• LOCHES (Indres-et-Loire) Un historien a sorti de l'oubli la rafle du 27 juillet 1944, mais il a reçu des menaces… il y a des Français qui ont mauvaise conscience ? MISE A JOUR 07/08/2015

    LOCHES (Indres-et-Loire) Un historien a sorti de l'oubli la rafle du 27 juillet 1944, mais il a reçu des menaces… il y a des Français qui ont mauvaise conscience ?

    L'historien Bernard Briais avait fait l'objet de menaces quand il travaillait sur son livre sur la période de 39-45 à Loches. - (Photo archives NR)

    http://www.lanouvellerepublique.fr/Toute-zone/Actualite/24-Heures/n/Contenus/Articles/2014/07/26/L-historien-a-sorti-de-l-oubli-la-rafle-du-27-juillet-1944-1996005 

    Avec son livre publié en 1988, l’historien Bernard Briais a remis en lumière la rafle du 27 juillet 1944, que les Lochois avaient préféré taire.

    La rafle du 27 juillet 1944 semble avoir ressurgi du passé très récemment. Pour quelles raisons ? 

    Bernard Briais : « C'est un événement qui a été occulté pendant cinquante ans. Personne ne parlait de la guerre. Je crois que le traumatisme du maquis Lecoz* y est pour beaucoup. Vous savez, les anciens déportés ne sont allés témoigner dans les écoles que depuis vingt ans, pas avant ». 

    Pourquoi ce très long silence ? 

    « Il y a toujours une période de silence après les guerres. Regardez la guerre d'Algérie, on n'en a pas parlé pendant longtemps, les anciens combattants commencent à parler. Pour la rafle, c'est pareil. Chez moi, personne n'en parlait ».  

     " 64 personnes déportées, c'est énorme par rapport à la population de la ville "

    Vous avez écrit un livre (1) sur Loches pendant la guerre. Sans cela, parlerait-on de cette rafle ? 

    « J'ai été le premier à écrire sur cette rafle. Pour ce livre, j'ai reçu des menaces avant même que le livre ne soit paru, avant que les gens sachent ce dont je parlais. Pour le financer, je l'avais mis en souscription. Le livre est sorti en 1988. Après sa publication, j'ai encore eu des menaces, on a voulu me casser la figure. Cela m'a vraiment surpris, car je l'ai écrit sans partie pris. Je suis né en 1945, je n'ai pas connu cette période ». 

    Comment avez-vous fait pour recroiser les faits, pour remonter à cet événement ? 

    « Le livre s'est fait par hasard. C'est la bibliothécaire de l'époque qui m'a poussé à le faire. Il n'y avait rien sur cette période. Je m'y suis plongé, cela m'a intéressé. J'ai travaillé deux ans dessus, à partir d'archives, et de témoignages. A l'époque, les principaux responsables des maquis étaient encore vivants, tout comme l'ancien maire de Loches que j'ai mis longtemps à retrouver. Il était temps. J'ai une formation d'historien pour recouper tout cela. Car j'ai pu parfois recueillir des témoignages sincères, mais qui 40 ans après les faits, étaient faux. » 

    70 ans après, sait-on qui est responsable de la rafle ? 

    « On le sait un peu. On soupçonne une personne d'Azay-le-Rideau qui a infiltré le maquis d'Epernon. Puis elle a déserté et a été vue au siège de la Gestapo à Tours. Elle a dénoncé les personnes qui étaient en lien avec le maquis d'Epernon. Parmi les femmes déportées, elles étaient six, j'avais une cousine, Mlle Charlot, qui était modiste rue Quintefol. Elle n'est jamais revenue. Seulement deux femmes sont revenues des camps. » 

    Il y a une polémique sur la commémoration de cette rafle. La ville refuse toujours de l'inscrire à la liste officielle des commémorations… 

    « Je sais, cela reste surprenant, car c'est le principal événement de la guerre à Loches. 64 personnes déportées, c'est énorme par rapport à la population de la ville. » 

    Serez-vous présent au 70e anniversaire de la rafle de l'école Vigny ? 

    « Généralement, je ne vais pas aux commémorations. Mais cette année, j'écris un livre sur la guerre à Loches expliquée aux enfants. J'ai été officiellement invité, je serais là ». 

