roy  "La guerre d’Algérie" et "Les chevaux du soleil"

     

    Les chevaux du soleil

     

    Jacques CROS commente deux ouvrages de Jules Roy  "La guerre d’Algérie" et "Les chevaux du soleil"

     

    Je viens de relire le premier tome de la saga écrite par Jules Roy. Je n’en avais pas gardé un souvenir précis. Peut-être qu’à cette époque, c’était il y a trois ou quatre dizaines d’années,  j’évacuais, de manière inconsciente, ce qui avait trait à l’Algérie.

    C’est donc un roman historique, très documenté m’a-t-il semblé, sur la première phase de la conquête de la Régence. L’affaire débute avec l’embarquement à Toulon de l’armée qui doit venger l’honneur de la France bafouée par le soufflet qu’a essuyé à Alger son consul Deval, au demeurant un vrai gredin !

    Plus de six-cents navires sont sous les ordres de l’amiral Duperré. Les trois divisions  du corps expéditionnaire sont sous le commandant Bourmont, présentement ministre de la guerre dans le gouvernement Polignac. I avait déserté au moment de Waterloo ! Il y a rivalité entre Duperré et Bourmont mais celui-ci a autorité sur celui-là.

    Le récit est accompagné du quotidien de deux soldats, Antoine Bouychou, originaire de Monségur dans l’Ariègen qui s’est engagé et Alphonse Passebois, un Lozérien du causse Méjean qui a tiré un mauvais numéro et qui doit sept ans de service. Oui dès le début les appelés du contingent sont embarqués dans la galère !

    La flotte fait escale à Palma de Majorque où elle mouille en attendant des vents favorables. Enfin elle arrive devant Sidi Ferruch où le débarquement a lieu le 14 juin. On s’interroge sur le succès de l’opération complétée par la victoire de Staouéli puis de Sidi Kalef. Ce sera ensuite la destruction du Fort l’Empereur et la prise d’Alger le 5 juillet. La capitulation d’Hussein dey est-elle la simple conséquence du rapport de forces au plan militaire ?

    Quoi qu’il en soit la victoire est fêtée par les troupes d’occupation et Mlle Ginetti se produit dans un ballet exécuté sur les notes de « La petite musique de nuit » de Mozart pour le ravissement du lieutenant de Roailles.

    L’expédition entreprise à Blida est un revers pour l’armée française, ce qui souligne que la conquête du pays ne fait que commencer et qu’elle se heurtera à la résistance des Algériens.

    De Bourmont qui a reçu le titre de Maréchal ne profitera pas longtemps de sa gloire. A Paris les événements se sont précipités et la Monarchie de Juillet se met en place. Louis Philippe succède à Charles X et De Bourmont tombe en disgrâce.

    Des discussions ont lieu entre les officiers à propos du nouveau drapeau national et sur la poursuite de la conquête cependant que Passebois a été tué par une sentinelle française alors qu’il libérait le chacal que Bouychou avait adopté. Amédée Bourmont, un des quatre fils du commandant en chef a connu également la mort au cours des combats.

    Qu’est devenu le trésor d’Alger ? Il n’est sûrement pas dans les poches de Bouychou qui revient chez lui avec pour seul butin une poignée de fèves. Les hommes d’affaires, comme Bacri, un Juif qui était à l’origine du différend de la France et de l’Algérie, ont su tirer profit de la situation de chaos qui a suivi la prise d’Alger.

    Jacques CROS

    Jacques CROS commente deux ouvrages de Jules Roy  "La guerre d’Algérie" et "Les chevaux du soleil"

    Les Ames interdites

     

    Jacques CROS commente deux ouvrages de Jules Roy  "La guerre d’Algérie" et "Les chevaux du soleil"

     

    C’est le dernier volume de la série de Jules Roy, « Les chevaux du soleil », qui raconte la saga d’une famille de colons dont la branche Bouychou est en Algérie depuis le début de sa conquête.

    Cette cinquième partie, commence en 1911 avec l’annonce par un télégramme de la mort de l’ancien gendarme Koenig, reconverti dans l’hôtellerie. C’est un roman biographique de l’auteur.

    Celui-ci vit avec sa mère Mathilde, l’épouse de Koenig, à Sidi Moussa dans une ferme de la Mitidja. Oui, les parents sont séparés et Hector, alias Zizi; est le fruit des amours adultères de sa mère avec Dematons, l’instituteur qui exerce à Rovigo où il a atterri après son divorce et son départ de la métropole.

