• Macron et l’Algérie

     

    Macron et l’algérie

     

     

      La lettre adressée le  26 juin 2017 au Président de la République française au nom du Conseil d’administration de France-El Djazaïr est un acte important conforme aux objectifs statutaires de notre association. Elle a rencontré un large écho en Algérie où plusieurs quotidiens nationaux l’ont publiée. En France, par contre, seul le journal La Marseillaise en a rendu compte sur une demi-page. 

       Cette lettre expose notre vision de la coopération entre l’Algérie et la France, entre nos deux pays, nos deux peuples et formule des propositions afin de la développer : condamnation sans ambiguïté du colonialisme ; abrogation de la loi du 23 février 2005 sur les soi-disant bienfaits du colonialisme et conclusion d’un Traité de Paix ; la vérité sur la mort de Maurice Audin ; le développement de relations économiques mutuellement avantageuses et la renégociation du Traité d’association de 2002 entre l’Algérie et l’Union Européenne ; essor de la coopération culturelle et soutien aux initiatives de Paix de l’Algérie. 

       La réponse que le Président Macron nous a adressée le 6 juillet a été appréciée par nos adhérents comme une réponse diplomatique certes tissée de paroles sympathiques mais sans engagements précis. 

    La lecture attentive de son discours prononcé le 29 août devant les ambassadeurs au cours duquel, devant les hauts fonctionnaires représentant la France à l’étranger, il était tenu à une certaine rigueur, on a une idée un peu plus précise de l’orientation qu’il entend donner à notre politique étrangère. Les louanges adressées à l’ancien ministre Laurent Fabius et la nomination de Jean-Yves Le Drian   qui se sont comportés et se comportent en VRP des milieux d’affaires témoignent de la volonté du Président des banques. Dans la lutte contre le terrorisme au Sahel, s’il affirme la nécessité de « faire plus pour la mise en oeuvre de l’accord d’Alger » ce qui constitue un désaveu de sa déclaration intempestive contre l’Algérie proférée à Gao le 19 mai dernier, il continue cependant de privilégier la coopération militaire au sein du G5 avec le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad à l’opposé de l’accord de Paix d’Alger. 

       Cet « Accord pour la Paix et la Réconciliation au Mali » cosigné par l’Etat malien et les principales organisations touareg, grâce à la médiation de l’Algérie, à laquelle ils ont exprimé leur « profonde reconnaissance », est un document de 30 pages qui détaille les mesures à mettre en œuvre pour arrêter l’engrenage de la violence et rétablir la Paix : développement économique équilibré au nord et au sud ; maintien de l’unité nationale du Mali ; respect de la diversité culturelle ; partage du pouvoir et des compétences ; lutte contre le terrorisme. C’est un accord qui privilégie une démarche politique. Ce n’est, à l’évidence, pas celle du Président Macron. A plusieurs reprises, M. Abdelkader  Messahel le ministre algérien des Affaires étrangères a mis en garde contre d’éventuelles nouvelles opérations militaires d’inspiration occidentale qui ne pourraient qu’envenimer la situation dans cette partie de l’Afrique. 

       Devant les ambassadeurs, Emmanuel Macron a évoqué ses prochaines visites à l’étranger, sans mentionner l’Algérie alors qu’il en était question il y a quelques semaines.  

       Le journal Le Monde affirmait récemment : « A 39 ans, il (Macron ndlr) incarne une génération pragmatique qui veut surmonter le passé… » Ce n’est malheureusement pas une affaire de génération. Avec le président Macron ce sont les milieux d’affaires qui sont aux commandes et ce sont leurs intérêts qui priment et non ceux des peuples. 

    Bernard DESCHAMPS

    Ancien député 

    8 septembre 2017

    POUR RAPPEL

    FRANCE-EL DJAZAÏR                                                                           26 juin 2017 

              Association d’amitié  

            franco-algérienne 

        331, Chemin Mas  Barbut 

            30129 REDESSAN 

                                                                                    Monsieur Emmanuel MACRON 

                                                                              Président de la République Française 


     

    Monsieur le Président de la République, 

       Notre association d’amitié a été créée dans le prolongement du combat que nous avons mené contre la loi française du 23 février 2005 sur les soi-disant « bienfaits de la colonisation ». 

       A l’occasion de l’élection présidentielle, nos adhérents ont voté au 1er et au 2e tour pour divers candidats, à l’exclusion de la candidate du Front National. 