     (1) « Le Lochois pendant la guerre », B. Briais Éditeur, février 1988.

     * Le maquis Lecoz est un groupe de résistants qui mena avec succès plusieurs actions de guérilla contre les Allemands en 1944. Le procès de son chef, le capitaine Lecoz (de son vrai nom Georges Dubosq), a révélé qu'il était un agent double, qu'il a profité du maquis pour amasser une fortune et qu'il a commis de nombreux crimes y compris l'assassinat de civils et de maquisards. Il a été condamné à mort en mai 1946.

    Triste anniversaire : Il y a 70 ans, nazis et miliciens martyrisaient la ville 

    > Rafle de Loches. Le 27 juillet 1944, à 6 h du matin, la Gestapo et des miliciens venus de Tours font main basse sur la ville. Ils disposent d'une liste de noms et arrêtent à domicile et dans la rue plus de 200 personnes. Ils agissent sur dénonciation, sûrement, à la recherche de personnes ayant un lien avec les maquisards. Des membres de la police, des gendarmes de la région, cantonnés à Loches depuis plusieurs jours, font partie des prisonniers. Ils resteront allongés durant de longues heures sur le sol sous la menace des mitrailleuses. La cour de l'école des filles, actuelle école Alfred-de-Vigny, est transformée en gigantesque prison. Les captifs vont être interrogés une partie de la journée. Au soir, 58 hommes et 6 femmes ne seront pas relâchés. 48 d'entre eux trouveront la mort dans les camps allemands, 16 en reviendront. Cette scène se déroule plus d'un mois et demi après le débarquement du 6 juin. En cet été 1944, les maquisards vivent avec l'espoir de la victoire. Quatre jours avant cette rafle, un commando allemand de mille hommes avait investi la ville, le 23 juillet, le même jour de l'opération lancée contre le maquis d'Éperon.
    > Supplice à Juche-Grolle. Ce même 27 juillet 1944, une autre action conjointe des Allemands et de la milice française se déroule dans le bois de Juche-Grolle, à Dolus-le-Sec. Jean-Baptiste Bougault a alors 10 ans. Il accompagne son père Emile, garde-forestier de profession, couper du bois dans la forêt, quand arrivent les nazis et les miliciens. Ils fouillent et dévastent la maison forestière, séquestrent sa mère et ses sœurs. Pendant ce temps, Jean-Baptiste Bougault voit son père supplicier sous ses yeux. Les Allemands et les miliciens le pensent au courant d'une réunion des maquisards qui devait se tenir ce jour dans la forêt. A l'arrivée des maquisards, une fusillade éclate. Après le départ des Allemands et miliciens, Jean-Baptiste découvre le corps sans vie de son père, atrocement mutilé.

    > Cérémonie à la mémoire des victimes de la rafle du 27 juillet 1944, ce samedi 26 juillet à 11 h à l'école Alfred-de-Vigny, rue des Jeux, à Loches. > Cérémonie commémorative à Juche-Grolle, dimanche 27 juillet, à 11 h, au monument de Juche-Grolle, en forêt, à Dolus-le-Sec. 

    Xavier Roche-Bayard

     

    Loches et la Seconde Guerre Mondiale

    LOCHES (Indres-et-Loire) Un historien a sorti de l'oubli la rafle du 27 juillet 1944, mais il a reçu des menaces… il y a des Français qui ont mauvaise conscience ?

    Vue du ciel de la ville de Loches et de son château – © Pierre Mairé

    Située à proximité de la ligne de démarcation instaurée par l’occupation allemande, entre juillet 1940 et novembre 1942, et devenue l’un des passages obligés entre la zone occupée et la zone libre, Loches au milieu d’une campagne nourricière voit le nombre de ses habitants dépasser les dix mille.

    Durant La rafle de Loches le 27 juillet 1944 la Gestapo aidée par la milice de Tours boucle la ville, plus de deux cent personnes seront arrêtées et questionnées une partie de la journée dans les locaux de l’école des filles Alfred de Vigny. 58 hommes et 6 femmes seront dirigés vers la prison de Tours, puis vers les camps de déportation. 48 personnes ne reviendront pas des camps.

