• Les journalistes hués aujourd'hui quand ils étaient censurés hier... Qu'en sera-t-il demain ?

    Les journalistes hués aujourd'hui quand ils étaient censurés hier... Qu’en sera-t-il demain de la liberté d’expression ? Quant on est même capable de s’en prendre à la Justice !!! Toute vérité n’est pas bonne à dire, dit le dicton, ceux qui ont connu la sale guerre coloniale d’Algérie se rappellent de la censure de la Presse…

    Les journalistes sifflés aujourd'hui quand il étaient censurés hier...

     

    Lors d'un meeting de François Fillon le jeudi 9 février dernier, au Palais des Congrès du Futuroscope, les journalistes ont été hués par les militants en colère. L'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin a notamment commencé son discours en faisant huer la presse.

    François Fillon a de nouveau attaqué la profession durant son discours. Sans nommer directement le Canard enchaîné, à l’origine des révélations sur son épouse et lui, ou Mediapart, contrairement à sa conférence de presse de lundi, le candidat de la droite a simplement parlé des "médias" et de "la presse" devant une foule remontée.


    Meeting de François Fillon : les journalistes... par ITELE

     

    Retour de 55 ans en arrière

    La guerre d’Algérie et la censure

    Silence, on massacre, on ratisse, on torture, on viole, on napalme. De 1955 à 1962, l’Etat français a déployé un vaste appareil répressif pour tenter de bâillonner ceux qui nommaient la sale guerre coloniale qui se menait en Algérie. Raison d’Etat oblige, il fallait dissimuler à l’opinion publique le vrai visage de la « pacification ». La censure fut alors gravée dans le marbre de la loi sur l’état d’urgence, adoptée le 3 avril 1955. Ce texte donnait aux autorités toute latitude de « prendre toutes les mesures pour assurer le contrôle de la presse et des publications de toutes nature, ainsi que celui des émissions radiophoniques, des projections cinématographiques et des représentations théâtrales ». C’est au titre de cette loi que furent censurés des journaux comme L’Humanité, Le Canard enchaîné, Témoignage Chrétien, France Observateur, ou encore Libération (celui d’Emmanuel d’Astier de la Vigerie).

    Au printemps 1956, le gouvernement de Guy Mollet, investi des « pouvoirs spéciaux », a étendu ce pouvoir de censure à « l’ensemble des moyens d’expression ». Toutes les œuvres de l’esprit furent frappées de censure. Des livres, d’abord. Les Editions de Minuit, fondées dans la Résistance, dirigées par Jérôme Lindon, payèrent cher leur engagement aux côtés du peuple algérien. La Question reste le plus célèbre de ces témoignages frappés d’interdit. Arrêté le 12 juin 1957, Henri Alleg, directeur du quotidien anticolonialiste Alger Républicain, interdit depuis septembre 1955, entend tout dire, s’il survit, de ce qui se passe dans cet immeuble investi par la 10e D.P., à El Biar, où fut «suicidé» l’avocat Ali Boumendjel. Son témoignage franchit les murs du camp de Lodi et de la prison de Barberousse, sur de discrets feuillets. Son avocat, Me Léo Matarasso, le transmet à l’Humanité. L’édition du 30 juillet 1957, qui reprend ce récit glaçant, est saisie. Au printemps 1958, Jérôme Lindon accepte de le publier.

    Le livre, préfacé par Sartre, est aussitôt interdit. Mais la censure provoque l’inverse de l’effet escompté. Deux semaines plus tard, depuis Genève, l’éditeur Nils Andersson prend le relais. La Question passe la frontière dans des valises et circule, en France, sous le manteau. Au total, 150000 exemplaires clandestins du livre seront diffusés, contribuant de manière décisive à lever le voile sur la torture. Des films, aussi, sont interdits. Comme Rendez-vous des Quais (1955), une œuvre du cinéaste communiste Paul Carpita qui prend fait et cause pour les manifestations contre la guerre d’Indochine et témoigne de la grande grève des dockers de Marseille en 1950. Verdict : entreprise de démoralisation des troupes engagées en Algérie. Censuré. Même après 1962, la prohibition des films jugés subversifs perdura. Réalisé sur la base de témoignages d’appelés, Avoir vingt ans dans les Aurès, de René Vautier, fut récompensé l’année de sa sortie, en 1972, du Prix de la critique à Cannes. Dans une ambiance de censure et de scandale. Quant au film de Gillo Pontecorvo, La Bataille d’Alger (1966), il est resté invisible sur les écrans français… jusqu’en 2005. Le Théâtre n’échappa pas à cette répression. C’est bien au titre de la loi de 1955 que fut interdite la création en France de la pièce de Kateb Yacine, Le Cadavre encerclé, par le metteur en scène Jean-Marie Serreau. La pièce dut alors s’exiler, pour être donnée, les 25 et 26 novembre 1958, au Théâtre Molière de Bruxelles.

    A l’Humanité, il y avait en quelque sorte un censeur à demeure. Un fonctionnaire de la préfecture de police de Paris était chargé, au marbre ou au pied de la rotative, de contrôler ce qui était, ou non attentatoire à « la sûreté de l’état », en fait, ce qui était, ou non, publiable. Lorsqu’un éditorial, un reportage ou un dossier déplaisait aux autorités, l’édition était saisie. L’équipe devait alors revenir au journal dans la nuit pour sortir une édition spéciale, ou masquer les articles incriminés par des blancs. Mais la panoplie des censeurs ne se limitait pas aux saisies. Pour tenter de faire taire les voix dissonantes, l’Etat usa aussi du harcèlement judiciaire et des amendes. A la fin de la guerre d’Algérie, René Andrieu, rédacteur en chef de L’Humanité, dressait ce bilan : 313 procès et 53 milliards de francs (anciens) d’amende avaient frappé l’ensemble de la presse communiste.
    Les articles censurés témoignent, pour la plupart, des atrocités commises en Algérie, des crimes de guerre, de la torture qui se pratiquait jusque dans les « caves qui chantent »… au cœur même de Paris.

     

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