• La torture, l’Algérie et la République : la vérité, enfin

     

    La torture, l’Algérie et la République :  la vérité, enfin

     

    Mansat Pierre

    #MauriceAudin Moment incroyablement émouvant, puissant, Cédric Villani rend hommage à tous ceux qui au fil des décennies ont porté ce combat, Laurent Schwartz, Henri Alleg, Pierre Vidal-Naquet, Jean Dresch, Madeleine Rebérioux, Gérard Tronel...

    La torture, l’Algérie et la République :  la vérité, enfin

    La torture, l’Algérie et la République :  la vérité, enfin

    Emmanuel Macron (D) aux côtés de Michèle Audin (G) la fille de Maurice Audin, en sortant du domicile de sa veuve Josette Audin à Bagnolet le 13 septembre 2018

    © AFP, Thomas SAMSON 

     

     

    La torture, l’Algérie et la République :

     la vérité, enfin

    13 septembre 2018 Par Edwy Plenel 

    La déclaration d’Emmanuel Macron sur la torture et l’assassinat de Maurice Audin pendant la bataille d’Alger a la même portée historique que le discours de Jacques Chirac au Vel d’Hiv sur la responsabilité de l’État français dans la déportation des Juifs sous l’Occupation. Elle vaut reconnaissance des crimes commis par la République française pendant la guerre d’Algérie.

    Deux présidents peu ou prou de droite auront donc réussi à dire ce que leurs prédécesseurs élus à gauche n’avaient pas su énoncer. Après Jacques Chirac, qui en 1995 avait déverrouillé la mémoire française sur l’Occupation et la collaboration avec le nazisme, Emmanuel Macron vient enfin d’ouvrir grand le placard à blessures et à secrets de la guerre d’Algérie.

    À travers le sort tragique du jeune militant communiste algérien Maurice Audin, arrêté à Alger par l’armée française le 11 juin 1957, torturé puis exécuté ou torturé à mort – l’incertitude demeure – par des militaires, le huitième président de la Cinquième République reconnaît publiquement l’existence d’un « système institué sur un fondement légal, les pouvoirs spéciaux » qui, poursuit-il, « a été le terreau malheureux d’actes parfois terribles, dont la torture ». Pour toutes celles et tous ceux qui, depuis soixante bonnes années, se sont engagés dans ce combat pour la vérité, c’est une victoire qui récompense leur courage, leur fidélité et leur entêtement.

    Nous la connaissions bien sûr cette vérité, comme le rappelait Michèle Audin, écrivaine tout comme elle est mathématicienne à l’instar de son père, dans le beau livre qu’elle lui a consacré, Une vie brève (L’Arbalète Gallimard, 2013) : « Maurice Audin avait vingt-cinq ans en 1957, il a été arrêté au cours de la bataille d’Alger, il a été torturé par l’armée française, il a été tué, on a organisé son simulacre d’évasion et fait disparaître les traces de sa mort. » Mais ce que nous demandions c’est qu’en la reconnaissant, la République française l’affronte dans toutes ses conséquences en admettant que la guerre d’Algérie s’accompagna d’une institutionnalisation de la torture, dans une perdition qui accable les trois pouvoirs, le législatif, l’exécutif et le judiciaire.

    Aussi bienvenue qu’elle est tardive, l’énonciation au sommet de l’État de cette vérité de l’histoire ouvre enfin la voie à une réconciliation des mémoires algérienne et française tant ce passé traumatique est encore actif au sein de nos deux peuples, de génération en génération. La déclaration présidentielle est un appel à ce que, dans leur diversité meurtrie, ils effectuent ensemble ce travail de vérité et de mémoire. Gangrénant la République, la systématisation de la torture, mais aussi des disparitions, des arrestations arbitraires, des camps d’internement et des violences contre les populations civiles, a conduit la France et l’Algérie à une séparation qui les a blessées toutes deux, entraînant des déchirures et des radicalisations qui, n’eût été l’entêtement aveugle des gouvernants français, auraient peut-être pu être évitées.

    De ce côté-ci de la Méditerranée, nous sommes des millions, chevauchant au moins trois générations, à être partie prenante de cette histoire commune : les descendant.e.s de travailleurs algériens en France dont, à l’époque, bon nombre épousèrent la cause nationaliste ; les « pieds noirs », ces Européens d’Algérie qui n’étaient pas tous, loin de là, des colons oppresseurs – Maurice Audin était l’un d’eux ; les familles juives sépharades dont l’Algérie était la patrie ancestrale ; les communautés de harkis, doublement victimes de l’histoire car rejetées et méprisées dans les deux camps ; sans compter toutes les lignées où rôdent, tels des fantômes, les silences de parents, soldats du contingent ou militaires de carrière, ayant dû mener cette guerre où la France fut moralement vaincue.

    L'édition originale du livre paru en mai 1958

    Mais la portée de la déclaration d’Emmanuel Macron concerne autant nos présent et futur que l’histoire de cette guerre coloniale, illégitime et désastreuse, de huit années (1954-1962) qui conduisit à la perdition de la Quatrième République. Une guerre qui prit fin avec l’indépendance algérienne, quatre ans avant l’effondrement de ce régime sous les coups de boutoir des ultras, tenants de l’Algérie française. C’est en effet une alerte sur les dangers sans retour de tout état d’exception qui, au prétexte de menaces sécuritaires, fait sortir la démocratie de sa légalité ordinaire et, par conséquent, de son cours démocratique.