    Exceptés les civils, gendarmes et policiers furent également arrêtés, ainsi que le sous préfet. En 1980 une des victimes revenue de déportation témoigne : « je croyais que les gendarmes avaient été tués car ils étaient immobiles, allongés la face contre terre. Je suis séparée de mon mari et placée face au mur les bras en l’air en compagnie de cinq autres femmes. Déjà plusieurs de mes camarades étaient couvertes de sang pour avoir été battues par des miliciens. De 9 h à 15 h nous sommes obligées de garder les bras en l’air, sous le soleil ardent et sans manger ». Dans la cour de l’établissement scolaire une plaque rappelle les faits de cette triste journée, c’est un des lieux de mémoire et de recueillement lors de la journée nationale de la déportation.

    Voici les mémoires de Noël HAPPE, alors gendarme à Loches à l’époque :

    Le 27 juillet 1944 j’étais gendarme à Loches et j’avais 26 ans. J’ai été arrêté, avec mes collègues, parce qu’on laissait faire les réfractaires au S.T.O, on ne pouvait pas les trouver, on ne voulait pas les trouver. Les miliciens nous l’ont reproché. Ils nous ont dit : « Vous voyez bien, ce sont des terroristes, ils vont dévaliser les mairies et les bureaux de tabac ». Bien sûr, il y a eu des vols de tickets d’alimentation, mais les mairies étaient un peu de connivence. 

    J’ai été arrêté à la gendarmerie de Loches le 27 juillet 1944 à 6 h 30 du matin. De là, on a été emmené à l’école des filles et on a été allongé à plat ventre avec une surveillance de fusil-mitrailleur. Et c’est là que l’adjudant allemand nous a dit : elle est belle la gendarmerie française, le nez dans la poussière. On est resté là jusque vers 20 heures. À 20 heures on nous a embarqué pour la maison d’arrêt de Tours. Là on est resté jusqu’au 10 Août. Le 10 août, c’était la retraite pour tout le personnel de la maison d’arrêt de Tours, y compris le personnel allemand, tout le monde y était. Alors là, on est parti en direction de Belfort, Paray le Monial, Dijon, mais la Résistance essayait de bloquer le convoi. Il y a même eu un petit incident en garde Vierzon, pendant une alerte, ils nous avaient arrêtés sur une voie de garage, et quand le train a voulu repartir, il n’y avait plus moyen. Les cheminots avaient mis de la graisse sur les rails. Impossible d’avancer. Alors il a fallu qu’ils aillent chercher une deuxième locomotive pour la mettre à l’autre bout et repartir en arrière pendant un petit bout de temps pour reprendre un aiguillage et continuer le voyage. 

    Notre voyage a duré une dizaine de jours. On est arrivé à Belfort, on a été logé au fort Hatry. Alors on ne faisait rien. J’ai travaillé un peu cuisine ce qui me permettait de manger un peu plus que les autres. Et le 1er septembre, il a fallu déménager en vitesse, ils ont amené des wagons qui étaient découverts, toute sorte de wagons, parce qu’ils avaient eu bruit que la résistance voulait faire un assaut du fort Hatry. Et on est partie en Allemagne. Direction Neuengamme. On a eu un peu du ravitaillement à Paray-le-Monial mais sans ça, on a eu ni a boire, ni à manger. Arrivé en Allemagne, le train a fait un détour par Buchenwald, il n’y avait plus de place, alors il nous ont emmené à Neuengamme. Là, on nous a débarqué, on nous a mis tout nu, on nous a rasé tout les poils, sur la tête, sous les bras, et tout le reste. Tout a été épilé, tous nus. On nous a donné les fameuses tenues rayées. Avec le numéro matricule sur la poitrine, sur la jambe gauche, et une petite plaque autour du cou tenu par une toute petite ficelle. 43729. Je l’ai toujours gardé en tête celui-là. C’est un souvenir.  

