• L’écrivain franco-algérien Akli Tadjer face aux lycéens refusant de lire sa prose

     

    L’écrivain franco-algérien Akli Tadjer face

    aux lycéens refusant de lire sa prose 

    © Karim Yahiaoui, France 24 | L'écrivain Akli Tadjer, en déplacement dans la Somme (nord de la France), vendredi 16 novembre 2018.

     

    L’auteur de "Porteur de cartable", Akli Tadjer, était invité dans une classe de terminale dans le nord de la France, vendredi, pour expliquer son roman, objet d’un rejet de la part d’élèves qui s’assument comme racistes.

    "J’ai pu leur dire mes convictions, ma façon de voir le monde". Vendredi 16 novembre, l’écrivain franco-algérien Akli Tadjer a rencontré les élèves de terminale du lycée Pierre Mendès-France, à Péronne, dans la Somme. Invité par le professeur de français, l’auteur a cherché à dialoguer avec les lycéens qui avaient refusé de lire des extraits d’un de ses huit romans, "Porteur de cartable", paru aux éditions Jean-Claude Lattès.

    Le dialogue s’annonçait tendu depuis que l’enseignante avait prévenu l’auteur, le 27 septembre dernier, que des élèves de sa classe avaient protesté contre la lecture de son livre, qui narre l'histoire d'une amitié entre le fils d'un combattant du Front de libération nationale (FLN) et un fils de Pieds-Noirs. La raison de ce refus ? "L’auteur n’est pas Français (j’aimerais qu’ils écrivent le français comme [lui]…), l’histoire ne concerne pas la France (ils ne savaient pas que l’Algérie avait été française) et il y a du vocabulaire en arabe… Un élève a refusé de lire pour ne pas prononcer le nom ‘Messaoud’. J’ai dû l’exclure", raconte la professeure dans un message à l'auteur.

    L’écrivain franco-algérien Akli Tadjer face aux lycéens refusant de lire sa prose

    Droit de vote l'année prochaine 

    L’affaire, relayée par Akli Tadjer lui-même, a fait grand bruit sur les réseaux sociaux, et les médias – dont France 24 – étaient nombreux à le suivre, vendredi, dans la Somme. À l'issue de sa rencontre avec les lycéens, l’auteur raconte avoir demandé aux élèves de lever la main s’ils ne s’estimaient pas racistes. La plupart des mains se sont élevées, "autrement dit, ce n’est pas une classe de néo-nazis", se rassure-t-il. Cependant, deux personnes ont bravé les regards, mains abaissées. "Non, je ne suis pas raciste. C’est politique" ont-elles argumenté. "Ça veut tout dire", a commenté l’écrivain face caméras, "sachant qu’ils auront le droit de vote l’année prochaine".

    "Je le prends comme de la provocation, ils ont 17 ans", analyse Akli Tadjer. "La provocation passe par des mots racistes aujourd’hui. Je reste optimiste, ils vont grandir, et changer de provocation", espère-t-il, avant de rappeler : "Je me suis déplacé pour expliquer que le racisme n’est pas un rêve, pas un idéal, mais un délit".

    Quand l’auteur a demandé aux élèves leurs projets d’avenir, plusieurs ont émis le souhait d’émigrer aux États-Unis. "Vous serez alors dans la peau d’un étranger !", a rétorqué Akli Tadjer. Si le paradoxe a peut-être résonné aux oreilles des lycéens, l’écrivain ne s’avoue pas vainqueur : "Ce n’est pas clos. Ce n’est pas parce que je repars du lycée que c’est fini."

    SOURCE : https://www.france24.com/fr/20181116-france-ecrivain-franco-algerien-akli-tadjer-lyceens-refus-lire-roman-porteur-cartable

    Le courrier picard écrit :

    Péronne: rencontre entre l’écrivain

     franco-algérien et les lycéens

     ou la grande réconciliation

    L’écrivain franco-algérien Akli Tadjer face aux lycéens refusant de lire sa prose

    La rencontre littéraire s’est bien tenue vendredi 16 novembre au lycée Pierre Mendès-France de Péronne, entre les élèves d’une Terminale Bac pro, même les réfractaires de septembre, et l’auteur franco-algérien Akli Tadjer.

    LES FAITS

    – Fin septembre, lors d’un cours de français d’une classe de Terminale Bac pro, plusieurs élèves, sur fond d’intolérance voire de racisme, ont refusé de lire des extraits du « Porteur de cartable ». 

    –  Des sanctions sont tombées pour sept élèves qui ont fait l’objet d’un rappel à la loi du gendarme référent et l’un d’eux passera prochainement en conseil de discipline.

