• Mieux vaut une école fermée qu’une école maltraitante *** Tribune : Combien vaut une vie d’enfant ?

     

    Mieux vaut une école fermée qu’une école maltraitante

    Mieux vaut une école fermée qu’une école maltraitante *** Tribune : Combien vaut une vie d’enfant ?

    Face à la maltraitance des enfants et du corps éducatif que représente le protocole sanitaire imposé par le ministère de l’Education nationale pour la réouverture des écoles, un collectif de parents d'élèves fustige le choix de «sacrifier le personnel éducatif et l’intérêt de l’enfant pour faire redécoller l’économie». Ils appellent solennellement les mairies «à maintenir coûte que coûte les écoles fermées».

    Un mètre de distance entre chaque enfant à tout moment, pas de jeux en récréation, pas de contact avec le personnel, respect du sens de circulation et du marquage au sol, lavage de mains dix fois par jour, pas de communication d’objets entre enfants…. Tel est le protocole sanitaire imposé par le ministère de l’Éducation nationale pour la réouverture des écoles le 12 mai.

    Nous, parents d’élèves de maternelle et de primaire, sommes profondément choqués qu’on puisse avoir l’idée de soumettre de jeunes enfants à un protocole aussi traumatisant. Quels peuvent être les effets psychologiques de journées passées dans un tel isolement physique et dans un cadre disciplinaire aussi strict ? En maternelle, comment imaginer qu’après une chute ou un bobo, des petits de trois ou quatre ans ne puissent pas être consolés par le personnel ? Comment imaginer qu’ils puissent être, toute la journée, rappelés à l’ordre, puis punis, quand ils s’approcheront les uns des autres ? Cette privation de contact prolongée pour de jeunes enfants est probablement une première dans l’histoire de l’humanité. C’est donc à une expérience de psychologie sociale à grande échelle que nous invite le gouvernement. Trahissant leurs besoins fondamentaux et toutes les préconisations des spécialistes de l’enfance, comment pourrait-elle ne pas créer des réactions incompatibles avec l’apprentissage telles que l’anxiété et le repli sur soi ? Ces mesures seront d’autant plus incompréhensible pour nos enfants qu’ils seront libres, après le 11 mai, de jouer avec leurs amis en dehors du temps scolaire. A minima, n’en sortiront-ils pas dégoûtés de l’école ? Et avec quelles conséquences pour leur avenir ?

    D’autre part, nous dénonçons la maltraitance qu’un tel protocole représente pour le personnel éducatif. Un tel fonctionnement placera les institutrices et instituteurs, Atsem, AVS dans une position intenable, tant ces mesures sont impraticables, a fortiori à la maternelle, ce qui les enfermera dans une double contrainte. Si le personnel applique le protocole, il nie les besoins fondamentaux de l’enfant. S’il choisit de les respecter, il se met en faute. Dès l’apparition de cas de Covid-19 dans l’entourage des enfants, ils et elles risquent d’être montrés du doigt pour n’avoir pas su appliquer ces mesures inapplicables. D’autre part, en se consacrant toute la journée à cette discipline sanitaire infernale en collectivité, le personnel éducatif devra renoncer à exercer son véritable métier : quel temps restera-t-il pour la pédagogie, la transmission de connaissances ? Pour respecter un tel protocole, la seule solution risque de consister à coller chaque enfant devant une tablette, perspective doublement cauchemardesque.

    Nous constatons donc que cette réouverture des écoles, décidée contre l’avis de l’Académie des Sciences, ne vise pas à socialiser les enfants et à les instruire. Cédant aux pressions patronales, le gouvernement a choisi de sacrifier le personnel éducatif et l’intérêt supérieur de l’enfant pour faire redécoller l’économie. Il s'agit d'organiser un gigantesque dépôt d’élèves, qu’une écrasante majorité de femmes (plus de 90% en maternelle, plus de 80% en primaire) passeront leurs journées à désinfecter et à punir, pour remettre la France au travail...

    C’est pourquoi nous, parents d’élèves, appelons solennellement les mairies à maintenir coûte que coûte les écoles fermées. Seule cette mesure permettra aux parents d’être indemnisés en chômage partiel (pour garde d’enfant) comme le prévoit la loi.

    Parce que certains parents sont à bout de souffle après deux mois de confinement, que d’autres doivent impérativement travailler, nous appelons solennellement les parents à se téléphoner, à s’organiser entre eux et à proposer leur aide aux familles en difficulté. Que ceux qui le peuvent s’occupent des enfants des autres en attendant le complet démontage de ce décor de science-fiction.

    SOURCE : https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/050520/mieux-vaut-une-ecole-fermee-qu-une-ecole-maltraitante/commentaires 

    Tribune : Combien vaut une vie d’enfant ?

    Mieux vaut une école fermée qu’une école maltraitante *** Tribune : Combien vaut une vie d’enfant ?

    Nous sommes désolés... Nous, directrices, directeurs, enseignantes et enseignants, sommes désolés pour vous les enfants. Désolés de ce que nous allons vous faire subir pendant huit semaines, désolés de ce régime semi-carcéral de privation de liberté que l’on va vous imposer. Rentrée en file indienne, enfants espacés d’un mètre les uns des autres, « lavage de mains ». Installation sur des tables individuelles espacées d’un mètre les unes des autres elles aussi. Pas d’échange de matériel, pas de manipulation, pas d’entraide, pas de travaux de groupe, pas de réunion, donc plus de projet, plus de coopération, plus de vie qui s’épanouit... « Lavage de mains », sortie surveillée dans la cour, sans croiser d’autres enfants, sans ballon, sans jouets que l’on s’échange, sans se toucher, sans plus aucun atelier. « Lavage de mains ». Retour en « classe »... La journée s’écoulera comme celle d’un prisonnier, rythmée par les rituels « lavage de mains ». Routine, contrainte, surveillance... Qu’elle sera loin l’école que vous avez quittée le 13 mars...Qu’ils seront loin « les droits de l’enfant » dont nous avons fêté cette année les 30 ans. Cette célébration était-elle finalement un enterrement ? 

