• Le documentaire « Algérie la guerre des appelés » dont Tramor Quemeneur a été le conseiller historique sera diffusé sur France 5 le 3 novembre à 20 h 30 au cours d’une soirée spéciale

     

     

     Ne l’oubliez pas c’est

     ce soir !!! 

    Le documentaire  « Algérie la guerre des appelés »  dont Tramor Quemeneur a été le conseiller  historique sera diffusé  sur France 5 le 3 novembre à 20 h 30 au cours d’une soirée spéciale

     

    Le documentaire « Algérie, la guerre des appelés » Tramor Quemeneur, conseiller historique, sera diffusé sur France 5 le 3 novembre 2019 à 20 h 30 au cours d’une soirée spéciale

     

     

    Le documentaire

    « Algérie la guerre des appelés »

    dont Tramor Quemeneur a été le conseiller

    historique sera diffusé

    sur France 5 le 3 novembre 2019

    à 20 h 30 au cours d’une soirée spéciale

     

    Le documentaire « Algérie » de Tramor Quemeneur sera diffusé sur France 5 le 3 novembre 2019 à 20 h 30 au cours d’une soirée spéciale

     

    Tramor Quemeneur écrit :

     

    Cher.e.s collègues, cher.e.s ami.e.s,

     

    J’ai le plaisir de vous faire savoir que le documentaire Algérie. La guerre des appelés, réalisé par Thierry de Lestrade et Sylvie Gilman, dont j’ai été le conseiller historique, sera diffusé dimanche prochain, 3 novembre à 20 h 50, sur France 5. Les deux parties du documentaire font un peu plus de 60 minutes chacune.

    De plus, après avoir été sélectionné au Fipadoc en janvier dernier, il concourt au Festival de film d’histoire de Pessac qui se tiendra courant novembre. Très fier ! "

    J’espère que vous apprécierez ce film. J’attends avec grand plaisir vos retours.

    Dans l’attente, vous trouverez ci-joint le visuel et le dossier de presse. Merci de faire suivre éventuellement auprès de vos réseaux.

     

    Avec mes meilleures pensées,"

     

    Tramor Quemeneur.

     

    merci de lire le dossier de presse passionnant

    en cliquant sur ce lien

    Le documentaire  « Algérie la guerre des appelés »  dont Tramor Quemeneur a été le conseiller  historique sera diffusé  sur France 5 le 3 novembre à 20 h 30 au cours d’une soirée spéciale

    https://www.francetvpro.fr/france-5/dossiers-de-presse/AlgerieLaGuerreDesAppeles

     

    Le documentaire  « Algérie la guerre des appelés »  dont Tramor Quemeneur a été le conseiller  historique sera diffusé  sur France 5 le 3 novembre à 20 h 30 au cours d’une soirée spéciale

     

      Guerre d’Algérie : Claude Juin

    sur France 5 dimanche 3 novembre

     à 20 h 50

    Le Bessinois Claude Juin interviendra lors d’une soirée événement sur France 5 dimanche 3 novembre, consacrée à ce qu’ont vécu les appelés du contingent en Algérie. Un documentaire en deux parties sera diffusé : « Le bourbier » et « L’héritage », réalisé par Thierry de Lestrade et Sylvie Gilman.
    Claude Juin a écrit trois ouvrages sur la guerre d’Algérie. « Le Récit » paru en 1960 et réédité en 2015, rédigé à partir de ses carnets de guerre. Il a également fait paraître en 2012 chez Robert Laffont « Des soldats tortionnaires. Guerre d’Algérie : des jeunes gens ordinaires confrontés à l’intolérable », et « Un tortionnaire ordinaire »  « Rencontre avec un ancien appelé de la guerre d’Algérie », co-écrit avec Muriel Montagut, paru cette année.


     Claude Juin : «J’étais venu remuer

    le passé douloureux

    de ma mémoire !» 

