• Mon camarade de régiment ce barbare en Algérie

     

    Mon camarade de régiment ce barbare

     en Algérie

    Mon camarade de régiment ce barbare en Algérie

    « Un tortionnaire ordinaire ? Rencontre avec un appelé de la guerre d’Algérie » est le troisième livre que le Niortais Claude Juin consacre à cette guerre à laquelle il a participé. 
    © Photo NR

    Dans son dernier livre sur la guerre d’Algérie, le Niortais Claude Juin est retourné voir un ex-camarade qui, sur place, a commis des exactions il y a 60 ans.

    C’est une démarche très rare. « En tous les cas, je n’en connais pas d’autres », explique Claude Juin. Dans son nouveau livre « Un tortionnaire ordinaire ? », le troisième qu’il consacre à la guerre d’Algérie (lire par ailleurs), le Niortais raconte les entretiens qu’il a eus à trois reprises (en juillet 2013, avril et décembre 2014) avec un ancien camarade de régiment. Ils ne se sont pas seulement remémoré leurs souvenirs de chambrée. Car l’objectif de Claude Juin était tout autre. Il a voulu comprendre, soixante ans après les faits, pourquoi, une fois arrivé en Algérie, cet homme s’est mû… en soldat tortionnaire, ayant commis bon nombre d’atrocités auprès de la population locale. « Je ne l’accuse pas. J’ai juste essayé de savoir ce qui avait pu provoquer ce comportement de barbare et quelles incidences cela avait pu avoir sur sa vie après. »

    Ça m’a demandé deux ans avant de me décider

     à aller le voir ”

     

    Car au départ, cet appelé, baptisé Jean dans l’ouvrage, « était un homme ordinaire qui sortait de sa campagne dans le Loiret, se souvient Claude Juin. Avant de rejoindre l’Algérie, c’était un boute-en-train qui nous faisait rire. C’était même un bon copain auprès de qui j’avais de la familiarité ». Sauf qu’une fois arrivé en Afrique du Nord, le Niortais se retrouve face à un tout autre bonhomme. « Je l’ai découvert raciste, violent, donnant des coups gratuits aux habitants arabes. C’est allé jusqu’à des coups de crosse. »
    Claude Juin est horrifié par ce comportement, « mais il n’y avait rien à faire, il avait les idées trop arrêtées. Je me suis fâché jusqu’à même me battre avec lui car je ne pouvais plus le supporter. Je m’en suis éloigné ». Jusqu’à ce jour où Jean « est venu se vanter d’avoir participé à la torture et à l’exécution de suspects. Pour moi, c’en était trop définitivement. Plus jamais je n’ai voulu revoir ni entendre parler de ce gars-là ».

     

    “ L’ambiance de l’époque ”

    Cette position, Claude Juin s’y est tenu pendant soixante ans. Jusqu’à ce qu’il soit poussé à reprendre contact avec ce fameux Jean (lire par ailleurs). « Ça m’a demandé deux ans avant de me décider à aller le voir, avoue l’auteur. Ça m’a pesé, mais j’étais curieux d’enfin comprendre comment des individus ordinaires, lorsqu’ils sont plongés dans des ambiances et des conditions favorables, peuvent commettre le pire et céder à des pulsions destructrices. » Petit à petit, « j’ai réussi à parler de tout ça avec lui. Et très vite, je lui ai dit que je comptais écrire un livre. Je lui ai même donné le manuscrit avant sa parution ».
    Avec le recul, Claude Juin a désormais une analyse assez précise de la situation, qu’il livre dans son livre. « Jean n’a jamais formulé de regrets. Il se retranche derrière le système, ce qu’il appelle “ l’ambiance de l’époque ”. Chez lui, il n’y a pas de remise en question. Il dit qu’il n’a fait qu’obéir aux ordres et qu’il n’y avait pas le choix, qu’il fallait que ça passe par là. Ça lui convenait sans doute. » Au bout du compte, « sa seule véritable préoccupation a été qu’on ne puisse pas le reconnaître dans ce livre ». Souhait exhaussé : dans ses écrits, Claude Juin a changé son prénom et son lieu d’origine.
    « Un tortionnaire ordinaire ? Rencontre avec un ancien appelé de la guerre d’Algérie », par Claude Juin (et Muriel Montagut) aux éditions du Croquant. Rencontre à la Librairie des Halles samedi 9 mars, à 11 heures.
     

    Repères

    L’analyse d’une psychologue clinicienne

    Le livre « Un tortionnaire ordinaire ? » du Niortais Claude Juin a la particularité d’être co-écrit par Muriel Montagut, psychologue clinicienne. « Lorsque j’ai commencé à écrire le résultat de mes rencontres avec Jean, je ne voulais pas me contenter d’un simple témoignage, précise l’auteur. Il me semblait intéressant de livrer en parallèle une analyse de tout ça. » Muriel Montagut avait déjà travaillé sur des personnes qui avaient subi des sévices durant cette guerre. Et elle était justement intéressée pour travailler sur l’analyse du comportement d’un tortionnaire. « C’est d’autant plus intéressant que Jean sort un peu des analyses habituelles qui ont déjà été faites sur d’autres tortionnaires pendant cette guerre. »

    En savoir plus

    “ J’ai été poussé à aller plus loin ”


    « Un tortionnaire ordinaire ? » est le troisième ouvrage de Claude Juin sur la guerre d’Algérie. Sous le pseudonyme de Jacques Tissier, il est déjà l’auteur de « Le Gâchis », paru en 1960 et réédité en 2015, qui est un récit à partir de ses carnets de guerre. Puis il y eut « Des soldats tortionnaires. Guerre d’Algérie : des jeunes gens ordinaires confrontés à l’intolérable », paru en 2012 chez Robert-Laffont. Cet ouvrage-ci est la version publiée de la thèse qu’a présentée Claude Juin en mars 2011, portant sur le thème « La mémoire enfouie des anciens soldats de la guerre d’Algérie ». « Pour moi, c’était une forme d’aboutissement », explique l’écrivain. « Sauf que le président du jury, Vincent de Gaulejac, et mon directeur de thèse, Michel Wieviorka, m’ont incité à aller plus loin dans l’étude du comportement de Jean. Et ce fut comme un déclic. » Ce qui a ainsi donné lieu à ce troisième ouvrage. 

    SOURCE : https://www.lanouvellerepublique.fr/niort/mon-camarade-de-regiment-ce-barbare-en-algerie 

    Sous le pseudonyme de Jacques Tissier, il est déjà l’auteur

    de « Le Gâchis », paru en 1960 et réédité en 2015

    qui est un récit à partir de ses carnets de guerre

     

     

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  • Commentaires

    2
    Samedi 26 Janvier à 09:10

    La tendance était de reporter sur plus faible que soi ce que subissaient les appelés du contingent de la part de l'institution militaire et des conditions de leur vie en ce temps de guerre. Tous n'ont pas succombé certes, il faut dire que tous n'ont pas vécu les mêmes choses. On peut quand même affirmer que le racisme allait bon train parmi les hommes de troupe. Aujourd'hui il se développe dans le contexte de crise socio-économique que nous vivons.

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