    On a vu des gens qui avaient la tête rasée et habillés en tenue de bagnard. On se demandait ce que c’était que ces gens-là. Mais on a vite compris. Parce qu’une demi-heure après c’était notre tour. On nous a enlevé toutes nos tenues et après une bonne douche, froide, on nous a donné les tenues rayées. Des barbelés. Des baraquements. Et tous ces gens qui étaient habillés en rayé, qui allaient, qui venaient, on se demandait pourquoi ils étaient là. On l’a su après. Ils étaient comme nous. Et on est resté que trois jours à Neuengamme. Après on est partis en commando à Wilhelmshaven. Là, on travaillait à l’arsenal. Il y en avait qui étaient à la ferblanterie, d’autres la menuiserie, il y avait le travail de jour et le travail de nuit. Moi personnellement j’ai travaillé à la menuiserie, de jour. C’était du travail pour les sous-marins de poche. Parce que Wilhelmshaven est un petit port sur la mer du Nord. Il ne fallait pas dire qu’on était policier ou gendarme parce que là, c’étaient la raclée. Ils n’aimaient pas. On était entourés de kapos, c’étaient des détenus allemands, politiques ou autres. Il fallait coller des petites boîtes. J’étais devant une grande plaque chauffante ce qui m’a bien sûr aidé, parce que l’hiver étant rude, je travaillais avec une plaque chauffante devant moi. Seulement, pas question de s’asseoir à côté. Il fallait rester debout. Une fois j’ai essayé de m’asseoir sur un morceau de bois mais j’ai reçu à mon tour deux morceaux de bois en travers de la figure. Après on nous a donné des tiges, et il fallait mettre des écrous dessus. Il fallait travailler sans cesse. Le matin, réveil à cinq heures. L’appel, sur la place de l’appel, ça durait quelquefois une demi-heure. On avait droit à un quart du jus d’orge et après on partait à pieds jusqu’au lieu de travail.   

    Au travail, ça allait encore à peu près, on faisait le petit boulot qu’on pouvait. On avait une demie heure de repos avec un morceau de boule et une tasse de café. Et le soir, quand on rentrait, il y avait encore la place de l’appel. Là, ils nous fouillaient pour savoir si on n’avait pas dérobé quelque chose à l’arsenal. Alors des fois, ils nous mettaient tout nu, complètement nu. Il nous est arrivé d’être complètement nus sous la neige. Après on allait se coucher. Vers 20 heures, 20 h 30, et la nuit, il y avait des alertes. Alors on était obligé de se lever et d’aller au bunker. Alors là, c’était la pagaille. Il fallait partir avec une couverture au-dessus de soi, il n’y avait que la moitié de la porte d’ouverte et le kapo était là : « raus, raus ». Quand l’alerte était finie, on revenait. Il arrivait aussi qu’il y ait des alertes au moment de la distribution de la soupe, le soir. Alors on était obligés de laisser la gamelle de soupe parce qu’on n’avait pas le droit de partir aux abris avec la gamelle de soupe. Quand on revenait, forcément, il n’y avait plus rien. Je ne sais pas qui les vidait le, mais il n’y avait plus rien.   

    On est parti en chemin de fer parce qu’il y a au moins 300 km entre Neuengamme qui donne sur la mer Baltique et Wilhelmshaven qui donne sur la mer du Nord. Wilhelmshaven était un commando du camp central de Neuengamme. Alors nous, on était à des commandos de Neuengamme. Et quand il y avait des pendaisons, quelque chose de grave, ils les renvoyaient sur Neuengamme. On a vu des pendaisons parce que par exemple, il y avait un Russe, il s’était endormi, et avec sa perceuse il avait percé le tablier de l’établi. Alors il a été pendu devant nous. Il fallait faire tête gauche ou tête droite selon le côté où on était. Il a été pendu, mais un peu comme le Christ. C’était en T, et il était comme ça, les bras en croix. Il était attaché par les pieds et les mains comme ça. Ça a duré depuis huit heures du soir jusqu’à deux heures du matin, il a hurlé. Et puis après c’était fini. 

    Un baraquement, il y avait un grand couloir et puis des chambres de chaque côté. Dans chaque chambre il y avait cinq châlits de chaque côté sur deux étages. Tous les matins après être levé, il fallait refaire le lit au carré, bien comme il faut, avec un bout de bois, il fallait bien le tirer, et le soir, quand on rentrait, parfois il y avait une croix sur le lit. C’est qu’il n’avait pas été bien fait. Il y avait un pli sur la couverture. Mais on ne pouvait pas le contrôler. Parce qu’on nous disait : les travailleurs de nuit, quand ils sont rentrés, ils ont refait votre lit. Et quand il y avait ça, bien sûr, on avait droit à 25 coups de schlag. 

