• Le plaidoyer pour la paix d'Albert Camus Mes voeux de bonne année !

    Le plaidoyer pour la paix d'Albert Camus  Mes voeux de bonne année !

    Le plaidoyer pour la paix d'Albert Camus

    Le plaidoyer pour la paix d'Albert Camus  Mes voeux de bonne année !

     

    Mes voeux de bonne année !

    Le 4 janvier 1960 Albert Camus, prix Nobel de littérature, nous quittait. Il aura été le seul intellectuel occidental à dénoncer l'usage de la bombe atomique, au lendemain du bombardement d'Hiroshima, dans son célèbre éditorial de "Combat" journal clandestin de la Résistance, du 8 août 1945. Au seuil de cette nouvelle année je vous invite à partager les mots de mon (lointain !) cousin.

     " Le monde est ce qu'il est, c'est-à-dire peu de chose. C'est ce que chacun sait depuis hier grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d'information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique.

    On nous apprend, en effet, au milieu d'une foule de commentaires enthousiastes que n'importe quelle ville d'importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d'un ballon de football. Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l'avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. Nous nous résumerons en une phrase : la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l'utilisation intelligente des conquêtes scientifiques.

    En attendant, il est permis de penser qu'il y a quelque indécence à célébrer ainsi une découverte, qui se met d'abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l'homme ait fait preuve depuis des siècles. Que dans un monde livré à tous les déchirements de la violence, incapable d'aucun contrôle, indifférent à la justice et au simple bonheur des hommes, la science se consacre au meurtre organisé, personne sans doute, à moins d'idéalisme impénitent, ne songera à s'en étonner.

    Les découvertes doivent être enregistrées, commentées selon ce qu'elles sont, annoncées au monde pour que l'homme ait une juste idée de son destin. Mais entourer ces terribles révélations d'une littérature pittoresque ou humoristique, c'est ce qui n'est pas supportable.

    Déjà, on ne respirait pas facilement dans un monde torturé. Voici qu'une angoisse nouvelle nous est proposée, qui a toutes les chances d'être définitive. On offre sans doute à l'humanité sa dernière chance. Et ce peut-être après tout le prétexte d'une édition spéciale. Mais ce devrait être plus sûrement le sujet de quelques réflexions et de beaucoup de silence.

    Au reste, il est d'autres raisons d'accueillir avec réserve le roman d'anticipation que les journaux nous proposent. Quand on voit le rédacteur diplomatique de l'Agence Reuter* annoncer que cette invention rend caducs les traités ou périmées les décisions mêmes de Potsdam*, remarquer qu'il est indifférent que les Russes soient à Koenigsberg ou la Turquie aux Dardanelles, on ne peut se défendre de supposer à ce beau concert des intentions assez étrangères au désintéressement scientifique.

    Qu'on nous entende bien. Si les Japonais capitulent après la destruction d'Hiroshima et par l'effet de l'intimidation, nous nous en réjouirons. Mais nous nous refusons à tirer d'une aussi grave nouvelle autre chose que la décision de plaider plus énergiquement encore en faveur d'une véritable société internationale, où les grandes puissances n'auront pas de droits supérieurs aux petites et aux moyennes nations, où la guerre, fléau devenu définitif par le seul effet de l'intelligence humaine, ne dépendra plus des appétits ou des doctrines de tel ou tel État.

    Devant les perspectives terrifiantes qui s'ouvrent à l'humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d'être mené. Ce n'est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l'ordre de choisir définitivement entre l'enfer et la raison. " 

    Albert Camus, éditorial de "Combat" du 8 août 1945 

    A la Libération, le 21 août 1944, Albert Camus commençait son édito par ces mots : "le combat continue ... "

    Et il a continué en effet !

    On a ainsi vu des hommes et des femmes courageux, ceux qui dans la Résistance avaient combattu le nazisme, des gaullistes aux communistes, mettre de côté leurs différences politiques pour privilégier l'intérêt général, l'avenir, celui du pays et de ses citoyens.

    C'est leur combat qui, non seulement sauvera l'honneur de la France, mais permettra la mise en place du Conseil National de la Résistance, composé de représentants de la presse, des syndicats, des mouvements de résistance et des membres de partis politiques hostiles au Gouvernement collabo de Pétain.

    C'est leur programme de réformes sociales et économiques, forgé dans la lutte commune, qui a été mis en place et qui a permis la reconstruction du pays, le retour aux valeurs de la République et bien des acquis sociaux comme la Sécurité Sociale par exemple.

    Ces acquis sont désormais consciencieusement détricotés par des gouvernements irresponsables. Ceux-là mêmes qui restreignent nos libertés, sèment le chaos dans le monde et mettent ainsi nos vies en danger.

    Cette descente aux enfers nous mène droit vers le pire.

    Alors, au seuil de cette année 2017 où nous allons devoir faire des choix décisifs pour notre avenir commun, faisons en sorte "que le combat commence" !

    Le seul qui vaille. Celui de la paix et du progrès humain au sein d'une République reconquise. 

     

    « Je commence à recevoir des vœux de bonne année 2017, en voici deux :Y a-t-il des guerres justes ? »
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