• Mémoires de la guerre d’Algérie : des gestes d’apaisement nécessaires

     

    Mémoires de la guerre d’Algérie : des gestes d’apaisement nécessaires

    Mémoires de la guerre d’Algérie : des gestes d’apaisement nécessaires

    Benjamin Stora Ulf Andersen/Aurimages via AFP

    Les conclusions de la mission sur les mémoires de la guerre d’Algérie, confiée à l’historien Benjamin Stora, devraient bientôt être rendues publiques. De la justice transitionnelle à la déclassification des archives, beaucoup de gestes concrets peuvent être encore accomplis en France.

    En matière mémorielle aussi, il y a les discours et les actes. L’Élysée, qui ne l’ignore pas, a confié, au mois de juillet dernier, à l’historien Benjamin Stora la mission de formuler des recommandations « sur les gestes à effectuer et les actions à engager dans les mois et années à venir, dans notre pays comme dans ses liens avec l’Algérie, afin d’avancer dans ce travail de mémoire si difficile et pourtant si nécessaire à notre avenir ». Une démarche qu’Emmanuel Macron a faite sienne avant même son arrivée à l’Élysée.

    La colonisation, un crime contre l’humanité

    Seul candidat à la présidentielle à se rendre en Algérie en février 2017, il avait alors déclenché une polémique en qualifiant la colonisation de crime contre l’humanité. Puis, en septembre 2018, il a reconnu, au nom de la République française, que le mathématicien Maurice Audin avait été « torturé puis exécuté ou torturé à mort par des militaires qui l’avaient arrêté à son domicile ».

    → RÉCIT. Bachir, Héliette et les autres : mémoires de la guerre d’Algérie 

    Le chef de l’État avait également promis aux autorités algériennes la duplication des archives conservées en France et procédé, en juillet 2020, à la restitution de crânes entreposés depuis le XIXe siècle dans les collections du Muséum national d’histoire naturelle de Paris.

    Quels gestes reste-t-il à accomplir ? Comment en sélectionner un plutôt qu’un autre ? Ce choix devrait être guidé par la vivacité de certaines blessures, « comme celle des victimes face à l’impunité de la torture », explique l’historienne Sylvie Thénault, spécialiste de la guerre d’indépendance algérienne.

    → LES FAITS. En Algérie, la restitution de 24 crânes a marqué l’anniversaire de l’indépendance 

    « On peut faire l’analogie avec la Seconde Guerre mondiale. Les procès Papon ou Touvier ont permis de débattre des lourdes questions qui se sont posées à la société française. Or, en ce qui concerne la guerre d’Algérie, cela n’a pas été possible du fait de l’amnistie. »

    « Recueillir la parole des témoins et de leurs descendants »

    Alors, l’historienne formule une proposition : « Mettre en place un processus de justice transitionnelle, sur le modèle des commissions de vérité et de réconciliation, qui permettrait de recueillir la parole des témoins et de leurs descendants. » Pour libérer au maximum la parole, cette instance ne devrait pas, selon elle, traiter des indemnisations.

    Et s’il est souhaitable de réunir les acteurs des deux pays, il semble plus réaliste de l’organiser, dans un premier temps au moins, du côté français. « Rien ne s’oppose à ce que nous le fassions, nous, en France, insiste Sylvie Thénault. D’autant que les enfants portent encore, on le sait, les stigmates des violences subies par leurs parents. »

    Les disparus

    Les disparus sont une autre plaie ouverte, au sein de chaque communauté. « Le plus grand flou entoure leur nombre parmi les civils algériens, notamment les harkis ou assimilés, confirme l’historien Abderrahman Moumen, spécialiste des harkis. Mais du côté des militaires aussi, un travail en cours en recense 500, et, du côté des pieds-noirs, un millier. » Cette douleur, seule l’histoire, qui s’écrit dans les livres savants et les manuels scolaires, peut la calmer, explique-t-il, « en apportant de la complexité et des réponses aux familles ».

    Mémoires de la guerre d’Algérie : des gestes d’apaisement nécessaires

    → À LIRE. Les disparus de la guerre d’Algérie au centre de l’attention 

    Il faut donc encourager par tous les moyens la recherche historique, tout en formant les enseignants « à affronter les interrogations, qui sont le fruit de mémoires exacerbées et stéréotypées ». Or la dernière version, le 15 novembre dernier, d’une instruction interministérielle datant de 2011 semble compliquer l’ouverture des archives des disparus, contre la promesse formulée par Emmanuel Macron en septembre 2018, lors de sa visite à Josette Audin.

    Mémoires de la guerre d’Algérie : des gestes d’apaisement nécessaires

    → PORTRAIT. Josette Audin, le combat de toute une vie 

    Il est un domaine aussi où l’accès aux archives reste régi par des règles strictes, c’est le secret-défense, notamment en ce qui concerne l’arme nucléaire. Une étude (1) publiée fin août 2020 alerte sur les déchets causés par les essais nucléaires dans le Sahara entre 1960 et 1966.

    Rompre le silence sur les essais nucléaires

    « C’est une tache noire, un point très rarement abordé par les deux États, explique Jean-Marie Collin, coauteur de l’étude et porte-parole d’Ican France (Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaire). La France détient toujours un certain nombre d’informations cruciales, comme la carte des lieux concernés et la quantité de déchets enfouis, dont certains sont encore fortement radioactifs. »

    Mémoires de la guerre d’Algérie : des gestes d’apaisement nécessaires

    → EXPLICATION. Algérie : la France priée d’agir sur les déchets de ses essais nucléaires 

    En 2008, la France avait révélé aux autorités algériennes l’emplacement des mines anti-personnel, ce qui a permis de sécuriser les zones concernées. «C’est un précédent, ajoute Jean-Marie Collin, sur lequel l’État français peut s’appuyer aujourd’hui pour rompre le silence sur les essais nucléaires et permettre un suivi sanitaire des populations les plus exposées.» Un geste que Benjamin Stora lui a promis d’intégrer dans sa liste de propositions.

    SOURCE : https://www.la-croix.com/France/Memoires-guerre-dAlgerie-gestes-dapaisement-necessaires-2020-12-02-1201127759 

     

    « Mobilisation contre le projet de loi «sécurité globale» et violences policières : La France en émoiMes souvenirs de l’Ex »
    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks Pin It

  • Commentaires

    1
    Jeudi 3 Décembre 2020 à 09:04

    Et n'oublions pas dans ce devoir de mémoire sur ce qu'a été la guerre d'Algérie ce qu'ont souffert les jeunes Français qui ont eu le malheur d'avoir 20 ans en ce temps-là ! Tous n'ont pas été logés à la même enseigne mais pour l'immense majorité d'entre eux il faut prendre en considération les longs mois de leur jeunesse qui leur ont été volés pour une cause qui n'avait rien de noble. Cela n'exclut nullement les conséquences que le colonialisme et cette guerre menée pour le perpétuer sur d'autres parties concernées en particulier du côté du peuple algérien. 

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :