• Jean-Marie Le Pen va aider sa fille à financer sa campagne présidentielle… Quelle bouffonnerie… Quelle hypocrisie…

    Jean-Marie Le Pen va aider sa fille à financer sa campagne présidentielle… Quelle bouffonnerie… Quelle hypocrisie…

    "Le Parisien" évoque une "bouffée d'oxygène" pour le parti, qui peine à rassembler les 15 millions d'euros nécessaires pour sa campagne. Le journal ne précise pas, toutefois, combien le père va donner à la fille.

    Jean-Marie Le Pen va aider sa fille à financer sa campagne présidentielle… Quelle bouffonnerie… Quelle hypocrisie…

    Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen, le 1er mai 2015, à Paris. (MAXPPP)

    Aucun montant n'est annoncé, mais c'est un geste étonnant. Jean-Marie Le Pen va prêter de l'argent à sa fille, Marine, pour sa campagne présidentielle, selon Le Parisien, lundi 12 septembre.

    Pourtant, le père et la fille restent brouillés. En mai, le patriarche affirmait encore que la présidente du Front national "sera battue" au second tour de la présidentielle, peut-être même "au premier", à moins de changer de stratégie. Exclu du parti qu'il a cofondé, il envisage même de présenter des candidats aux législatives. Autant de concurrents à la députation pour les candidats frontistes.

    Quelle bouffonnerie, quelle hypocrisie !!!

    Rappelons-nous : du mot de trop ?

    Jean-Marie Le Pen va aider sa fille à financer sa campagne présidentielle… Quelle bouffonnerie… Quelle hypocrisie…

    Jean-Marie Le Pen, 13 septembre 1987, participe au Grand Jury RTL-Le Monde.

    Ce sont comme des dates anniversaires. Quelques minutes qui font basculer l'histoire, qui déterminent un avant et un après, deux périodes bien distinctes. Le 13 septembre 1987 est un de ces points de rupture : le Front national s’éloigne, brutalement, de toute perspective de pouvoir. Il y a tout juste 29 ans, le « détail » de Jean-Marie Le Pen orientait l’histoire du Front national dans une nouvelle direction ; un mot qualifié, en interne, d’« erreur politique de sa vie ». Le procès Barbie s’était terminé en juillet. Le chef de la Gestapo de Lyon avait été condamné à la réclusion à perpétuité pour crimes contre l’humanité. Les paroles de Jean-Marie Le Pen suscitaient une vive émotion dans l’opinion publique. La classe politique, choquée, condamnait unanimement le président du FN.

    À ce moment, beaucoup du FN considéraient que le parti était porté par une « dynamique énorme ». La présidentielle de 1988 est abordée avec optimisme. Jean-Marie Le Pen envisage sérieusement une participation à l’exécutif. Sa meilleure chance se trouve dans l’élection de 1988, affirme Carl Lang : « Tout est possible. Dans la propagande de Le Pen, avec l’idée de la vague, on pense à la déferlante. Les conditions tactiques et politiques sont réunies : groupe parlementaire, conseillers régionaux, appareil solide, un Le Pen en pleine forme. On mise sur la présence de Le Pen au second tour face à Mitterrand. Nous pensons qu’il y a un coup fantastique à faire : arriver en tête de la droite. Tous le pensent. Mégret encore plus que Stirbois ».

    Le « détail »

    À quelques mois de la présidentielle. Jean-Marie Le Pen organise sa rentrée politique comme il le fait depuis un bon moment. Fin août, le président du FN tient meeting dans sa ville natale de La Trinité-sur-Mer. Une radio suit puis, ensuite, les BBR. Le président du FN et son conseiller en communication Lorrain de Saint Affrique programment une émission avec RTL. À ce moment-là, ils savent qu’une thèse universitaire  - celle d’Henri Roques - pose des « problèmes liés au révisionnisme ». Il est possible qu’une question soit posée à ce sujet. Les deux hommes préparent une réponse « bateau » sur le thème de la liberté de recherche.

    Le 13 septembre, Jean-Marie Le Pen est l’invité du Grand Jury RTL-Le Monde. Peu après le début de l’émission, Olivier Mazerolle pose cette question à Jean-Marie Le Pen : « Que pensez-vous des thèses de messieurs Faurisson et Roques ? »

    Le soir de l’émission, le secrétaire général du FN Jean-Pierre Stirbois dit à Michel Collinot : « C’est foutu ». Ce sentiment, mêlé à l’incompréhension et à la colère, domine. Les militants et cadres se demandent quelle est l’utilité de militer si, systématiquement, Jean-Marie Le Pen détruit ce qu’ils construisent avec tant de difficulté. La plupart des proches du président du FN comprennent, ce 13 septembre, qu’il se détourne du pouvoir. Le secrétaire général aux adhésions Jean-François Touzé reçoit les jours suivants « plusieurs centaines de cartes déchirées. Peut-être 1500, 2000 ». Elles proviennent des anciens de la droite. Ceux qui avaient adhéré au début des années 1980 par anticommunisme et parce qu’ils étaient réceptifs aux positions du FN sur l’immigration.

    Vingt-six ans après le « détail », l'ancien conseiller régional, député européen et secrétaire général du FN considère que Jean-Marie Le Pen pouvait, en 1988, « passer devant Chirac. Du fait de la candidature de Barre, ça pouvait se jouer à un demi-point. Le Pen a une formule : avant le détail, le FN faisait 2 millions de voix. Après, il a fait 4 millions de voix. Mais sans, il aurait peut-être fait 6 millions ».

