• Jean-Philippe Ould Aoudia président de « l’Association Les Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs Compagnons »

     

     

    Jean-Philippe Ould Aoudia président  de « l’Association Les Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun  et de leurs Compagnons »

    Jean-Philippe Ould Aoudia : Mémoire, vérité et réconciliation

    nous rappelle l’intervention qu’il a faite le 20 novembre 2020 pour la cérémonie d’hommage devant la plaque commémorative au Ministère chargé des Relations avec le Parlement, 101 rue de Grenelle 75007 Paris

    Monsieur le chef de cabinet de Madame la ministre,

    Madame la ministre chargée de la Transformation et de la Fonction publiques,

    amies et amis toujours présents en ce lieu chaque 15 mars,

    chers descendants des six victimes, proches de nous ici par la pensée,

    Le 24 janvier 2020, le président de la République a évoqué sa politique mémorielle en des termes qui méritent d’être cités intégralement :

    Les sujets mémoriels sont au cœur de la vie des nations. Qu’ils soient utilisés, refoulés ou assumés, ils disent quelque chose de ce que vous voulez faire de votre pays et de votre géopolitique.

    Je suis très lucide sur les défis que j'ai devant moi d'un point de vue mémoriel, et qui sont politiques. La guerre d'Algérie est sans doute le plus dramatique. Je le sais depuis ma campagne. Il est là et je pense qu'il a à peu près le même statut que la Shoah pour Chirac en 1995.

    La guerre d’Algérie c’est ce qui fait la Vè  République, si je devais parler par raccourci. C’est donc quelque chose qui pèse dans la vie institutionnelle, politique, militaire française.

    Nous voilà informés : mars 2022, soixantième anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie, coïncidera avec les élections législatives et  présidentielles. La guerre d’Algérie sera dans la campagne électorale en 2022, comme elle l’était en 2017. La guerre d’Algérie c’est ce qui fait la Vè  République. Elle est là.

    Oui Monsieur le Président : la guerre d’Algérie est précisément là où nous nous tenons ce matin. La perspective de 2022 justifie, plus fortement encore, notre présence et le travail qu’ont fait, font et vont faire notre association, l’association nationale pour la mémoire des victimes de l’OAS (Anpromevo) et nos amis au sein de la Fnaca.

    Le Président voit juste en déclarant : « Je suis très lucide sur les défis que j'ai devant moi d'un point de vue mémoriel, et qui sont politiques ». 

    Le défi mémoriel, notre association doit le relever régulièrement :

    -       en demandant à la Justice de condamner ceux qui insultent la mémoire de nos morts.

    -       En obtenant condamnation de ceux qui visent à faire en sorte que les bourreaux soient considérés comme des héros, alors qu’ils ne sont que de lâches assassins doublés de révisionnistes.

         De ce point de vue l’institution judiciaire, elle, n’a pas failli.

    -       En nommant les instigateurs et les participants à ce qui fut l’un des crimes les plus imbéciles de l’épisode franco français de la guerre.

    Instigateurs et participants pourtant connus mais jamais jugés et parfois même indemnisés, voire promus dans l’Ordre de la Légion d’honneur grâce à des lois d’amnistie d’inspiration médiocre.

    -       Notre défi mémoriel consiste aussi à rappeler le souvenir des fonctionnaires courageux, restés au service de l’État, impavides devant le danger et qui l’ont payé de leur vie.

    Il faut les honorer toujours et ne les oublier jamais, comme nous le faisons ici même, comme à Alençon et devant la stèle élevée au Père-Lachaise.

    Il ne s’agit pas de faire appel à l’émotion, ou de faire appel à la compassion envers les victimes ou leurs descendants dans le but d’éviter la reproduction des horreurs dont l’homme est capable. Le « plus jamais ça ! » ça ne fonctionne pas. La concurrence victimaire est stérile.

    Ce qu’il faut, dans ces circonstances, c’est rappeler quelles sont les valeurs et les idéaux qui font de la République un bloc qu’on doit défendre et les hommes qu’il faut honorer.