    Claude Juin : « J’étais venu remuer le passé douloureux de ma mémoire !  »

    Ancien soldat appelé du contingent, Docteur d’Etat en sciences sociales, auteur de « Le Gâchis » (1960) et « Des soldats tortionnaires. Guerre d’Algérie. Des jeunes gens ordinaires confrontés à l’intolérable » (2012), Claude Juin raconte ici ses différents retours en Algérie sur les lieux de son service militaire…

    L’Est Républicain :  Dans  quel contexte aviez-vous écrit votre témoignage « Le Gâchis » publié en 1960 en France ?  

    -Claude Juin : Les premières semaines de ma démobilisation, je m’étais très vite replongé dans ma vie civile afin d’oublier et chasser de ma mémoire les atrocités de la guerre. Mais après le soulèvement des européens à Alger le 13 mai 1958, la vision de la guerre me rattrapa. A ce moment là, je rejoignis ceux qui en métropole, assez peu nombreux à l’époque, luttaient et manifestaient pour l’ouverture de négociations avec les leaders du FLN à Tunis et l’Indépendance de l’Algérie. Cet engagement me permit d’écrire et de publier « Le Gâchis » en 1960, récit écrit à partir des notes sur mes carnets, prises sur place, où je témoignais et je dénonçais notamment les violences sur la population, les tortures sur les suspects et les exécutions de certains d’entre eux. Ces exactions furent commises par quelques gradés et soldats dans les rangs du 435 R.A.A. dont le commandement était basé à Ménerville (actuellement Bordj Menaïel) à quelques trente kilomètres de mon cantonnement à Isserbourg (Legata).

    Dans les années qui suivirent les accords d’Evian et la proclamation de l’Indépendance, je me consacrais à ma famille et à mes activités professionnelles. Je n’avais pas oublié l’Algérie, mais je pensais peu à la guerre comme si j’avais réussi à m’en affranchir. Mes souvenirs allaient à la population indigène. Parfois je sortais les photos prises à la va-vite, je revoyais les visages des hommes qui exprimaient la sérénité, je m’attardais sur le pur visage des femmes qu’elles nous ouvraient, comme un défi à nos armes. Je m’attardais sur les couleurs vives de la campagne et le bleu parfait du ciel.

    Et puis, un jour de février 1975 j’ai proposé à ma femme, à nos deux jeunes fils et à un couple d’amis d’aller à la découverte du désert algérien. Depuis mon adolescence par mes lectures et les films sur Laurence d’Arabie, j’étais tenté par l’aventure du désert. J’étais convaincu que seul le désert pouvait exalter l’homme. Pour moi le désert était une terre mystique à découvrir. Rêve d’adolescent… que j’allais vivre.

    Ensuite de longues années s’écoulèrent très occupées par ma vie professionnelle, avant ma retraite en 1995. Libre, je me replongeais dans des actions militantes en faveur du peuple palestinien, j’allais plusieurs fois en Cisjordanie et à Gaza, ou pour la défense des sans papiers ou bien encore je partais vivre dans un village des montagnes du Chiapas mexicain avec des Indiens de l’armée du sous-commandant Marcos. Mais il m’était impossible d’oublier l’Algérie et son peuple. 

    *Votre premier voyage sur les lieux de votre service militaire à Legata, près de Bordj-Menaïel en 2006 a-t-il été le déclencheur de votre thèse de doctorat sur la torture durant la guerre ? 

    -Au printemps 2006, nouveau voyage en Algérie, aller à Isserbourg pour revoir mon ancien cantonnement de soldat. J’y avais songé dès 2002 lors de ma première mission en Cisjordanie. Les comportements agressifs des jeunes soldats israéliens contre les Palestiniens, leurs maisons détruites, leurs routes fermées, les arrestations brutales, les tirs  sur les enfants, autant d’exemples qui me rappelaient durement les actions des soldats français contre les Indigènes pendant la guerre d’Algérie.

    Au début du mois de mai 2006, j’eus du mal à trouver le village d’Isserbourg.  Mes souvenirs des lieux furent mis à dure épreuve, je fis deux fois le tour du village. Je crus reconnaître la petite place avec un commerce, mais rien ne ressemblait à l’image que j’avais gardée du lieu de notre cantonnement. Je ne pouvais pas repartir avant d’avoir revu l’endroit précis où j’avais passé tant de journées et de nuits d’ennui et d’angoisse.