    Quelques mois plus tard, lors de l’Université d'été du FN (2 septembre 1988) Jean-Marie Le Pen est l’auteur du calembour « Durafour-crématoire ». À partir de l’été 1989, et ce, pendant plusieurs années, l’antisémitisme devient un des thèmes réguliers de la propagande politique du FN. Les idéologues du FN se parent des habits des défenseurs de ceux qu’ils nomment les « historiens révisionnistes » et appellent à la suppression des lois « liberticides », notamment dans les programmes électoraux. La prise en compte du négationnisme dans les programmes et au sein de l’idéologie du parti lepéniste entend bouleverser la mémoire collective et réhabiliter le nationalisme français et ses valeurs. L’histoire établie par les vainqueurs se doit d’être remodelée. Pour ces raisons, les chambres à gaz représentent un « verrou » idéologique qu’il faut absolument faire sauter.

    Le « verrou »

    L’ancien directeur de rédaction de National hebdo, Martin Peltier, montre bien l’attachement du discours d’extrême droite au négationnisme. Les « dérapages » de Jean-Marie Le Pen doivent faire « sauter » les derniers « verrous politiques qui retiennent les Français d’adhérer » au FN. Ceux-ci trouvent leur fondement dans la « manipulation historique » de la Seconde Guerre mondiale ; une manœuvre à l’origine du discrédit de l’extrême droite depuis 1945. La guerre d’Algérie, le combat pour l’Algérie française avait redonné espoir aux nationalistes. Les accords d’Évian et le contexte qui suit remettent, pour un temps, l’extrême droite au ban du paysage politique français. Comment sortir l’extrême droite de cette impasse qui donne la part belle aux communistes et aux Juifs et exclut les nationaux ? La solution réside dans le négationnisme. Martin Peltier explique : si cette « bataille de la mémoire peut sembler oiseuse » aux Français, elle est en fait « déterminante ». Les chambres à gaz ne sont pas un « détail ». Elles représentent le « cœur du dispositif d’exclusion des nationaux – et c’est à cause de l’exclusion des nationaux que les Français sont écrasés d’impôt et livrés sans défense à l’invasion du tiers-monde par des gouvernements criminels ». Cette construction idéologique régit la « conscience tout entière, et tout le champ politique. C’est le préjugé “antiraciste” qui empêche de rétablir l’ordre et de résoudre le problème de l’immigration ». Pour l’extrême droite, ce « préjugé » provient de l’histoire nazie et de ses instigateurs. Les chambres à gaz ne viennent pas agrémenter une construction idéologique. Elles la structurent. Elles constituent la « clé du système » dans la conscience d’extrême droite. Le négationnisme nourrit l’idéologie des vaincus.

     

    Diabolisation contre

     

    dédiabolisation

    Quelques jours après son accession à la présidence du FN, Marine Le Pen s’affranchit du négationnisme. « Tout le monde sait ce qui s’est passé dans les camps et dans quelles conditions. Ce qui s’y est passé est le summum de la barbarie (Le Point, 3 février 2011) » ; une étape qui s’inscrit dans la « dédiabolisation » du FN, remise en marche au début des années 2000 et indissociable pour une éventuelle normalisation du parti d’extrême droite. Cette stratégie, initiée par Bruno Mégret, instaure au sein du FN deux clans, deux positions qui s'entrechoquent à partir de la fin des années 1980 :

    - les mégrétistes et la dédiabolisation : se normaliser, se crédibiliser et passer par l’opposition avant de prendre le pouvoir.

    - les lepénistes et la diabolisation : rester dans la provocation, la radicalité et n'avoir aucune probabilité de devenir un parti de gouvernement.

    La « dédiabolisation » mariniste ne prend pas à son compte l'immigration et l'islam. L’islamophobie s'est substituée à l'antisémitisme. En décembre 2013, Louis Aliot me disait ceci : « La dédiabolisation ne porte que sur l’antisémitisme. En distribuant des tracts, dans la rue, le seul plafond de verre que je voyais ce n’était pas l’immigration ni l’islam... D’autres sont pires que nous sur ces sujets-là. C’est l’antisémitisme qui empêche les gens de voter pour nous. Il n’y a que cela. À partir du moment où vous faites sauter ce verrou idéologique, vous libérez le reste. (...) Depuis que je la connais, Marine Le Pen est d’accord avec cela. Elle ne comprenait pas pourquoi et comment son père et les autres ne voyaient pas que c’était le verrou. Elle aussi avait une vie à l’extérieur, des amis qui étaient aux antipodes sur ces questions-là des Le Gallou et autres. C’est la chose à faire sauter ».

    L'histoire continue. La procédure intentée par Jean-Marie Le Pen contre son exclusion en août 2015 doit être examinée par la justice le 5 octobre 2016. En récidivant sur le « détail » et en déclarant n'avoir « jamais considéré le maréchal Pétain comme un traître », l'ancien président du FN ne faisait pas que s'opposer à sa fille. Il choisissait de se distinguer et de confirmer, une énième fois, sa stratégie.

     

    « C’est donc avec un réel plaisir que j’ai pu lire le communiqué de la Ville de Chalon-sur-Saône : la stèle demandée par la FNACA est confirmée. Un appel aux adhérents pour sa réalisationRencontre avec Marguerite Bernard »
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