    Oui Monsieur le Président : la guerre d’Algérie  pèse dans la vie « institutionnelle, politique, militaire française. Les sujets mémoriels disent quelque chose de ce que vous voulez faire de votre pays : oui Monsieur le Président.

    Notre défi mémoriel est bien politique. Il  consiste à obtenir que les victimes de l’OAS soient prises en considération à l’échelon national et à l’échelon institutionnel.  Mais nous devons constater –hélas- que ces victimes-là ne sont toujours pas considérées par nos institutions malgré nos demandes répétées. La mémoire des victimes civiles de l’OAS est celle que la République voudrait faire oublier.

    Certes, à force d’avoir été inlassablement dénoncée par une poignée d’entre nous, il semblerait que soit révolue la longue période au cours de laquelle la Légion d’honneur fut généreusement attribuée à d’authentiques assassins.

    Certes, l’écriture de l’histoire vient d’être remise dans le droit chemin à deux reprises :

    -       lorsqu’en 2017 le candidat Emmanuel Macron avait qualifié la colonisation de « crime contre l'Humanité », en opposition avec la loi du 23 février 2005 dont l’article 4 proclamait le rôle positif de la colonisation qu’il fallait même enseigner aux élèves. Un comble !

    -       Lorsque le 13 septembre 2019, le Président de la République a reconnu que la torture avait été institutionnalisée pendant la guerre d’Algérie à la suite de l’adoption des Pouvoirs spéciaux par le Parlement.

    Mais les institutions ne suivent toujours pas la geste présidentielle.

    C’est ainsi que le Conseil d’État, réuni en séance plénière le 13 février 2003, sous la présidence de M. Renaud Denoix de Saint Marc, s’est appliqué, que dis-je, s’est ingénié à concevoir un motif pour écarter de l’attribution de la mention « Mort pour la France », les victimes civiles de l’Organisation armée secrète, au prétexte que ce groupe puissamment armé n’était pas partie belligérante dans la guerre d’Algérie.

    L’OAS n’était pas partie belligérante ? Vraiment ?

    Le Conseil d’État n’avait-il pas connaissance du tract OAS du jeudi 22 mars 1962 ?

    Les forces de l’ordre, gendarmes mobiles, CRS, et unités de quadrillage   sont invitées à se refuser à toute action dans le secteur délimité par la caserne Pélissier, la caserne d’Orléans, Climat de France et St. Eugène.

    48 heures de réflexion sont laissées aux officiers, sous-officiers et soldats qui, à partir du jeudi 22 mars 1962, à 0 heure seront considérés comme des troupes au service d’un gouvernement étranger.

    Le 23 mars, sans attendre la fin du délai de réflexion, les commandos de l’OAS interceptent un camion militaire égaré dans Bab el Oued. Les jeunes soldats refusent de remettre les armes que la République leur avait confiées pour la défendre, et les belligérants abattent, froidement, six appelés du contingent.

    Un ultimatum adressé à notre armée vue comme ennemie, le mitraillage de nos soldats, ce ne serait  pas des actes de guerre contre la France ?

    L’OAS n’était pas partie belligérante ? Vraiment ?

    L’ALN est à l’origine de la mort d’un colonel. C’est trop bien sûr. Mais l’OAS de son côté, a assassiné 13 officiers supérieurs : 7 commandants, 4 lieutenants-colonels, 1 colonel et le général du Corps d’armée d’Oran, 4 étoiles.

    Mais combien fallait-il donc d’officiers, de sous-officiers, de simples soldats, d’appelés du contingent pour que l’OAS soit classée parmi les belligérants ?

    Persister plus longtemps à priver du bénéfice de la qualité de « Mort pour la France » ces six victimes de la guerre d’Algérie auxquelles nous rendons hommage aujourd’hui, reviendrait à les confiner à jamais dans le statut de « Morts du fait de la France », du fait de la France coloniale et particulièrement de son 1er régiment étranger de parachutistes, composé pour partie d’anciens de la waffen-SS, commandé par Hélie Denoix de saint Marc, dont les déserteurs ont constitué l’encadrement de l’OAS après l’échec du putsch du 24 avril 1961 visant à renverser la république.

