• La mémoire de nos pères : «A Mansourah, tu nous as séparé» réalisé par Dorothée-Myriam Kellou

    Dorothée Myriam Kellou est une journaliste et réalisatrice installée à Paris. Elle est née d'un père algérien et d'une mère française, c’est autour de la dramatique et honteuse histoire des camps de regroupement de la  France coloniale que la cinéaste Dorothée-Myriam Kellou a recueilli auprès de son père, dans son village natal de Mansourah, ses souvenirs de cette transplantation... en réalisant le documentaire " A Mansourah, tu nous as séparé" 

    Pendant la guerre d’Algérie, 2 350 000  personnes ont été déplacées par l’armée française et regroupées dans des camps. 1 175 000 ont été forcés de quitter leur lieu d’habitation déclaré "zone interdite" pour un espace contraint loin de leurs ressources.

     

    La mémoire de nos pères :

    «A Mansourah, tu nous as séparé»

    réalisé par Dorothée-Myriam Kellou

    La mémoire de nos pères :  «A Mansourah, tu nous as séparé»  réalisé par Dorothée-Myriam Kellou

    Dorothée-Myriam Kellou découvre un soir de Noël que Mansourah, le village natal de son père, a été l’un des camps de regroupement crée par l’armée française pendant la période coloniale. Elle qui a grandi à Nancy entreprend de comprendre ce passé qui lui a jusqu’à lors échappé. Cette exploration du passé, elle l’a fait accompagnée de son père en guide, narrateur, traducteur et confident. C’est d’ailleurs l’un des aspects les plus émouvants de ce documentaire, que cette relation père-fille où chacun est d’une certaine manière tour à tour l’élève et la leçon. Dorothée-Myriam Kellou emporte avec elle dans ce périple Mohamed Ilyes Guetal au son et Hassen Ferhani à l’image qui  va comme à l’accoutumée nous offrir des cadres et des images d’une grande poésie et d’une grande beauté, sur ce lieu chargé d’histoire de souffrance et de courage. 

    Le documentaire mêle à l’histoire personnelle et familiale des éléments de ce qu’on appelle la grande Histoire, dans un équilibre plutôt réussi qui associe le présent du voyage, des témoignages, des éléments d’information, des vers récités qui ont inspiré le titre du film, une carte recensant les camps établis par l’armée française, quelques images d’archive et de belles séquences poétiques entre rêverie et remémoration. La réalisatrice, parce qu’elle ne peut ni ne veut complètement se départir de sa casquette de journaliste, offre une œuvre hybride assez originale dans le ton, un documentaire entre histoire, généalogie et enquête.  Le film a d’ailleurs remporté le Prix des Droits Humains au Festival International de Film Documentaire d’Agadir (Fidadoc) en juin dernier et continue d’être projeté en festival, comme il y a quelques jours aux Etats Généraux du Film Documentaire de Lussas en France.  

    L’odyssée du père, son retour au pays natal sont ainsi vécus doublement par Malek Kellou bien évidemment, mais aussi par sa fille.  Comme un dialogue qui se déploie sous nos yeux sur l’un des épisodes les plus douloureux de l’histoire de la colonisation: le déplacement par l’armée française de plus  de 50% de la population rurale, soit plus de 3,5 millions de personnes, dont 2 millions dans des camps et 1,5 millions dans des villages comme celui de Mansourah. Malek Kellou essaye d’expliquer à sa fille la manière dont les relogements ont été organisés et l’on sent tout au long de leurs échanges combien transmettre n’est pas toujours chose aisée. 

    C’est contre tous les oublis, mais probablement surtout contre le sien propre, que se débat Dorothée-Myriam Kellou. Interrogeant sans relâche son père, mais aussi d’autres habitants du village dont Aldja Salhi qui parmi d’autres documents, tend distraitement une photo du Colonel Amirouche, sans s’en émouvoir outre mesure, alors que Dorothée-Myriam Kellou n’en croit pas ses yeux. Cette séquence que Hassen Ferhani filme avec retenu pour refléter la pudeur de cette militante, est d’une grande beauté. La route est encore longue avant que nous puissions sortir des grands romans nationaux qu’ils soient algérien ou français qui ont  bien trop souvent glorifié à outrance ou omis sciemment que la colonisation a bouleversé des millions de vies. Touché chaque habitant de chaque village. D’une manière ou d’une autre.  

    Le documentaire tente ainsi de dire les traumatismes liés à ce passé. Les cauchemars du père, la vie brisée de l’autre, les larmes qu’on ne peut retenir, la morsure encore vive de souvenirs douloureux. D’autres blessures et brûlures bien réelles. La destructuration d’une société entière à qui l’on a dit à la sortie de la guerre qu’il fallait avant tout garder la tête haute car elle était victorieuse. Le documentaire laisse deviner aussi le pouvoir de guérison que tout travail de mémoire permet d’enclencher. L’histoire n’est elle pas avant, comme l’a écrit Pasolini, la passion des fils qui voudraient comprendre leurs pères ? Il oubliait – probablement par mégarde - les filles qui fort heureusement ont, elles aussi, leur mot à dire et leur histoire à tisser. 

    SOURCE : https://www.huffpostmaghreb.com/entry/la-memoire-de-nos-peres-a-mansourah-tu-sous-a-separes-realise-par-dorothee-myriam-kellou_mg_5d625498e4b0dfcbd48eb702?utm_hp_ref=mg-algerie 

     

     


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  • Commentaires

    4
    Lundi 26 Août à 16:24

    Merci mon cher germanicus pour la correction que tu m'as fait effectuer, du temps ou je travaillais dans la Presse j'avais un correcteur à ma disposition, maintenant, à la retraite, il me manque, surtout avec l'âge qui avance inexorablement.

    3
    Lundi 26 Août à 15:34
    Des regroupements j’en ai vu dans les Aures-Nemenchas...A la limite de ces terribles zones interdites. On ne pouvait même pas les soigner. Rares étaient ceux qui venaient à la SAS!
    Si un berger se risquait à aller y chercher une bête échappée, il était abattu...je m’arrête là, c’est trop dur d’en parler...
    2
    Lundi 26 Août à 09:09

    Eh oui, c'était une idée : priver ceux qui ne supportaient plus le colonialisme de leurs bases au sein de la population. Celle-ci souffrait de ces transplantations "hors sol" ? Eh oui, des dégâts collatéraux en quelque sorte ! Mais cela avait pour objectif de maintenir l'ordre.... l'ordre colonial bien sûr !

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