       Attentifs à vos prises de position, nous avons pris connaissance de vos déclarations à la presse algérienne. Ainsi le 4 février 2017, vous avez  déclaré au quotidien El Watan : « Pour la France, l’Algérie est une priorité […]  je veux mettre en avant les projets de coopération, les solutions concrètes entre nos deux pays dans les domaines de l’économie, de l’éducation, de l’innovation technologique, en nous appuyant notamment sur la jeunesse. » 

          La dénonciation sans ambiguïté du mal fait par la colonisation à l’Algérie est une des conditions essentielles pour l’établissement de relations solides et durables entre nos deux peuples, entre nos deux pays. C’est pourquoi, nous attendons de votre part la reconnaissance officielle des crimes d’Etat que furent la sanglante répression du 8 mai 1945 à Sétif, Guelma, Kherrata, le pogrom du 17 octobre 1961 à Paris, l’assassinat de 9 manifestants le 8 février 1962, ainsi que la vérité sur la disparition du jeune mathématicien communiste Maurice Audin. 

       La loi du 23 février 2005 doit être abrogée et un Traité de Paix et d’Amitié signé entre l’Algérie et la France comme cela avait été envisagé par les Présidents Bouteflika et Chirac. 

       Dans le domaine économique, les relations entre nos deux pays doivent être mutuellement bénéfiques, ce qui implique une intervention résolue de la France auprès de l’Union Européenne pour que soit renégocié l’Accord d’association entre l’Algérie et l’U.E. signé en 2002 et entré en vigueur en 2005, alors que l’Algérie était fragilisée par le terrorisme. Le caractère asymétrique  de cet accord qui impose des conditions léonines telles que les privatisations, a surtout profité aux pays de  l’Union Européenne. Ce déséquilibre s’est encore aggravé depuis la baisse durable du prix des hydrocarbures qui constituent l’essentiel des exportations de l’Algérie.  

       Nous pensons que la France doit désormais privilégier non plus ses exportations vers l’Algérie, mais les investissements industriels dans le respect de la règle algérienne du 51/49 ainsi que les transferts de technologies y compris dans le domaine du nucléaire civil. 

       Dans les domaines de la recherche et de la culture, il est de l’intérêt de la France et de l’Algérie de développer et faciliter les échanges, les coopérations entre les Etablissements publics de formation, les Universités, les Instituts, le secteur hospitalo-universitaire, les bibliothèques et de mieux faire connaître en France le riche patrimoine culturel algérien, sa foisonnante création artistique et sa riche littérature. Les jumelages entre collectivités doivent être encouragés. L’accès des historiens aux archives doit être facilité.  

       Des négociations devraient être entreprises avec l’Algérie afin de rétablir la libre circulation entre nos deux pays. 

       La France doit appuyer les initiatives de l’Algérie en faveur de la paix notamment en Afrique, au Proche et au Moyen-Orient et il devra être mis fin aux interventions militaires extérieurs de la France et de l’OTAN. La France doit soutenir les résolutions de l’ONU en faveur de l’autodétermination du Sahara Occidental et d’un Etat palestinien viable dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale. Enfin, la France et l’Algérie devraient agir de concert pour le désarmement et la non-prolifération nucléaire, pour l’interdiction des armes chimiques et biologiques. Nous pensons que la France doit procéder à la décontamination du Sahara et indemniser les victimes algériennes des essais nucléaires français.

       Cette orientation que nous souhaitons de la politique française à l’égard de l’Algérie qui a été amorcée par les Présidents Chirac et Hollande serait conforme aux intérêts de nos deux pays, de nos deux peuples. Nous vous demandons, Monsieur le Président de la République de vous engager résolument dans cette voie. 

       Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de nos respectueuses salutations. 

     

    Oucine BENCHOUYEB 

    Président de France El Djazaïr  

    Bernard DESCHAMPS 

    Ancien président-fondateur   

    de France-El Djazaïr 

    Ancien député

             9 août 2017 

    Réponse du président macron

     au courrier de France-el djazaïr

    Macron et l’Algérie

    Vous trouverez ci-après la réponse du Président Macron à notre courrier du 26 juin 2017 que nous republions également afin que vous puissiez comparer les deux lettres. 

    Nous souhaitons avoir votre opinion sur cet échange de correspondances. Les commentaires sont libres. Vous avez la possibilité de les déposer sur ce blog afin que chacun puisse en prendre connaissance. 

    Macron et l’Algérie

     

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