    A l’usine, on était assez calme. Le plus dur c’était au camp. Quand on rentrait, qu’ils nous fouillaient, qu’ils nous déshabillaient. Et puis les alertes, il fallait courir sous les coups de schlag. Une fois, ils avaient trouvé un pou sur le dessus de ma veste alors j’ai eu droit à 25 coups. Mais ce n’était pas moi qui les avais car on faisait toujours attention de ne pas en avoir sous les aisselles ou bien ailleurs. S’il était au-dessus, c’est que ça venait d’un autre. Alors quand ils ont vu qu’il y avait ça, c’était un jeune Russe qui couchait avec le chef de bloc, parce qu’il y avait des homos, alors quand il a vu que j’avais ça, il est arrivé et pan, en plein à travers le visage, d’ailleurs j’ai eu le nez un peu écrasé.  

    Les avions alliés venaient bombarder. L’arsenal n’a pas été bombardé tout de suite mais ils avaient bombardé plus loin, sur Hambourg, ou d’autres villes. On les entendait passer. Le ronronnement. Et bien souvent on allait aux abris mais on n’entendait rien du tout parce que les abris c’étaient des tours en ciment avec des murs qui faisaient presque 1 m 20 d’épaisseur. D’ailleurs, moi je ne suis pas retourné, mais il y en a qui sont retournés à Wilhelmshaven, et comme c’était un peu marécageux, ces bunkers se sont enfoncés. Il est arrivé une fois qu’une bombe est tombée tout près du bunker. Mais comme il y avait une grande ogive en acier au-dessus la bombe a glissé.  

    Ils ont d’abord embarqué tous les malades, dans un train qui a été bombardé à Lunenbourg, il y a eu pas mal de mort. Il y avait eu 10 ou 12 je crois qui ont été porté disparus, parce qu’on n’a jamais pu les identifier. Ils ont été déchiquetés. Et moi, j’avais eu la chance si je peux dire ça, on était parti à pied et pendant un moment ils ont mis un train, alors il y en avait, ils montaient dans le train, et d’autres qui partaient à pied. Alors moi j’aurais bien voulu monter dans le train mais on m’a dit qu’il fallait que je continue à pied. Mais le train est allé jusqu’aux cap Arcona . Ils ont été mitraillés là-bas. On n’a jamais su exactement. On a dit que c’était les Anglais qui avaient bombardé, dans la baie de Lübeck, mais ça peut aussi être les Allemands qui l’ont fait pour se débarrasser de ceux qui les encombraient. Parce qu’ils ne savaient plus quoi faire de nous après. C’était vraiment la débâcle.  

    Ensuite on a marché jusqu’à Flensbourg. Les Suédois sont venus nous chercher et on a débarqué à Malmö. C’était la mission Bernadotte. Il paraît qu’on avait été échangé contre des médicaments parce que normalement il ne devait pas y avoir de rescapés des camps. Himmler aurait décidé qu’il fallait soit les tuer soit les passer au lance-flamme. Là, on a été soignés comme il faut, désinfectés et nourris petit à petit. On a passé des visites, parce qu’il y a eu le typhus, la dysenterie. Moi j’ai voulu me lever et pendant deux jours je tombais dans les couloirs en voulant aller au petit coin. Je pesais 38 kilos. Il n’y avait plus que les os et la peau. On a été vraiment bien soigné et je suis resté jusqu’au 16 juillet. On a été rapatrié jusqu’au Bourget en avion. Et là on est passé à l’hôtel Lutétia où ils nous ont habillé et demandé tous les détails sur la déportation.  

