• " LA PESTE " d’Albert Camus

     

    " LA PESTE "

    d’Albert Camus 

    Quarantaine, contagions, mortalités, épuisement des médecins, hôpitaux saturés : publié en 1947 « La Peste » (Gallimard/Folio) d’Albert Camus rappelle  de manière assez sinistre notre aujourd’hui. L’action se situe  à Oran dans les années 1940. « Camus semble s'être documenté sur une petite épidémie de peste bubonique, survenue à Oran en 1945, succédant à une épidémie plus sérieuse qui avait eu lieu à Alger en 1944, mais son projet est antérieur à l'apparition de ces épidémies, puisqu'il y réfléchit depuis avril 1941, comme en témoignent ses Carnets, où il parle de « la peste libératrice » et note quelques idées. Le 13 mars 1942, il informe André Malraux qu'il a commencé l'écriture d'« un roman sur la peste ». » A Jean Grenier, son ancien professeur de philosophie d’Alger, Camus confie  : « Ce que j’écris sur la peste n’est pas documentaire, bien entendu, mais je me suis fait une documentation assez sérieuse, historique et médicale, parce qu’on y trouve des « prétextes ». Camus «  s’est abondamment documenté sur les grandes pestes de l’histoire dès 1940 », précise l’éditeur. A Roland Barthes, Camus dit en février 1955 : « La Peste a cependant comme contenu évident la résistance européenne contre le nazisme ».  La pandémie du coronavirus amplifie la vente du roman de Camus dans toutes les langues.  "Je relis La Peste pour la troisième fois. C’est un très grand livre, et qui grandira. Je me réjouis du succès qu’il obtient – mais le vrai succès sera dans la durée  par l'enseignement de la beauté», écrivit Louis Guilloux en  juillet 1947 à son ami Albert Camus, rencontré chez Gallimard. Eclairage.

    « A Oran comme ailleurs, on est bien obligé de s’aimer sans le savoir », dit Camus dans La Peste. Je me souviens d’avoir aimé Camus «sans le savoir»,  avant de le constater à la lecture de La Peste, mon premier livre du futur Nobel de Littérature. On n’a pas deux fois l’occasion de faire bonne impression. Il s’agit du même enjeu en littérature : pour nous séduire et nous  garder, l’auteur n’a que son  style (« cette adorable manière qu’ont les phrases de se ployer aux sinuosités d’une pensée », précise Bernard Frank, qui n’avait pas de passion pour Camus, mais qui en eut du vivant de l’auteur de L’Etranger et de La Chute ?). Le style suffit au lecteur, en effet, pour  qu’il ait envie de se familiariser avec la pensée de  celui qui a su créer ce lien  avec lui. Une conversation intime et indicible a toujours lieu  entre l’artiste et son lecteur grâce au pouvoir de la lecture. «  Ecrire c’est lutter contre l’impossibilité  d’écrire, s’y arracher ; dès lors, si écrire est devenu possible, l’écriture s’ouvre a la possibilité, à l’exigence de la lecture, qui, nous l’avons dit, est profondément un pouvoir. Le lecteur futur est comme impliqué, assigné à advenir par l’acte d’écriture », affirme Maurice Blanchot. De fait, je fus si bien « assignée à advenir par l’art » de Camus en général et de la Peste en particulier, qu’il m’est resté depuis lors ce désir  de littérature que je place au-dessus de tout. 