    Ce fut en passant devant la gendarmerie que j’eus l’idée et l’audace d’y entrer. Les gendarmes devaient peut-être connaître l’histoire du village pendant la guerre ? Je me présentais : un ancien soldat qui revisitait le village où il avait séjourné au temps de la guerre ! Nous fûmes accueillis avec cordialité et curiosité. A notre insu, ils avaient préparé la rencontre avec le premier magistrat de la commune. Ce fut une bonne surprise. Ce séjour à Isserbourg détermina la suite de mon travail ainsi que, indirectement, mon désir du retour dans ce village qui reste pour moi une sorte de mythe de la guerre. Mes souvenirs de cette dure période me revinrent plus vivaces ; peu à peu, je me remémorais les comportements violents de certains de mes copains de régiment. Je sentis monter en moi le besoin d’écrire. Mais je voulais dépasser le stade du simple témoignage, ce que j’avais déjà fait, pour analyser le processus du déclenchement  de la violence de la guerre et notamment de la torture chez des jeunes gens qui, non seulement n’y avaient pas été  préparés, mais révélaient des comportements contraires à leur culture.

    Dès octobre 2006, je fis part de mon projet de travail à Michel Wieviorka directeur d’études à l’EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales) de Paris, qui accepta de diriger ma Thèse de doctorat en sociologie : La guerre d’Algérie. La mémoire enfouie des soldats du contingent. Des jeunes gens ordinaires confrontés à l’intolérable » que je soutenais en mars 2011. Mon travail de recueil des données dans les archives et les bibliothèques m’amena également à relire les pages de mes carnets que je n’avais pas rouverts depuis l’écriture du « Gâchis » en 1960. Ainsi je relus les témoignages sur la pratique de la torture et des exécutions commises à la ferme Moll à six kilomètres d’Isserbourg.  

    *Pourquoi cet acharnement à vouloir revoir les lieux de l’immonde ? Un devoir de mémoire ? Hommage aux victimes ? 

    -L’écriture du « Gâchis » en 1960, alors que les combats étaient violents, n’avait-elle pas eu comme aboutissement, mon retour à la ferme Moll ? N’était-ce pas le but que je m’étais donné ? Une sorte de tâche dont je devais m’acquitter, tôt ou tard. Un devoir à accomplir. Pour en finir avec la honte d’un pays qui refuse par le déni de son Etat de reconnaître ses erreurs et ses fautes. Je suis revenu à la ferme Moll le 28 novembre 2013.

    Cette fois j’avais  pu, avec des amis algériens, bien préparer suffisamment à l’avance ma nouvelle venue à Legata. Nous fûmes reçus par le secrétaire général de la mairie et le premier adjoint qui nous dirent qu’ils étaient heureux de nous recevoir. A bord de deux de leurs véhicules, nous partîmes pour la ferme Moll.  La cave de la ferme Moll se dressait devant moi, à une trentaine de mètres de la route, au fond d’un terrain marécageux couverts d’herbes hautes de broussailles. D’un coup, je fus saisi par une forte émotion, mes yeux se brouillèrent, j’avançais de quelques pas. J’aperçus sur la droite à une cinquantaine de mètres, une maison au toit à quatre pentes couvertes de tuiles plates rouges, les murs peints de blanc cassé délavé ;  sur la façade une terrasse entourée d’une rambarde de couleur bleu, ce qui donnait à la bâtisse un bien mauvais goût. La grande cave à vin faite de deux bâtiments où étaient emprisonnés les suspects, restait debout bien qu’en mauvais état d’abandon. Les autres parties de la ferme alentour avaient été détruites en grande partie. Les pierres qui tombent n’usent pas la mémoire, elles gardent en elles les douleurs et les joies de la vie. Je me souvenais que la culture de la vigne et la production du vin avaient été la part la plus importante de l’exploitation. 

    *Les lieux retrouvés sont-ils dans la réalité ou dans votre mémoire ?   

