• Montpellier : un double hommage à Jacques Roseau, trente ans après son assassinat

     

    Montpellier : un double hommage

    à Jacques Roseau, trente ans

    après son assassinat

    Montpellier : un double hommage à Jacques  Roseau, trente ans après son assassinat

    Une plaque dévoilée sur la façade de la Maison des Rapatriés (©JMA / Métropolitain)

    Montpellier : un double hommage à Jacques  Roseau, trente ans après son assassinat

    Dépôt des gerbes devant la stèle (JMA / Métropolitain) 

    Double hommage ce dimanche au Mas Drevon devant la stèle de Jacques Roseau et à la Maison des Rapatriés, qui porte désormais son nom, trente ans jour pour jour après son assassinat

    Un double hommage a été rendu ce dimanche à Jacques Roseau, « M.Pied-Noir », assassiné au soir du 5 mars 1993 dans sa voiture, à l’angle de l’avenue Villeneuve-d’Angoulême et de la rue du Mas de Lemasson, entre le stade Sabathé et le parc Tastavin, à Montpellier. Il venait de quitter la Maison des Rapatriés toute proche, en compagnie de son attachée de presse, Nicole Mariello, épargnée par les tirs d’armes à feu de trois nostalgiques de l’OAS, l’Organisation Armée Secrète, clandestine.

    Chant des Africains et La Marseillaise

    Trente ans après jour pour jour, devant la stèle de Jacques Roseau, abattu à l’âge de 54 ans, avant que ne retentissent le Chant des Africains et La Marseillaise, bouleversée, Nicole Mariello a évoqué ce funeste 5 mars 1993 : « Nous avons déjeuné à Avignon, où autour de la table avec sa maman Charlotte, 87 ans, Jacques nous avait racontés des anecdotes dont il était friand, avant de retrouver Gilbert et Andrée Roseau à la Maison des Rapatriés pour travailler sur les dossiers qui lui tenaient à coeur à l’association du Recours. C’était une séance de travail détendue comme d’habitude, nous avons encore beaucoup ri de ses anecdotes ». Personne n’osait imaginer qu’à la tombée de la nuit, il allait tomber sous les balles de Marcel Navarro, Gérald Huntz et Jean-Claude Lozano. « Imaginez, quand il a fallu annoncer la tragédie à Charlotte avec un hurlement de douleur : « Mon Dieu, Mon Dieu, mais pourquoi ? » », se souvient l’attachée de presse.

    Montpellier : un double hommage à Jacques  Roseau, trente ans après son assassinat

    De nombreux élus présents pour ce triste anniversaire (JMA / Métropolitain)

    Dépôt des gerbes devant la stèle (JMA / Métropolitain)

    Ce dimanche, en l’absence du maire, Michaël Delafosse (empêché en dernière minute), un de ses adjoints, Sébastien Cote, a retracé la courte vie du défunt, devant la stèle fleurie avec des gerbes : « Jacques Roseau, c’était à la fois une histoire de famille, française et algérienne, dont le combat lancé en Algérie n’a cessé d’être pour la défense d’une communauté obligée de s’exiler et, un exil, c’est une forme d’arrachement. Arrivé à Montpellier, il a été proche de Georges Frêche, ce qui a permis de renouer des liens avec le Maghreb et une rencontre avec Hassan II. Ici, logés à la Paillade ou au Mas Drevon, la communauté des pieds-noirs a été active dans les années 60 : il y avait des musulmans et surtout les harkis qui ont trouvé une terre d’accueil bienvenue loin de leurs racines et ont participé au rayonnement de la ville avec d’éminents juristes, avocats, médecins, professeurs d’université, enseignants ». Le vote des pieds-noirs et des harkis allait envoyer feu Georges Frêche à la mairie de Montpellier, qui implanta la Maison des Rapatriés au Mas Drevon.

    Jean Fauque, parolier reconnu, co-auteur avec Jacques Roseau de deux romans historiques, très ému en ce triste anniversaire, a rappelé que « le vote rapatrié a bel et bien existé pour soutenir Georges Frêche aux municipales de 2007. C’est à cette époque que les partis politiques ont compris que ce vote comptait. Il y a trente ans déjà et Jacques me manque beaucoup ».

