• Marcel Bigeard, le militaire tortionnaire vu comme un résistant

     

    Marcel Bigeard, le militaire tortionnaire

    vu comme un résistant

    Marcel Bigeard, le militaire tortionnaire  vu comme un résistant

    Colonel Marcel Bigeard le 7 août 1958 à l'aéroport d'Orly. UPI / AFP 


    Sadek Ourti 

    18 juin 2010 : décès du général Bigeard 

    Marcel Bigeard, très connu pour ses crimes contre l'humanité durant la guerre d'Algérie en laissant un nom de sa sale besogne " les crevettes de Bigeard" qui signifie condamner un prisonnier en scellant ses pieds dans un socle en béton armé et le jeter au large de la Méditerranée. Sa saleté restera gravée dans l'histoire de l'armée dite FRANÇAISE.

    Ce criminel hors catégorie a débuté dans l’armée comme soldat de 2e classe en 1936 et a terminé son parcours comme général de corps d’armée (1974) puis secrétaire d’État à la Défense (1975-1976.

    Véritable légende de saleté militaire dès son vivant, il est l’une des figures les plus illustres des parachutistes, ayant été dans les combats de son époque (Indochine, Algérie). 

     

     

    Article écrit en 2012

    A gauche comme à droite, l'histoire va dans le même sens. Le militaire Marcel Bigeard, honoré et glorifié, est passé de colonel colonisateur en Indochine et d'officier tortionnaire en Algérie au statut de résistant, d'après les propos du ministre français de la Défense.

    Près de deux ans après sa mort, le général 4 étoiles Bigeard, «héros» des guerres coloniales, a été entreposé au mémorial des guerres d'Indochine de Fréjus en grandes pompes par Jean Yves Le Drian, ministre socialiste de la Défense.

    Initialement annoncé au Panthéon de Paris, le général controversé aura fini dans le Midi, là où tout est possible. Dans un entretien donné au journal Corse-matin (mais pourquoi la Corse?), le ministre, accessoirement agrégé d'histoire contemporaine, y décrit  le général comme «une figure emblématique de notre histoire militaire (…), il s'est particulièrement illustré comme résistant et comme soldat en Indochine.»

    Bigeard, un résistant ?

    Mais qu'est-ce qu'un résistant, en français ? Il y a plusieurs définitions, au-delà du sens basique de «participe présent du verbe résister.» Il y a «solide, robuste», ce qui est probablement le sens choisi par le ministre de la Défense, mais aussi, lié au sens historique français, «qui s'oppose à l'action d'un agent extérieur», ou mieux, «qui s'oppose à l'occupation d'un territoire par l'ennemi.»

    Quand le ministre dit «résistant et soldat en Indochine», on pourrait comprendre que l'Indochine avait envahi la France et qu'il fallait la sortir de là. A moins qu'il ne parle du résistant Bigeard contre l'Allemagne, et du soldat Bigeard, contre l'Indochine.

    La France aurait-elle fait trop de guerres au point de tout mélanger ?

    La maudite cuvette

    Diên Biên Phu, du nom de la cuvette d'Indochine où l'empire du soldat Bigeard est tombé, est-elle une victoire française ou vietnamienne ? D'après le ministre, qui la qualifie de «maudite cuvette du Nord Vietnam» pour situer l'action du colonel Bigeard (il est devenu général plus tard, en France), on pourrait penser que la bataille fut rude mais juste, et que si le Vietnam en est sorti vainqueur, il n'aurait pas dû.

    Du coup, on ne sait plus qui a gagné cette guerre, pourquoi a-t-elle eu lieu et qui sont ces Vietnamiens d'Indochine, si loin de l'Histoire ? En tout état de cause, l'histoire de la guerre d'Indochine aura fini dans une maudite cuvette, mais pas comme le général Bigeard, ré-inhumé dans une cérémonie de grande ampleur que le ministre Jean-Yves Le Drian défend ainsi :

    «En faisant ce geste, je ne cherche nullement à masquer ce qui s'est passé en Algérie.»  

    Alors Vietnam et Algérie, pas le même combat ? Pour le général Bigeard, qui a cassé du résistant (au sens «qui s'oppose à l'occupation d'un territoire par l'ennemi») sans faire de distinction entre Algériens et Vietnamiens, une nuance s'impose selon le ministre de la Défense.

    Et pour cause, à la veille de la visite de François Hollande à Alger et au lendemain de la guerre des bras d'honneur, il faut aller doucement.

    Les «psychanalystes EDF»

    Après la cuvette maudite de Diên Biên Phu, c'est à Alger, que le colonel Bigeard s'est illustré, délaissant les jungles tropicales du Vietnam pour se concentrer sur les jungles urbaines de la Casbah.

    Sous les ordres du général Massu, à qui carte blanche a été donnée en dehors de toute voie légale, il aura trouvé le moyen de faire parler les Algériens (qui, c'est connu, parlent français, contrairement aux Vietnamiens).

    Utiliser le supplice raffiné de «la Baignoire» (on ne sort pas indemne d'une cuvette) mais surtout de la «gégène» pour torturer à l'électricité les résistants (là aussi, au sens français historique, «qui s'oppose à l'occupation d'un territoire par l'ennemi»). 