    A l’hôtel Lutétia, comme j’avais un oncle qui habitait à Paris rue du chemin vert, ils l’ont prévenu, et ils sont venus me chercher. Et après je suis retourné à l’hôtel Lutétia pour être rapatrié sur Tours où on est arrivé et là il y avait des bénévoles. Ils ont demandé : « est-ce qu’il y a quelqu’un qui va vers Loches ». Un monsieur a dit : « moi je vais dans cette direction-là ». On est allé jusqu’à Loches et là, quelqu’un m’a repris pour aller en direction de chez moi vers Ecueillé et Villeloin Coulangé où étaient ma femme et mes enfants, chez mes beaux-parents. Ils ont été surpris de me voir arriver en pleine nuit. Ils ne savaient pas si j’étais encore vivant ou pas. Il y avait eu une libération de deux Suisses, M. Graff et son neveu, on les avait libérés parce qu’ils étaient Suisses et ils avaient envoyé des nouvelles disant qu’il y avait des gendarmes du Lochois à Wilhelmshaven. Mais il n’avait pas donné tous les noms. Le mien ne figurait pas. Ma femme et mes beaux-parents se demandaient ce que j’étais devenu. Ils étaient très contents. Et ma plus jeune fille, qui avait deux ans, j’ai voulu la soulever mais je n’en avais pas la force. Il a fallu que ce soit eux qui me la mettent dans les bras. J’avais repris 14 kilos, mais j’étais bouffi, je n’avais pas de force. 

    36 gendarmes déportés, sept sont revenus. Actuellement et il y en a encore deux. 

    A Wilhelmshaven, c’était un nouveau camp pour eux. Avant nous, c’était des jeunesses hitlériennes qui occupaient ce camp. On était les premiers déportés à occuper ce camp, et les derniers en même temps. C’était simplement un camp de travail. 

    Il y a un détail que je me rappelle. Un jour il est arrivé une soixantaine de juifs. Ils les ont fait courir en faisant déplacer des grillages, des barbelés, à coups de schlag. Au bout de cinq jours, ils étaient tous anéantis. Eux, c’était des juifs, nous, on avait la lettre F. en rouge, ce qui voulait dire qu’on était des déportés politiques français. Les Russes avaient R., les Belges un B., etc. 

     

    LOCHES (Indres-et-Loire) Un historien a sorti de l'oubli la rafle du 27 juillet 1944, mais il a reçu des menaces… il y a des Français qui ont mauvaise conscience ?

     

    La rafle était douloureuse à Loches – © Collection Privée

    Petite anecdote  : Jacques Villeret décédé en 2005, est un des acteurs Français les plus respectés et les plus célèbres… et il né à Loches en 1951.

    C’était en 2013

    Le souvenir de la rafle de juillet 1944

     est-il politique ?

     

    LOCHES (Indres-et-Loire) Un historien a sorti de l'oubli la rafle du 27 juillet 1944, mais il a reçu des menaces… il y a des Français qui ont mauvaise conscience ?

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    Les cloches de la collégiale Saint-Ours et de l'église Saint-Antoine vont retentir ce midi pour rendre hommage aux 64 victimes de la rafle du 27 juillet 1944. La mairie ouvrira les portes de l'école Alfred-de-Vigny pour que puisse se tenir un rassemblement organisé par l'Adirpf (*), dans la cour de l'école, où ont été regroupées plus de 200 personnes par les Allemands et la milice française. Sur les 64 personnes déportées, seulement 16 reviendront vivantes.

    La commémoration de cette sombre page de l'histoire locale fait l'objet de polémiques récentes. La ville refuse d'inscrire cette date dans ses cérémonies officielles, arguant d'un planning des commémorations très copieux. Selon elle, cette rafle est évoquée lors de la Journée du souvenir des victimes de la déportation, le dernier dimanche d'avril. Ce soir, comme l'an passé, aucun élu de la majorité ne sera présent dans la cour de l'école.

