• "Les "étrangers" de "La Nueve" ou les oubliés de la victoire... MISE A JOUR : Complément : un article de Jacques CROS

    "Les "étrangers" de "La Nueve" ou les oubliés de la victoire...

    "Les "étrangers" de "La Nueve"

    "Les "étrangers" de "La Nueve" ou les oubliés de la victoire...

    Réaffirmons nos valeurs, celles des Lumières, du Conseil National de la Résistance, de Rol, de la « Nueve », pour une société ouverte, plurielle, fraternelle, solidaire...

    En ces temps de déferlement d’un racisme quasi « officiel », décomplexé…

    En ces temps de course à la déshumanisation, où tous les démolisseurs (de vraie droite et de fausse gauche) de la République et de la laïcité s’en réclament alors et d’autant plus qu’ils les massacrent, qu’ils prostituent leur sens premier, dévoient leur contenu progressiste. Ces «intégristes» défenseurs de dernière heure de la laïcité, eux qui ont toujours soutenu le privé, instrumentalisent aujourd’hui la « loi de 1905 », attisent les haines et les divisions, pour pérenniser la domination de leur « modèle libéral »…

    En ces temps où de Sarko à Valls on fait sans vergogne le lit du Front national (en reprenant son venin), où on le « banalise » pour s’en servir ensuite comme repoussoir et crier « au feu ! », « tous derrière nous ! », «faisons barrage !»... après avoir amené cette extrême droite fachotte aux portes du pouvoir, par une politique sécuritaire à outrance, par une exaltation suicidaire d’une «identité» fermée, excluante, par la liquidation de la « question sociale », par l’éclatement définitif des dernières solidarités d’un tissu social déjà moribond...

    Victorieuses, les classes dominantes entendent éterniser leur pouvoir absolu, piller tout ce qui peut l’être, imposer des valeurs antinomiques à notre culture, pour couvrir les crimes quotidiens de la misère, du chômage, des inégalités, de la précarité, de la corruption en col blanc, et s’empiffrer sans retenue…

    En ces temps où l’on engraisse banques et grandes entreprises et l’on condamne des millions d’hommes à la survie, crions NON !! Ce n’est pas notre monde ! Affirmons pleinement, sans mettre la tête dans le sable, nos valeurs progressistes, humanistes. Non, ce n’est pas notre monde... Le glas a déjà sonné depuis longtemps déjà...

    En ces temps de stigmatisation calculée, de satanisation de « l’autre », hier le juif, l’homosexuel, le communiste (devenu presque un gros mot), aujourd’hui « l’étranger », le musulman (même si l’on s’en défend) amalgamé au « terrorisme »…

    En ces temps de naufrage politique et idéologique, de manipulation d’Etat pour mieux assujettir le peuple…

    En ces temps où tout jugement moral est évacué, où droite et extrême droite « tuent par le mensonge », et sont engagées dans une course folle à l’inhumanité, une course à laquelle participe une partie de la « gauche » repentie, ralliée à la vulgate dominante…

    En ces temps où le reniement, la trahison, sont appelés « pragmatisme », où la pensée est soumise aux ordres du fric, où de nombreux mots perdent leur sens...

    En ce monde qu’ils transforment en jungle fratricide…

    Rappelons, crions, répétons, martelons, hurlons, que :

    les premiers libérateurs qui entrent (par la Porte d’Orléans jusqu’à l’Hôtel de Ville), le 24 août 1944, dans Paris insurgé (libéré d’abord par ses habitants) et qui donnent le coup de grâce à l’occupation allemande, sont des « étrangers », les 146 antifascistes espagnols (beaucoup d’anarchistes) de la compagnie « La Nueve », fer de lance de la Deuxième Division Blindée du général Leclerc. « La Nueve » : une unité d’élite commandée par le capitaine Dronne et le libertaire lieutenant Amado Granell. Les half-tracks de « La Nueve » portent le drapeau républicain espagnol et des noms évocateurs de batailles de la « Guerre d’Espagne » : Teruel, Ebro, Belchite, Guadalajara... Au total, plus de 4 000 Espagnols « rouges », « terroristes », prirent part à la résistance dans la région parisienne, au sein de l’OS de la MOI, puis des FTP-MOI, ou des organisations espagnoles, majoritairement le PCE mais aussi de petits groupes autonomes. Combien de héros encore relégués, quasi oubliés ?  Les frères José et Conrado Miret, José Baron, Buitrago... Des « étrangers » qui portaient une « patrie d’idéal ». Et l’Espagnol de l’Affiche rouge, du groupe Manouchian, Celestino Alfonso.

    Depuis le 14 juillet 1944, les rues parisiennes sont couvertes de barricades. Le Comité Parisien de Libération et les FFI sous le commandement du colonel communiste Rol Tanguy, appellent au soulèvement. Malgré les tentatives de marginaliser les communistes, les FTP, de jouer la carte de la « résistance modérée », d’empêcher que Paris ne se libère par une insurrection populaire, les rues se hérissent de barricades. Le 10 août les cheminots paralysent le trafic et le 18 août la CGT appelle à la grève générale. Le 24 août 1944 les FFI sont maîtres des rues.