    Nous sommes désolés... 

    Nous sommes désolés aussi pour vous, chers parents. Nous savons ce que beaucoup attendaient de ce retour à l’école : pouvoir retourner au travail, poursuivre les apprentissages des enfants et les savoir en sureté. Nous n’arriverons à rien de tout cela. Compte tenu de nos moyens humains, nous ne pourrons pas accueillir vos enfants à l’école tous les jours, certaines écoles ne pourront le faire qu’un jour par semaine en moyenne. Toute cette organisation, tous ces risques (nous y reviendrons), toute cette horripilante et inhumaine machine à gaz pour... un seul jour d’école par semaine par enfant ! Enfin, d’école... d’inhumaine garderie plutôt ! Vous aurez donc, pour beaucoup d’entre vous, à trouver comment garder votre enfant 2, 3, voire 4 jours ouvrés sur 5, car dans beaucoup de petites communes, faute de moyens, il n’y aura ni étude ni 2S2C.

    Nous sommes désolés de ce que cela impliquera pour vous. Cette « reprise » ne permettra pas non plus à vos enfants de combler le retard pris sur une année scolaire normale. D’une part, parce qu’on ne rattrape pas quatre mois en six jours et d’autre part parce que comme notre hiérarchie l’a répété, avec bon sens pour une fois, il nous faut considérer que les apprentissages nouveaux se sont arrêtés vendredi 14 mars et qu’il nous faudra, collectivement, en tenir compte lors de la rentrée de septembre. La période actuelle, qu’elle soit en présentiel ou en distanciel, ne doit servir qu’à entretenir les acquis.

    Nous craignons, hélas et surtout, que ce retour à l’école ne s’accompagne d’une prise de risque sanitaire insensée. C’est avec honnêteté et gravité que nous vous le disons : nous ne pourrons pas, malgré toute notre bonne volonté, assurer le strict respect du protocole sanitaire défini par le gouvernement. Nous travaillons, chacune et chacun, toutes et tous, à organiser une structure qui, en théorie, pourrait permettre ce respect.

    Mais nous ne vivons pas « en théorie », dans cet univers imaginaire où tout se déroule comme nous l’avions programmé.

    Nous vivons dans un univers bien plus riche, bien plus imprévisible : le « réel » ! Et dans ce réel, les enfants, comme les adultes, ne respectent pas toujours les règles. Les enfants attendent avec impatience de retrouver leurs camarades. Qui peut sérieusement imaginer qu’ils seront capables, huit heures par jour, de respecter tous les gestes barrière, toutes les consignes données, toutes les mesures de protection et toutes les distances de sécurité ? Qui peut sérieusement penser que les enfants pourront réprimer leurs envies et leurs besoins de contact, de chaleur, de câlins et d’humanité ?

    Aucune école n’est capable de freiner une épidémie de poux, de gastroentérite ou de grippe... Alors sommes-nous prêts à tenter ce coup de poker avec un virus qui, en France, a déjà fait plus de 25 000 morts ?

    Nous sommes désolés... 

    Nous sommes désolés pour nous aussi de participer à cela, de prendre part à cette organisation insatisfaisante, déshumanisante et potentiellement dangereuse. Nous sommes désolés de nous faire les complices d’un fonctionnement qui nous révulse. Nous participons pour beaucoup d’entre nous à l’accueil des enfants de soignants depuis le début de cette crise et chaque jour depuis le 16 mars, tous ceux et toutes celles parmi nous qui le pouvaient sont allés dans leur école ou dans d’autres qui avaient besoin d’eux. Jusqu’à présent, nous pouvions être fiers de ce que nous faisions, car les enfants que nous recevions étaient bien traités et passaient des journées, certes moins bonnes qu’en temps normal, mais qui étaient loin d’être désagréables.

    À partir du 12 mai, ces enfants seront traités comme des poulets en batterie. Leur liberté de discuter, de jouer, d’échanger, de partager, de se déplacer, de construire et d’apprendre ensemble, sera réduite à néant.

    Le traitement que nous leur réservons est indigne et contraire au respect des droits des enfants. Nous avons honte. Honte de participer à cela avec les enfants des autres alors que nos propres enfants resteront souvent chez nous, en sécurité, physique et psychologique.

    Nous aimerions pouvoir nous rassurer en nous disant que rouvrir dans ces conditions, c’est aider les familles à reprendre le chemin du travail... Mais en n’accueillant pas les enfants tous les jours de la semaine, nous savons que ce ne sera même pas le cas.

    Et surtout... Faire subir aux enfants ce que nous allons leur faire subir, cette fausse école sans âme ni échange, ce lieu où le commun n’existera plus, où le lavage (des mains) sera plus important que le partage, leur faire subir cela vaut-il le gain de la reprise (très partielle) du travail ?

    Combien vaut une vie d’enfant ? Combien vaut la santé, physique et psychologique, d’un enfant ? Si nous avions considéré qu’elle n’avait pas de prix, nous n’aurions pas rouvert. Cette décision, hélas, ne nous appartenait pas.

    SOURCE :  http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2020/05/05052020Article637242620524531351.aspx 

     

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 6 Mai à 10:43

    On ne peut pas construire en niant la réalité des choses. C'est ce que fait le ministère de l'Education Nationale !

     

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