• Lettre ouverte à Michel Sabourdy rédacteur en chef de L’Ancien d’Algérie suite à son article paru dans L'Ancien d'Algérie

     Lettre ouverte à Michel Sabourdy rédacteur en chef de L’Ancien d’Algérie

     

    Courriel de Michel SABOURDY rédacteur en chef

    de l’Ancien d’Algérie qui écrit ce jour :

     

    « Tes choix philosophiques sont tout-à-fait honorables.

    Cela dit, tu peux retourner le problème dans tous les sens, tu restes un « ancien d’Algérie »

    Tu portes les stigmates de ce conflit comme tout le monde et le fait de reverser ta modeste retraite du combattant à la partie algérienne ne te rachètera pas.

    Reste à souhaiter que COMME MOI, et beaucoup d’autres, tu aies la conscience tranquille ».

     

    Je reprends un article daté de 26 septembre 2020 pour lui répondre : 

     

    Lettre ouverte à Michel Sabourdy

    rédacteur en chef de L’Ancien d’Algérie

    Bonjour Michel Sabourdy,

    J’ai pris connaissance de ton article intitulé «  Rappels, en marge de l’affaire Audin et tu écris : «  En même temps, il a réveillé (tu cites le président Macron) le trouble des hommes de notre génération, hostiles depuis toujours à l’idée que tous les soldats d’Algérie puissent être mis dans le même sac et considérés, par l’opinion publique comme des tortionnaires…

    Mais voyons, Michel, je ne suis pas certain du tout que l’opinion publique "nous met tous dans le même sac" et je peux en témoigner avec mon cas personnel… J’ai donc effectué 21 mois en Algérie, contre ma volonté bien sûr, j’étais au 54e Régiment d’Artillerie à Aïn Sefra (Sud Oranais) et j’ai eu la très grande chance que dans cette région il ne s’est rien passé… Lorsque nous sortions sur les pistes cabossées du djebel, pour aller quelque part, je ne sais où et pourquoi... stationner afin que les artilleurs puissent se servir de leurs armes de mort, les canons… Ce n’est pas moi qui manipulais ces canons mais des « professionnels » de l’armée. J’avais une arme individuelle dont je ne me suis jamais servi pour la bonne raison que je n’ai jamais vu… ce que nous appelions « les fellagha » pour te dire enfin que je n’ai rien vu et rien fait, sauf que j’en veux terriblement aux vrais responsables qui m'ont envoyé là-bas perdre 21 mois de ma jeunesse, pour une cause que j'ai toujours considéré comme injuste, je veux dire les responsables politiques de tous bords, je le souligne.

    Il est vrai que comme moi, un nombre important des deux millions d’hommes mobilisés n’ont rien à se reprocher, je le confirme. Mais je confirme aussi que c’est la France qui a colonisé l’Algérie en y multipliant les crimes. C’est la France qui, pendant la Guerre de Libération de l’Algérie a commis d’innombrables crimes : crimes d’état (17 octobre 1961, 8 février 1962...), crimes de guerre (utilisation du napalm -entre 600 et 800 villages rasés-, utilisation du gaz VX et Sarin, essais nucléaires...), crimes contre l’Humanité (camps d’internement pudiquement appelés de regroupement -plusieurs centaines de milliers de morts-, torture, viols, corvées de bois, crevettes Bigeard...). Et tant que la France n’aura pas reconnu sa responsabilité, ne les aura pas condamnés (pas une simple demande de pardon), comment notre pays peut s’exonérer d’un tel passé ?

    J’ai été longtemps adhérent de la FNACA mais je l’ai quittée le jour où je me suis aperçu que je n’avais absolument pas le profil « d’ancien combattant » et je ne suis pas le seul… J’ai aussi refusé la croix du combattant et j’en ai donné les raisons à plusieurs reprises : 

    Pourquoi j’ai refusé la 

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    Ma participation à cette guerre d’Algérie j'y étais opposé, je l’ai donc subie et je le regrette.