     Mémoire et clivage politique

    En filigrane, ce rassemblement est jugé trop politique pour la droite lochoise. C'est, selon elle, une façon de manifester une opposition à son projet de vente de l'école pour en faire un hôtel. « Cela ne fait pas très longtemps que l'Adirpf commémore cette date dans la cour de l'école, en fait depuis le projet de vente de l'école par la ville il y a deux ans, commente Pierre Bluteau, adjoint au maire chargé des fêtes patriotiques. Il y a aussi une plaque commémorative au stade, où cinq jeunes gymnastes ont été arrêtés car ils étaient membres du Parti communiste, à la gare où le chef de gare a été arrêté, à la gendarmerie et dans le palais de justice où cinq policiers et un huissier de justice ont été arrêtés. » Marc Angenault, premier adjoint, se demande pourquoi l'Adirpf ne proteste pas contre la vente du tribunal, où ont été arrêtés des policiers ce jour-là. Sa réponse est simple : le vendeur du tribunal, le conseil général, est à gauche. Certes, le président de l'Adirpf, Gérard Jaunet, ne cache pas ses opinions de gauche, et cette association nationale est estampillée de même. « Je sais très bien faire la part des choses entre mes idées personnelles et cette commémoration », dit-il. Certes, l'opposition socialiste sera représentée ce soir par un ou plusieurs élus municipaux. Certes, l'an passé, le député PS Jean-Marie Beffara y était présent. « Ce qui est embêtant, et peu normal, c'est qu'il n'y a que des gens de gauche à cette cérémonie », constate Denis Maljean, conseiller municipal PS, pour qui la commémoration de ce drame doit dépasser tout clivage politique.
    Quant aux gendarmes et au sous-préfet, Gérard Jaunet les a invités à titre civil, même s'il ne se fait pas d'illusions sur leur présence. Il sait que leur participation à cette cérémonie serait mal perçue politiquement. Et cela même si, lors de cette rafle, des gendarmes du Lochois ont été déportés au camp de Neuengamme, et le sous-préfet de l'époque arrêté.

     (*) Association des déportés internés résistants et patriotes et familles du Lochois.

     > A midi, les cloches de la ville retentiront une minute en hommage aux déportés de la rafle du 27 juillet 1944. A 18 h, commémoration par l'Adirpf du Lochois, dans la cour de l'école primaire Alfred-de-Vigny.

    Témoignage

    Le gendarme Noël Happe, 95 ans, victime de la rafle, se souvient... 

    Noël Happe avait 26 ans quand il a été arrêté par les Allemands à Loches. Il était gendarme. Aujourd'hui, il vit à Joué-lès-Tours, et est âgé de 95 ans. Joint par la rédaction, il nous a autorisés à publier des extraits de son témoignage, que l'on trouve sur le site « mémoire de guerre ».
    Arrestation. « J'ai été arrêté, avec mes collègues, parce qu'on laissait faire les réfractaires au STO, on ne pouvait pas les trouver, on ne voulait pas les trouver. Les miliciens nous l'ont reproché. […] J'ai été arrêté à la gendarmerie de Loches le 27 juillet 1944 à 6 h 30 du matin. De là, on a été emmené à l'école des filles et on a été allongé à plat ventre avec une surveillance de fusil-mitrailleur. Et c'est là que l'adjudant allemand nous a dit : elle est belle la gendarmerie française, le nez dans la poussière. […] A 20 heures on nous a embarqués pour la maison d'arrêt de Tours. »
    Déportation. « On est parti (le 10 août) en direction de Belfort mais la Résistance essayait de bloquer le convoi. […] Notre voyage a duré une dizaine de jours. On est arrivé à Belfort, on a été logé au fort Hatry. […] Le 1er septembre, il a fallu déménager en vitesse, […] parce qu'ils avaient eu bruit que la résistance voulait faire un assaut du fort Hatry. […] Arrivé en Allemagne, le train a fait un détour par Buchenwald, il n'y avait plus de place, alors ils nous ont emmenés à Neuengamme. Là, on nous a débarqués, on nous a mis tout nu, on nous a rasés tous les poils, sur la tête, sous les bras, et tout le reste. […] On nous a donné les fameuses tenues rayées. Avec le numéro matricule sur la poitrine, sur la jambe gauche, et une petite plaque autour du cou tenue par une toute petite ficelle. 43.729. Je l'ai toujours gardé en tête celui-là. […] On n'est resté que trois jours à Neuengamme. Après on est partis en commando à Wilhelmshaven. Là, on travaillait à l'arsenal. […] J'ai travaillé à la menuiserie, de jour. »
    Punitions. « Il ne fallait pas dire qu'on était policier ou gendarme parce que là, c'était la raclée. […] (Au travail) pas question de s'asseoir à côté. Il fallait rester debout. Une fois j'ai essayé de m'asseoir sur un morceau de bois mais j'ai reçu à mon tour deux morceaux de bois en travers de la figure. […] Il fallait travailler sans cesse. […] Ils avaient trouvé un pou sur le dessus de ma veste alors j'ai eu droit à 25 coups. »
    Bombardements. « Les avions alliés venaient bombarder. L'arsenal n'a pas été bombardé tout de suite mais ils avaient bombardé plus loin, sur Hambourg. […] Ils (les Allemands) ont d'abord embarqué tous les malades, dans un train qui a été bombardé à Lunenbourg, il y a eu pas mal de morts. Moi, j'avais eu de la chance, on était parti à pied. […] Le train est allé jusqu'au cap Arcona. Ils ont été mitraillés là-bas. […] On a dit que c'était les Anglais qui avaient bombardé, mais ça peut aussi être les Allemands qui l'ont fait pour se débarrasser de ceux qui les encombraient. »
    Libération. « Les Suédois sont venus nous chercher et on a débarqué à Malmö. C'était la mission Bernadotte. Là, on a été soignés comme il faut, désinfectés et nourris petit à petit. […] Je pesais 38 kg. Je suis resté jusqu'au 16 juillet. On a été rapatrié jusqu'au Bourget en avion. »
    Retour. « On est allé jusqu'à Loches (puis vers) chez moi vers Ecueillé et Villeloin Coulangé où étaient ma femme et mes enfants, chez mes beaux-parents. Ils ne savaient pas si j'étais encore vivant ou pas. […] Ma plus jeune fille, qui avait deux ans, j'ai voulu la soulever mais je n'en avais pas la force. »