    Le texte présidentiel souligne que c’est une loi « votée par le Parlement en 1956 (qui) a donné carte blanche au gouvernement pour rétablir l’ordre en Algérie ». Et que c’est cette loi dite des « pouvoirs spéciaux » qui a permis la délégation des pouvoirs de police à l’armée, pouvoirs dès lors sans contrôle où tous les excès furent permis, notamment « le système appelé “arrestation-détention” à l’époque même, qui autorise les forces de l’ordre à arrêter, détenir et interroger tout “suspect” dans l’objectif d’une lutte plus efficace contre l’adversaire ». 

    On n’ose espérer que cette prise de position historique fasse désormais réfléchir les parlementaires qui, ces dernières années face aux attentats terroristes, ont accepté de rogner l’État de droit par des mesures d’exception au prétexte d’urgences provisoires qui, toujours, deviennent pérennes, affaiblissant durablement les droits individuels face à la raison d’État. Comment oublier que les dispositions de l’état d’urgence instauré sous la présidence de François Hollande, puis entré dans le droit commun sous celle d’Emmanuel Macron, avaient pour texte de référence une loi votée en 1955, pour réprimer le mouvement indépendantiste algérien, et dont la loi instaurant, un an après, les pouvoirs spéciaux ne sera que le prolongement et l’extension ?

    Mais la déclaration sur Maurice Audin va encore plus loin : elle acte que, faute de vigilance des gouvernants et des fonctionnaires qui en ont la charge, les démocraties peuvent céder à des pratiques de violation systématique des droits humains, jusqu’à ce crime totalitaire, la torture, cette négation de l’humanité de ceux et celles qui en sont victimes. Nul hasard si ce texte remarquable commence par la mise en exergue d’une citation de l’historien Pierre Vidal-Naquet, figure de la dénonciation documentée de cette institutionnalisation de La Torture dans la République (Éditions de Minuit, 1972), dont le premier engagement contre la guerre d’Algérie sera, précisément, L’Affaire Audin avec le livre éponyme publié en mai 1958 aux Éditions de Minuit. 

    « Certes, la torture n’a pas cessé d’être un crime au regard de la loi, mais elle s’est alors développée parce qu’elle restait impunie, affirme le président de la République. Et elle restait impunie parce qu’elle était conçue comme une arme contre le FLN, qui avait lancé l’insurrection en 1954, mais aussi contre ceux qui étaient vus comme ses alliés, militants et partisans de l’indépendance ; une arme considérée comme légitime dans cette guerre-là, en dépit de son illégalité. En échouant à prévenir et à punir le recours à la torture, les gouvernements successifs ont mis en péril la survie des hommes et des femmes dont se saisissaient les forces de l’ordre. En dernier ressort, pourtant, c’est à eux que revient la responsabilité d’assurer la sauvegarde des droits humains et, en premier lieu, l’intégrité physique de celles et de ceux qui sont détenus sous leur souveraineté. »

    Rigueur mathématique et exigence historienne

    « Il importe que cette histoire soit connue, qu’elle soit regardée avec courage et lucidité », ajoute Emmanuel Macron. C’est ce courage et cette lucidité qui ont manqué à François Mitterrand, président durant quatorze ans (1981-1995) et figure tutélaire du PS, dont l’attitude de déni farouche a paralysé les pouvoirs socialistes sur ces questions mémorielles toujours vivantes et actuelles, alors même que, pour nombre de ceux qui l’entouraient au pouvoir – Pierre Joxe et Michel Rocard notamment –, la contestation de la guerre d’Algérie avait été leur premier engagement militant.

    De Chirac à Macron, deux verrous ont donc sauté que Mitterrand tenait fermés. Il n’avait pas seulement refusé de regarder en face ses engagements de jeunesse à l’extrême droite, puis à Vichy où il fut décoré par Pétain de la Francisque. Il refusait aussi d’affronter son engagement ministériel actif dans le choix, pendant la guerre d’Algérie, d’une répression sans issue, niant le droit à l’autodétermination des peuples afin de maintenir coûte que coûte l’empire colonial. Il faudra, par exemple, attendre sa mort pour que les archives confirment combien, garde des Sceaux du gouvernement Guy Mollet (février 1956-mai 1957), il fut intraitable, assumant quarante-cinq exécutions capitales de nationalistes algériens auxquels il refusa presque systématiquement la grâce (lire ici notre article de 2010). 

    Trop longtemps la vérité de la guerre d’Algérie, de ses crimes et de son injustice, fut officiellement niée, étouffée ou dissimulée, au point qu’elle ne fut reconnue comme telle par l’Assemblée nationale qu’en 1999, soit quarante-cinq ans après le début de l’insurrection indépendantiste du FLN, née du refus français de l’autodétermination du peuple algérien. La voici enfin assumée au sommet de l’État, ouvrant la voie à un travail de mémoire accru par la décision du président de la République d’« encourager le travail historique sur tous les disparus de la guerre d’Algérie, français et algériens, civils et militaires » grâce à une dérogation générale ouvrant « à la libre consultation tous les fonds d’archives de l’État qui concerne ce sujet ».

