• Lettre ouverte à Michel Sabourdy rédacteur en chef de L’Ancien d’Algérie suite à son article paru dans L'Ancien d'Algérie

    Lettre ouverte à Michel Sabourdy rédacteur en chef de L’Ancien d’Algérie

     

     

    Lettre ouverte à Michel Sabourdy

    rédacteur en chef de L’Ancien d’Algérie

    Bonjour Michel Sabourdy,

    J’ai pris connaissance de ton article intitulé «  Rappels, en marge de l’affaire Audin et tu écris : «  En même temps, il a réveillé (tu cites le président Macron) le trouble des hommes de notre génération, hostiles depuis toujours à l’idée que tous les soldats d’Algérie puissent être mis dans le même sac et considérés, par l’opinion publique comme des tortionnaires…

    Mais voyons, Michel, je ne suis pas certain du tout que l’opinion publique puisse s’imaginer ce mensonge et je peux en témoigner avec mon cas personnel… J’ai donc effectué 21 mois en Algérie, contre ma volonté bien sûr, j’étais au 54e Régiment d’Artillerie à Aïn Sefra (Sud Oranais) et j’ai eu la très grande chance que dans cette région il ne s’est rien passé… Lorsque nous sortions sur les pistes cabossées du djebel, pour aller quelque part, je ne sais où et pourquoi... stationner afin que les artilleurs puissent se servir de leurs armes de mort, les canons… Ce n’est pas moi qui manipulais ces canons mais des « professionnels » de l’armée. J’avais une arme individuelle dont je ne me suis jamais servi pour la bonne raison que je n’ai jamais vu… ce que nous appelions « les fellagha » pour te dire enfin que je n’ai rien vu et rien fait, sauf que j’en veux terriblement aux vrais responsables qui m'ont envoyé là-bas perdre 21 mois de ma jeunesse, pour une cause que j'ai toujours considéré comme injuste, je veux dire les responsables politiques de tous bords, je le souligne.

    Il est vrai que comme moi, la très grande majorité des deux millions d’hommes mobilisés n’ont rien à se reprocher, je le confirme.

    J’ai été longtemps adhérent de la FNACA mais je l’ai quittée le jour où je me suis aperçu que je n’avais absolument pas le profil « d’ancien combattant » et je ne suis pas le seul… J’ai aussi refusé la croix du combattant et j’en ai donné les raisons à plusieurs reprises : 

    Pourquoi j’ai refusé la 

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    Ma participation à cette guerre d’Algérie j'y étais opposé, je l’ai donc subie et je le regrette.

    Ceux qui ont participé à la seconde guerre mondiale, c'était leur devoir ou d'autres qui se sont engagés dans la Résistance ou ont rejoint l’armée de la France Libre pour combattre le nazisme. Ils choisirent, et firent là actes de citoyens libres et responsables. Si j’avais été dans ce cas-là j’aurai accepté la croix du combattant… mais en aucun cas pour la sale guerre coloniale d’Algérie… 

    Je refuse de considérer les anciens des guerres coloniales de la France comme des combattants au même titre que ceux qui se sont engagés pour des causes justes... (contre le nazisme par exemple). 

    La croix du combattant je l'ai refusée parce qu'en Algérie on ne défendait pas la France mais l'Empire colonial.

    C'est certainement là mon principal désaccord avec la FNACA.

    Et en conclusion je te fais part d’un article de mon ami Jacques Cros que j’approuve sans réserve.

    Reçois donc mes salutations distinguées.

    Michel Dandelot

     

    La FNACA et moi

    Un article de Jacques CROS

     

    La FNACA et moi

     C’était le 14 mars 2015 à Béziers

     Vous chercheriez en vain un drapeau de la FNACA parmi les  contre-manifestants

    Bien qu’ancien d’Algérie je n’ai jamais adhéré à la FNACA. Je n’ai jamais été intéressé par ses activités festives. J’ai eu des velléités d’en devenir membre quand j’ai cessé mon activité professionnelle. Je suis allé à une réunion et j’ai constaté que je ne partageais pas le point de vue de la fédération.

    C’était en 2001 et la réalité de la torture pratiquée par l’armée française qui faisait à cette époque débat dans l’opinion publique a été abordée au cours de la réunion du comité de Béziers à laquelle j’avais été invité. La réaction de la salle m’a éclairé sur mon désaccord.