    Repères

    Qui étaient les Lochois déportés ? 

    Sur le site « mémoire de guerre », on trouve l'identité complète de 57 des 64 déportés sur plus de 200 personnes arrêtées. Sur cette liste incomplète, on relève les noms de 36 gendarmes dont six ont été libérés des camps, dix membres de la police (commissaire, inspecteur, archiviste, gardiens de la paix…). Ils étaient accusés de manquer de zèle dans la chasse aux réfractaires du STO et de participer à des parachutages clandestins. Parmi les citoyens lochois faits prisonniers et déportés ce 27 juillet 1944, on trouve les noms de l'hôtelier Pierre Bailly, du facteur de la Poste Ferdinand Boisseau dont trois de ses fils étaient dans le maquis. L'infirmière Odette Houlbreque avait été arrêtée (libérée en 1945) pour être proche du chef de maquis Lecoze. Autre victime, le commandant à la retraite Albert (ou Armand) Leprince, qui habitait rue Brûlée à Beaulieu, et qui était officier dans le maquis. On trouve également le boulanger-pâtissier de Beaulieu, René Limousin, et aussi Marguerite Mallet, épouse de l'avocat Raymond Mallet, un des responsables de l'Armée secrète de Loches et, après-guerre, maire de Loches, ou encore un cultivateur de Luynes Albert Ouchet. Le cantonnier de Chanceaux-près-Loches a fait partie de la rafle pour avoir donné à boire aux maquisards, tout comme Lucienne Tocheport, épouse de l'industriel René Tocheport, qui a hébergé des maquisards. Ou encore Mademoiselle Charlot, modiste rue Quintefol, dont le neveu venait de rejoindre le maquis d'Épernon.

    La question

    Pourquoi faire sonner les cloches et non pas la sirène ? 

    La réponse est toute simple, elle est donnée par Pierre Bluteau, adjoint au maire : « Parce que la sirène, qui est installée en haut de la tour Saint-Antoine, ne marche plus depuis deux ans ! Elle appartient à l'État qui pour l'instant n'envisage pas de prendre en charge sa réparation. Normalement, on la faisait sonner pendant une minute », précise-t-il. Par défaut, ce sont les cloches de l'église Saint-Antoine et celles de la collégiale Saint-Ourse qui vont relayer cette déficience… républicaine.

    Xavier Roche-Bayard

     

     

     

     

    « Scaër (Finistère) Trois stèles de la résistance dégradées à Scaër et Tourc’h *** Le ventre est toujours fécondAlbert Camus sur Hiroshima. L'éditorial de Combat du 8 août 1945 »
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