• Manouchian au Panthéon : Macron toujours dans l’entre-deux

     

    Manouchian au Panthéon : Macron toujours

    dans l’entre-deux

    Manouchian au Panthéon : Macron toujours dans l’entre-deux

    Emmanuel Macron a rendu hommage aux résistants victimes de nazisme au Mont-Valérien. © Mohammed Badra / @AFP

    La panthéonisation du résistant communiste, symbole des étrangers anonymes qui se sont battus pour la France, est un gage donné par Emmanuel Macron à tous les humanistes du pays. Mais elle ne masque ni la loi « immigration » à venir ni les propos ambigus tenus sur Pétain.

    La décision était attendue depuis des années, et ardemment souhaitée par la gauche française, notamment le Parti communiste. Missak Manouchian, figure arménienne de la Résistance, communiste apatride, sera bien panthéonisé par le président de la République, a annoncé un communiqué de l’Élysée dimanche 18 juin.

    Il entrera au Panthéon accompagné de son épouse Mélinée, résistante comme lui et également rescapée du génocide arménien, qui lui survécut 45 ans et repose à ses côtés au cimetière d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), a précisé la présidence.Réfugié en France fin 1924, Missak Manouchian, ouvrier et poète, avait rejoint en 1943 la résistance communiste, où il s’illustra à la tête d’un réseau très actif. Mais, arrêté par les nazis, il fut exécuté le 21 février 1944 dans la clairière des fusillés du Mont-Valérien, avec vingt-et-un de ses compagnons d’armes. Au total, un millier de résistants et otages laissèrent la vie à cet endroit, passant quatre par quatre devant un peloton d’exécution de trente soldats allemands, de 1941 à 1944. Ils étaient communistes (65 %), étrangers (20 %) ou juifs (17 %).  

     

    Premier résistant étranger et communiste

     au Panthéon

    Missak Manouchian devient ainsi le premier résistant étranger et le premier communiste à entrer dans le temple des grandes figures de la République. Sont ainsi célébrés « l’unité des mémoires de la Résistance », communiste et gaulliste, mais aussi tous ses compagnons d’armes étrangers, des Espagnols, des Italiens ou des Juifs d’Europe centrale. « Le sang versé pour la France a la même couleur pour tous », souligne l’Élysée.  

    Manouchian au Panthéon : Macron toujours dans l’entre-deux

    « L'affiche rouge », placardée dans tout Paris par la propagande nazie durant le procès de Missak Manouchian pour désigner son groupe à la vindicte. © AFP

    « Missak Manouchian porte une part de notre grandeur », il « incarne les valeurs universelles » de liberté, d’égalité, de fraternité au nom desquelles il a « défendu la République », a déclaré la présidence. Et Emmanuel Macron de saluer la « bravoure » et « l’héroïsme tranquille » de l’ancien résistant.

    Missak Manouchian est entré dans la mémoire collective avec « l’affiche rouge » (ci-contre), placardée dans tout Paris par la propagande nazie durant son procès pour désigner son groupe à la vindicte.

    Affiche qui a eu l’effet inverse de celui escompté par l’occupant puisque Missak Manouchian est devenu l’emblème du martyre de la Résistance. Après la guerre, il fut célébré par le poète Aragon et le chanteur Léo Ferré. L’Affiche rouge est également le titre d’un film sorti en 1976 qui immortalisa l’histoire du groupe Manouchian à l’écran.

    Vaccin contre le racisme

    Après celle de Joséphine Baker, la panthéonisation de Missak Manouchian a été qualifiée ce dimanche sur France Inter de « meilleur vaccin contre le racisme » par le réalisateur de cinéma Robert Guédiguian. « À contresens », a-t-il ajouté, « de tous les propos diffamatoires sur l’immigration » que l’on entend à longueur de journée dans les médias et à la droite et l’extrême droite de l’échiquier politique.

    Sur ce terrain, le timing de l’annonce d'Emmanuel Macron interroge tout de même. Clairement, la panthéonisation de Missak Manouchian est un gage symbolique donné à la gauche humaniste, mais aussi une nouvelle preuve de la politique du « en même temps » perpétuel du chef de l’État sur les questions mémorielles et les sujets de société. 

    L’annonce intervient quelques semaines avant que ne soit discuté au Parlement le très controversé projet de loi sur l’immigration, porté par son ministre de l’intérieur Gérald Darmanin et où des concessions à la droite sont d’ores et déjà annoncées, afin d’obtenir la majorité à l’Assemblée. Le contexte tendu après l’attaque au couteau à Annecy fait craindre que l’exécutif ne serre encore la vis, notamment en matière de droit d’asile. 

