• Nouvelle édition du livre-choc de Raphaëlle Branche : « la torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie »



     



    La torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie (1954-1962), de Raphaëlle Branche, est sorti en mai 2016 dans la collection Folio-Histoire, chez Gallimard.

    Nouvelle édition du livre-choc

    de Raphaëlle Branche :

    « la torture et l’armée pendant la guerre

    d’Algérie »

    Plus d’un demi-siècle après les faits, la guerre d’Algérie continue de susciter d’intenses débats mémoriels en France. En témoigne la décision du maire de Béziers, Robert Ménard, de renommer une rue de la ville, précédemment « rue du 19 mars 1962 » (date des accords d’Évian qui mettent fin à la guerre), en « rue du commandant Hélie Denoix de Saint-Marc », du nom d’un partisan de l’Algérie française et putschiste de 1961. L’intérêt pour cette période trouble et polémique ne se dément donc pas et requiert la publication de solides travaux historiques. Il s’agit ici en l’occurrence d’une réédition d’un précédent livre paru en 2001, lui-même issu de la thèse de doctorat de Raphaëlle Branche (réalisée sous la direction de Jean-François Sirinelli). Spécialiste de l’étude des violences en situation coloniale et plus spécifiquement en Algérie, l’auteure fait partie aujourd’hui des historiennes les plus reconnues en France dans le domaine colonial.

    Très tôt, au cours de la guerre d’Algérie, des révélations firent connaître à l’opinion publique métropolitaine certains détails de l’usage de la torture par l’armée française. Les «opérations de maintien de l’ordre» dépendaient des autorités civiles mais leur réalisation fut laissée de plus en plus largement à l’appréciation de l’armée au fur et à mesure que l’insurrection nationaliste gagnait du terrain.
    Des débats passionnés mirent aux prises intellectuels et journalistes, hommes d’Église et hommes d’armée, avocats et écrivains. D’anciens soldats témoignèrent ; des victimes aussi : personne ne pouvait ignorer qu’en Algérie des militaires français pratiquaient la torture.
    Il fallait aller au plus près du terrain pour comprendre pourquoi, en définitive, tant de militaires français purent pendant plus de sept ans commettre des exécutions sommaires et des actes de torture et le faire avec l’assurance qu’obéissant à des ordres ils étaient ainsi au service de leur pays.
    Raphaëlle Branche éclaire comme jamais auparavant les mécanismes de la torture : si la référence à la période de l'occupation allemande était alors omniprésente, ils trouvent leur origine dans le racisme colonial et les méthodes héritées de la guerre d'Indochine.
     

       Le commentaire de Michel Berthelemy de la 4acg

    Quand elle a publié en 2001 « La torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie », Raphaëlle Branche a jeté un pavé dans la mare. Le sujet venait d’être propulsé à la une de l’actualité suite aux articles parus dans « Le Monde » et aux aveux, entre autres, du général Aussaresses. L’ouvrage confirmait, en les amplifiant, les « révélations » de ces derniers.

    Le choc médiatique avait amené l’auteure à préciser d’emblée l’objet de sa recherche : on ne traitera pas ici de l’internationalisation du conflit, des violences des nationalistes algériens, notamment en métropole, ni de l’OAS« mais de »l’utilisation de la torture par l’armée française dans la répression du nationalisme algérien entre novembre 1954 et mars 1962.

    La ré-édition de l’ouvrage quinze ans plus tard procure toujours la même sensation d’effroi et d’horreur. La torture n’était en rien le résultat de dérapages individuels, elle était érigée en système, et encouragée. Elle était au cœur de la guerre d’Algérie, comme elle était au cœur de toute la période de colonisation depuis 1830.

    L’auteure analyse le comportement des principaux commandants de l’armée française. Pour le général Salan par exemple, être confronté à une « guerre révolutionnaire » impliquait l’utilisation de méthodes spécifiques. Il était impératif d’obtenir des renseignements, et l’ennemi étant fondu dans la population civile, il n’existait pas d’autre choix, selon les responsables militaires, que d’interroger tout individu paraissant suspect, par quelque moyen que ce soit. Pour Raphaëlle Branche, la violence des interrogatoires avait un double objectif : obtenir des renseignements, mais aussi (et surtout ?) terroriser les « rebelles » en marquant le corps des colonisés.
    De l’interrogatoire musclé aux emprisonnements illégaux, des déplacements de population aux corvées de bois, la liste était longue des sévices infligés à la population toute entière.

    L’une des forces de l’ouvrage est ainsi de démontrer que la pratique courante de la torture était acceptée non seulement par la hiérarchie militaire, mais aussi par les responsables politiques de l’époque.


     

     

     

     


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