• Mon témoignage d'ancien appelé de la guerre d'Algérie "Pourquoi j'ai refusé la Croix du Combattant"

    La guerre de mon enfance

    l'Occupation Allemande

    J’ai 4 ans en 1945 lorsque la guerre se termine ; quelques années plus tard mes parents m’ont parlé des tickets de rationnement, des alertes aux bombardements, des marches dans la campagne pour aller se réfugier dans les fermes, des avions bombardant la ligne de chemin de fer  située à 1 kilomètre de la maison de mes parents et grands-parents ; des patrouilles allemandes et des barrages,  j'entends encore mes parents parler des otages de la commune qui allaient être déportés à Buchenwald ou à Dora, les résistants avaient fait dérailler un train allemand  ; puis ces Allemands sur le recul fouillant les maisons à la recherche de vélos pour fuir au plus vite. J’ai compris que je fus un enfant dans la guerre… la seconde « mondiale », celle des fours crématoires de funeste mémoire.

        Le village de mon enfance

    et de mon adolescence

    Authumes (Saône-et-Loire)

    En souvenir des  neuf Authumois désignés

     pour la déportation

    Mon témoignage d'ancien combattant de la guerre d'Algérie "Pourquoi j'ai refusé la Croix du Combattant"

    Cérémonie toujours aussi émouvante pour la population locale

     et des environs.  Photo D. P. (CLP)

    Les neuf martyrs du 23 septembre 1943, ont été commémorés devant la stèle des déportés en présence de nombreux citoyens.

    Authumes n’oublie pas ses martyrs. Comme tous les ans, la date du 23 septembre 1943 résonne dans les cœurs des habitants de la commune, jour où neuf habitants ont été arrêtés injustement et déportés dans les camps de la mort. Ces faits ont été rappelés par Joël Martin, maire, devant la stèle des déportés, en présence de 20 drapeaux tricolores représentants les associations patriotiques du secteur et après le dépôt de gerbes officielles (municipalité, conseil général, députée et familles).

    Ces faits tragiques survenus suite au déraillement d’un train allemand sur la commune occasionnant de nombreuses victimes du côté de l’ennemi nazi, neuf personnes doivent payer et lâchement le maire de l’époque désigne neuf habitants arbitrairement. Neuf habitants qui, après divers interrogatoires intensifs, sont transportés dans des wagons à bestiaux vers les camps de la mort de Dora ou Buchenwald. Six d’entre eux ne reviendront pas, les trois autres décéderont plus tard des suites de cette déportation. Mais Authumes se souvient et rend hommage à ses martyrs.

     

    Ma Guerre d’Algérie

    Mon témoignage d'ancien combattant de la guerre d'Algérie "Pourquoi j'ai refusé la Croix du Combattant"

    J'avais à peine 20 ans, Thiout à quelques kilomètres d'Aïn Sefra, derrière moi

    la ligne de chemin de fer Oran- Colomb-Béchar 

     

    Et moi qui, dès l’âge de 16 ans n’a manqué aucunes manifestations contre la guerre d’Algérie je reçois ma feuille de mobilisation… j’ai à peine 20 ans, c’est le 1er mai 1961.  

    Départ pour Marseille, puis embarquement sur le "Ville d'Oran" pour le Club Med... façon "maintien de l'Ordre dans l'Algérie française" 


    Débarquement à ORAN

     

    Alors que j'arrive en civil sur cette terre déchirée par une guerre, qui ne dira son nom que 38 ans après en 1999, pour le moment ce n’était que des « évènements, du maintien de l’ordre… quelle hypocrisie » je ne me doute pas qu'au même moment, un autre garçon de mon âge prend lui le chemin du Djebel pour défendre sa Liberté, la vraie, celle de libérer son Pays du colonialisme.

    J’arrive donc à Oran pour quelques jours, avant de partir pour ma destination prévue, à quelques kilomètres de Aïn Sefra, dans la Palmeraie de Thiout,  dans ce pays  je ne vois que des exploités et des dominés, les souvenirs de mon enfance me remontent à la mémoire, je sens que je vais être obligé de faire des choses  contraires à mon idéal de paix et de tolérance, j'ai déjà le sentiment de ne pas me trouver du bon côté.
      
    J'avais honte d'être là, je sentais que leur histoire allait devenir la mienne, c'est vrai comme le disaient les pieds noirs, qu'ils avaient repoussé les lions qui étaient aux portes d'Oran, sous-entendant, que leur présence avait contribué au développement du pays. OUI, c'est vrai, il y avait les hommes et les sous hommes ceux qui commandaient et ceux qui travaillaient dans les régions déjà développées, pour le reste, c'était encore le désert.  OUI l'injustice et les inégalités étaient criantes.
    OUI j'ai connu des gens qui se croyaient supérieurs et qui traitaient les "Indigènes de quantités  négligeables".

