• L’histoire franco-algérienne de grandes ambitions pour des résultats incertains

     

     

    L’histoire franco-algérienne de grandes ambitions pour des résultats incertains

     

    Malgré les promesses et les déclarations d'intention, la levée du secret-défense des fonds d'archives français de la guerre d'Algérie reste, dans les faits, un véritable casse-tête administratif. Mais ce bâillonnement archivistique est-il l'unique mur du silence de notre mémoire ?

    L’histoire franco-algérienne de grandes ambitions pour des résultats incertains

    Portrait de Maurice Audin (1932_1957) peint sur le mur, rue 19 mai 1956 à Alger (Algérie)• Crédits : Saber68

     

    Les signes de rapprochements entre les Etats algérien et français se multiplient dans un contexte géopolitique tendu en Méditerranée. Si la conjoncture accélère le mouvement, ce rapprochement passe par l’administration d’un certain nombre de dossiers inscrits dans l’histoire des deux pays. Une histoire commune encore difficile à écrire. Le gouvernement algérien, les historiennes et les historiens de la guerre d’Algérie avaient salué une décision importante en septembre 2018, celle de la reconnaissance de la responsabilité de la République française dans la mort sous la torture et la disparition de Maurice Audin en 1957.

    Cette déclaration très officielle avait fait grincer quelques dents du côté de l’Armée française mais le pas était franchi. On allait pouvoir s’atteler à cette histoire réputée silencieuse et complexe, et dans son élan Emmanuel Macron avait assuré qu’une dérogation allait ouvrir largement les fonds archives pour faire le jour sur l’histoire des milliers d’autres disparus de la guerre d’Algérie, dont Maurice Audin n’était qu’un exemple. Promesse non tenue puisque dans un climat de défiance lié aux attentats, la consultation des archives secret-défense s’est transformé en casse-tête sans fin après la stricte mise en application d’une directive du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) qui n’a pas fait d’exception à la règle  sur le dossier des disparus, malgré la recommandation présidentielle initiale.  

    Mais en admettant que cet écueil soit dépassé prochainement, grâce à une autre directive en préparation, le parcours reste semé d’embûches, comme le soulignait le ministre algérien Tayeb Zitouni, en 2018. 

    Vingt-quatre crânes, c’est-à-dire vingt-quatre têtes de combattants algériens contre la conquête française au XIXe siècle, rapportés à l’époque en France comme trophées, ont été restitués à l’Etat algérien au début de cet été mais les dossiers franco-algériens sur la reconnaissance des crimes commis pendant la colonisation restent nombreux. C’est d’ailleurs dans cette perspective qu’a été définie la mission de la commission dirigée par Benjamin Stora sur « la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie » qui devrait rendre ses recommandations le 20 septembre Si le moment est opportun les enjeux stratégiques du moment pourraient peser sur le contenu, la lecture et l’utilisation de ce rapport. Les déclarations d’intention sont bien là mais les moyens tardent à venir. 

    Cent cinquante années d’histoire commune à travailler  grâce aux archives mais pas seulement, comme le montre l’ouvrage très récent de Raphaëlle Branche Papa qu’as-tu fait pendant la guerre d’Algérie ?  L’historienne y rappelle que le drame de la guerre s’est aussi déroulé dans l’intimité des familles, du fait du silence des anciens combattants mais aussi et peut-être surtout des questions qu’on ne leur posait pas. Quelles sont celles que nous sommes prêts à poser à notre passé franco-algérien ?

    SOURCE : https://www.franceculture.fr/emissions/le-journal-de-lhistoire/le-journal-de-lhistoire-du-mercredi-09-septembre-2020

     

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 10 Septembre 2020 à 08:51

    Mon opinion sur la reconnaissance de ce qu'étaient le colonialisme et l'objectif que poursuivait la France avec la guerre qu'elle menait en Algérie ? Elle devrait permettre que s'expriment enfin, avant qu'ils ne disparaissent, les appelés du contingent qu'on avait embarqués dans cette galère, perdant au mieux de longs mois de leur jeunesse et quelquefois beaucoup plus.

    Il y a un opportunité dont il faut se saisir pour rompre un silence pesant qui a des causes multiples. D'autant plus précieux que l'analyse de notre passé éclairerait le présent avec son cortège de racisme et de xénophobie.

    Alors oui, à nos marques pour cette aventure salutaire de la reconnaissance de ce qu'étaient le colonialisme et la guerre menée pour tenter de le perpétuer.

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