     

    L'ouverture de "L'Affaire Audin" avec un portrait du jeune mathématicien 

    « S’il est partisan, c’est seulement de la vérité », écrivait en préface de L’Affaire Audin le grand mathématicien Laurent Schwartz qui présida le jury de la thèse de Maurice Audin, soutenue in abstentia. On retrouve l’écho de ce combat originel, dont les principaux protagonistes furent des mathématiciens et des historiens, dans la déclaration présidentielle : « Il en va enfin du devoir de vérité qui incombe à la République française, laquelle dans ce domaine comme dans d’autres, doit montrer la voie, car c’est par la vérité seule que la réconciliation est possible et il n’est pas de liberté, d’égalité et de fraternité sans exercice de vérité. » Un peuple doit savoir regarder la vérité en face, aussi douloureuse soit-elle pour lui-même, son honneur ou sa grandeur.

    Évidemment soutenues par nombre de bonnes volontés militantes, dont le Parti communiste auquel avait adhéré Maurice Audin mais aussi la Ligue des droits de l’homme, constante dans son engagement, deux volontés n’ont cessé de porter ce combat, associant rigueur mathématicienne et exigence historienne. Mathématicien émérite, le député LREM Cédric Villani, détenteur de la prestigieuse médaille Fields, s’est senti dépositaire de cette exigence de vérité, dans la lignée de ses anciens, disparus comme Laurent Schwartz, Henri Cartan et Gérard Tronel, ou toujours vivants et présents, tel Michel Broué (président des Amis de Mediapart) auquel il avait succédé à la tête de l’Institut Henri-Poincaré.

    Dans le sillage de Pierre Vidal-Naquet, une historienne, Sylvie Thénault, directrice de recherche au CNRS, a beaucoup compté dans la précision de la déclaration présidentielle sur le « système » qui a permis l’assassinat de Maurice Audin et de tant d’autres, en toute impunité. Ses travaux récents sur les magistrats pendant la guerre d’Algérie (2001) et sur les détentions arbitraires dans l’Algérie coloniale (2012) font référence. Tout comme avait fait date, en 1998, La Gangrène et l’Oubli (1998), cette alerte mémorielle de l’historien Benjamin Stora. On ne saurait trop rappeler à nos gouvernants – dont les actuels – combien sans la libre recherche universitaire, loin de toute logique de rentabilité économique et d’utilitarisme marchand, ce moment de vérité n’aurait peut-être jamais eu lieu.

    Pierre Vidal-Naquet aimait qualifier de « dreyfusiste » l’engagement de sa génération contre la guerre d’Algérie, soulignant ainsi combien il passait par la défense d’individus face à l’arbitraire et au mensonge. S’il est une leçon à retenir de ce long combat porté, c’est bien celle-ci : le refus de l’indifférence aux autres et au monde, le souci des hommes et des femmes frappés d’injustice. Avocat de la famille Audin, un homme incarna ce combat jusqu’à son dernier souffle : six jours avant son décès brutal, le 26 juin 2017, Roland Rappaport avait écrit à Emmanuel Macron (Lettre de Me Emmanuel Rappaport à Emmanuel Macron le 19 juin 2017 (pdf, 1 B)) en portant à sa connaissance de nouveaux documents, extraits des archives de son confrère Maurice Garçon, où l’on pouvait lire que Maurice Audin « est mort entre les mains des paras ».

    L’affaire Audin fut, pour l’anticolonialisme, ce que fut l’affaire Dreyfus pour l’antisémitisme : la défense du salut de tous à travers le sort d’un seul. En quatrième de couverture du livre de Pierre Vidal-Naquet, paru près d’un an après la disparition du jeune mathématicien, Jérôme Lindon avait simplement reproduit un passage des Preuves, le recueil d’articles de Jean Jaurès en défense de l’innocence du capitaine Alfred Dreyfus. En voici le début : « Oui, quelle est l’institution qui reste debout ? Il n’en reste plus qu’une : c’est la France elle-même. Un moment, elle a été surprise, mais elle se ressaisit, et même si tous les flambeaux officiels s’éteignent, son clair bon sens peut encore dissiper la nuit. »

    Si la France est debout, en ce jeudi 13 septembre 2018, c’est grâce au combat de toutes celles et tous ceux qui ont mené ce long et patient combat anticolonialiste dont Maurice Audin fut à la fois l’emblème et le martyr.

    Macron reconnaît la responsabilité de l’Etat français dans l’assassinat de Maurice Audin

    13 septembre 2018 Par Ellen Salvi 

    Le président de la République a reconnu ce jeudi la responsabilité de l’État français dans l’assassinat du jeune mathématicien communiste Maurice Audin. À travers lui, il dénonce plus largement le système de torture légalement institué par la France de l’époque, et les milliers de « disparitions » qui en ont découlé.

