• Le photographe Marc Riboud est mort à l'âge de 93 ans

    Le photographe Marc Riboud est mort

     à l'âge de 93 ans

    Le photographe Marc Riboud est mort   à l'âge de 93 ans

    Il est notamment connu pour sa photographie "La fille à la fleur", en 1967, et pour ses photos des événements de mai 1968.

    Le photographe Marc Riboud est mort mardi à l'âge de 93 ans des suites d'une longue maladie, a annoncé sa famille, mercredi 31 août 2016. Cet ancien de Magnum est notamment connu pour sa photographie La fille à la fleur. Il s'agit d'une militante contre la guerre du Vietnam, face à des soldats en arme devant le Pentagone. Il est également renommé pour son cliché Le Peintre de la Tour Eiffel, un ouvrier en équilibre sur la structure de la Tour (1953). Maître du noir et blanc, grand reporter, Marc Riboud expliquait qu'il photographiait "comme un musicien chantonne".

    Né le 24 juin 1923 à Saint-Genis-Laval, près de Lyon, dans une famille bourgeoise, Marc Riboud était le cinquième d'une fratrie de sept enfants parmi lesquels Jean Riboud, patron de Schlumberger, et Antoine Riboud, mort en 2002 et qui fut le fondateur et le PDG de Danone.

    Il démarre la photo à 14 ans

    Le père de Marc Riboud, banquier, est un homme de culture. Lorsque son fils à 14 ans, il lui offre un Vest Pocket Kodak. C'est ainsi que le jeune Marc démarre la photographie. 

    Après avoir pris en 43-44 le maquis dans le Vercors, le jeune homme est élève de l'école Centrale de Lyon de 1945 à 1948. Il travaille ensuite comme ingénieur dans une usine de Villeurbanne où il s'abstient de revenir, après un congé de huit jours, et avoir pris la décision de se consacrer à la photographie.

    Marc Riboud se rend en Algérie pour la première fois en 1960 afin de couvrir la semaine des barricades érigées par les partisans de l'Algérie française. Il y retourne ensuite régulièrement et va saisir, au cours de l'année 1962, les moments décisifs de l'accession du peuple algérien à l'indépendance. Rarement montrées dans la presse française de l'époque, ces images réapparaissent aujourd'hui avec une force et une émotion incontestables, alors que la «guerre d'Algérie» - appelée « guerre de libération nationale »; en Algérie - demeure un sujet sensible dans les mémoires collectives. On retrouve dans ce livre toutes les qualités de la photographie de Marc Riboud, qui a su garder ses distances avec les événements et capter sans effets, avec le sens de la composition qui le caractérise, le quotidien d'un peuple en marche vers la liberté. L'analyse sensible de Seloua Luste Boulbina et la prose lumineuse de Malek Alloula replacent les photos dans leur contexte historique et éclairent la démarche photographique de Marc Riboud, plus que jamais guidé ici par l' « instinct de l'instant ». Le livre est préfacé par le journaliste et écrivain, fondateur du Nouvel Observateur, Jean Daniel, né à Blida, qui fut un acteur engagé de l'indépendance algérienne, notamment à travers ses articles. Textes en français et en arabe.

    Le photographe Marc Riboud est mort   à l'âge de 93 ans

    Tous ces épisodes de la guerre d Algérie

     se déroulent avec une familiarité

    étonnamment naturelle

    Par Jean Daniel

    Marc Riboud possède, mieux que personne, «l’instinct de l’instant». J’ajouterai qu’il s’agit d’un ami très cher, dont j’ai été souvent le compagnon lorsque nous avions en commun la contrainte et la passion de faire la chronique de l’épopée des peuples dans leur transe émancipatrice. Pour ce qui est de l’Algérie, que nous avons parcourue de long en large, d’orage en orage, attentifs aux aurores lumineuses et aux crépuscules tragiques pendant sept longues années, les images qu’il en a gardées et qu’il nous offre ici constituent pour moi quelque chose comme un album de famille.

    A partir d’elles, chacun peut reconstituer son monde, et quant à moi, je n’ai pu revoir le mien sans un frémissement d’émotion devant le passé et de gratitude pour celui qui le ressuscitait. Tous les épisodes de la guerre d’Algérie choisis dans cet album avec une sensibilité de poète de la quotidienneté et d’historien de l’intime se déroulent avec une familiarité étonnamment naturelle.

    Comme si Marc Riboud s était enraciné depuis longtemps sur cette terre et qu’il en avait tiré une spontanéité maîtrisée. On ne trouvera pas ici les «noces de sang, des attentats et de la répression», les horreurs des combats fratricides, les embuscades diaboliques ni les visages crispés de tel vieux maquisard ou de tel jeune para.

    Ce fut pourtant notre lot de les vivre entre deux arrêts devant les triomphes de somptueux paysages. Nous avons un défilé de scènes choisies avec un art consommé et qui suscitent plus des évocations que des descriptions. A certains moments, on se dit, devant l’une d’entre elles, «c’était exactement ça». Or cette expression est, selon Roland Barthes, celle qui révèle la qualité du grand photographe.