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    Le 5 mars 1993, Jacques Roseau a été assassiné à l’âge de 54 ans (©Ville de Montpellier)

    En décembre 1996, la cour d'assises de l'Hérault a condamné Gérald Huntz, 61 ans et Jean-Claude Loezano, 61 ans à vingt ans de réclusion criminelle. Marcel Navarro a écopé de quinze ans de réclusion.

    Marie-Claude, une des soeurs de Jacques Roseau a confirmé : « Sa passion constante était l’Algérie et son maintien dans la France. Quand il a co-fondé le Recours, il était visionnaire, il avait compris que l’intégrisme islamique était un danger, qu’il fallait l’éradiquer. Avec pour but de faire avancer la cause des pieds-noirs et des harkis, il en avait fait la mission de sa vie. Mais ses prises de position tranchées dans les médias attisaient la haine de ses ennemis ». Jusqu’au geste sanglant d’il y a trente ans : à l’époque, le commissaire Gilles Soulié, le commandant Jeannot Milési et la division criminelle de la police judiciaire avaient rondement enquêté pour identifier et arrêter rapidement ces trois retraités nostalgiques, « armés par l’extrême-droite et des racistes hostiles au combat de Jacques Roseau », a dit Sébastien Cote.

    Pieds-nickelés

    Le trio s’était trahi en pistant leur cible tels des pieds-nickelés : les trois assassins avaient passé des heures autour de la Maison des Rapatriés, notamment en faisant mine de regarder des concours de pétanque sur le boulodrome où passait Jacques Roseau, ce qui avait éveillé l’attention des boulistes.

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    Sébastien Cote a remis à Gilbert Roseau le voile bleu blanc rouge ayant dévoilé la plaque. (©JMA / Métropolitain )

    Ce dimanche, dans la foulée des dépôts de gerbes devant la stèle, une plaque a été dévoilée sur la façade de la Maison des Rapatriés, où Jean Fauque, rejoignant l’avis de la famille, a tenu à remercier « la Ville de Montpellier de faire perdurer la mémoire de Jacques Roseau ». Des élus étaient présents aux deux cérémonies émouvantes : la députée Laurence Cristol, le sénateur Jean-Pierre Grand, les maires de Castelnau-le-Lez (Frédéric Lafforgue), de Montarnaud (Jean-Pierre Pugens), avec une absence remarquée de Patricia Mirallès, secrétaire d’État chargée des Anciens Combattants et de la Mémoire et du député de la circonscription Philippe Sorez.

    Montpellier : un double hommage à Jacques  Roseau, trente ans après son assassinat

    Quelques heures après, sur une photo diffusée sur les réseaux sociaux, on voit Patricia Mirallès avec Annie Yague du groupe politique « Passionnément Montpellier » se recueillant devant la stèle de Jacques Roseau. Une image prise avant les cérémonies.

    SOURCE : Montpellier : un double hommage à Jacques Roseau, trente ans après son assassinat | Métropolitain (actu.fr) 

    La Maison des Rapatriés

     de Montpellier renommée "Jacques Roseau"

    A l'occasion des 30 ans ce dimanche de l'assassinat de Jacques Roseau à Montpellier, la mairie a décidé de renommer la Maison des Rapatriés du nom de celui qui avait fait de la défense des rapatriés d'Algérie son combat.

    Montpellier : un double hommage à Jacques  Roseau, trente ans après son assassinat

    Le bâtiment porte désormais le nom de Jacques Roseau. © Radio France - Xavier Ponroy

    Une soixantaine de personnes étaient présentes ce dimanche matin devant la stèle dédiée à Jacques Roseau. C'est à cet endroit-là que le Pied-Noir a été abattu de trois balles par des militants d'extrême-droite, nostalgiques de l'OAS (Organisation de l'Armée Secrète), le 5 mars 1993.

    Jacques Roseau avait quitté l'Algérie en 1962. Dans les années 70, il fonde "Le Recours", une association de défense des droits et intérêts des rapatriés. Basé à Montpellier, c'est là qu'il est tué il y a trente ans, jour pour jour. Ses assassins lui reprochaient des liens avec les héritiers du gaullisme.

    En sa mémoire, la mairie de Montpellier a donc décidé de rebaptiser la Maison des Rapatriés, "Maison des Rapatriés - Jacques Roseau".