    Le même mot revient sur toutes les lèvres : historique. Ceux qui l’emploient aujourd’hui n’ont pas coutume de le placer à tort et à travers, mais ce qu’a fait Emmanuel Macron, ce jeudi 13 septembre, les pousse à sortir de leur réserve habituelle. L’information a été annoncée par le député La République en marche (LREM), Cédric Villani, dans la matinale de France Inter. En milieu de journée, le président de la République a reconnu la responsabilité de l’État français dans la « disparition » du jeune mathématicien communiste Maurice Audin, qui militait pour l’indépendance de l’Algérie et a été assassiné en juin 1957, après avoir été arrêté et torturé par des militaires français.

     

     

    Maurice Audin. © DR 

    À travers cette figure de la lutte anticolonialiste, Emmanuel Macron dénonce plus largement « le système légalement institué » par la France de l’époque, ayant permis le recours à la torture pendant la guerre d’Algérie. Soixante et un ans après les faits, cette reconnaissance officielle du président de la République est un événement politique et historique majeur, qui vient saluer le combat sans relâche mené par la veuve du mathématicien, Josette Audin, leurs enfants, mais aussi un nombre considérable d’historiens, de journalistes, d’intellectuels ou de membres du mouvement associatif, pour que la lumière soit enfin faite sur ce qui fut longtemps qualifié d’« événements ».

    Emmanuel Macron a également décidé d’ouvrir l’ensemble des archives de l’État relatives aux disparus d’Algérie – une dérogation générale va être instituée en ce sens –, et de lancer un appel à tous les témoins de l’époque ou à leurs descendants pour qu’ils participent au « travail de mémoire » qui doit évidemment se poursuivre, en confiant leurs témoignages ou leurs documents personnels aux Archives nationales.  

    Jusqu’à aujourd’hui, la France n’avait jamais reconnu sa culpabilité dans l’assassinat de Maurice Audin, dont les circonstances de la mort n’ont pas été complètement élucidées, son corps n’ayant pas été retrouvé. Tout accuse pourtant les militaires français qui l’avaient arrêté, comme le soulignent les nombreux travaux historiques menés sur le sujet depuis des dizaines d’années. L’écrasante majorité de ces travaux s’accorde à dire que la mort de l’universitaire, ainsi que celles de milliers d’autres personnes, a été rendue possible par le système alors mis en place à la faveur des pouvoirs spéciaux confiés aux forces armées, votés par le Parlement en 1956 pour donner libre champ au gouvernement français qui voulait rétablir l’ordre en Algérie.

    Beaucoup de témoignages ont été livrés depuis soixante ans sur cette période de notre histoire. Début 2014, le journaliste Jean-Charles Deniau avait révélé celui du général Paul Aussaresses, dans son ouvrage La Vérité sur la mort de Maurice Audin (Équateurs, 2014). « On a tué Audin. Voilà. On l’a tué au couteau pour faire croire que c’était les Arabes qui l’avaient tué. Voilà. Qui c’est qu’a décidé de ça ? C’est moi », avait avoué, peu avant sa mort, l’ancien officier de renseignement au 1er régiment de chasseurs parachutistes (RCP). Sans jamais se prononcer sur la reconnaissance de ce « crime d’État », comme l’avait alors réclamé le député du Front de gauche François Asensi, François Hollande avait tout de même fait un petit pas deux ans après le début de son mandat, en admettant que Maurice Audin était mort « durant sa détention », écartant ainsi la version officielle d’une évasion qui aurait mal tourné.

    Mais l’ancien chef de l’État, qui avait pourtant été le premier président de la République française à se recueillir sur la place Maurice-Audin à Alger en 2012 – là où Nicolas Sarkozy n’avait même pas daigné répondre à la lettre que Josette Audin lui avait adressée à l’Élysée –, n’était jamais allé jusqu’à reconnaître officiellement la responsabilité de la France dans cet assassinat. C’est aujourd’hui chose faite avec Emmanuel Macron. « C’est une déclaration extrêmement importante, elle va au-delà de toutes nos espérances », se réjouit l’ancien conseiller communiste de Paris, Pierre Mansat, président de l’association Maurice-Audin, depuis sa création en 2004.

    Sitôt l’information connue, le secrétaire national du PCF Pierre Laurent a salué « une victoire historique de la vérité et de la justice », « une victoire pour la démocratie ». « Le mensonge d’État qui durait depuis 61 ans tombe, peut-on lire dans son communiqué. C’est une grande émotion pour Josette Audin et sa famille, pour le Parti communiste français qui a tant donné dans la lutte anticoloniale, pour tous les communistes et tous les militants anticolonialistes. [...] C’est une victoire pour notre pays, qui ne peut progresser qu’en assumant et en reconnaissant son passé. Une nouvelle époque de vérité peut commencer sur la période coloniale, pour toutes celles et ceux qui la ressentent comme une blessure toujours vive. »

    Le texte dévoilé dans la journée est le fruit d’un travail démarré au printemps 2018, à la suite d’une conférence de presse conjointe, organisée par le député PCF Sébastien Jumel et son collègue de LREM Cédric Villani, pour réclamer « une parole forte au plus haut niveau de l’État ». Le sujet avait déjà été évoqué entre l’élu de la majorité et le président de la République à l’occasion de l’hommage rendu en janvier 2018 au mathématicien Gérard Tronel. « J’avais alors reçu l’aval d’Emmanuel Macron pour lancer le travail », indique le parlementaire, par ailleurs président du jury du prix Maurice-Audin, décerné chaque année à des mathématiciens des deux côtés de la Méditerranée.