    –  L’écrivain Akli Tadjer a tenu à maintenir la rencontre avec l’ensemble de la classe qui a eu lieu vendredi en début d’après-midi au lycée général et technologique Pierre Mendes-France de Péronne.

    L’écrivain franco-algérien Akli Tadjer face aux lycéens refusant de lire sa prose

    Le rejet vient souvent de l’ignorance. Et parmi ces élèves, certains ne savaient même pas que la guerre d’Algérie appartenait aussi à l’histoire contemporaine de la France. Auteur en 2002 du livre Le porteur de cartable, racontant le destin croisé de deux garçons que tout sépare pendant ce conflit colonial, l’écrivain Akli Tadjer a bien rencontré les 25 élèves, de Terminale Bac pro mécanique, tous des garçons, dans l’établissement, en présence notamment de son éditrice Isabelle Laffont, présidente des éditions Lattes, du professeure de français, de l’inspecteur pédagogique responsable de la cellule laïcité de l’académie, Jérôme Damblant et du chef d’établissement André Prudhomme. L’échange d’une heure s’est déroulé sans journaliste, ni micro, ni caméra, pour ne pas fausser la rencontre et préserver les élèves. Après la rencontre, les principaux interlocuteurs ont tenu un point presse, sous le signe de l’apaisement.

    «  C’était un moment que j’attendais. Je n’ai rien préparé et j’y suis allé avec mon cœur. Les jeunes étaient tous attentifs. J’ai d’abord raconté l’histoire de ma vie, mes parents analphabètes et la littérature qui m’a épanoui, confie Akli Tadjer. Quand j’ai demandé à la classe qui n’était pas raciste. Tous ont levé le doigt sauf deux. Je les ai trouvés finalement assez courageux. Ils ont dit qu’ils n’étaient pas racistes et que c’était politique…  ».

    «  Ce sont des jeunes qui ne lisent pas et ne voyagent pas à travers la lecture, mais seulement avec des images de télé et leur jeu vidéo. Je leur ai dit que si un jour ils vont aux États-Unis, ils seront aussi considérés comme des étrangers. D’un seul coup, ils ont réalisé quelque chose.  »

    L’échange a même abouti à un épisode « féerique ». «  À part des SMS, personne n’écrit dans cette classe. Et puis un élève a confié qu’il a écrit un livre et tout le monde l’a applaudi. Même si l’affaire était mal enclenchée, je suis venu sans a priori. Les élèves ont appris des choses sur moi et moi j’ai aussi appris d’eux  », a conclu Akli Tadjer, satisfait de s’être déplacé jusqu’à Péronne.

    «  Ce fut un moment de réparation marqué par l’authenticité des élèves à travers l’échange  », s’est félicité le responsable laïcité de l’académie Jérôme Damblant. «  Avec cette rencontre, nous espérons que nous avons planté quelques graines de doutes qui porteront leurs fruits peut-être dans 5-10 ans  », a souligné le proviseur André Prudhomme. Son établissement travaille « le vivre ensemble » depuis toujours, a-t-il insisté, ce qui n’est pas la garantie d’aucun dérapage.

    Quant à l’enseignante de français qui a toujours tenu à rester à l’écart de la polémique fort médiatisée, «  elle est soulagée et contente  », selon sa hiérarchie, que la rencontre pédagogique et littéraire est allée à son terme. L’institution n’a pas reculé.

    «  Il faut aller au contact de ces élèves qui ne sont pas forcément dans des classes littéraires  », a insisté Akli Tadjer. L’écrivain, dont le dernier romain s’intitule La vérité atteindra l’aurore, participe bien à cinquante rencontres par an en milieu scolaire, pour prêcher l’ouverture d’esprit et l’élévation des âmes par la littérature.

    SOURCE : http://www.courrier-picard.fr/149628/article/2018-11-16/peronne-rencontre-entre-lecrivain-franco-algerien-et-les-lyceens-ou-la-grande 

    Ecoutez sur France-bleu :

    L’écrivain franco-algérien Akli Tadjer 


     


     

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 18 Novembre à 07:49

    Le racisme, fruit du manque de conscience politique de ce qui est en cause dans les difficultés dues à la crise socio-économique que nous vivons, est devenu banal. Il touche une population qui est au bas de l'échelle. Ici nous avons affaire à des élèves de Lycée Professionnel dont le niveau de culture générale ne devrait pas leur donner un sentiment de supériorité. Mais bravo à tous ceux qui ont permis que l'expérience soit entreprise et menée jusqu'à un certain succès.

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