    C’est ce défi institutionnel, politique, militaire, comme l’analyse le Président, auquel il est confronté, et qu’il doit surmonter comme a su le faire Jacques Chirac à propos du génocide juif. Car c’est ainsi qu’il faut comprendre ce qu’Emmanuel Macron a dit le 20 janvier dernier : « je pense qu'il (le défi mémoriel, de nature politique auquel je suis confronté)  a à peu près le même statut que la Shoah pour Chirac en 1995 ».

    Les institutions doivent donc se comporter de manière impartiale face aux demandes de reconnaissance qui leur sont faites, et ne pas être influencées par les lobbys civils et militaires nostalgiques d’une époque coloniale qui remonte à 60 ans, sous peine de voir s’affronter les mémoires françaises de la guerre d’Algérie pendant encore trop longtemps.

    Oui, Monsieur le Président de la République, résolument oui :

    Les sujets mémoriels sont au cœur de la vie des nations

    Si notre nation veut apaiser les mémoires blessées de la guerre d’Algérie, si elle veut obtenir une réconciliation nationale, elle ne doit oublier aucun de ses enfants morts du fait de cette guerre, quels que soient ceux qui les ont tués, Français ou Algériens.

    L’unité de la Nation est à ce prix.

    Jean-Philippe Ould Aoudia 

     

    Article El Watan

    Jean-Philippe Ould Aoudia :

     Mémoire, vérité et réconciliation

    Jean-Philippe Ould Aoudia : Mémoire, vérité et réconciliation

     

    Le président de la République française écrit, dans sa lettre de mission adressée à l’historien Benjamin Stora : «Je souhaite m’inscrire dans une volonté nouvelle de réconciliation des peuples français et algériens [sic].»

    Cette mission s’inscrit dans une perspective politique clairement assumée puisque le 24 janvier 2020, Emmanuel Macron avait déclaré : «Les sujets mémoriels sont au cœur de la vie des nations […] ils disent ce que vous voulez faire de votre pays […]. La guerre d’Algérie est sans doute le plus dramatique. Je le sais depuis ma campagne [en référence à la campagne électorale de 2017] […]. La guerre d’Algérie c’est ce qui fait la Ve République.»

    Le rapport établi dans le cadre de cette mission servira donc au candidat Macron à orienter ses choix politiques dans sa campagne pour les élections présidentielles et législatives de mars 2022 qui coïncideront avec le soixantième anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie.

    La respectabilité de l’État aurait gagné à ce qu’une telle démarche, éminemment complexe, s’accomplisse en toute neutralité et en toute justice, sans méconnaître une catégorie de victimes au profit d’une autre, sans privilégier une douleur mise en avant par rapport à telle autre restée digne et contenue.

    C’est loin d’être le cas puisque les 2700 victimes algériennes et françaises de l’OAS sont les grandes oubliées du rapport, alors même que cette organisation terroriste et raciste a établi une «quasi-guerre civile entre Français entre 1960 et 1962» et que, face aux multiples attentats de toute nature, la République a tenu bon grâce à celles et ceux qui lui sont restés fidèles et l’ont défendue au péril de leur vie.

    Les partisans de l’OAS ont attenté à plusieurs reprises à la vie du chef de l’Etat. Ils n’ont pas hésité à mitrailler des jeunes appelés du contingent. A l’exception d’un seul, les officiers supérieurs morts dans le cadre de ce conflit armé ont été assassinés par des terroristes français.

    Sans parler des policiers, des magistrats, des élus, des enseignants, algériens et français tous confondus, de simples passants abattus au faciès, etc.

    Le rapport dissimule au Président de la République cette face hideuse et meurtrière de la guerre. Les victimes et la douleur de leurs descendants sont ignorées. Or, si on veut apaiser les blessures mémorielles de la guerre d’Algérie, si le chef de l’Etat souhaite, comme il l’écrit, une réconciliation entre Français et Algériens, aucune victime de cette guerre ne doit être oubliée.