    -J’étais venu remuer le passé douloureux de ma mémoire. J’avais voulu vérifier l’existence du lieu. Il aurait pu être détruit. Le temps efface parfois les preuves d’un impossible vécu. Alors il reste l’imaginaire et le réalisme est associé au dépassement du réel. Les notes écrites sur mes carnets étaient-elles la réalité du passé ? Leur relecture m’avait si fortement interpellé que je me devais d’aller sur place pour les confronter à la réalité du présent. Le mystère soudain l’emportait sur ma raison. La réalité se présentait hors de moi-même. Elle existait par elle-même. Il n’y avait rien eu d’officiel, la visite avait été relativement discrète, organisée en quelques instants dans le bureau du secrétaire général, pour satisfaire ma demande. Et c’est sans doute pour cela que notre présence commune et complice donnait un sens fort à notre déplacement, à la ferme Moll. Quelques hommes s’étaient groupés, pour réconcilier l’Histoire de leur adversité, en toute simplicité.  Lorsque des hommes se serrent les mains, sur le lieu même de la chose monstrueuse, l’hommage aux victimes n’en est que plus fort et sincère.

    * Vous dites que vous aviez été trompé lorsque vous étiez soldat... 

    -Oui, on m’avait trompé lorsque j’étais soldat. A mon retour de la ferme Moll je songeais à un propos d’Albert Camus que je relis aujourd’hui, de «L’exil et le Royaume».  Un livre, parmi d’autres, que j’avais emporté à la guerre et dont je tournais fréquemment les pages. Elles m’aidèrent à appréhender la situation que je vivais et à la supporter sans trop de dommages. « On m’avait trompé, seul le règne de la méchanceté était sans fissure, on m’avait trompé, la vérité est carrée, lourde, dense, elle ne supporte pas la nuance, le bien est une rêverie, un projet sans cesse remis et poursuivi d’un effort exténuant, une limite qu’on n’atteint jamais, son règne est impossible. Seul le mal peut aller jusqu’à ses limites et régner absolument, c’est lui qu’il faut servir pour installer son royaume visible, ensuite on avisera ».

     

      

     

    DIFFUSION EXCEPTIONNELLE : « ALGÉRIE, LA GUERRE DES APPELÉS »


    « Ils avaient 20 ans et leur insouciance s’est consumée dans les Djebels. Deux millions de Français ont traversé la Méditerranée pour une opération de maintien de l’ordre qui est devenue la Guerre d’Algérie. »

    Printemps 1956, le gouvernement français décide d’envoyer massivement les appelés du contingent en Algérie. Sans expérience de la vie, ces jeunes hommes sont confrontés à des dilemmes moraux auxquels aucune autre génération n’avait eu à répondre et leur insouciance va se consumer dans une entreprise dont personne ne connaissait le but. 

    Après des décennies de silence, à l’heure du bilan de leur vie, ils libèrent leur parole. À partir de leurs témoignages et d’images amateurs inédites, Algérie, la guerre des appelés, un documentaire en deux parties, raconte l’épreuve qu’ils ont traversée.

    Compétition FIPA DOC 2019
    Sélection documentaire national

    DIFFUSION

    © ftv

    Une soirée documentaire

    Dimanche 3 novembre à partir de 20h50 sur France 5,
    les deux films à la suite

    à l’occasion du 65e anniversaire du début de la guerre d’Algérie

    LES ÉPISODES

    LE BOURBIER Épisode 1 (durée 68’21)

    ©Whatsupfilms

    1956, 10 ans après la fin de la guerre, le temps est à l’insouciance. Mais de l’autre côté de la méditerranée l’Algérie s’embrase et le contingent est envoyé en masse pour une simple « opération de maintien de l’ordre ». Pour la plupart des appelés, c’est un premier voyage, une aventure. Mais sur place, ils sont plongés dans un conflit dont ils découvrent la violence. Dès l’arrivée, la différence de niveau de vie entre certains Européens et les Algériens en interroge beaucoup sur le but de cette guerre. Dispersés ensuite sur l’ensemble du territoire, piégés à la poursuite de rebelles insaisissables, ils sont condamnés à vivre sous une menace permanente.

    L’incertitude de la guerre, son absurdité apparente, la disparition de copains et l’isolement se conjuguent alors pour dessiner une vie en pointillé où disparaissent les repères.