    La ferme, où on cultive de la vigne, des céréales et des orangers, est gérée par Victor, un frère de Mathilde. La grand-mère, une Bouychou qui a épousé un Paris, est toujours là. Il y a Meftah, l’ouvrier arabe dévoué qui marche pieds nus.

    Chez les Paris on est sereinement racistes, c’est une donnée qui va de soi. Les Arabes, et les Kabyles, sont nettement au-dessous des Européens. Mais ils sont utiles, nécessaires même pour cultiver la terre. Les Juifs, avec leurs lorgnons, ne valent guère mieux. Eux aussi sont pourtant indispensables à l’économie de l’Algérie.

    Les événements se bousculent avec la mobilisation de 1914. Les indigènes peuvent-ils être appelés ? Certains d’entre eux avaient déjà revendiqué d’effectuer leur service militaire afin, leur semblait-il d’acquérir le droit d’être Français !

    La vie continue dans cette famille. Avec la mort de Koenig les parents d’Hector peuvent se marier. Hector entrera au séminaire puis fera carrière dans l’armée où il est sous-lieutenant en 1930 quand on célèbre le centenaire du débarquement à Sidi Fetruch. Un événement auquel on convie les autochtones !

    Belkacem, ancien élève de Dematons, est devenu instituteur. Il s’est marié avec Mélanie, une Européenne de métropole dont il a divorcé. Il est cultivé et souhaite que les Algériens accèdent à la nationalité française pour se libérer de leur condition d’indigène. Hassan, également instituteur, se mariera avec Marguerite dont est amoureux Hector. Angèle, qui aime Belkacem, se résoudra à épouser Victor.

    Dematons a vieilli et mettra en sourdine ses idées généreuses sur l’émancipation des Maghrébins. Des idées qui ne seront pas étrangères à la conscience d’Hector mais qui ne se réaliseront pas par l’assimilation des Algériens mais par l’accès à l’indépendance de leur pays.

    On découvre un monde et une époque qui pourraient rappeler la France rurale, sauf que chez nous, nous n’occupions pas un pays qui avait été conquis par les armes et  que les ouvriers agricoles étaient sinon de même nationalité du moins Européens et en général de même religion.

     

    Jacques Cros

     

    Jules Roy : Écrivain engagé pour l’Algérie

    L’écrivain Jules Roy devant son bureau de Vézelay.

     Photo Jean-Philippe Levallois

     Merci de cliquer sur le lien ci-dessous pour voir un extrait d'un témoignage concernant Jules Roy, vous verrez aussi Jules Roy dans la vidéo qui suit

    http://www.reseau-canope.fr/tdc/tous-les-numeros/la-guerre-dalgerie/videos/article/jules-roy-un-temoignage.html

    Jules Roy est l’auteur d’une cinquantaine d’essais, de romans et de pièces de théâtre. L’écrivain rebelle est né le 22 octobre 1907, à Rovigo, en Algérie, des amours adultérines de sa mère avec l’instituteur du village. Il grandit parmi les colons français. Dans ses Mémoires barbares (1989), il écrit : « Les Arabes étaient une menace vague, à la fois lointaine et proche, une sorte de nuées d’orage ou de sauterelles à l’horizon, qui pouvait soudain fondre sur nous. Pas une fois ne s’est posée à moi la question de savoir comment et pourquoi ils étaient là. Jamais. »

    Catholique, il fait ses études au séminaire d’Alger, puis devient officier d’infanterie et pilote d’avions. L’aviateur quitte pourtant l’armée avec fracas en signe de protestation contre les bombardements en Indochine. Il se consacre alors à l’écriture. L’Algérie reste pourtant le cœur, la matrice de l’œuvre de Jules Roy. Il est l’un des premiers intellectuels à dénoncer les abus commis pendant le conflit. Sa grande saga sur l’Algérie française, en cinq volumes, Les chevaux du soleil , dénonce la brutalité de la colonisation de 1830 à 1962. Retiré dans le Morvan puis à Vézelay, dans l’Yonne, où la séduction de Marie-Madeleine enrichit son inspiration, il y meurt le 15 juin 2000.

     Un long cri déchirant

    Jules Roy aurait eu cent ans le 22 octobre 2007. Né en Algérie en octobre 1907, dans une famille de paysans implantés dans la Mitidja depuis 1854. Grand ami d’Albert Camus.

