• Les enfants et petits-enfants de pieds-noirs renouent avec leurs racines

    Aucune association ne les regroupe, au contraire, ils auraient plutôt tendance à fuir celles de leurs parents, qui entretiennent la mémoire de l’Algérie française… Traduisons : "Oui vous avez bien lu ces pieds-noirs là ont tendance à fuir les associations nostalgériques extrémistes… Que ça fait du bien de les lire…"

    Les enfants et petits-enfants de pieds-noirs renouent avec leurs racines

    Parce qu’ils ont le sentiment d’appartenir à ce pays – parfois sans jamais l’avoir connu –, une poignée d’enfants ou petits-enfants de pieds-noirs font le choix de se rendre en Algérie. La rencontre avec ses habitants et l’accueil qu’ils reçoivent les aident à guérir leurs blessures.

    Les enfants et petits-enfants de pieds-noirs renouent avec leurs racines

    Paul Souleyre, sur la tombe familiale lors de son premier voyage
    à Oran en 2014. / Paul Souleyre

    Fils et petits-fils de pieds-noirs oranais, né en 1969 à Nancy, Paul Souleyre n’a pas connu l’Algérie française et n’entretenait donc avec elle « ni regret, ni souvenir, ni tristesse ». Cette vie «normale» de « Français métropolitain classique » a toutefois basculé lors du décès de sa mère. Oran est alors «remontée peu à peu à la surface de (sa) conscience».

    Enregistrement du témoignage de son père, recherches passionnées sur les rues, les quartiers de cette ville de l’Ouest algérien où ont vécu ses parents… L’enseignant bordelais plonge littéralement dans cette histoire, avant d’éprouver finalement le besoin de rencontrer tous ces Algériens avec qui il s’est lié sur les réseaux sociaux : «Je veux les entendre parler, les voir vivre, regarder leur ville, comprendre le pays.»

    C’est ce séjour « merveilleux » qu’il a raconté dans un court article, paru en avril 2016 dans la revue du diocèse d’Oran puis posté sur Facebook, à l’origine de réactions en chaîne, souvent inattendues : « L’Algérie s’ouvre à moi et me reçoit sans retenue. J’entends partout des “bienvenue chez toi”, on me prend, on m’embrasse, on me fait voir tout ce que je veux voir, on me fait manger, dormir, voyager à travers l’Oranie, en un mot : on me guérit. De quoi, je ne sais pas, mais on me guérit. »

    Sur un coup de tête

    Désormais trop âgés pour se lancer dans l’aventure ou trop effrayés pour se confronter à leurs souvenirs, les pieds-noirs sont peu nombreux à retourner sur les lieux où ils ont vécu. Les anciens appelés du contingent, tout comme ces « pieds-rouges » qui ont choisi de s’engager auprès de l’Algérie indépendante, se raréfient eux aussi dans les rues d’Alger, d’Oran ou de Constantine. Mais à leur grande surprise, et parfois même à leur insu, une poignée de leurs enfants ou petits-enfants osent à leur tour sauter le pas.

    Combien sont-ils ? Impossible à dire. C’est souvent seuls, parfois même sur un coup de tête à l’occasion d’un décès familial, qu’ils prennent leur billet d’avion, ou de bateau. Aucune association ne les regroupe, au contraire, ils auraient plutôt tendance à fuir celles de leurs parents, qui entretiennent la mémoire de l’Algérie française.

    « La problématique des enfants de pieds-noirs n’existe pas, nulle part », déplore Paul Souleyre, qui souhaiterait entrer en contact avec certains d’entre eux, via son blog, voire les aider à retourner en Algérie.

    « Il m’a fallu du temps pour assumer cet héritage »

    Encombrés par leur propre souffrance, désireux de l’épargner à leurs enfants, leurs parents n’ont pas toujours conscience que celle-ci s’est transmise, malgré eux. « En lisant mon livre – L’Algérie, c’est beau comme l’Amérique (1) –, ma mère a été surprise de découvrir que l’histoire familiale avait eu autant d’impact sur moi », relate Olivia Burton, qui avoue s’être « longtemps posé la question de (sa) légitimité » à la mettre par écrit.

    « Comment parler du chagrin, de la douleur qui ne sont pas les miens et que j’ai vécus par ricochet? Il m’a fallu du temps pour assumer cet héritage », reconnaît-elle.

    Entre l’interdit et le mythe

    Par-delà les craintes sécuritaires, par-delà aussi la volonté d’enfouir ou de rejeter cette mémoire complexe, le voyage est souvent l’aboutissement d’un long cheminement. Olivia Burton a mis «une bonne dizaine d’années», après le décès de sa grand-mère en 2000, à concrétiser son projet. À plusieurs reprises celui-ci a été reporté par « un événement, ou un attentat ».