    Au cours des mois suivants, c’est le conseiller discours et mémoire du chef de l’État, Sylvain Fort, qui dirige désormais le nouveau pôle communication de l’Élysée, qui s’est chargé de mener le processus de réflexion, aux côtés de la famille du mathématicien assassiné, et avec le précieux concours d’un grand nombre d’archivistes, de journalistes et d’historiens. Parmi eux, Sylvie Thénault, directrice de recherche au CNRS, spécialiste de la colonisation en Algérie et de la guerre d’indépendance algérienne, a joué un rôle essentiel. Saluant l’« implication énorme de Cédric Villani pour maintenir la pression sur l’importance du sujet », l’historienne se dit encore « surprise par l’investissement remarquable » dont a fait preuve la présidence sur ce dossier.

    « Il y avait une véritable volonté présidentielle de répondre d’une part à la demande de vérité sur les circonstances exactes de la mort de Maurice Audin, mais aussi à celle de l’établissement des responsabilités », explique-t-elle à Mediapart. « Nous, historiens, avions des années d’avance, car beaucoup de choses étaient déjà sorties sur le sujet. Il y avait un écart énorme entre nos travaux et la réalité politique. Il fallait combler ce décalage », affirme Sylvie Thénault, reconnaissant le « risque politique » pris par Emmanuel Macron et soigneusement évité par tous ses prédécesseurs.

    « C’est aussi une question de génération, poursuit-elle. C’est un passé brûlant, mais Emmanuel Macron a jugé qu’il était temps de le regarder en face, sans doute aussi parce qu’il a un rapport plus distancié avec ce passé. » D’autant plus, estime encore l’historienne, que « l’antiracisme est quelque chose d’important » pour les personnes entrées en politique dans les années 1980-1990. « C’est une génération qui a pris conscience que la lutte antiraciste passe aussi par une mise en lumière du passé colonial », souligne-t-elle. Le député Cédric Villani rappelle lui aussi qu’« Emmanuel Macron est de la génération d’après », de celle qui pense qu’« on ne peut plus se cacher » et qu’« il est temps de refermer les plaies du passé ».

    « Il y avait également le désir de soulager les Français que cette période a pu culpabiliser, en particulier les appelés », complète Sylvie Thénault, indiquant que le souci de l’Élysée, au cours des mois de réflexion qui ont conduit à la déclaration que s’apprête à faire le chef de l’État, était d’« agir politiquement, tout en étant incontestable sur la vérité ». Le président de la République sait qu’il touche là une matière hautement sensible. « C’est un sujet exceptionnellement délicat, admet Cédric Villani. Tout mouvement risque de déclencher une réaction inflammable. » Pour se prémunir au maximum des réactions que ne manquera pas de susciter l’événement, la présidence a travaillé en lien étroit avec le ministère de la défense et les hauts responsables militaires. « Un soin exceptionnel a été apporté au choix des mots, indique le député LREM. Il fallait être attentif à ne pas porter atteinte à la mémoire des anciens combattants. »

    Depuis le début de son quinquennat, Emmanuel Macron s’est régulièrement vu rappeler les propos qu’il avait tenus durant la campagne présidentielle en affirmant, lors d’un déplacement à Alger le 15 février 2017, que la colonisation était un « crime contre l’humanité ». « C’est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux vers lesquels nous avons commis ces gestes », avait-il indiqué à l’époque, avant de préciser sa pensée dans une vidéo face à la polémique suscitée par ses propos.

    Interrogé sur le sujet quelques semaines plus tard par Mediapart, celui qui s’apprêtait à devenir président de la République avait assuré qu’il poserait « des actes forts sur cette période de notre histoire ». « Ma conviction profonde […], c’est qu’il y a une fracture dans la société qui s’est construite, qui touche les Français d’origine algérienne, les binationaux, mais aussi les harkis, les rapatriés, les anciens soldats, qui nourrissent du ressentiment et qui structurent du ressentiment politique qui aujourd’hui paralyse la France et qui paralyse nos quartiers », avait-il expliqué.

    À l’automne 2017, à l’occasion des commémorations du 17 octobre 1961, son conseiller mémoire et discours confiait déjà à Mediapart vouloir engager une réflexion plus large sur le sujet : « Il y a des personnes aujourd’hui qui vivent avec dans leur mémoire une attitude condamnable de la France. Le travail de mémoire n’a pas été fait sur la guerre d’Algérie. La situation a été gérée en pourrissement », soulignait alors ce très proche du chef de l’État. Par sa déclaration officielle, Emmanuel Macron ne vient évidemment pas clore le travail de mémoire engagé depuis des années sur la guerre d’Algérie. Mais il encourage à approfondir le travail de vérité qui l’accompagne.

    Maurice Audin : la déclaration

    du président de la République

    13 septembre 2018 Par La rédaction de Mediapart 

    Dans une déclaration rendue publique, le chef de l’État affirme qu’en 1957, Maurice Audin, militant pour l’indépendance de l’Algérie, « a été torturé puis exécuté ou torturé à mort par des militaires qui l’avaient arrêté à son domicile ». Il reconnaît que « sa mort a été rendue possible par un système légalement institué ».