    Les guerres de décolonisation vont être sources de grands déchirements. L’Indochine le confronte à une « belle croisade » contre le communisme. En 1953, il rompt pourtant avec l’armée, déshonorée à ses yeux par des méthodes qu’il réprouve. Il écrit plusieurs pièces de théâtre, dont Beau Sang (1952), et Les Cyclones (1953) qui portent l’empreinte d’Albert Camus, dont il partage un temps la maison dans la vallée de Chevreuse.
    Mais c’est l’Algérie, son pays natal, qui va l’acculer aux prises de position les plus douloureuses et les plus dramatiques. Depuis 1954, les « événements » prennent un tour de plus en plus grave, qui confine à la guerre civile. Après la mort d’Albert Camus en 1960, en qui les intellectuels engagés avaient placé tous leurs espoirs, Jules Roy entreprend de dénoncer les misères subies par les populations civiles et les monstruosités commises par l’armée en présence.
    Il parcourt le pays, d’où il revient avec La Guerre d’Algérie (1960) «long cri déchirant», lancé à la face des militaires et des politiques, qui bouleversera la France. « Il est le premier à appeler les choses par leur nom », remarque Guy Dugas, responsable des manifestations du centenaire.
    Pied-noir devenu, comme le souligne le titre d’un de ses livres, Étranger pour [s]es frères (1982), l’écrivain se lance dans un roman en six volumes, Les Chevaux du soleil (1967-1972, rééd. Omnibus, 2007 avec en cadeau trois épisodes de la série télévisée), qui retrace à travers la vie de sa propre famille les cent cinquante ans de présence française en Algérie. Le roman aura un grand succès et sera adapté pour la télévision. « Julius » ne perd rien toutefois de ses capacités d’indignation (J’accuse le général Massu, 1972).

    Jules Roy : Écrivain engagé pour l’Algérie


    À Vézelay, où il passe la fin de sa vie, il rédige des œuvres plus méditatives, tournées vers l’intériorité (Vézelay ou l’amour fou, Rostropovitch, Gainsbourg et Dieu, 1991). Il meurt en juin 2000, non sans être souvent retourné en Algérie, dont le destin continue de le tourmenter (Adieu mon cœur, adieu ma mère, 1995). « Pessimisme et amour de la vie, c’est toute la pensée méditerranéenne », déclarait-il.
    Cette dualité, parmi d’autres, a fécondé une œuvre engagée et exigeante, dont les éclats contradictoires se résolvent, selon les mots d’Henri Michaux, dans une «fidélité à l’être».

     

    Jules Roy : Écrivain engagé pour l’Algérie

    La maison de l’écrivain, côté cour. De remarquables jardins en terrasse, avec une vue sublime sur la vallée de la Cure, et, de l’autre côté, sur la basilique. Photo LBP

     

    Jules Roy : Écrivain engagé pour l’Algérie

    Village. Vézelay conserve son âme bohème. Au détour des ruelles montantes, au coin des sentiers, on trouve encore une multitude d’artistes. Peintres, sculpteurs, potiers… Photo A. D.

     

    Jules Roy : Écrivain engagé pour l’Algérie

    Basilique. À quelques pas de la maison de Jules Roy, la basilique Sainte-Marie-Madeleine, construite au XIIe siècle et inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco en 1979, est un chef-d’œuvre de l’art roman. Photo LBP

    Jules Roy : Écrivain engagé pour l’Algérie ***  Ce pied noir dénonça les tortures commises pendant la guerre d’Algérie.

    LES CHEVAUX DU SOLEIL ( EXTRAIT )

    Adaptation télévisuelle de l'œuvre monumentale de Jules Roy, ce film tourné en 1980 en douze épisodes, relate l'histoire de l'Algérie française de 1830 à 1962 à travers la saga de deux familles de colons installés dans la région d'Alger. Cet extrait est  une vision de ce qu'aurait dû faire la France en Algérie.

     

    « Raoul Salan clandestinement à Toulon *** Un article de la Ligue des Droits de l'Homme de Toulon *** MISE A JOUR : l'article de Var Matin"Algérie 1962 : l'été où ma famille a disparu" est rediffusé ce soir mardi 1er septembre 2015 à 20h40 sur la chaine Histoire. »
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