    Durant toute la bataille d'Alger (janvier 1957), le colonel Bigeard a exercé massivement ses talents de psychanalyste EDF qui sait faire parler (le sérum de vérité n'existait pas encore) pour obtenir le maximum d'informations sous la torture.

    «Il était aimé et respecté de ses hommes», rappelle encore le ministre de la Défense, zappant du coup tous ces jeunes appelés du contingent, écœurés par ces méthodes, jusqu'à d'autres officiers comme le général Jacques Pâris de Bollardière (qui a également fait l'Indochine) demandant officiellement en mars 1957 à être relevé de ses fonctions, pour marquer son refus de la torture.

    Il n'a pas eu droit à un mémorial, mais à un carrefour à Paris, baptisé en son nom.

    Les crevettes Bigeard

    Si les Vietnamiens raffolent des crevettes (surtout surgelées), les Algériens ont un mauvais rapport avec ces étranges bestioles nécrophages. Contrairement au ministre Le Drian, on ne saura pas ce que l'histoire retiendra vraiment de Marcel Bigeard mais au moins une expression lui est restée collée à la peau, «les crevettes Bigeard», du nom de ces civils morts sous la torture dans les locaux du colonel et qu'il fallait bien jeter après utilisation.

    Par hélicoptère, l'illustre résistant les jetait à la mer, ce qui a donné lieu à cette expression tristement célèbre. C'est donc une question de définitions, et le ministre français a bien usé de la langue pour nuancer ses propos et tenter de s'extirper de ce terrible piège de la mémoire.

    Algériens et Vietnamiens, alliés ou ennemis?

    Le général Bigeard n'a pas fini dans la mer, mangé par des crevettes, mais dans un mémorial. Une nouvelle page d'histoire s'ouvre désormais entre l'Algérie et le Vietnam, d'autant que pendant la bataille décisive de Diên Biên Phu, quelques Algériens bien obligés combattaient aux côtés des Français et que cette année, 1954, a permis à l'Algérie de lancer son combat définitif contre l'occupation, avec cet argument : si les Vietnamiens ont pu vaincre la France, on peut le faire.

    Algériens et Vietnamiens, alliés ou ennemis? Le conflit naissant, déclenché par le ministre français de la Défense, départage les deux aventures entre le nécessaire et l'inutile, la colonisation différentielle et l'idée absurde que ce qui est bon pour le Vietnam ne serait pas bon pour l'Algérie.

    On connaît la réaction des Algériens, on attend celle des Vietnamiens.

    SOURCE : http://www.slateafrique.com/98623/bigeard-algerie-guerre-memorial-algerie-francaise 

    Marcel Bigeard, le militaire tortionnaire  vu comme un résistant

    La technique des "Crevettes Bigeard" ?

    Elles resteront la sinistre image de cette époque qui perpétuera ce nom. Pour beaucoup, ce terme employé alors ne signifie rien, surtout qu’il ne figure dans aucun livre d’histoire de notre enseignement. Pourtant c’est en employant cette expression que Paul Teitgein interrogeait Massu, en 1957, sur les milliers de disparus pour lesquels il n’avait aucun rapport concernant leur "évaporation". Pour éliminer physiquement, en faisant disparaître les corps, Bigeard avait inventé cette technique : sceller les pieds du condamné (sans jugement, sinon le sien), vivant, dans un bloc de béton et le larguer de 200 ou 300 mètres d’altitude d’un avion ou d’un hélicoptère en pleine mer. Il avait perfectionné cette technique : au début les algériens étaient simplement largués dans les massifs montagneux, mais leurs corps étaient retrouvés. La seconde étape fut le largage en mer, mais quelques un sont parvenus à revenir à la nage sur la côte et échapper miraculeusement à la mort. C’est pourquoi il "fignola" le raffinement de sa cruauté en inventant le bloc de ciment. C’est par cette technique enseignée par son ami le Général Aussaresses (et les officiers supérieurs instructeurs associés Lacheroy, Trinquier…) que cette technique a été utilisée en Argentine en particulier pour les 30.000 disparus que pleuraient les "Folles de la Place de Mai". 

     

     

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  • Commentaires

    1
    Vendredi 19 Juin à 07:50

    C'est astucieux de présenter les tenants du colonialisme comme des Résistants ! Sauf que pendant la guerre d'Algérie ceux qui l'on pouvait assimiler à ceux qui se sont levas contre les Allemands au temps de l'Occupation étaient en face de l'armée française dans les djebels qui étaient la version algérienne de nos maquis!

    Les partisans de l'Algérie française ont même tenté d'utiliser de Gaulle dans ce sens. Mais la réalité l'a emporté sur l'opération et de Gaulle est à présent vilipendé par les nostalgériques.

    Variante dans la manoeuvre, celle qui consiste à utiliser le passé de Résistant d'un Denoix de Saint-Marc pour lui attribuer, bien qu'officier factieux lors du putsch des généraux félons lors du putsch d'avril 1961 le nom à une rue qui jusque là s'appelait rue du 19 mars 1962 !

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