    Nous publions, en respectant sa présentation, le texte intégral de la déclaration d’Emmanuel Macron à propos de l’affaire Maurice Audin, rendue publique le jeudi 13 septembre. Nous le faisons suivre du communiqué de Josette Audin, sa veuve, et de ses enfants, Michèle Audin et Pierre Audin, ainsi que du communiqué de l’Association Maurice-Audin qui a mené ce combat pour la vérité. La déclaration présidentielle est précédée d’une citation de l’historien Pierre Vidal-Naquet qui, en mai 1958, avait publié aux Éditions de Minuit, dirigées par Jérôme Lindon, L’Affaire Audin, préfacé par le mathématicien Laurent Schwartz.

    « Ce système s’était installé sans qu’aucune modification n’ait été apportée au Code pénal, sans que les principes de 1789 aient cessé d’être proclamés comme les bases de l’État et sans que les gouvernements aient cessé de dire officiellement que la torture était condamnable, même s’ils s’en prenaient plus volontiers à ceux qui la dénonçaient qu’à ceux qui la pratiquaient. » (Pierre Vidal-Naquet)

    SYNTHÈSE DE LA DÉCLARATION 

    Depuis soixante et un ans, la « disparition » de Maurice Audin, jeune mathématicien qui travaillait à l’université d’Alger et militait pour l’indépendance algérienne, reste une zone d’ombre de l’histoire de la guerre d’Algérie. Ceux qui, dans la lignée de Pierre Vidal-Naquet, ont enquêté sur l’affaire – historiens, journalistes, documentaristes, etc. – ont minutieusement recoupé les témoignages, les documents, les vraisemblances pour établir un faisceau d’indices concordants. Leurs travaux s’accordent tous à reconnaître que la mort de Maurice Audin a été rendue possible par un système légalement institué qui a favorisé les disparitions et permis la torture à des fins politiques.

    Le président de la République, Emmanuel Macron, a par conséquent décidé qu’il était temps que la Nation accomplisse un travail de vérité sur ce sujet. Il reconnaît, au nom de la République française, que Maurice Audin a été torturé puis exécuté ou torturé à mort par des militaires qui l’avaient arrêté à son domicile. Il reconnaît aussi que si sa mort est, en dernier ressort, le fait de quelques-uns, elle a néanmoins été rendue possible par un système légalement institué : le système « arrestation-détention », mis en place à la faveur des pouvoirs spéciaux qui avaient été confiés par voie légale aux forces armées à cette période.

    Le président de la République souhaite que toutes les archives de l’État qui concernent les disparus de la guerre d’Algérie puissent être librement consultées et qu’une dérogation générale soit instituée en ce sens.

    Enfin, le président de la République estime que les actes de certains individus ne sauraient peser sur la conscience de tous ceux qui n’en ont pas commis et n’y ont pas souscrit. C’est pourquoi les personnes qui ont pu connaître les circonstances de la mort de Maurice Audin sont appelées à s’exprimer librement afin d’apporter leur témoignage et conforter ainsi la vérité.

    DÉCLARATION 

    Au soir du 11 juin 1957, Maurice Audin, assistant de mathématiques à la Faculté d’Alger, militant du Parti communiste algérien (PCA), est arrêté à son domicile par des militaires. Après le déclenchement de la guerre par le Front de libération nationale (FLN), le PCA, qui soutient la lutte indépendantiste, est dissous et ses dirigeants sont activement recherchés. Maurice Audin fait partie de ceux qui les aident dans la clandestinité.

    Tout le monde sait alors à Alger que les hommes et les femmes arrêtés dans ces circonstances ne reviennent pas toujours. Certains sont relâchés, d’autres sont internés, d’autres encore sont remis à la justice, mais nombre de familles perdent la trace d’un des leurs cette année-là dans la future capitale algérienne. Les « disparitions », qu’on déplore du reste de tous côtés pendant le conflit, se comptent bientôt par milliers.

    Aussi, Josette Audin, restée seule avec trois jeunes enfants, retenue plusieurs jours dans son appartement, se démène dès qu’elle le peut pour tenter de savoir où son mari est détenu. Le commandement militaire lui livre alors ce qui allait rester pour des décennies la version officielle : son mari s’est évadé. La réponse est couramment faite aux familles en quête d’informations. La plainte pour enlèvement et séquestration qu’elle dépose alors achoppe, comme d’autres, sur le silence ou le mensonge des témoins-clés qui font obstruction à l’enquête. Celle-ci est définitivement close en 1962 par un non-lieu, en raison des décrets d’amnistie pris à la fin de la guerre d’Algérie, qui ont mis fin à toute possibilité de poursuite.

    Maurice Audin n’a jamais réapparu et les circonstances exactes de sa disparition demeurent floues. Le récit de l’évasion qui figure dans les comptes rendus et procès-verbaux officiels souffre de trop de contradictions et d’invraisemblances pour être crédible. Il s’agit manifestement d’une mise en scène visant à camoufler sa mort. Les éléments recueillis au cours de l’instruction de la plainte de Josette Audin ou auprès de témoins indiquent en revanche avec certitude qu’il a été torturé.