    SOURCE : La Maison des Rapatriés de Montpellier renommée "Jacques Roseau" (francebleu.fr) 

     

     

    Je vous rappelle mon article :

    http://www.micheldandelot1.com/montpellier-61-ans-apres-la-guerre-d-algerie-la-ville-rend-hommage-a-j-a213857799 

    très apprécié par mon ami Jacques Pradel président des Pieds-Noirs Progressistes qui avait écrit :

    Montpellier : un double hommage à Jacques  Roseau, trente ans après son assassinat

    Jacques Pradel 

    Dimanche 5 Mars à 12:23  

    Bonjour Michel,

    Merci pour tout ce que tu nous envoies ! 

    L’an dernier, nous avons monté à Marseille un collectif réunissant une quinzaine d'associations, « l’Algérie au Coeur », pour commémorer le 60ème anniversaire de l’indépendance. Dans ce cadre et à l’initiative de l’association Promemo (PROvence, MEmoire et Monde Ouvrier), le collectif a produit un livre, « Alg-Héritages », qui regroupe diverses contributions sur l’histoire et la mémoire de la guerre d’Algérie, vues de Marseille : https://www.syllepse.net/algherietages-r_21_i_938.html.

    J’y avais contribué par un texte (« La guerre d’Algérie vue par les associations de pieds-noirs ») sur la naissance et le devenir de ces associations, et où il est question de l’assassinat de Jacques Roseau. Je le colle ci-dessous.

    Bien amicalement,

    Jacques

    La guerre d’Algérie vue

    par les associations de pieds-noirs

    Ce texte vise au survol, à une présentation sommaire des associations pieds-noires existant aujourd’hui en France. Ceux que l’on appelle pied-noirs sont les Européens d’Algérie qui quittèrent leur pays natal pour la France avant, au moment et après l’indépendance. A cette différence dans le temps de l’exil correspondent des différences dans les situations que les uns et les autres occupaient en Algérie même. Dans un premier temps, nous reviendrons donc sur les Européens ou Français dans lAlgérie sous domination coloniale. Nous discuterons ensuite leur devenir, leurs évolutions durant la guerre d’indépendance, notamment lors de sa fin tragique. Nous traiterons alors de la naissance des associations pied-noires, de la diversité de leurs natures, de leur rôle et de leur impact dans la société française.

    Les Français dans lAlgérie coloniale

    Il faut entendre par là ceux qui avaient la nationalité française, soit des immigrés venant des quatre coins de lEurope plus les habitants de religion juive et quelques milliers de notables musulmans ; à lexclusion donc de la part colonisée de la population, sujets jusqu’en 1946, puis citoyens de seconde zone jusqu’en 1958 : un million contre neuf à l’indépendance.

    Il convient de souligner l’ambiguïté dans laquelle se trouvaient les Européens d’Algérie, à la fois “victimes” et “instruments” dans la société coloniale. D’un côté, ils étaient divisés en classes sociales antagonistes, avec une majorité de gens modestes ou pauvres (le salaire moyen était inférieur à celui des métropolitains), le côté “victimes”, et avec une minorité de possédants (gros propriétaires de terres, de ressources naturelles, de négoces) représentant le lobby colonial. Cette division en classes antagonistes explique que toutes les grandes villes, et ce jusqu’à l’indépendance, ont eu des municipalités de gauche ou d’extrême gauche (seuls votaient les citoyens français, pas les sujets). D’un autre côté, les Européens pauvres bénéficiaient d’une situation bien supérieure à celle des arabo-berbères colonisés, maintenus pour l’immense majorité dans une extrême précarité. Ils tenaient donc à ce que rien de ceci ne change, et furent des “instruments” pour le maintien de l’ordre colonial.

    Il s’agit là de deux facettes, deux éléments structurants de la société coloniale en Algérie : un antagonisme de classe entre Européens et un racisme multi-étage allant des Français aux Arabes, en passant par les Espagnols, Juifs ou Kabyles.

     

    Les Français dAlgérie face

    à la guerre dindépendance

    Le réflexe de classe évoqué plus haut, balancé par une situation privilégiée par rapport à la part colonisée de la population, ne reposait pas sur une analyse serrée de la société profondément inégalitaire dans laquelle ils vivaient, à l’exception de deux catégories qui en avaient conscience. D’une part, des militants politiques - membres du parti communiste algérien (PCA, en ‘difficulté’ avec le PCF), libéraux et chrétiens de gauche - qui ont fourni le peu, quelques centaines, de Français d’Algérie qui ont participé à la guerre de libération. D’autre part, les groupes “Ultra” de l’Algérie française, longue liste d’officines secrètes d’extrême droite qui assassinèrent à l’envi : La main rouge, le FAF (Front pour l’Algérie française), l’UFNA (Union française nord-africaine), etc. ; les précurseurs directs de l’OAS !

