• Le «jour d’après», c’est aujourd’hui...

    Le «jour d’après», c’est aujourd’hui

     

    Faut-il préparer le « jour d’après » comme si la crise sanitaire n’était qu’une parenthèse ? Promesses d’investissements pour la santé du côté du pouvoir, promesses de règlements de comptes pour d’autres, promesses que rien ne sera comme avant. Mais rien n’est déjà plus comme avant. Le « jour d’après » a commencé pour les pouvoirs politiques et financiers. Il est déjà l’heure de résister.

     

    La moitié de l’humanité est mise aux arrêts. L’avenir est aboli par la crainte : crainte du virus et crainte de l’incompétence de celles et ceux qui gouvernent les Etats. La brutalité de cette expérience collective est incommensurable. Nous voici tout à coup solidaires en temps réel des émotions de cousins canadiens, de nièce en Australie, de collègues et amis brésiliens, indiens, italiens, espagnols ou sénégalais. Nous n’avons jamais demandé autant de nouvelles de nos amis et de nos proches et nous n’avons jamais eu autant, sans cesse, le même sujet de conversation.

    Depuis le 17 mars, je me demande comment seront nos premiers pas libres, hors de chez nous, « après ». Ces pas seront-ils libérés de toute peur ? Comment sort-on de prison ? Combien de temps nous faudra-t-il pour respirer sans crainte, saluer sans arrière-pensée, refréner notre tentation de tout désinfecter ?

    Chaque jour qui passe depuis le 17 mars voit cet horizon s’éloigner. Qui connait la date de fin de la « parenthèse »? Le gouvernement a instauré le confinement reconductible et réfléchit à un déconfinement progressif et sous contrôle. Le Ministre de l’Éducation Nationale ne connait pas la date de reprise des cours et des menaces pèsent sur les vacances. Nous ne savons pas quand nous aurons assez de tests et de masques pour changer de stratégie sanitaire. La loi d’urgence sanitaire votée le 22 mars est applicable jusqu‘en décembre. Nous ne savons rien de l’évolution future de la pandémie dans le Monde, des nouveaux équilibres géopolitiques et économiques, de la dévastation possible de l’Afrique.

    Une peur sans fin 

    Le « jour d’après » qu’on nous promet ressemble au pays de cocagne. Ce sera le jour du capitalisme humain de Bruno Lemaire ou des investissements massifs pour l’hôpital. Comme le réveil d’un mauvais rêve. Comme l’Eden des croyants. « Un jour tu verras ». Pourquoi faire aujourd’hui ce qu’on peut reporter à plus tard ?

    Le temps lui-même est devenu aléatoire. « Tous nos concitoyens se privèrent très vite, même en public, de l’habitude qu’ils avaient pu prendre de supputer la durée de leur séparation. » écrivait Albert Camus dans La Peste en 1947. Car « après tout, il n’y avait pas de raison pour que la maladie ne durât pas plus de six mois, et peut-être un an, ou plus encore. »? Il n’y a pas de raison en effet. Comment se projeter dans un agenda professionnel, étudiant ou familial et des échéances à quatre ou cinq semaines ? Comment préparer un bac hypothétique, et finalement annulé ? Comment gérer les projets suspendus ? Les échéances administratives ? Les suivis médicaux ? Les gouvernements dont nous dépendons gesticulent et piétinent. Et pour chacune et chacun, tout peut basculer avec une quinte de toux.

    La condition de l’homme global est aujourd'hui l’exil à domicile, cet « exil chez soi », dans lequel le temps suscite une « angoisse qui lui est propre » (Albert Camus). Le danger est là qui rôde autour de notre prison. Chaque soir, les « éditions spéciales » nous en détaillent le drame, nous en comptent les victimes, font parler la fatigue des soignants, la détresse des familles et même les incertitudes gouvernementales. Nous n’en sortons pas indemnes. Si des troubles anxieux commencent à apparaître au bout de quinze jours de confinements, les effets sur la santé mentale sont à craindre. L’étude menée par l’université de Shanghai laisse présager des troubles post-traumatiques. 

    Nous voici réunis par la peur quand les corps sont violemment soupçonnés, cloisonnés, pathologisés, et que ces corps nous séparent. « Comment continuer à construire un «nous» possible quand on ne peut même pas toucher, à la légère et du bout des doigts, amis, amoureux, famille ou inconnus? » s’interroge une philosophe madrilène elle-même prise au piège du désastre ? Nous voici réunis dans la qualité « d’intouchables ».

    Nous voici administrés par la peur « souffrance principale de ce long temps d’exil » disait déjà Camus, et « réduits à notre passé ». Comme l’annonçait Paul Virilio, cette peur « abolit les distances », pollue l'espace et plonge les sujets connectés à l'actualité dans un live permanent qui abolit la géographie en même temps qu’elle abolit le temps.