    Plusieurs hypothèses ont été formulées sur la mort de Maurice Audin. L’historien Pierre Vidal-Naquet a défendu, sur la foi d’un témoignage, que l’officier de renseignement chargé d’interroger Maurice Audin l’avait lui-même tué. Paul Aussaresses et d’autres ont affirmé qu’un commando sous ses ordres avait exécuté le jeune mathématicien. Il est aussi possible qu’il soit décédé sous la torture.

    Quoi qu’il en soit précisément, sa disparition a été rendue possible par un système dont les gouvernements successifs ont permis le développement : le système appelé « arrestation-détention » à l’époque même, qui autorise les forces de l’ordre à arrêter, détenir et interroger tout « suspect » dans l’objectif d’une lutte plus efficace contre l’adversaire.

    Ce système s’est institué sur un fondement légal : les pouvoirs spéciaux. Cette loi, votée par le Parlement en 1956, a donné carte blanche au Gouvernement pour rétablir l’ordre en Algérie. Elle a permis l’adoption d’un décret autorisant la délégation des pouvoirs de police à l’armée, qui a été mis en œuvre par arrêté préfectoral, d’abord à Alger, puis dans toute l’Algérie, en 1957.

    Ce système a été le terreau malheureux d’actes parfois terribles, dont la torture, que l’affaire Audin a mis en lumière. Certes, la torture n’a pas cessé d’être un crime au regard de la loi, mais elle s’est alors développée parce qu’elle restait impunie. Et elle restait impunie parce qu’elle était conçue comme une arme contre le FLN, qui avait lancé l’insurrection en 1954, mais aussi contre ceux qui étaient vus comme ses alliés, militants et partisans de l’indépendance ; une arme considérée comme légitime dans cette guerre-là, en dépit de son illégalité.

    En échouant à prévenir et à punir le recours à la torture, les gouvernements successifs ont mis en péril la survie des hommes et des femmes dont se saisissaient les forces de l’ordre. En dernier ressort, pourtant, c’est à eux que revient la responsabilité d’assurer la sauvegarde des droits humains et, en premier lieu, l’intégrité physique de celles et de ceux qui sont détenus sous leur souveraineté.

    Il importe que cette histoire soit connue, qu’elle soit regardée avec courage et lucidité.

    Il en va de l’apaisement et de la sérénité de ceux qu’elle a meurtris, dont elle a bouleversé les destins, tant en Algérie qu’en France. Une reconnaissance ne guérira pas leurs maux. Il restera sans doute de l’irréparable en chacun, mais une reconnaissance doit pouvoir, symboliquement, délester ceux qui ploient encore sous le poids de ce passé. C’est dans cet esprit, en tout cas, qu’elle est pensée et aujourd’hui formulée.

    Il en va aussi de l’honneur de tous les Français qui, civils ou militaires, ont désapprouvé la torture, ne s’y sont pas livrés ou s’y sont soustraits, et qui, aujourd’hui comme hier, refusent d’être assimilés à ceux qui l’ont instituée et pratiquée.

    Il en va de l’honneur de tous les militaires morts pour la France et plus généralement de tous ceux qui ont perdu la vie dans ce conflit.

    Il en va enfin du devoir de vérité qui incombe à la République française, laquelle dans ce domaine comme dans d’autres, doit montrer la voie, car c’est par la vérité seule que la réconciliation est possible et il n’est pas de liberté, d’égalité et de fraternité sans exercice de vérité.

    La République ne saurait, par conséquent, minimiser ni excuser les crimes et atrocités commis de part et d’autre durant ce conflit. La France en porte encore les cicatrices, parfois mal refermées.

    Aussi le travail de mémoire ne s’achève-t-il pas avec cette déclaration. Cette reconnaissance vise notamment à encourager le travail historique sur tous les disparus de la guerre d’Algérie, français et algériens, civils et militaires.

    Une dérogation générale, dont les contours seront précisés par arrêtés ministériels après identification des sources disponibles, ouvrira à la libre consultation tous les fonds d’archives de l’État qui concernent ce sujet.

    Enfin, ceux qui auraient des documents ou des témoignages à livrer sont appelés à se tourner vers les archives nationales pour participer à cet effort de vérité historique.

    L’approfondissement de ce travail de vérité doit ouvrir la voie à une meilleure compréhension de notre passé, à une plus grande lucidité sur les blessures de notre histoire, et à une volonté nouvelle de réconciliation des mémoires et des peuples français et algérien.

    Les communiqués de la famille

     et de l’Association Maurice Audin

    LE COMMUNIQUÉ DE LA FAMILLE AUDIN 

    Aujourd’hui, 61 ans 3 mois et 2 jours après son enlèvement, le Président de la République a reconnu la responsabilité de l’Etat dans la torture et l’assassinat de Maurice Audin par l’armée française.

    Cette déclaration du Président de la République désigne également la pratique de la torture pendant la guerre d’Algérie par les militaires français pour ce qu’elle a été, un outil politique de répression et de terreur contre tous ceux qui luttaient pour l’indépendance de l’Algérie.

    Ils sont des milliers, français et algériens,  à avoir été victimes de ces arrestations et de la torture pratiquée par les militaires français avec  l’aval des autorités politiques. Ils sont très nombreux, comme Maurice Audin, morts sous la torture ou assassinés après avoir été torturés et dont le corps n’a jamais été retrouvé.

