• Mémoires d’étudiant

    Mémoires d’étudiant

    Le 24 avril 1961, 15.000 personnes, ouvriers et étudiants, manifestèrent à Clermont-Ferrand contre le putsch des généraux. © photo d’Archives Roland Lavault  

    Guerre d’Algérie Le poète Denis Rigal fut étudiant à Clermont, entre 1954 et 1962, et relate dans « Un chien vivant », les questionnements d’alors.

    Avant d'avoir 20 ans dans les Aurès, on en avait 18 quelque part en France et l'on n'était pas prêt à mourir en Algérie pour une cause qui n'était pas la sienne. Denis Rigal (1), qui fit ses études supérieures à Clermont-Ferrand, entre 1954 et 1962, fait revivre, dans « Un chien vivant », la vie étudiante de l'époque et les questionnements quant à ce que l'on appelait les opérations de pacification.

    Si les premières pages retracent avec verve et finesse l'ambiance de la khâgne de l'ancien lycée Blaise-Pascal, les événements d'Algérie s'invitent rapidement dans la vie étudiante. Le bombardement de Sakiet (2), en Tunisie marque le début de la prise de conscience. L'auteur se souvient du cours de littérature anglaise du professeur Jacques Blondel : « Je ne peux commencer ce cours sur Swift, qui était pacifiste, sans dénoncer les actes de violence désordonnée par lesquels la France vient de se déshonorer à Sakiet Sidi Youssef ». Denis Rigal, dès lors, milite, devient membre du bureau de l'Unef, organise et participe aux manifestations.

    Ce récit épouse les méandres d'un quotidien souvent tranquille mais même à Clermont la violence est présente. L'auteur refait surgir des faits oubliés : un restaurant algérien est mitraillé, bilan trois morts. Mouloud, responsable FLN étudiant, est abattu alors qu'il se promenait avec sa fiancée au jardin Lecoq. Un meurtre qualifié par les autorités de règlement de comptes. Un délégué syndical est enlevé par deux sous-officiers du 92 e RI juste avant un meeting.

    Renoncement 

    L'anticolonialisme fait son chemin dans les rangs de l'université qui, doyen en tête, défile avec les Bibs, le 24 avril 1961. Mais jusqu'où aller dans son engagement ? Rares furent ceux qui désertèrent. Denis Rigal n'en fut pas comme la majorité de sa génération. Ce renoncement à porter au plus haut ses convictions est vécu comme une trahison et une honte d'où le titre emprunté à l'Ecclésiaste : « Mieux vaut un chien vivant qu'un lion mort ». Mais il faut aussi faire preuve de courage et d'honnêteté intellectuelle pour témoigner ainsi de ses limites.

    (1) Denis Rigal, né en 1936 à Chanaleilles (Haute-Loire), a notamment publié Aval, (Gallimard) et Terrestres (Le Bruit du temps, prix Verlaine).  

    (2) Le bombardement du village tunisien Sakiet, le 8 février 1958, par l'armée française fit plus de 70 morts dont une douzaine d'écoliers. 

    Un chien vivant. Denis Rigal, éditions Apogée, 118 pages, 13 € 

    François Graveline

    SOURCE : https://www.leberry.fr/clermont-ferrand/loisirs/art-litterature/2018/06/29/memoires-detudiant_12906511.html#refresh

    Voilà un livre attachant ! Un récit de fin d’adolescence et du premier temps de l’âge adulte. Une brève parenthèse en somme.

     

    Un collège de sous-préfecture, puis l’internat au lycée Blaise Pascal, sa khâgne et enfin l’université du même nom. Des chapitres courts rassemblant anecdotes, silhouettes fugitives, vagabondages dans Clermont-Ferrand. Nous y croisons incidemment Antoine Blondin, Pierre Bourdieu, Claude Lanzman et Albert Camus mais aussi d’illustres inconnus qui ont compté tout autant pour l’auteur dont cette fameuse Miss Rondet à Brioude, passionnée de littérature anglaise, n’hésitant pas à citer devant son auditoire la phrase de Sir Macaulay : « ceux qui disent qu’on ne devrait pas donner la liberté aux peuples avant qu’ils n’aient appris à s’en servir me font penser à l’idiot de la fable qui jurait qu’il n’entrerait pas dans l’eau avant de savoir nager ».

    Nous sommes à la fin des années 50, celles de la guerre d’Algérie, celles des chars russes entrant dans Budapest, du bombardement de Sakiet Sidi Youssef. Années en France de désarroi, de honte et de révolte à la fois. Années de censure de la presse d’opposition, d’interdictions (comme « La question », le livre d’Henri Alleg), d’arrestations et d’assassinats. « La nuit de l’esprit menaçait de tout recouvrir et d’étouffer tout signe d’intelligence ».  Des « dimanches vides » pour les travailleurs algériens en Auvergne et ailleurs. Attentismes, indifférences, déchirements se mélangent à de nouvelles solidarités lorsque le Général de Gaulle arrive au pouvoir (1958) et se fait acclamer à Alger avec son « je vous ai compris » aussi péremptoire dans la forme qu’ambigu sur le fond. C’est le temps de l’engagement dans le syndicalisme étudiant de gauche. Le temps du « Manifeste des 121 » (1961) pour le droit à l’insoumission dont il était interdit de nommer les signataires à la radio. Puis les choses s’accélèrent avec le putsch des généraux d’Alger (1961), les tracts d’appel à la résistance et la manifestation organisée dans l’urgence pour défendre la République.

    Qu’aurait-il fait, lui le sursitaire, si la guerre s’était poursuivie ? Déserter ou obéir ? « Un chien vivant vaut mieux qu’un lion mort » nous dit l’Ecclésiaste en ouverture du livre. Il est donc ce chien vivant quand son ami de toujours, auquel il dédicace son livre, verra sa vie volée comme beaucoup d’autres. Il y a de l’Albert Camus dans le récit-témoignage de Denis Rigal. A la fois dans ce talent à rendre vivantes les émotions, à recomposer la mémoire, dans cette capacité à s’interroger sur sa compréhension d’évènements qui le dépassent et à creuser sans cesse les doutes qui le traversent encore aujourd’hui.

    Jean-Louis Coatrieux
    « Un chien vivant » de Denis Rigal aux éditions Apogée, 120 pages, 13 euros

    SOURCE : http://www.bretagne-actuelle.com/un-chien-vivant-de-denis-rigal/livres/ 

    Le bombardement de Sakiet en Tunisie marque le début de la prise de conscience de Denis Rial et de ses camarades... Ce crime de guerre précipite la fin de la 4e République et la condamnation unanime de presque tous les pays y compris par l'opinion française...

     

     

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  • Commentaires

    1
    Samedi 30 Juin à 10:26

    Sakiet, une horreur parmi toutes celles qu'a générées la guerre d'Algérie ! Celle-là avait sensibilisé l'opinion publique internationale. Elle n'avait pas affecté les politiciens de la IVème République ni le commandement de l'armée coloniale d'occupation qui ont continué la guerre qui a duré encore quatre ans avec son cortège d'exactions et de souffrances.

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