• Jean-Philippe Ould Aoudia : Mémoire, vérité et réconciliation

     

     

    Jean-Philippe Ould Aoudia :

     Mémoire, vérité et réconciliation

    Jean-Philippe Ould Aoudia : Mémoire, vérité et réconciliation

     

    Le président de la République française écrit, dans sa lettre de mission adressée à l’historien Benjamin Stora : «Je souhaite m’inscrire dans une volonté nouvelle de réconciliation des peuples français et algériens [sic].»

    Cette mission s’inscrit dans une perspective politique clairement assumée puisque le 24 janvier 2020, Emmanuel Macron avait déclaré : «Les sujets mémoriels sont au cœur de la vie des nations […] ils disent ce que vous voulez faire de votre pays […]. La guerre d’Algérie est sans doute le plus dramatique. Je le sais depuis ma campagne [en référence à la campagne électorale de 2017] […]. La guerre d’Algérie c’est ce qui fait la Ve République.»

    Le rapport établi dans le cadre de cette mission servira donc au candidat Macron à orienter ses choix politiques dans sa campagne pour les élections présidentielles et législatives de mars 2022 qui coïncideront avec le soixantième anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie.

    La respectabilité de l’État aurait gagné à ce qu’une telle démarche, éminemment complexe, s’accomplisse en toute neutralité et en toute justice, sans méconnaître une catégorie de victimes au profit d’une autre, sans privilégier une douleur mise en avant par rapport à telle autre restée digne et contenue.

    C’est loin d’être le cas puisque les 2700 victimes algériennes et françaises de l’OAS sont les grandes oubliées du rapport, alors même que cette organisation terroriste et raciste a établi une «quasi-guerre civile entre Français entre 1960 et 1962» et que, face aux multiples attentats de toute nature, la République a tenu bon grâce à celles et ceux qui lui sont restés fidèles et l’ont défendue au péril de leur vie.

    Les partisans de l’OAS ont attenté à plusieurs reprises à la vie du chef de l’Etat. Ils n’ont pas hésité à mitrailler des jeunes appelés du contingent. A l’exception d’un seul, les officiers supérieurs morts dans le cadre de ce conflit armé ont été assassinés par des terroristes français.

    Sans parler des policiers, des magistrats, des élus, des enseignants, algériens et français tous confondus, de simples passants abattus au faciès, etc.

    Le rapport dissimule au Président de la République cette face hideuse et meurtrière de la guerre. Les victimes et la douleur de leurs descendants sont ignorées. Or, si on veut apaiser les blessures mémorielles de la guerre d’Algérie, si le chef de l’Etat souhaite, comme il l’écrit, une réconciliation entre Français et Algériens, aucune victime de cette guerre ne doit être oubliée.

    C’est exactement ce qu’a déclaré le maire de Paris en inaugurant le 6 octobre 2011 au cimetière du Père-Lachaise une stèle érigée en hommage aux victimes de l’OAS : Je veux le dire pour les victimes, je veux le dire pour l’unité de la collectivité nationale : il n’y a pas d’unité du peuple français s’il a peur de la vérité. Il ne peut pas penser son avenir sur l’ambiguïté ou sur une sorte de lâcheté par rapport à l’Histoire. D’autre part, il ne faut pas taire la responsabilité de l’Algérie : les victimes de l’OAS sont absentes du récit national.

    Depuis 2005, il est impossible de se recueillir devant le mur criblé de balles où six enseignants ont été massacrés le 15 mars 1962 par un commando de l’OAS. On ne peut pas, même une seule fois par an, respecter une minute de silence à la mémoire de Marcel Basset, Robert Eymard, Mouloud Feraoun, Ali Hammoutène, Max Marchand et Salah Ould Aoudia, dirigeants de cette institution créée par l’amie de l’Algérie : Germaine Tillion.

    Pour le soixantième anniversaire de la fin de la guerre d’indépendance, une plaque commémorative pourrait être apposée au ministère algérien de l’Éducation nationale, en hommage à ces six hommes de paix et de réconciliation, et inaugurée par le ministre algérien de l’Éducation nationale en présence de son homologue français.

    Pour le soixantième anniversaire de la fin de la guerre d’indépendance, une stèle pourrait être élevée au cimetière d’El Alia en hommage aux Algériens et aux Français victimes de l’OAS et inaugurée par le maire d’Alger en présence de la maire de Paris. Pendant les mois meurtriers où l’OAS a livré sa guerre cruelle, elle a uni dans le sang et dans le deuil les peuples algérien et français. Ces victimes méritent d’être particulièrement honorées pour achever le travail de mémoire, de vérité et de réconciliation.

    Jean-Philippe Ould Aoudia
    Président de l’association Les Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs Compagnons
     

    SOURCE : https://www.elwatan.com/pages-hebdo/france-actu/memoire-verite-et-reconciliation-26-01-2021 

     

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  • Commentaires

    1
    Mardi 26 Janvier à 15:21
    J'ai pris connaissance de cettte contribution au débat ouvert par le rapport de Benjamin Stora qui concerne les victimes de l'OAS. Je connais le drame qui a endeuillé la famille de Jean-Philippe Aoudia et comprends parfaitement qu'il ait le souci que de telles questions ne soient pas omises dans la réconciliation qui est à l'ordre du jour.
    A Béziers ainsi que dans de nombreux endroits du sud de la France nous sommes confrontés à cette situation via notamment l'existence de stèles rendant hommage aux assassins de l'OAS condamnés par la justice. Je fais simplement remarquer que la frontière n'est pas étanche entre la droite et son extrême sur le sujet. C'est précisément le cas à Béziers où Elie Aboud faisait chorus avec Ménard devant notre stèle de la honte à diverses occasion. C'est également ce qui se passait à Perpignan où l'ancien maire Pujol avait favorisé autant qu'il l'a pu les nostalgériques dans la guerre mémorielle qui était déjà engagée avant la publication du rapport de Benjamin Stora.
    Je n'avais pas de précision sur la position de l'Algérie à propos de cet aspect de l'histoire. Ce que je sais par contre c'est qu'on trouve parmi les anciens d'Algérie une attitude qui consiste à mettre en avant ce qu'ils ont fait pendant le putsch d'avril 61 en oubliant que les généraux félons étaient dans la continuité de ce qui avait précédé. Ainsi Salan avait été chef de l'armée en Algérie avant de prendre la tête de l'OAS et de la tentative de Coup d'Etat.
    On peut ajouter que la politique de la SFIO ne différait pas fondamentalement de celle des partisans de l'Algérie française et il n'est pour s'en convaincre que d'examiner ceux qu'ont fait Guy Mollet qui a envoyé le contingent sur le terrain ou de Mitterrand quand il était ministre de l'Intérieur ou de la Justice et plus tard quand il a amnistié ceux qui avaient participé au putsch et même réintégré dans les cadres les généraux félons avec reconstitution de carrière.
    Voilà quelques éléments que j'ajoute à l'échange.
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