    Dans la famille paternelle d’Amalia Escriva, originaire de Sidi Bel Abbès, l’Algérie était à la fois un pays « interdit et mythique », un sujet de conflit aussi. « Mon grand-père nous avait fait jurer, à mes cousins et moi, de ne jamais y retourner », se souvient la réalisatrice, dont la filmographie s’est beaucoup nourrie de l’histoire familiale depuis la France… avant qu’elle ne décide de s’y rendre, « la peur au ventre », pour un documentaire sur l’ancien évêque d’Oran, Mgr Pierre Claverie (2).

    Dessinateur-voyageur, c’est également par la bande dessinée que Joël Alessandra a choisi de rendre compte de son périple à Constantine. Mêlant à la fois le registre familial et historique, dans le cadre magnifique des paysages de l’est du pays, Petit-fils d’Algérie (3) illustre la double quête de ce descendant de maçons siciliens : la volonté de « transmettre » à ses propres enfants cette histoire – son père et ses grands-parents ne sont plus là pour en témoigner –, le désir aussi de comprendre « leurs relations avec les Algériens » en rencontrant ceux qui les ont côtoyés.

    Un regard apaisé

    Alors que les pieds-noirs cherchaient avant tout à revoir les lieux, les maisons et les rues où ils avaient vécu, la particularité de leurs descendants est peut-être là : dans cette volonté obstinée de renouer aussi avec l’Algérie d’aujourd’hui, sans rester prisonniers des querelles de leurs parents. Ce n’est d’ailleurs que lors de leur deuxième ou troisième séjour que ces voyageurs particuliers parviennent à se libérer de la mémoire blessée de leurs parents.

    «La première fois, je ne voyais que les traces de la colonisation : dès l’aéroport, les récits de ma famille faisaient comme une grille sur le réel », se souvient Amalia Escriva, qui avoue aujourd’hui « une envie très forte de refaire un film mélangeant (son) histoire et celle d’Algériens d’aujourd’hui».

    Renouer les fils entre leur histoire familiale et la grande histoire, porter un regard apaisé sur leurs ancêtres, découvrir aussi un pays qu’ils savaient magnifique mais dont la beauté époustoufle, et, bien sûr, faire l’expérience du sens de l’accueil et de la générosité algériens… Avec cette expérience intense, « remuante », tous disent leur sentiment d’avoir «bouclé la boucle», de s’être « débarrassée d’un malaise diffus », selon la formule d’Olivia Burton.

    « Là-bas, vous récupérez une partie de vous-même »

    L’ancien journaliste et écrivain Jean-Claude Guillebaud a pris le chemin du retour… soixante-quatre ans après avoir quitté ce pays, qui lui rappelait la « déchirure » familiale entre un côté paternel charentais et gaulliste et un côté maternel pied-noir et « proche de l’OAS ». Il y a éprouvé le sentiment d’y « recoller les deux moitiés de (son) cerveau ».

     « Là-bas, vous récupérez une partie de vous-même qui avait été tranchée », assure-t-il, heureux d’avoir accepté l’invitation du centre culturel d’Alger, après avoir pendant des années refusé toute idée de reportage sur place.

    Une expérience le plus souvent positive

    Rares sont les expériences malheureuses et les marques d’hostilité, même si elles existent, sur les réseaux sociaux, du « côté algérien comme du côté pied-noir », prévient Paul Souleyre. À entendre ce dernier, le risque est plutôt d’être « aspiré » par cette histoire… « Nous, nous nous sommes pris en pleine tête le traumatisme de nos parents, le faire sortir est dangereux », avoue-t-il.

    Après une série d’interventions dans des médiathèques, lycées et maison de quartier de la région de Lyon et Grenoble, organisée par une association de pieds-noirs, Joël Alessandra recommande chaleureusement l’expérience à tous « ceux qui ont une affinité avec le pays ». Tout comme Amalia Escriva, pour qui ce pays est devenu «concret et vivant» : « Il faut cesser d’avoir peur de ses fantômes. »

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    Les enfants et petits-enfants de pieds-noirs renouent avec leurs racines

    (1) L’Algérie, c’est beau comme l’Amérique, Steinkis, 184 p., 20 €.

     (2) Dans les fils d’argent de tes robes (1997), La Colonie (2016), Sur mon chemin d’Algérie, j’ai rencontré Pierre Claverie (2016).

    Les enfants et petits-enfants de pieds-noirs renouent avec leurs racines

    (3) Petit-fils d’Algérie, préface de Benjamin Stora, Casterman, 128 p., 19 €.

    SOURCE : http://www.la-croix.com/France/Les-enfants-pieds-noirs-renouent-avec-leurs-racines-2016-08-19-1200783315

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