    L’HÉRITAGE

    Épisode 2 (durée : 61’16)

    © Whatsupfilms
    4 ans après le début de la révolte en Algérie et 2 ans de guerre à outrance, pas un canton de France qui ne compte son jeune homme « mort pour la France ». Alors qu’une majorité de Français est désormais favorable à une solution négociée en Algérie, sur le terrain, les 400 000 hommes du contingent se sont enlisés dans une sale besogne aussi vaine, ingrate, que dangereuse. Une sale besogne qui conduit à un engrenage implacable.

    Car face à des rebelles mobiles qui se fondent dans la population, les plus hauts gradés ferment les yeux sur des méthodes déjà éprouvées en Indochine : la guerre du renseignement se gagne par tous les moyens.

    Comment un simple soldat peut-il  résister ? Est-ce possible ?

    Un fossé se creuse alors entre les appelés pris dans une guerre sans merci et une société française éblouie par l’embellie que promet le début des années soixante. Le silence des appelés s’installe alors, avant même leur retour définitif.

    FICHE TECHNIQUE

    Un film écrit et réalisé par Thierry de Lestrade et Sylvie Gilman

    Conseiller historique Tramor Quemeneur

    Documentaire en deux parties
    Épisode 1 – Le bourbier – durée 68’21
    Épisode 2 – L’héritage   – durée 61’16

    Commentaire dit par Johanna Nizard

    Musique originale Stéphane Lopez

    Une production What’s Up Films (Matthieu Belghiti), avec le soutien de la Procirep Angoa, avec la participation du Centre national de cinéma et de l’image animée et de France Télévisions Année 2019

    Durée du replay sur france.tv  J+7

     

    Note d’intention des auteurs / réalisateurs

    WhatsupFilms

    NOTE D’INTENTION DES AUTEURS/RÉALISATEURS, THIERRY DE LESTRADE ET SYLVIE GILMAN

    Quand Matthieu Belghiti nous a proposé – à Sylvie Gilman et à moi même – de travailler sur « Algérie, la guerre des appelés », un gros travail de recherches d’archives avait été réalisé par Tramor Quemeneur, historien et conseiller historique.
    C’était une récolte unique de films amateurs tournés par les appelés eux-mêmes en Algérie, mais aussi des lettres, des photos. C’était un petit trésor… et nous avons pourtant hésité, Sylvie et moi. Pourquoi en effet un film supplémentaire sur la guerre d’Algérie ?  L’essentiel n’avait-il pas déjà été dit ?
    Le vocabulaire de cette guerre est bien connu de tous : pacification, barricades, De Gaulle, rapatriés, putsch des généraux, OAS, Harkis, torture… Au gré de l’ouverture d’archives secrètes, du travail des historiens, les vérités enfouies ont affleuré. Qu’ajouter de plus au récit historique ? C’est à cette période là, où nous hésitions, que mon père est mort. Et alors que je mettais un peu d’ordre dans son hangar, quelques jours après la dispersion de ses cendres, j’ai trouvé sous un établi un objet tout en longueur, soigneusement empaqueté dans du papier cartonné. J’ai défait la corde qui le maintenait : c’était le fusil de mon père, canon replié. Je ne me souvenais pas de mon père se servant d’un fusil. Même pas à la chasse, contrairement à ses voisins. L’intérieur du canon était d’ailleurs recouvert de rouille. M’est alors revenu en mémoire une phrase qu’il avait maintes fois répétée, que je n’avais sûrement pas su comprendre : « Vous donnez un fusil à un homme, et ce n’est plus le même homme ». Son fusil maintenant entre les mains, j’ai compris qu’il parlait de la guerre d’Algérie. Mon père est mort sans en avoir dit plus sur sa guerre. Il est parti avec ses silences. Comme tant d’autres. Mais ce silence ne doit pas nous abuser : cette guerre a marqué toute une génération. Il m’a alors paru indispensable de faire raconter leur guerre à ceux qui étaient encore vivants. De poser les questions que je n’avais pas posées à mon père.