    Le 25 août, la 2ème DB, que les généraux Américains voulaient empêcher d’entrer dans Paris (tout était prévu pour mettre Paris sous tutelle américaine), nettoie les derniers réduits allemands. Les Espagnols de la « Nueve » sont chargés de l’assaut, acharné, contre l’Hôtel Meurisse, quartier général de l’Etat-major nazi. De Gaulle demande même à « La Nueve » de le «couvrir» jusqu’à Notre Dame et dans sa descente des Champs Elysées, le 26 août à 15h. C’est dire la confiance... Sur les photos d’époque, les drapeaux républicains espagnols ont cependant mystérieusement déjà disparu des petits blindés... DES ETRANGERS ! Mais il faut pour les classes dominantes « patriotiser » la Résistance, donc la participation des « étrangers », des anarchistes, des communistes, des antifascistes espagnols, italiens, allemands, des juifs persécutés dans leurs pays et réfugiés en France...

    A la Libération, en guise sans doute de remerciement, les « Alliés » lâchent une nouvelle fois les «rouges frontpopulistes» et choisissent, par intérêts de classe, Franco érigé en « sentinelle de l’Occident ».

    En ces temps fétides d’aujourd’hui où la raison et la mémoire chavirent, démarquons-nous au maximum des boutefeux irresponsables, de la nausée ambiante. Oui « La Nueve » ! Oui le mélange ! Sans angélisme ni rejet primaire. Réaffirmons nos valeurs, celles des Lumières, du Conseil National de la Résistance, de Rol, de la « Nueve », pour une société ouverte, plurielle, fraternelle, solidaire...

    La culture naît également du mélange. L’histoire des immigrés, des «étrangers» nos frères, est aussi la nôtre. Pas un pas en arrière... même pas pour prendre de l’élan !

     Jean Ortiz


      

    "La Nueve" ou les oubliés de la victoire (extrait)

    Complément : un article de Jacques CROS

    La Nueve : 24 août 1944

     

    "Les "étrangers" de "La Nueve" ou les oubliés de la victoire...

     

    La Nueve ? C’est le titre d’un ouvrage écrit par Evelyn Mesquida. La Nueve désigne la neuvième compagnie du troisième bataillon de la 2ème DB du général Leclerc. Essentiellement composée de républicains espagnols c’est elle qui la première est entrée dans Paris le 24 août 1944. Le 26 elle servait d’escorte au général De Gaulle qui descendait les Champs Elysées.

    Evelyn Mesquida, journaliste de son état, raconte l’épopée des hommes de cette compagnie. Après la défaite de l’armée républicaine c’est la retirada. Les Espagnols vaincus se retrouvent en France ou en Afrique du Nord. Mal accueillis, parqués dans des camps, dans des conditions d’hébergement épouvantables, plusieurs s’engagent dans l’armée française, à la Légion le plus souvent.

    Ils rejoignent la 2ème DB qui se forme et participent aux combats contre l’Afrika Korps de Rommel. Ils embarqueront ensuite pour l’Angleterre et prendront pied sur le sol français après le débarquement en Normandie. De nouvelles batailles seront livrées contre les armées nazies au cours desquelles ils feront la démonstration de leur courage et de leur efficacité.

    Ce sont donc quelques blindés de la Nueve, aux noms évoquant la guerre civile d’Espagne, Guadalajara, Ebro, Teruel, qui  au soir du 24 août rejoindront devant l’Hôtel de Ville de Paris l’état-major de la résistance en Ile de France.

    La guerre va encore durer plusieurs mois et après la campagne d’Alsace les survivants de la Nueve se retrouveront à Berchtesgaden, le nid d’aigle d’Hitler. C’est là qu’ils apprendront la capitulation de l’Allemagne.

    Les républicains espagnols espéraient qu’après la victoire sur le nazisme les Alliés débarrasseraient l’Espagne et l’Europe du franquisme. Eh non, de ce point de vue il y eut de la déception et la tentative de quelque dix mille guérilleros d’entrer en Espagne par le Val d’Aran se solda par un échec cuisant.

    Evelyn Mesquida complète son étude par une série de portraits de combattants de la Nueve. Quand le livre est sorti il n’en restait que deux de vivants !

    Elle a su replacer l’histoire personnelle de chacun des soldats de la Nueve dans le contexte du franquisme et de la guerre civile.

    Qu’elle soit remerciée pour avoir sorti de l’oubli les républicains espagnols du  rôle décisif qu’ils ont joué pour la Liberté !

     

    Jacques Cros

     

     

    « Baignade surveillée, par Pierre Joxe *** MISE A JOUR : L'avis d'Anne Hidalgo maire de ParisLa France aux antiracistes : un exemple parmi tant d'autres "Un restaurateur refuse de servir deux femmes voilées" »
    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks Pin It

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires

    Vous devez être connecté pour commenter