    Cette vérité-là est aussi reconnue par la déclaration du Président de la République dont chacun pourra mesurer l’immense portée politique et historique.

    Cette déclaration s’inscrira dans le combat contre la torture comme outil de répression et de terreur partout où elle est pratiquée dans le monde

    Josette Audin et ses enfants sont sensibles à la visite du Président de la République venant leur remettre cette déclaration.

    Josette Audin et ses enfants remercient tous ceux qui les ont accompagnés et soutenus dans ce long combat pour que la vérité soit enfin reconnue par la République Française.

    Ils associent avec émotion à cette journée la mémoire de tous ceux qui ont partagé leur combat pour la vérité et contre la torture et qui ont disparu avant que prenne fin le déni : Henri Alleg, Laurent Schwartz, Jean Dresch, Pierre Vidal-Naquet, Madeleine Rebérioux, Jules Borker, Pierre Braun, Nicole Dreyfus, Roland Rappaport, Christian Buono, Gérard Tronel, François Nadiras.

    Ils espèrent que l’ouverture des archives et l’appel à témoignage du Président de la République sera entendu par tous les témoins survivants et tous ceux qui détiennent des archives privées susceptibles de permettre de connaître les circonstances exactes de la mort de Maurice Audin et de tous ceux qui ont subi le même sort.

    Ils espèrent également que le corps de Maurice Audin sera recherché et pourra enfin recevoir une sépulture.

    LE COMMUNIQUÉ

     DE L’ASSOCIATION MAURICE AUDIN 

    Guerre d’Algérie : Maurice Audin, les disparitions, la torture comme système organisé de terreur 

    Soixante-et-un ans après les faits, le Président de la République, dans une déclaration remise à Josette Audin et à ses enfants Michèle et Pierre, reconnaît la responsabilité de l’État dans l’enlèvement, la torture, l’assassinat de Maurice Audin par des militaires français.

    Il dénonce la responsabilité du système politique qui a institué la torture comme outil de terreur contre les combattants de l’indépendance de l’Algérie.

    Il décide l’ouverture des archives et fait appel aux témoignages pour faire la vérité sur les «disparus», Algériens et Français.

    Cette déclaration a une portée historique considérable.

    Elle permet également de poursuivre la tâche indispensable du rapprochement des peuples algérien et français.

    L’association Maurice Audin, qui s’est donné comme objectif la poursuite du combat mené dès 1957 par le Comité Audin, salue cet acte essentiel.

    Elle adresse ses sentiments les plus affectueux à Josette Audin, Michèle et Pierre.

    Elle associe à ce moment précieux la mémoire de ceux qui ont combattu inlassablement pour la vérité et contre la torture : Henri Alleg, Roland Rappaport ; les membres disparus du Comité Audin, Laurent Schwartz, Pierre Vidal-Naquet, Jean Dresch, Madeleine Rebérioux, Jean Pierre Kahane, Gérard Tronel ; Nicole Dreyfus et tous les signataires disparus de l’Appel des douze du 31 octobre 2000.

    Elle exprime sa gratitude à celles et ceux qui ont contribué à faire éclater la vérité : les historiennes/historiens, les journalistes et leurs médias, les parlementaires, les militants politiques et élu/es, les membres de l’association Maurice Audin.

    Demain, la Fête de l’Humanité sera l’occasion de célébrer ce moment.

    Et après-demain, la réalisation, par la Ville de Paris, d’un cénotaphe Maurice Audin au cimetière du Père Lachaise contribuera à inscrire durablement cette vérité dans la mémoire nationale.

    L’association appelle les collectivités (communes, départements, etc.) à attribuer le nom de Maurice Audin aux rues, places, équipements publics afin de contribuer à ce que ce système de terreur ne soit jamais reproduit.

    L’association Maurice Audin poursuivra son combat pour que tous ceux, Français et Algériens, qui furent comme Maurice Audin, victimes de ce système politique, torturés et assassinés, soient identifiés et reconnus et que leurs corps puissent être retrouvés.

    SOURCE : https://www.mediapart.fr/journal/france/130918/la-torture-l-algerie-et-la-republique-la-verite-enfin?page_article=1 

     

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 13 Septembre à 19:28

    Il y a eu cette erreur qu'il faudrait aujourd'hui reconnaître du vote des pouvoirs spéciaux le 12 mars 1956.

    Si un tel vote a été possible c'est qu'on n'avait pas encore pris la mesure de la nocivité du colonialisme, forme aggravée de l'exploitation capitaliste avec son pilier essentiel le racisme.

    N'oublions pas qu'on avait enrôlé les jeunes Français dans une armée que sans état d'âme excessif était engagée dans cette guerre. Au mieux, et cela n'a pas été le pire, ils ont perdu ainsi de longs mois de leur vie et certains beaucoup plus.

    Mais les conséquences du capitalisme peuvent être jugées à la mesure de la crise socio-économique qu'il nous fait actuellement subir.

    L'ensemble de ces aspects mérite une analyse sur le passé, le présent et l'avenir. 

    On ne peut pas continuer dans la voie dans laquelle nous nous trouvons en ce moment. Comme on temps de la guerre d'Algérie nous sommes dans une impasse.

     

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