    Sylvie, dont le père fut également en Algérie, s’est engagée dans la même démarche. Après le recueil des images, le projet du film s’est doublé d’un recueil de témoignages. Pour expliquer au mieux cette guerre, il fallait avant tout écouter ceux qui l’avaient faite, ceux qui l’avaient vécue, ceux qui l’avaient subie. Les paroles des anciens appelés que nous avons recueillies nous ont donné la certitude que ce film devait être un film de témoignages qui allaient nous permettre de faire revivre ces images. Une façon de s’approcher au mieux de la vérité de toute une classe d’âge, la dernière « génération du feu ». Avec l’idée que la multitude des visages allait donner un
    visage à la guerre d’Algérie. La guerre d’Algérie, même si son récit s’est éclairé ces dernières années, demeure une zone d’ombre de notre histoire. Elle reste au cœur d’affrontements de mémoires, même à l’intérieur du pays. Si, en tant que documentariste, notre rôle est d’avancer sur ces terrains minés, une seule attitude paraît possible : adopter une démarche de vérité et d’honnêteté.

    LA RENCONTRE AVEC LES APPELÉS

    Tramor Quemeneur nous a donné accès à de nombreux appelés. Plusieurs sont aujourd’hui des personnages du film comme Stanislas Hutin ou Bernard Henry mort à 20 ans en Algérie. Ce dernier est présent dans le film grâce aux archives personnelles que son frère nous a confiées ainsi que les correspondances avec sa famille. Mais nous voulions avant tout rencontrer des personnes qui n’avaient encore jamais parlé. L’intention était de recueillir une parole la plus spontanée possible, en évitant les récits déjà construits, répétés maintes fois et qui risquaient de ne pas laisser place au sentiment. Nous ne cherchions pas forcément de révélations spectaculaires, nous voulions plutôt nous atteler à un travail d’archéologie. Mais une « archéologie du sentiment», pour reprendre l’expression de Ken Burns à propos de sa série « The war ». Car il s’agit avant tout de sentiments. Donc de paroles : celle des appelés. Pendant les interviews, il était très émouvant de voir tout à coup ressurgir chez ces hommes de plus de 80 ans les jeunes hommes de 20 ans. Le « jeune homme de 20 ans qui pleure encore», pour reprendre l’expression d’un appelé. De cette sincérité émerge toujours une vérité. C’est la vérité du soldat, c’est aussi la vérité du vieil homme qui cherche à se réconcilier avec le jeune homme qu’il fut. Il était évidemment très important de recueillir leur parole à la première personne. Et de centrer le témoignage sur ce qu’ils avait vécu et vu.
    Dans le choix des intervenants nous avons voulu respecter un équilibre géographique, mais aussi balayer le spectre politique et social. Certains étaient professeurs, ouvriers, séminaristes, d’autres communistes, chrétiens engagés ou pour la plupart non politisés. Chacun incarnant à sa manière des « missions civilisatrices » de la France mises à mal pour tous sur place.

    LE TRAVAIL DES ARCHIVES

    © Whatsupfilms

    Pour nous, Thierry de Lestrade et Sylvie Gilman, ce qu’ont vécu ces jeunes hommes de 20 ans s’apparente à une odyssée. Quitter sa famille, sa fiancée, son village, prendre un bateau pour aller de l’autre côté de la mer, affronter l’inconnu, se confronter à la guerre, aux choix moraux qu’elle impose, puis rentrer à la maison. Revenir métamorphosé. Se murer dans le silence devant la pudeur des proches et l’indifférence des autres.

    Notre pari était de réaliser un film qu’avec le maximum d’archives personnelles et amateurs tournées par des soldats en Algérie. Tramor Quemeneur a effectué un travail de recherches colossal en cinémathèques et chez des particuliers. Les images tournées en 8 mm, inédites pour la plupart, participent de manière essentielle à la signature de ce film, à sa subjectivité. Si certaines d’entre elles sont remarquables, il s’agit surtout de décrire le quotidien du soldat : camions ensablés, méchouis, balades à dos d’ânes, danses et travestissements de soldats faisant les idiots devant la caméra, ennui, écriture de lettres aux familles… Loin des images de conflits et de la guerre, les appelés ont enregistré leurs souvenirs d’Algérie. Au premier abord, ces images pouvaient paraître banales. Mais une fois portées par la voix d’autres appelés, ces images ont retrouvé toute leur émotion : derrière le grain de chaque plan, on sent tout à coup le
    regard de celui qui filme, la main qui tremble de celui qui tient la caméra. Ces images participent tout autant que les témoignages à cette archéologie du sentiment.