    J’ai regretté que la FNACA n’analyse pas clairement la nature de la guerre d’Algérie, une guerre coloniale, produit d’un capitalisme conquérant. Que faisaient les appelés du contingent dans cette galère ? Cela n’a jamais été explicité.

    La FNACA est marquée par son caractère « ancien combattant » qui refuse de situer les responsabilités de ceux qui nous ont fait perdre de longs mois de notre jeunesse et provoqué plus de dégâts encore pour certains d’entre nous.

    Les événements qui se sont déroulés à Béziers le 14 mars 2015 ont confirmé les carences de la fédération. Si quelques adhérents ont participé au contre-rassemblement organisé lors de l’opération menée par le maire de Béziers qui consistait à changer le nom de la rue du 19 mars 1962 pour le remplacer par celui d’un officier putschiste, la FNACA n’était pas présente es-qualité.

    Cela a posé quelques problèmes parmi ses membres et on a assisté au refus de certains de reprendre leur carte. Nous avons des échos. Les gens font selon leurs convictions, j’ai choisi pour ce qui me concerne de faire entendre la voix de la justice et de la paix. Je le fais en dehors de l’organisation qui regroupe la majorité de ceux qui ont souhaité s’engager dans une organisation d’anciens combattants. Je n’ai pas du tout le profil de la chose !

    A noter que dénoncer la logique du colonialisme, et la guerre d’Algérie qui avait pour objectif de le maintenir, aiderait à combattre le racisme et la xénophobie utilisés par les tenants du capitalisme pour dévoyer la prise de conscience des citoyens sur les responsabilités dans l’approfondissement de la crise économique et sociale que nous vivons. Sans doute que ceux qui hésitent à s’engager dans cette direction acceptent le système qui la génère et refusent la rupture qui à mes yeux s’impose ! 

    Jacques CROS

     

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  • Commentaires

    3
    Jeudi 11 Octobre à 18:06
    Il est exact que rares sont les appelés ayant pratiqué la torture en Algérie, bien que nous ayions au la lâcheté de ne rien dire. A Tebessa il y avait le DOP pour cela. Et personne n’a dit qu’il y a eu deux millions de tortionnaires! Ce qui est choquant dans son article c’est l’excuse du « contexte de l’époque « !
    Non, rien ne peut justifier cela!
    2
    Jeudi 11 Octobre à 13:08

    Oui, un complément à la question que soulève l'affaire Audin. Il apparaît clairement que l'essentiel de ce qu'a dit Macron c'est que la guerre engagée par la France pour maintenir le colonialisme a été  le recours à l'arbitraire et à la violence qui n'avait pas à rendre des comptes puisque l'institution qui opérait ainsi en avait reçu le pouvoir. Si on trairait de cet aspect du problème au lieu de faire diversion ne serait-ce pas plus pertinent ? C'est une interrogation que je soumets à la réflexion de tous !

    1
    Jeudi 11 Octobre à 11:48

    La situation des appelés du contingent a été très diverse. Elle a dépendu de l'époque, du lieu, de l'affectation, des circonstances... Les réactions ont nécessairement été elles aussi.

    Comme Michel je n'ai pas eu à participer à des exactions. Je n'en ai pas été souvent témoin. J'ai toutefois pris la mesure de l'ampleur de la misère qui résultait du colonialisme, forme aggravée de l'exploitation capitaliste et de la domination militaire induite pour le maintenir.

    C'est sans doute le cas d'un grand nombre de soldats qui ont été enrôlés malgré eux dans la guerre d'Algérie. Mais la tendance, parfaitement perceptible c'était de reporter sur plus faible que soi ce qu'on leur faisait subir. Là aussi il y a eu tous les cas de figure et je peux témoigner que le racisme allait bon train chez les appelés du contingent avec des manifestations qui débordaient le cadre idéologique.

    C'est d'ailleurs un peu ce qui se passe en ce moment avec le racisme, la xénophobie et l'islamophobie auxquels on assiste de la part de gens en difficulté sociale qui n'ont pas conscience de ce qui est en cause, le mécanisme du profit exacerbé. 

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