    Nous voici transformés en victimes consentantes de dispositifs de contrôle, comme dans toutes les grandes épidémies. Mais jamais ces dispositifs n’avaient été à ce point universalisés. La planète entière semble destinée à devenir cette ville de Marseille en proie à la peste en 1720 et décrite par Michel Foucault dans Surveiller et Punir, « cet espace clos, découpé, surveillé en tous ses points, où les individus sont insérés en une place fixe, où les moindres mouvements sont contrôlés, où tous les événements sont enregistrés »

    Nous voici enfin assignés à notre place, qui dans son pavillon, qui dans son trois-pièces où cohabitent cinq personnes, qui dans son jardin et qui dans sa cuisine, qui dans sa résidence secondaire et qui dans sa cité du 93, qui dans l’harmonie familiale et qui à la merci d’un bourreau. Le 1er avril à Paris une femme de 33 ans est morte sous les coups de son conjoint, c’était la 23e depuis le 1er janvier.

    Le «jour d’après», c’est aujourd’hui;;;

     

    Plus jamais ça !

    Construisons ensemble

    Ensemble, préparons le Jour d’Après, avec un même mot d’ordre : « plus jamais ça ! ».

    Appelons chaque citoyen-ne-s – vous-nous ! - à faire entendre sa voix pour défendre des mesures sociales, environnementales et féministes et construire, ensemble, le monde d’après. La crise sanitaire actuelle a mis le monde à l’arrêt tout en le précipitant dans l’urgence, celle de sauver des vies. Celle, aussi, de repenser et reconstruire un système qui, la preuve vient d’en être dramatiquement donnée, ne mène qu’à l’impasse. Une impasse sanitaire, mais aussi sociale et climatique, pour laquelle nous sonnons l’alarme depuis des années.

     Aujourd’hui, une opportunité historique nous est donnée :

     Celle d’une remise à plat d’un système injuste, climaticide et sexiste.

    • Celle de réaliser les changements politiques nécessaires, les plus importants de ces dernières décennies.
    • Celle d’un progrès collectif, jamais réalisé depuis des générations, pour un monde juste et durable.
    • Celle de construire un monde « d’après » qui profite à toutes et tous et non plus à une minorité privilégiée, et préserve notre avenir et celui de la planète. 

    Dans ses dernières déclarations, Emmanuel Macron a appelé à des « décisions de rupture » et à placer « des services publics en dehors des lois du marché ». 

    Au-delà de grands discours, l’heure est

    aux actes.

    En tant que citoyen-ne-s, nous avons toutes et tous le pouvoir de nous faire entendre pour prendre part à ces décisions qui impacteront durablement nos vies et celles des générations futures. Aujourd’hui, ensemble, défendons les mesures sociales, écologiques, féministes, qui s’imposent. 

    Défendons ensemble des mesures urgentes

    et de long terme

    pour la justice sociale et climatique

    Tirons les leçons de la crise actuelle et pallions aux dysfonctionnements générés par les politiques menées depuis des années. La protection et la promotion des services publics doit être une priorité, dès aujourd’hui et pour demain. Ils sont les garants de notre santé, de notre éducation, de notre avenir. Ils sont les meilleures armes face à des inégalités croissantes et les garants du respect des droits fondamentaux. Les protéger, c’est investir dedans. C’est aussi revaloriser les personnes qui y travaillent et leur donner les moyens d’agir. La crise sanitaire actuelle est une loupe grossissante d’inégalités criantes. Nous ne pourrons accepter que les choix politiques qui seront faits viennent les accentuer. Ils devront au contraire les réduire, en priorité pour les femmes, aujourd’hui en première ligne de la crise, et pour les Plus vulnérables, en France et dans le monde. Enfin, nous voyons aujourd’hui toute la violence humaine et sociale d’une crise qui a pris nos sociétés de cours. Ne faisons pas la même erreur face à la crise climatique, dont les effets se font déjà sentir fortement et qui seront encore plus dévastateurs à l’avenir. Les choix faits pour demain ne doivent en aucun cas privilégier le court terme, et sacrifier la planète à une croissance « coûte que coûte ». Une autre voie est possible, et ensemble, nous pouvons la défendre. Aujourd’hui, nous avons le pouvoir de construire le monde de demain, pour qu’il soit  le reflet de nos aspirations : un monde plus juste, durable et solidaire. Ne laissons pas les décisions se prendre sans nous et contre nous. Nous avons le pouvoir citoyen.

     

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 9 Avril à 16:11

    A Tarbes aussi, Michel, un femme est morte sous les coups de son "ami" ou "compagnon" - ancien para de Tarbes -  connement qualifié de présumé "assassin". Que de crapules en liberté !

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