    Si la plupart des possédants, gros colons, etc., avaient anticipé et assuré leur devenir en France, soit en s’y installant avant l’indépendance soit en y plaçant leurs capitaux, la grande masse des français dAlgérie vivaient lordre colonial, et la guerre, sans trop se poser de questions ; de manière naïve, trouvant une sorte déquilibre, dunité dans cette chaleur des peuples du sud, avec une langue abâtardie, le pataouet, un chauvinisme propre, la certitude béate d’être différents des autres, d’en être supérieurs et de vivre en privilégiés dans un pays magnifique. C’était “l’ordre des choses”.

    Ils ont ainsi continué de ne rien comprendre au mouvement national algérien et sa lutte pour l’émancipation ; avec ce moment particulier que fut la mascarade de la “fraternisation” du 13 mai 1958, une illusion à laquelle ils crurent et qu’ils vécurent comme l’espoir d’une réconciliation des différentes parties du peuple algérien, du rêve dune Algérie dun nouveau style faisant de tous des citoyens égaux, une Algérie certes moins inégalitaire mais toujours française. Et cet espoir déçu, cette illusion éteinte par la réalité, par les revirements politiques dans lesquels ils ont été juste trimbalés, en spectateurs - de l’Algérie française à l’autodétermination et l’Algérie indépendante – , le fossé qui irrémédiablement se creusait entre les communautés, la fin tragique de la guerre les ont conduit à un soutien tacite, ambigu mais réel à l’OAS ; même si seule une petite minorité y a vraiment participé.

    Naissance et objectifs des associations

    Du million de Français dAlgérie, 800.000 avaient quitté le pays en 1963 (les nantis bien avant) ; et la plupart des 200.000 qui avaient fait le choix d’y rester ont progressivement suivi... quelques centaines y sont encore. Cette population, devenue pied-noire, désarticulée par l’exil, la perte de racine, de repères familiaux et amicaux, s’est dispersée en France ; où, portant l’infamante (souvent imméritée) double étiquette colon et OAS, elle fut souvent mal accueillie.

    C’est dans ce contexte que sont apparues les premières associations. Toutes s’appuyaient sur le besoin de retisser des liens, de refaire société, mettaient en avant la douleur de l’exil, la nostalgie du pays natal..., mais elles se distinguaient les unes des autres parce que d’une part elles n’avaient pas les mêmes objectifs, et que d’autre part elles portaient des regards différents sur la fin de la guerre et sur l’OAS.

    Le plus grand nombre correspondait à de petites ‘amicales locales’ d’anciens de ci ou là, (Bab-El- Oued,Tiaret ou Tizzi-Ouzou... ; il y en eu des dizaines), de clubs sportifs, de corps de métier (jusqu’à une association des anciens chauffeurs de taxi d’Oran !). Elles n’affichaient en général pas d’objectifs particuliers sinon celui d’être ensemble, comme “là-bas” au bon vieux temps de l’Algérie française.

    Les associations nationales ont joué un rôle plus important, tant au plan social que politique. Les premières créées avaient pour objectif majeur la défense des intérêts matériels immédiats des pieds-noirs, néo-arrivants ou primo-arrivants (ceux qui pour la première fois mettaient le pied en France). La priorité pour eux était de reconstruire une existence dans ce pays et d’obtenir des pouvoirs publics la mise en place de dispositifs spécifiques pour le permettre ; d’abord à court terme par des aides sociales, prêts à linstallation, etc. ; puis à plus long terme par lindemnisation des biens laissés outre-mer (notons ici que ceux qui navaient rien ou peu là-bas, neurent rien ou peu ici). Ces associations ne mettaient pas en avant les questions dordre mémoriel, d’analyse du passé colonial ou de la guerre d’indépendance. La plus ancienne, créée en 1957, et la plus active, fut l’ANFANOMA (Association Nationale des Français d’Afrique, du Nord, d’Outre-Mer et de leurs Amis), dont le but était de « constituer entre Français dAfrique du Nord un lien de solidarité et un organisme dentraide matérielle et sociale ». Citons également Le Recours, né plus tard, dans les années 70, quand l’ANFANOMA changea d’orientation et délaissa son objectif premier pour s’adonner à la mémoire et la glorification de l’Algérie française.