    Ceux qui ont participé à la seconde guerre mondiale, c'était leur devoir ou d'autres qui se sont engagés dans la Résistance ou ont rejoint l’armée de la France Libre pour combattre le nazisme. Ils choisirent, et firent là actes de citoyens libres et responsables. Si j’avais été dans ce cas-là j’aurai accepté la croix du combattant… mais en aucun cas pour la sale guerre coloniale d’Algérie… 

    Je refuse de considérer les anciens des guerres coloniales de la France comme des combattants au même titre que ceux qui se sont engagés pour des causes justes... (contre le nazisme par exemple). 

    La croix du combattant je l'ai refusée parce qu'en Algérie on ne défendait pas la France mais l'Empire colonial.

    C'est certainement là mon principal désaccord avec la FNACA.

    Et en conclusion je te fais part d’un article de mon ami Jacques Cros que j’approuve sans réserve.

    Reçois donc mes salutations distinguées.

    Michel Dandelot

     

    La FNACA et moi

    Un article de Jacques CROS

     

    La FNACA et moi

     C’était le 14 mars 2015 à Béziers

     Vous chercheriez en vain un drapeau de la FNACA parmi les  contre-manifestants

    Bien qu’ancien d’Algérie je n’ai jamais adhéré à la FNACA. Je n’ai jamais été intéressé par ses activités festives. J’ai eu des velléités d’en devenir membre quand j’ai cessé mon activité professionnelle. Je suis allé à une réunion et j’ai constaté que je ne partageais pas le point de vue de la fédération.

    C’était en 2001 et la réalité de la torture pratiquée par l’armée française qui faisait à cette époque débat dans l’opinion publique a été abordée au cours de la réunion du comité de Béziers à laquelle j’avais été invité. La réaction de la salle m’a éclairé sur mon désaccord.

    J’ai regretté que la FNACA n’analyse pas clairement la nature de la guerre d’Algérie, une guerre coloniale, produit d’un capitalisme conquérant. Que faisaient les appelés du contingent dans cette galère ? Cela n’a jamais été explicité.

    La FNACA est marquée par son caractère « ancien combattant » qui refuse de situer les responsabilités de ceux qui nous ont fait perdre de longs mois de notre jeunesse et provoqué plus de dégâts encore pour certains d’entre nous.

    Les événements qui se sont déroulés à Béziers le 14 mars 2015 ont confirmé les carences de la fédération. Si quelques adhérents ont participé au contre-rassemblement organisé lors de l’opération menée par le maire de Béziers qui consistait à changer le nom de la rue du 19 mars 1962 pour le remplacer par celui d’un officier putschiste, la FNACA n’était pas présente es-qualité.

    Cela a posé quelques problèmes parmi ses membres et on a assisté au refus de certains de reprendre leur carte. Nous avons des échos. Les gens font selon leurs convictions, j’ai choisi pour ce qui me concerne de faire entendre la voix de la justice et de la paix. Je le fais en dehors de l’organisation qui regroupe la majorité de ceux qui ont souhaité s’engager dans une organisation d’anciens combattants. Je n’ai pas du tout le profil de la chose !

    A noter que dénoncer la logique du colonialisme, et la guerre d’Algérie qui avait pour objectif de le maintenir, aiderait à combattre le racisme et la xénophobie utilisés par les tenants du capitalisme pour dévoyer la prise de conscience des citoyens sur les responsabilités dans l’approfondissement de la crise économique et sociale que nous vivons. Sans doute que ceux qui hésitent à s’engager dans cette direction acceptent le système qui la génère et refusent la rupture qui à mes yeux s’impose ! 

    Jacques CROS

     

    « Guerre d'Algérie : ce que la guerre a fait des anciens combattants appelés17 octobre 1961 : un acte de guerre »
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  • Commentaires

    2
    GERMANICUS33
    Jeudi 21 Octobre à 21:44
    Pour moi ces 30 mois de ma vie dont 18 en Algérie n’ont servi à rien et j’accepte le petit dédommagement de l’état
    1
    GERMANICUS33
    Jeudi 21 Octobre à 21:31
    Entièrement d’accord Nous sommes des anciycombattants par défaut: des citoyens à qui Mitterrand et les gouvernements successifs ont fait perdre 30 mois de leur vie pour des colonialistes. Pour moi accepter la retraite du combattant est un infime dédommagement pour ce temps perdu… Heureusement je n’ai pas eu à tirer sur qui que ce soit!
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