• La torture au pays des droits de l’homme par Patrice Berger

    Jacques Pâris de Bollardière, le général

     qui a dit «non»

    La torture au pays des droits de l’homme  par Patrice Berger

    Aussaresses Vs Bollardière, l'infâme contre le saint ? L'un se vante d'avoir tué et torturé durant la guerre d'Algérie, alors que l'autre demanda à être relevé de son commandement pour ne pas avoir à cautionner de telles pratiques. Deux histoires d'officiers, deux réactions de militaires plongés dans une sale guerre. Sans doute plus qu'Aussaresses, Jacques Pâris de Bollardière ­ mort en 1986 ­ reste une figure importante de la guerre d'Algérie. Mon général c’est vous qui aviez raison : au Pays des Droits de l’Homme et du Citoyen, dans les années 1954-1962 ou en 2016 la torture n’est que l’arme des faibles, de la honte et de la bêtise humaine…    

    La torture au pays des droits de l’homme

    par Patrice Berger

    Selon les résultats d’un sondage CSA pour Amnesty International réalisé en juin 2016, 54 % des Français se déclarent favorables à la torture (1) – ils n’étaient que 34% en 2000.

    Alors, comment ne pas évoquer l’histoire récente, et cette guerre d’Algérie de sinistre mémoire. À cette époque déjà, la torture était d’actualité, et des voix en France s’élevaient pour dénoncer l’intolérable. Celle de Mauriac, redoutant de voir la Quatrième République « chausser les bottes de la Gestapo », puis celle de Camus pressentant que la plus grande victoire des nazis serait de voir leurs victimes se métamorphoser en bourreaux.

    Un autre homme, oublié aujourd’hui, s’était insurgé : Jacques de Bollardière, promu à 49 ans, en 1956, plus jeune général de l’armée française. Jacques Pâris de Bollardière était un héros de la Seconde Guerre mondiale, grand-croix de la Légion d’honneur, Croix de guerre, médaillé de la Résistance, compagnon de la Libération… Embarqué pour Londres avant l’Appel du 18 juin, il fut ensuite de toutes les campagnes, en Syrie, en Tunisie et en Libye, où il fut blessé à El-Alamein. Parachuté plus tard en France, c’est lui qui fut chargé d’organiser le maquis des Manises dans les Ardennes. Puis ce furent l’Indochine et le commandement des troupes aéroportées, l’École de guerre, et enfin l’Algérie en 1956.

    Parcours remarquable que le sien, avant le clash retentissant avec sa hiérarchie et son chef direct, le général Massu. En pleine bataille d’Alger en proie au terrorisme, Bollardière écrit au général Salan, commandant supérieur interarmées, afin de lui exprimer son « désaccord absolu avec son chef sur les méthodes employées », autrement dit la torture, lui demandant « d’être immédiatement relevé de ses responsabilités ». Ce refus, suivi peu après de son soutien public à Jean-Jacques Servan Schreiber, directeur de L’Express dénonçant la torture, lui valut 60 jours de forteresse, avant qu’il ne démissionne de l’armée en 1961.

    Qu’un général aux états de service édifiants en vienne à contester sa hiérarchie au nom des droits de la personne, voilà une attitude qui détonne et questionne. « Avec Bollardière, aurait dit Robert Lacoste, gouverneur général de l’Algérie, nous sommes dans le domaine de la foi. » Pas seulement. En deçà du cadre religieux, le fondement de sa logique et de son argumentation s’appuie sur la raison et l’intelligence.

    S’il est très conscient de « l’effroyable danger qu’il y aurait, sous le fallacieux prétexte de l’efficacité, à perdre de vue les valeurs morales », il sait par son expérience militaire et sa connaissance des hommes, combien ce recours est illusoire et dévastateur. « Sur le plan moral, la torture me semblait inacceptable, nous amenant à nous comporter comme les nazis (…) La violence n’est pas efficace pour résoudre les conflits entre les hommes, de plus elle dégrade ceux qui la mettent en œuvre. »

    C’est que l’officier connaît les limites de la violence, ses impasses et son impuissance profonde. Dans le maquis, il a vu « le visage décomposé des prisonniers allemands persuadés qu’ils allaient être soumis à la question (…) J’ai alors compris le pouvoir extraordinaire dont je disposais : les faire redevenir des hommes simplement en étant humain moi-même. »

    Bollardière avait compris qu’en cédant à la vengeance, c’est lui-même que l’homme défigure. Que l’efficacité bien comprise ne cherche pas à détruire l’ennemi en se détruisant soi-même, mais qu’elle aspire à l’élévation au-dessus de soi afin de gagner, et l’ennemi, et ceux dont nous avons la responsabilité. L’autorité est à ce prix.

    Au moment où l’on questionne la notion d’identité française, il n’est pas inutile de rappeler que la France est le pays de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Que ce précédent mémorable nous engage, au-delà des accidents de l’Histoire, à une intégrité absolue. C’est ce qu’avait compris le général de Bollardière, officier émérite d’un point de vue militaire, mais aussi exemplaire sur le plan citoyen et humain.

    (1) 54 % des Français interrogés considèrent comme justifié qu’un policier envoie des décharges électriques sur une personne soupçonnée d’avoir posé une bombe prête à exploser pour la faire parler (NDLR).

    SOURCE : http://www.la-croix.com/Debats/Forum-et-debats/La-torture-pays-droits-lhomme-Patrice-Berger-2016-12-26-1200812960

     

     

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