    En quoi Camus est-il tellement moderne dans La Peste? (personnellement, je préfère La Chute). C’est que La Peste donne le la de toute l’œuvre. D’un accès facile,  le roman dit clairement ce qui fonde la modernité de Camus et sa supériorité sur ses contemporains. Une grande méfiance face aux oukases de l’idéologie. Camus refuse la soldatesque des militants, les réponses toutes faites, le savoir des « sachants » qui savent tout d’avance. Les « prévisibles », en somme.  L’auteur de La Peste n’a que des questions,  ce que j’avais apprécié, en mon dortoir glacé. Le lecteur est « l’acteur décisif de l’œuvre », à condition que le romancier ait l’art et la manière de devenir « maître de son imaginaire »,  sans pour autant lui imposer un cadre trop précis, de sorte que le lecteur puisse grandir, et comprendre, par cet imaginaire augmenté,  non seulement l’œuvre, mais l’entièreté du monde. Sa complexité. La Peste, qui doute de tout, m’a donné une certitude. Le scepticisme est la solution jusqu’à plus ample informé. Dire que La Peste me fit de l’effet serait un euphémisme. Pour commencer, la pension fut vaincue une fois le livre refermé, et la prisonnière que j’avais été acquit le pouvoir  de traverser les  cloisons,  d’ouvrir grand les fenêtres. Je m’évadais tant et si bien qu’il me fallut ensuite continuer à lire Camus, et  tous les  romans disponibles qui me semblaient de cet acabit. Ce  goût de la littérature, je le dois au Camus de La Peste. 

    La Peste est, entre autres, une interrogation sur le Mal. La scène de la mort de l’enfant est essentielle. Le sacrifice de l’innocent appelle la douleur et le doute de tout humain digne de ce nom. Il y a dans La Peste une  angoisse métaphysique. Le dialogue entre le prêtre et le médecin sera repris avec des masques divers dans toute l’œuvre de Camus. La grâce de la foi permet à ceux qui croient d’obtenir une réponse ; de même, ceux qui ne croient pas ont-ils face au mal une théorie parfaitement  respectable, elle aussi. Camus est trop fin, trop délicat, pour imposer à son lecteur quelque raisonnement que ce soit. C’est ce  qui est moderne, aussi, dans La Peste, cette absence de réponse, cette pudeur de l’auteur. Pour Camus, le militant n’est pas du côté de la solution. L’idéologie a un côté obtus ( cf. « La bêtise insiste toujours »,souligne Camus). « La Peste fut notre affaire à tous »,  constate  le narrateur. Une affaire  collective qui  exige la solidarité de tous et permet au Dr Rieux d’accomplir son métier d’homme, point. Alors que la crise sanitaire est vaincue en partie grâce à lui,  Rieux apprend que sa femme est morte. La « récompense » du médecin et de son abnégation semble un châtiment,  mais qu’en savons-nous ? Le destin de Rieux, sorte de saint laïc, n’est pas bouclé. «  Pour faire notre métier d'homme, il fallait arriver à être des Sisyphe heureux. Mais je sais aujourd'hui, à l'aube convulsive du XXIe siècle, que les hommes n'y arrivent jamais vraiment (…) » déclara Jean Daniel, écrivain-fondateur du Nouvel Observateur et proche de Camus, qui vient de nous quitter.

    A l’heure du Covid-19, la pandémie  remet  en question une certaine mondialisation. Comment répondre à cette peur qui gagne, quelle attitude tenir ? Pas de réponse dans La Peste mais une belle interrogation.  

    Biographie de Camus

    Albert Camus naît à Mondovi, en Algérie, en 1913. Pendant la seconde guerrre mondiale, il intègre un mouvement de résistance à Paris, puis devient rédacteur en chef du journal «Combat» à la Libération. Romancier, dramaturge et essayiste, il signe notamment «L'étranger» (1942) et «La Peste» (1947), et reçoit le prix Nobel de littérature en 1957. Il meurt en 1960 dans un accident de voiture. 

    " LA PESTE "  d’Albert Camus

     

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  • Commentaires

    1
    Lundi 16 Mars à 17:07

    Moi j'ai lu La Peste en 59 / 60 alors que j'avais pris mon premier poste d'instituteur à Bédarieux à la rentrée scolaire et à la sortie de l'Ecole Normale. Je n'ai qu'un vague souvenir de cette lecture.

    Curieusement peu de temps après avoir fini de lire le livre j'ai été appelé sous les drapeaux et j'ai été affecté à Oran !

    La peste soit de la guerre d'Algérie aurais-je dû dire ! A tout le moins penser.

    J'avais 20 ans quand j'ai reçu dans ma classe ma convocation pour être à Marseille au Camp Sainte Marthe le 1er mars 1960. Eh non, je n'ai pas fini l'année scolaire !

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