    Le summum de l’ignominie lorsque j’ai appris que l’armée française à la manière des nazis a brûlé des corps dans ce qui ressemblaient à des fours crématoires… c’étaient des fours à chaux… Quelle honte… quel dégoût… Je ne parlerai pas de la torture sous toutes ses formes les plus immondes, des villages brûlés au napalm, c’étaient autant … d’Oradour…

     

    Ma libération

                

    21 mois après, le 8 janvier 1963, je suis de retour en France, j'ai beaucoup de difficulté à me réadapter à la vie civile, je trouve difficilement le sommeil, le moindre bruit me fait réagir… car je pense aux événements de "là-bas" (comme ils disent), ce triste exode des populations Pieds Noirs dont les plus modestes ont tout perdu... car il n'y avait que 3 % de riches colons qui, eux, ont eu le temps de tout sauver. Pendant que 25000 à 30000 militaires français sont morts, environ  450000 Algériens (1 million et demi dit l'Algérie) ont été tués dans cette sale guerre coloniale. J’ai appris que la passation des pouvoirs ne s'est malheureusement pas faite en douceur comme en Tunisie, au  Maroc ou bien encore en Afrique du Sud avec Mandela.  
    En 1962, l'Algérie retrouve son indépendance après 132 ans de présence Française, cependant une autre guerre fratricide continue, les anciens Harkis désarmés par l'Armée Française en paieront le prix fort... mais dernièrement grâce au livre-enquête de Pierre Daum " Le Dernier Tabou " va à l'encontre des idées reçues.

    Deux ans et demi d’enquête, 20 000 km parcourus et des dizaines de témoignages inédits ont été nécessaires à Pierre Daum pour réaliser « Le Dernier Tabou, les harkis restés en Algérie après l’indépendance ». Avec cette publication, le simple mot de « harki » ne résonnera plus de la même façon, ni en France ni en Algérie.  

    Cette enquête bouleverse en effet pas mal d’idées reçues, notamment celle du « massacre massif » de harkis après la signature des accords d’Evian.
    Pour l’auteur de l’essai, « les nostalgiques de l’Algérie française instrumentalisent depuis 54 ans les souffrances (par ailleurs réelles) que de nombreux harkis ont vécues au moment de l’indépendance. En exagérant le nombre de morts (le chiffre de 150 000 est très souvent repris alors qu’il ne repose sur aucun fondement historique) et en parlant de "massacre" , voire de "génocide" des harkis, ces nostalgiques tentent, sous couvert d’un pseudo-humanisme, de justifier le combat des ultras de l’Algérie française, notamment de l’OAS. »

    L’argument est de fait, mis en avant de manière permanente par ceux qu’on appelle communément les « nostalgériques », dont on vient de voir à Béziers jusqu’où ils sont capables d’aller. Pierre Daum en est persuadé : « derrière leurs discours dénonçant le "massacre des harkis" , il faut en fait entendre : »nous n’aurions jamais dû lâcher l’Algérie, regardez ce que ces pauvres harkis ont subi ! « Discours plutôt efficace puisque la plupart des Français pensent qu’en 1962, les harkis ont soit réussi à s’enfuir en France, soit ont été massacrés. »
    « La version véhiculée par ces groupes postule qu’aucun harki n’est resté vivre en Algérie. Ce qui est complètement faux. Mon enquête, dit Pierre Daum, révèle qu’en réalité, la grande majorité des harkis est restée dans son pays sans y être assassinée. »

    Si l’on en croit les résultats de la longue et minutieuse enquête de l’auteur, la plupart d’entre eux sont retournés dans leurs villages et ont retrouvé la vie de paysans très pauvres qu’ils avaient avant la guerre. Beaucoup n’ont pas été véritablement inquiétés. D’autres sont passés par des tribunaux populaires, devant lesquels beaucoup ont réussi à s’en sortir, expliquant n’avoir « rien fait de mal », ou avoir été « forcés par les Français ».
    Certains, par contre, reconnus coupables de violences à l’égard de la population civile, ont été soumis pendant quelques semaines à des travaux forcés. Certains ont passé plusieurs années en prison avant d’être libérés.
    « En général, poursuit Pierre Daum, seuls les plus coupables (de tortures, viols, exactions en tout genre) ont été exécutés. Mais cela n’empêcha pas, en cette période de chaos de l’été/automne 1962, qu’aient lieu de nombreux crimes aveugles, des vengeances sordides et des exécutions sommaires, sans rapport parfois avec la guerre. Il s’agissait alors de vieilles querelles de terre, d’héritage ou de femmes. »

    Voilà un ouvrage qui va certainement soulever un certain nombre de polémiques et de protestations, tant du côte algérien que du côté des mouvements français d’extrême-droite qui ont beaucoup utilisé cet épisode pour alimenter leurs discours et leur « idéologie ».