    Je suis né en Algérie, mais dans une Algérie plurielle parsemée d’îlots de fraternité et de culture, au milieu de peintres, d’écrivains et d’enseignants qui parvenaient à oublier qu’ils étaient ou bien les victimes ou bien les bénéficiaires de la colonisation.

    C’étaient des jeunes gens à qui l’on avait appris que, pour ce qui était de faire disparaître «l’entité étatique algérienne», d’autres, avant la France, avaient su s’y prendre. Une rue voisine de celle où je suis né à Blida a pour nom rue des Coulouglis, le nom qui désigne les Algériens nés de père turc et de mère arabe ou berbère. Il est vrai que la régence plus ou moins ottomane n’étant pas représentée par des infidèles, l’occupation était supposée être plus tolérable. MARC RIBOUD LE 2 JUILLET 1962 Le drapeau algérien flotte dans les rues d’Alger. J’en ai souvent parlé à Marc Riboud tandis qu’il me questionnait sans cesse et sur place sur mon pays natal. Il sait que j’ai toujours eu de l’Algérie l’idée que s en faisait mon ami Kateb Yacine et qu’il a défendue avec âpreté dans toutes les circonstances : l’Algérie est berbère, un peuple qui a intégré des juifs, des chrétiens, des musulmans arabisés, des Turcs et des Français.

    Il m’a écrit qu’il combattait pour un pays qui devait affirmer son algérianité originale et non une arabité indifférenciée. J’aimais beaucoup Kateb Yacine et, avec l’âge, j’admire de plus en plus son œuvre. Mon Algérie est autant la sienne que celle de Camus. Je n ai pas pu être présent à Alger pendant les journées de l’indépendance. J’ai des souvenirs d’une réalité télévisée mais non des scènes vécues sur place par Marc Riboud.

    A ce moment-là, j’étais encore dans une chambre d’hôpital, enfin convalescent après avoir été blessé par les parachutistes français à Bizerte en juillet 1961. En regardant certaines images des journées de l’indépendance, si j’arrive à épouser l’irrépressible joie d’un peuple si longtemps humilié et enfin libéré, je ne peux oublier tous les amis que j’ai perdus dans les deux camps.

    Ma première fiancée a été assistante d’Abderrahmane Farès, premier président de l’exécutif provisoire en 1962. Elle a été assassinée le jour de l’indépendance. Elle était belle, passionnée et elle avait pris, avec moi, le parti de ceux dont elle allait être la victime. Lorsque je suis revenu à Alger en m’appuyant sur des béquilles, j’ai été accueilli dans tous les milieux comme un «frère»: c’est ainsi que sappelaient entre eux les maquisards dont je n’ai évidemment jamais fait partie.

    Les scènes de fraternité que Marc décrit lorsqu’il est hébergé en Kabylie dans une maison où on lui cède le seul lit confortable, je les ai vécues. Peut-être cette fraternité dont tout le monde parle aujourd’hui en France sans que les citoyens se considèrent pour autant comme «frères» les uns des autres se réfugie-t-elle chez les êtres qui ont souffert ensemble, parfois les uns contre les autres. Pourquoi éprouver le besoin de rappeler cela à propos des photos de Marc Riboud ? Parce qu’elles ont gardé leur insolite et subtile évocation, parce qu’elles se sont réinsérées dans ma mémoire la plus familière et parce qu’en les contemplant, pour citer Apollinaire: «En moi-même je vois tout le passé grandir.» 1. Jean Daniel signe la préface de : «Algérie, indépendance», l’album de Marc Riboud (éd. Le Bec en l air) dont sont extraites ces photos. Né à Blida en 1920, fondateur historique du «Nouvel Observateur», Jean Daniel est l’auteur d un grand nombre d’essais et de carnets autobiographiques, dont ce très beau livre publié en 1992, chez Grasset «La Blessure». Grièvement blessé à Bizerte, en juillet 1961, c’est au cours de sa longue convalescence qu’est proclamée, un an plus tard, l’indépendance de l Algérie. 2. Cf. Albert Camus. 104 I polka magazine #7

     

    QUELQUES PHOTOS DE MARC RIBOUD CONCERNANT

    L'INDEPENDANCE DE L'ALGERIE

    Le photographe Marc Riboud est mort   à l'âge de 93 ans

    Le photographe Marc Riboud est mort   à l'âge de 93 ans

    Le photographe Marc Riboud est mort   à l'âge de 93 ans

    Le photographe Marc Riboud est mort   à l'âge de 93 ans

    « Paru en 2015 : Guerre d’Algérie, destins croisés, « Voyage de réconciliation entre un fellagha et un appelé français » de Dalila Berbagui aux éditions BellierLe 1ᵉʳ septembre 1970 à Paris décédait François Mauriac : voici "Le Bloc-notes" »
    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks Pin It

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires

    Vous devez être connecté pour commenter