    LA CRÉATION DE DÉCOR POUR LES INTERVIEWS

    Le décor était essentiel pour recueillir les témoignages. Il était important de faire venir nos appelés dans un décor unique. Venir jusqu’à Paris constituait une démarche très forte qui ouvrait déjà le chemin de la parole. Ce n’est pas sans scrupules que nous l’avons demandé à tous – c’était un effort important pour certains d’entre eux qui ont une santé déclinante – mais cela nous paraissait constitutif du projet. Il fallait créer les conditions particulières pour recueillir leur parole. La scénographie est minimale : un fauteuil, une lampe sur pied, une table basse et quelques éléments personnels que chaque témoin était libre d’apporter. L’important était avant tout de permettre à nos personnages de pouvoir faire ce saut arrière dans le passé. Chacun savait qu’un autre homme avant eux s’était assis sur le même fauteuil et qu’un autre homme leur succéderait. Enfin le décor unique égalise les différentes conditions sociales, comme l’armée.

    NOTE DU CONSEILLER HISTORIQUE –  TRAMOR QUEMENEUR

    J’ai commencé à travailler sur les appelés du contingent dans la guerre dans le cadre de ma thèse, dirigée par Benjamin Stora, qui portait plus particulièrement sur la question des désobéissances. Depuis lors, je n’ai jamais arrêté de travailler sur la guerre d’Algérie et sur les appelés. En 2010, j’avais élaboré un premier travail avec Benjamin Stora autour des archives privées et des parcours individuels. C’est le livre Algérie 54-62. Lettres, carnets et récits des Français et des Algériens dans la guerre, publié aux éditions Les Arènes. L’année suivante, j’ai poursuivi le travail avec le journaliste Slimane Zeghidour autour des photographies en couleurs prises par les appelés pendant la guerre (L’Algérie en couleurs, Les Arènes). Enfin, en avril 2018, j’ai publié un dossier dans le magazine Historia sur les témoignages d’appelés, à travers leurs lettres, leurs journaux intimes, leurs photographies…

    Aussi, de la photo au film amateur, il n’y avait qu’un pas. C’est pourquoi, ce projet avec What’s Up Films m’a enthousiasmé. Nous avons écumé les cinémathèques de France, lancé des appels, découvert des pépites… En creusant, j’ai pu constater qu’il existe des films qui restent dans les familles, parfois sans même pouvoir être visionnés. Mais ils sont bien là et ils ont une valeur de témoignage importante. Nous avons ainsi fait des dizaines d’heures de visionnage de ces films, repéré certains d’entre eux, effectué des recherches sur leurs auteurs et obtenu leur témoignage. Thierry de Lestrade a réalisé un immense travail d’indexation et de « découpage » des films pour en garder la quintessence.

    Il fallait en plus obtenir le témoignage des appelés. Nous voulions une sorte de « film cathédrale » qui rende compte du nombre conséquent de soldats engagés dans cette guerre (près de deux millions), de la variété de leurs parcours et de l’hétérogénéité de leurs positionnements politiques passés et présents.

    Beaucoup d’entre nous avons un père ou un grand-père qui a participé à cette guerre. Ces anciens combattants arrivent maintenant à la fin de leur vie. Il fallait leur donner la parole, eux qui se caractérisent en général par leur silence. J’espère que ce film apportera de nombreuses réponses aux questions qui peuvent se poser, donnera une vue la plus objective et exhaustive possible sur les parcours des appelés dans la guerre, et qu’il amènera de nombreux grands-pères à raconter à leurs petits-enfants la guerre dure à laquelle ils ont dû participer, même si c’est parfois difficile, afin de lever le voile du non-dit et de permettre de cicatriser les plaies mémorielles.

    TÉLÉCHARGER LE DOSSIER DE PRESSE

    Sylvie Syren

    Responsable de projets et d’actions de communication France 5

     

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