     

    Pourquoi j’ai refusé la

    T_C_Combattant-copie-1.gif

    images.jpg

    Ma participation à cette guerre d’Algérie j'y étais opposé, je l’ai donc subie et je le regrette,  quant à mon statut de combattant, j'ai été contraint de l'accepter...

    Ceux qui ont participé à la seconde guerre mondiale, c'était leur devoir ou d'autres qui se sont engagés dans la Résistance ou ont rejoint l’armée de la France Libre pour combattre le nazisme. Ils choisirent, et firent là actes de citoyens libres et responsables. Si j’avais été dans ce cas-là j’aurai accepté la croix du combattant… mais en aucun cas pour la sale guerre coloniale d’Algérie…

    Je refuse de considérer les anciens des guerres coloniales de la France comme des combattants au même titre que ceux qui se sont engagés pour des causes justes ? (contre le nazisme par exemple).

    La croix du combattant je l'ai refusée parce qu'en Algérie on ne défendait pas la France mais l'Empire colonial.

       CONCLUSION

     
    Le 8 Octobre 1962, l'Algérie devient le 109ème Etat de l'Organisation des Nations Unies.

    A travers l'expérience de la guerre d'Algérie, je sais maintenant ce que valent véritablement nos hommes d'État.

    1956, la gauche française, élue sur le programme de paix en Algérie, lance une nouvelle guerre coloniale… avec Guy Mollet et François Mitterrand.

    Mais le PCF, qui condamnait la guerre en parole, dans les colonnes de l’Humanité, n’entreprit rien pour gêner le gouvernement. Son vote des pouvoirs spéciaux à Guy Mollet fut pour beaucoup une faute politique.  

    Si on a retenu que De Gaulle mit fin à la guerre d’Algérie, on a tendance à oublier qu’avec lui, la guerre dura encore quatre ans, entre le « Je vous ai compris » adressé à la population européenne algéroise le 4 juin 1958, et la reconnaissance  de l’indépendance algérienne en mars 1962.

    Avec De Gaulle ce fut la guerre pour le pétrole 

    Constatant l’impuissance française à vaincre politiquement et militairement la résistance algérienne,  De Gaulle se prononça en septembre 1959 pour le droit à l’autodétermination des Algériens, signifiant par là que les intérêts de la population européenne  d’Algérie devenaient secondaires au regard du redéploiement du capitalisme français dans le contexte de la décolonisation mondiale des années 1960. Les intérêts du gouvernement français en Algérie se focalisaient alors sur la question du pétrole et des bases militaires. Pour le gouvernement français,  la guerre d’Algérie est devenue de 1960 à 1962 une guerre pour le pétrole.

    La guerre a continué et redoublé, pour cet objectif principalement. C’est dans cette période qu’a été perpétré le massacre du 17 octobre 1961, contre une manifestation de milliers d’Algériens à Paris. Et du temps a ainsi été laissé aux généraux putschistes et à l’OAS pour s’organiser, en Algérie comme en France.

    De Gaulle essaya de conserver les territoires du Sahara sous domination française, n’acceptant  l’indépendance que pour le reste de l’Algérie. C’est seulement le 5 septembre 1961 qu’il finit par reconnaître l’appartenance du Sahara, les départements administratifs des Oasis et de la Saoura,  à l’Algérie et accepta donc de l’inclure dans les négociations globales avec le FLN. 

    Sept mois de guerre seront encore nécessaires  pour parvenir aux accords d’Evian.

    Pendant plus de cinquante-quatre ans, j'ai repoussé loin de moi ces souvenirs, aujourd'hui, rien n'a changé en moi, je disparaîtrai avec cette honte d’avoir été à 20 ans, incorporé, contre ma volonté, pour une cause indéfendable dans la guerre d’Algérie.

    Michel Dandelot

     

     

     

    « La belle histoire d’amour entre Jacques Brel et l’AlgérieC’était aussi cela la sale guerre d’Algérie dont certains sont fiers de l’avoir faite quand d’autres « crachent leur bave de crapaud » en vantant les bienfaits du colonialisme… »
    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks Pin It

  • Commentaires

    Suivre le flux RSS des commentaires

    Vous devez être connecté pour commenter