    L’ANFANOMA rejoignait ainsi le camp d’autres associations, créées par des chefs historiques de l’OAS immédiatement après la promulgation des lois d’amnistie des membres de l’OAS (1964 et 1968) : le général Jouhaud et le FNR (Front National Rapatriés) ; le général Salan et l’ADIMAD (Amicale pour la Défense des Intérêts Moraux et matériels des Anciens Détenus de l’Algérie française), qui s’appela un temps ADIMAD-OAS et aujourd’hui ADIMAD-MRAF (Mémoire de la Résistance Algérie Française) ; l’ultra Jo Ortiz et le comité Veritas. S’est ainsi constitué dans les années 80/90 un groupe d’associations pied-noires ouvertement d’extrême droite qui ont vite éliminé les autres, parfois par le meurtre comme en 1993 l’assassinat par trois pieds-noirs anciens de l’OAS du président du Recours, Jacques Roseau qui avait pris ses distances avec l’extrême droite et portait une voix dissonante. Ainsi, à côté des ‘amicales locales’, seules sont restées en place les associations nostalgériques : celles qui se réclamaient ouvertement de l’OAS, comme l’ADIMAD, et celles qui se faisaient plus discrètes mais n’en pensaient pas moins, comme le Cercle
    Algérianiste ; et longtemps, ces associations ont été reconnues par les médias et par le politique comme portant la "parole pied-noire".

    Les associations rejetant la nostalgérie et le ressassement du passé pour activité principale, comme Coup de Soleil et l’ANPNPA (Association Nationale des Pieds-Noirs Progressistes et leurs Amis), sont apparues plus tard. Dès sa création, 1986, Coup de Soleil a mis en avant la culture et l’échange pour renforcer les liens entre maghrébins de toutes origines en incluant sa démarche dans le combat anti-raciste et anticolonialiste. Née plus tard encore, en 2008, l’ANPNPA se donnait deux objectifs : 1/ dénier aux nostalgériques la prétention de parler au nom de l’ensemble des pieds-noirs, dire le bien-fondé de la lutte des Algériens pour l’indépendance ; 2/ œuvrer au renforcement de l’amitié des peuples des deux rives, à la solidarité avec les immigrés algériens, les bi-nationaux et les Français d’ascendance algérienne, à la lutte contre le racisme et la xénophobie.

    Ces associations sont aujourd’hui connues, s’expriment et sont entendues. Elles sont régulièrement sollicitées par les médias, par le politique, par des artistes, historiens, étudiants..., elles participent ou organisent colloques et manifestations culturelles, sont incluses dans des réseaux d’organisations progressistes, luttent avec d’autres contre le racisme et la xénophobie, etc. Autant d’activités tournées vers l’avenir, à l’exact inverse de celles des associations nostalgériques, figées sur le passé.

    Qu’en est-il aujourd’hui ?

    Le discours nostalgérique reste le même qu’il y a 60 ans, avec cependant cette nouveauté de présenter maintenant les civils Européens morts ou disparus pendant la guerre comme des martyrs de l’Algérie française. Les associations comme l’ADIMAD et le Cercle Algérianiste entendent ainsi faire accéder leur groupe mémoriel au rang de “victime” de la guerre d’Algérie ; étape nécessaire vers l’objectif plus large d’une “réhabilitation” de l’Algérie française, contre les Algériens se battant pour l’indépendance (avec en arrière plan toutes les dérives racistes que ceci alimente...).

    Soulignons combien les positions extrême droitières des associations nostalgériques sont en décalage avec la réalité de la société présente ; pour faire court, seulement quelques éléments.
    - En décalage par rapport aux pieds-noirs. Ceux-ci se sont vite resitués dans les contradictions de la société française, fondus en elle en fonction de leur situation sociale, de leurs engagements, rencontres, etc. A côté d
    une minorité dexcités enfermés dans une nostalgie absurde de lAlgérie française, la victimisation et le ressentiment, ils se distribuent par exemple sur lensemble de léchiquier politique (quantité denquêtes ont montré qu’il n’existait pas de “vote pied-noir”).
    - En décalage par rapport aux travaux des historiens sur la colonisation et la guerre d’Algérie. Ces travaux ont largement fait progresser notre connaissance de la réalité des 132 ans de domination coloniale. La nostalgérie les tait et continue d’en haïr les auteurs.
    - En décalage par rapport au débat sur le passé colonial de la France et sur la résonance de ce passé dans notre société. Plusieurs facteurs alimentent ce débat : la diffusion des travaux des historiens dans la sphère publique et les médias ; la publication du rapport Stora (et la “publicité’’ faite autour) avec ses limites et ses attendus ; la multiplication des manifestations culturelles (littérature, théâtre, cinéma...) sur ces sujets ; les actions antiracistes et contre l’islamophobie ; les mobilisations citoyennes autour de dates symboliques (le 60ème anniversaire ...) ; et jusqu’à l’impact laissé dans l’opinion française par la beauté du Hirak en Algérie.