    Par ailleurs, il faut rappeler qu’il y a quelques semaines, le chef de l’État avait vu pleuvoir les critiques à son endroit après avoir recadré sa première ministre Élisabeth Borne, qui avait parlé du Rassemblement national comme d’une « idéologie dangereuse » et qualifié le parti de Marine Le Pen d’« héritier de Pétain ». 

    Selon Le Parisien, le chef de l’État aurait ensuite fait part à sa première ministre du fait que la bonne stratégie pour cogner contre Marine Le Pen était de l’attaquer « par le concret », le « réel », et non pas en utilisant des « mots des années 1990 qui ne fonctionnent plus ». Des mots qui ont provoqué un tollé à gauche. En ce 18 juin, rendre hommage à un ancien résistant communiste étranger permet donc aussi à Emmanuel Macron de sortir de ses positions ambiguës vis-à-vis de l’extrême droite et de Pétain.

    Rappelons également qu’en 2018, pour les cent ans de l’armistice du 11 novembre, il avait envisagé d’inclure Philippe Pétain dans l’hommage aux chefs militaires de la Première Guerre mondiale, jugeant qu’il avait été « pendant [celle-ci] un grand soldat », même s’il avait ensuite « conduit des choix funestes ». Mais le chef de l’État s’était finalement rétracté face aux polémiques qu’auraient suscitées un hommage rendu à celui qui a instauré le régime de Vichy.

    Pas à sa première instrumentalisation

    En termes d’hommage, Emmanuel n’en est, du reste, pas à sa première instrumentalisation politique. Rappelons qu’à l’occasion du 8 mars 2023, Journée internationale des droits des femmes, il a rendu, en pleine fronde sociale contre la réforme des retraites, un hommage à l’avocate féministe Gisèle Halimi, décédée en 2020, dans la salle de la première chambre de la cour d’appel de justice de Paris.

    Hommage qui était très mal passé dans l’entourage de Gisèle Halimi, comme Mediapart l’avait raconté. Surtout que le chef de l’État n’avait pas donné suite aux demandes de panthéoniser en 2021 cette figure du féminisme et de l’anticolonialisme. 

    Hommage à Gisèle Halimi : des féministes en colère contre la « malhonnêteté » du pouvoir 

    Si son fils ainé Jean-Yves avait fait savoir qu’il était pour sa part « très satisfait » du choix de rendre hommage à sa mère, l’autre fils de Gisèle Halimi encore vivant, le journaliste Serge Halimi, avait lui refusé de participer, au motif que cette décision de l’Élysée intervenait « alors que le pays est mobilisé contre une réforme des retraites extrêmement injuste dont les femmes qui occupent les métiers les plus difficiles seront les premières victimes ».

    L’association chargée de la mémoire de Gisèle Halimi, Choisir la cause des femmes, avait aussi décidé de condamner cette décision de lui rendre hommage dans un communiqué : « Le choix que vous opérez en organisant en dernière minute cet hommage national à la féministe Gisèle Halimi, ce 8 mars 2023, nous semble relever d’une instrumentalisation politique. Elle ne trompera personne », avait écrit l’association.

    Une polémique qui avait porté atteinte à la crédibilité d’Emmanuel Macron quant à sa capacité d’organiser des hommages sincères et dénués de calcul politique à des figures de l’histoire de France.   

    SOURCE : Manouchian au Panthéon : Macron toujours dans l’entre-deux | Mediapart 

    Même si Macron n’est pas sincère

    Fabien Roussel est satisfait :

    Panthéonisation de Missak

     et Mélinée Manouchian, nos camarades morts pour la France (Fabien Roussel)

    Missak et Mélinée Manouchian symbolisent par leurs parcours, leurs idéaux et leur courage une certaine idée de la nation française. Une nation politique composée de citoyens de toutes les origines, réunis par des valeurs républicaines universelles. Une nation ouverte et fraternelle. Une nation aux antipodes de celle des prêcheurs de haine, obsédés par l’origine, la couleur de la peau et la religion des femmes et des hommes qui la fondent.

     

     

    « Déplacement présidentiel à Montluc : des mémoires oubliéesTU ES RESPONSABLE ZEMMOUR !!! »

  • Commentaires

    1
    Cros Jacques
    Lundi 19 Juin 2023 à 09:38

    Oui, en la matière la démarche participe d'une certaine duplicité. On nous  avait déjà fait le coup avec Guy Môquet. Nous en avons retenu la dimension positive. Manouchian et ses 22 compagnons "étaient étrangers et nos frères pourtant" a écrit Aragon dans son célèbre poème "L'Affiche rouge". 

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