    C’est exactement ce qu’a déclaré le maire de Paris en inaugurant le 6 octobre 2011 au cimetière du Père-Lachaise une stèle érigée en hommage aux victimes de l’OAS : Je veux le dire pour les victimes, je veux le dire pour l’unité de la collectivité nationale : il n’y a pas d’unité du peuple français s’il a peur de la vérité. Il ne peut pas penser son avenir sur l’ambiguïté ou sur une sorte de lâcheté par rapport à l’Histoire. D’autre part, il ne faut pas taire la responsabilité de l’Algérie : les victimes de l’OAS sont absentes du récit national.

    Depuis 2005, il est impossible de se recueillir devant le mur criblé de balles où six enseignants ont été massacrés le 15 mars 1962 par un commando de l’OAS. On ne peut pas, même une seule fois par an, respecter une minute de silence à la mémoire de Marcel Basset, Robert Eymard, Mouloud Feraoun, Ali Hammoutène, Max Marchand et Salah Ould Aoudia, dirigeants de cette institution créée par l’amie de l’Algérie : Germaine Tillion.

    Pour le soixantième anniversaire de la fin de la guerre d’indépendance, une plaque commémorative pourrait être apposée au ministère algérien de l’Éducation nationale, en hommage à ces six hommes de paix et de réconciliation, et inaugurée par le ministre algérien de l’Éducation nationale en présence de son homologue français.

    Pour le soixantième anniversaire de la fin de la guerre d’indépendance, une stèle pourrait être élevée au cimetière d’El Alia en hommage aux Algériens et aux Français victimes de l’OAS et inaugurée par le maire d’Alger en présence de la maire de Paris. Pendant les mois meurtriers où l’OAS a livré sa guerre cruelle, elle a uni dans le sang et dans le deuil les peuples algérien et français. Ces victimes méritent d’être particulièrement honorées pour achever le travail de mémoire, de vérité et de réconciliation.

    Jean-Philippe Ould Aoudia
    Président de l’association Les Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs Compagnons
     

    SOURCE : https://www.elwatan.com/pages-hebdo/france-actu/memoire-verite-et-reconciliation-26-01-2021 

     

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  • Commentaires

    1
    Mardi 26 Janvier à 15:21
    J'ai pris connaissance de cettte contribution au débat ouvert par le rapport de Benjamin Stora qui concerne les victimes de l'OAS. Je connais le drame qui a endeuillé la famille de Jean-Philippe Aoudia et comprends parfaitement qu'il ait le souci que de telles questions ne soient pas omises dans la réconciliation qui est à l'ordre du jour.
    A Béziers ainsi que dans de nombreux endroits du sud de la France nous sommes confrontés à cette situation via notamment l'existence de stèles rendant hommage aux assassins de l'OAS condamnés par la justice. Je fais simplement remarquer que la frontière n'est pas étanche entre la droite et son extrême sur le sujet. C'est précisément le cas à Béziers où Elie Aboud faisait chorus avec Ménard devant notre stèle de la honte à diverses occasion. C'est également ce qui se passait à Perpignan où l'ancien maire Pujol avait favorisé autant qu'il l'a pu les nostalgériques dans la guerre mémorielle qui était déjà engagée avant la publication du rapport de Benjamin Stora.
    Je n'avais pas de précision sur la position de l'Algérie à propos de cet aspect de l'histoire. Ce que je sais par contre c'est qu'on trouve parmi les anciens d'Algérie une attitude qui consiste à mettre en avant ce qu'ils ont fait pendant le putsch d'avril 61 en oubliant que les généraux félons étaient dans la continuité de ce qui avait précédé. Ainsi Salan avait été chef de l'armée en Algérie avant de prendre la tête de l'OAS et de la tentative de Coup d'Etat.
    On peut ajouter que la politique de la SFIO ne différait pas fondamentalement de celle des partisans de l'Algérie française et il n'est pour s'en convaincre que d'examiner ceux qu'ont fait Guy Mollet qui a envoyé le contingent sur le terrain ou de Mitterrand quand il était ministre de l'Intérieur ou de la Justice et plus tard quand il a amnistié ceux qui avaient participé au putsch et même réintégré dans les cadres les généraux félons avec reconstitution de carrière.
    Voilà quelques éléments que j'ajoute à l'échange.
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