    Les associations progressistes, comme Coup de Soleil ou l’ANPNPA, tentent au contraire d’être en phase avec la réalité mouvante de notre société et d’y intervenir en prenant parti.

    Les associations nostalgériques, à l’inverse de leurs décalages face à la société réelle, sont politiquement bien “calées”, sur le flanc droit. De manière attendue, l’extrême droite et une partie de la droite républicaine continuent de les soutenir (soutien idéologique mais aussi financier, la mairie RN de Perpignan vient de voter une subvention 2022 de 100.000 € au Cercle Algérianiste). Le FN/RN affirme comme siennes leurs positions les plus radicales, glorification de l’OAS, stèles aux “martyrs” de l’Algérie française, re-baptème des rues du 19 mars, haine de "l’arabe", etc. La droite républicaine (façon Ciotti, Joissain ou Valérie Boyer), reprend ceux des thèmes qui sont acceptables pour son électorat traditionnel : la grandeur de la Nation, la France et son empire colonial, son héritage chrétien, le plus possible d’islamophobie et un racisme anti-maghrébin de bon aloi. Pour le RN et les autres, il s’agit ainsi de présenter les revendications nostalgériques comme autant d’arguments à l’appui de ces thèmes classiques de l’idéologie d’extrême droite ; un discours qui ne s’adresse pas particulièrement aux pieds-noirs mais à tout le monde, et qui s’inscrit dans les batailles idéologiques qui se mènent, ou sont à mener, aujourd’hui en France.

    Jacques Pradel

    Montpellier : un double hommage à Jacques  Roseau, trente ans après son assassinat

    Merci Jacques Pradel pour cette remarquable Histoire des Pieds-Noirs si divers… dont tu viens de m’apprendre tant d’éléments que je ne connaissais pas.

    Michel Dandelot 

    « "Et J'entendrai siffler le train toute ma vie" Ce sera mon 19 mars en dehors des défilés militaires !!!Hommage à Gisèle Halimi le 8 mars : quel est le programme ? »

  • Commentaires

    1
    Cros Jacques
    Mardi 7 Mars 2023 à 09:45

    Oui, merci à Jacques Pradel pour son éclairage concernant les situations diverses qui étaient celles des Européens d'Algérie er de leurs points de vue sur ce qu'est aujourd'hui le regard qu'ils portent sur le passé colonial de la France et la guerre menée en Algérie pour tenter de le perpétuer.

    Je fais personnellement partie de la première classe entièrement libérée après e cessez-le-feu du 19 mars 1962. Quel gâchis que ces vingt-six mois de ma jeunesse ainsi perdus dans une entreprise anachronique, injuste et absurde ! Il était tentant de mettre tous les Pieds Noirs dans le même sac car on avait fait d'eux les alibis de la poursuite d'un conflit qui était par voué à l'échec.

    Je rends hommage au rôle qu'a joué le PCF  pour ne pas laisser les consciences sombrer dans un racisme anti Pied Noir. Ceci étnnt ce qu'ils ont enduré avec l'exil qu'ils ont subi ne remet nullement en cause la légitimité de la lutt menée par les Algériens pour leur indépendance. 

    Pn peut regretter avec eux et avec les Algériens les plus conscients que l'Algérie nouvelle qui émergeait ne se soit pas constituée sur une base de pluralité ethnique er culturelle. C'est sans doute la conséquence du substrat raciste qui accompagnait le colonialisme et qui imprégnait sans doute inconsciemment les esprits et que les derniers épisodes de la fin de l'Algérie française avec l'OAS a exacerbé. Un phénomène auquel on est confronté aujourd'hui avec l'approfondissement de la crise socio-économique que nous subisssons. Le racisme et la xénophobie ne sont pas l'apanage des nostalgiques de l'Algérie française !

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