• Oran : Hommage aux Larribère, une famille anticolonialiste

    N’en déplaisent aux nostalgériques

    extrémistes en 2017, il y avait aussi

     des pieds-noirs anticolonialistes pendant

     la guerre d’indépendance (1954-1962) 

     

    Oran : Hommage aux Larribère, une famille

    anticolonialiste

     

    Oran : Hommage aux Larribère, une famille anticolonialiste

     

    Une très belle rencontre a eu lieu, hier, au siège du journal El Joumhouria sur la famille Larribère, dont le père, Jean-Marie, et ses filles sont connus pour avoir pris fait et cause pour l’indépendance de l’Algérie.

    Né en 1882, Jean-Marie Larribère, médecin, était à la tête d’une maternité à Oran. En sa qualité de militant communiste, il était celui qui a introduit en Algérie la méthode d’accouchement sans douleurs importée de l’Union soviétique. Son engagement sans faille pour l’indépendance de l’Algérie et sa solidarité avec les réseaux clandestins du Parti communiste algérien et du FLN lui ont valu des représailles de la part de l’OAS, qui a détruit, le 24 avril 1962, sa clinique.

    «A travers Jean-Marie Larribère, c’est un hommage à tous les Algériens d’origine européenne qui ont combattu pour que vive l’Algérie indépendante», explique Bouziane Benachour, directeur du journal El Joumhouria. Benkhedda Sadek, chercheur associé au Crasc et ancien P/APC d’Oran, reviendra longuement sur le parcours de Jean-Marie Larribère et de ses 5 filles, toutes des militantes progressistes et anticolonialistes, qui ont été torturées et emprisonnées durant la Guerre de Libération.

    «Il s’agit, dit-il, d’une famille entière au service de l’Algérie algérienne». Benkhedda Sadek parlera aussi d’un «microcosme» oranais «qui n’était pas du tout en retard avec la Révolution», pour ne pas dire à l’avant-garde. Jamila Hamitou, membre du collectif Larribère, initié par l’Afepec suite à la débaptisation de la clinique Larribère (voir nos précédentes éditions), parlera notamment de Lucette, l’une des filles de Jean-Marie, qui, en plus de son engagement pour la cause algérienne, militait aussi pour l’égalité entre les hommes et les femmes.

    Elle faisait d’ailleurs partie de l’association Afepec et était mariée à Bachir Hadj Ali, poète et militant communiste algérien. Hamitou parlera également de l’affaire de la débaptisation de la clinique Larribère, qui a défrayé la chronique le mois de mai dernier. «Il fallait rendre justice à Larribère par devoir de mémoire. Suite à la débaptisation de la clinique, on a initié un mouvement.

    Une pétition en ligne a récolté pas moins de 2000 signataires et, au final, nous avons obtenu gain de cause. Je suis heureuse aujourd’hui de vous annoncer que le 1er Novembre prochain, la clinique retrouvera la plaque de Larribère». Pour Dr Ahmed Abid, Larribère fait partie d’une communauté d’Européens qui ont sacrifié leur vie pour que vive l’Algérie indépendante. Enfin, pour Benamar Médiène, «on possède un potentiel historique extraordinaire, mais il faut prendre garde de ne pas le rendre fantôme».

    Pour lui, la famille Larribère mérite qu’un roman historique lui soit dédié, tant la vie de chacun de ses membres s’apparentait à une saga. «Ils ont eu au cœur et au corps l’Algérie, dit-il, aussi, je voudrais que la ville soit reconnaissante envers ces héros. Voilà des personnes qui ont fait que notre histoire soit belle».

    SOURCE : http://www.elwatan.com/-00-00-0000-353599_135.php 

     

    C’était le 26 juin 2017… rappelons-nous...

     

     

    Oran : Hommage aux Larribère, une famille anticolonialiste

     

    Débaptisation de la clinique Larribère à Oran.

     

    La famille Larribère a rendu publique

     la lettre ouverte suivante

    Article du journal "Le Matin" du 26 Juin 2017

     

    Oran : Hommage aux Larribère, une famille anticolonialiste

    Par Henri POUILLOT 

     

    Nous venons d’apprendre avec consternation, grâce à l’alerte lancée par l’Association Féministe pour l’Épanouissement de la personne et l’exercice de la citoyenneté (AFEPEC) d’Oran, que la clinique "Larribère" a été débaptisée. Nous ne pouvons imaginer que c’est un acte conscient. Cela ne peut qu’être l’œuvre de personnes ignorantes de son histoire et de la signification du nom qu’elle porte.

    Oran : Hommage aux Larribère, une famille anticolonialiste

    Il fut un temps, pas très lointain, où les Oranais connaissaient les actes héroïques de la famille Larribère pendant la guerre de libération nationale. L’engagement des Larribère contre le colonialisme, pour l’indépendance nationale et pour la justice sociale remonte à plusieurs générations. Les époux Yvonne et Jean-Marie ont transmis à leurs cinq filles cet engagement pour l’Algérie indépendante. Le docteur Jean-Marie Larribère était considéré par l’OAS comme "le médecin du FLN" qui exerçait dans cette clinique, devenue un lieu de passage, de soins, de repos et de « planque » pour les militants de l’indépendance, à qui, il faisait parfois traverser la frontière algéromarocaine.

    Les assassins de l’OAS s’étaient particulièrement acharnés contre lui, en essayant de le « liquider ». Ils ont alors fait exploser la clinique le 24 avril 1962 avec la neutralité bienveillante de l’armée française, sachant qu’il s’y trouvait. Quelque temps auparavant, il avait déjà échappé à la mort parce que l’arme du tireur s’était enrayée. Par chance, nous disposons encore d’un enregistrement audio de Jean-Marie qui relate dans le détail cet attentat. Il nous est impossible de relater ici tous les actes héroïques du docteur Jean-Marie Larribère durant la lutte d’indépendance, mais rappelons aussi qu’en 1953, il a participé activement aux manifestations de soutien à l’importante grève des dockers d’Oran, lesquels refusaient de charger les bateaux en partance pour l’Indochine, en solidarité avec le mouvement indépendantiste. Le retentissement de ces évènements a été tellement important que le pouvoir colonial a déclaré l’état de siège.

    Au point culminant des manifestations et face à la violence répressive, Jean-Marie Larribère a été amené à frapper le commissaire de police d’Oran, ce qui lui a valu une arrestation de plusieurs jours. L’épouse de Jean-Marie, Yvonne, était connue pour les paniers de nourriture qu’elle distribuait aux militantes indépendantistes de la prison d’Oran, où ses propres filles étaient incarcérées (Paulette et Aline). Yvonne était également constamment insultée par les tenants de l’Algérie française, quand elle faisait le marché. Un commerçant algérien lui avait dit « ne fais pas attention, tes filles sont en prison pour l’honneur ». Après le plastiquage de la clinique et la tentative d’assassinat, Jean-Marie a été envoyé en France, pour des raisons évidentes de sécurité. Ceci ne l’a pas empêché de revenir rapidement en Algérie pour soigner, dans le quartier dit « musulman » les Algériens et les moudjahidines, durant la période marquée par les crimes de l’OAS. A l’indépendance, le docteur Jean-Marie Larribère a œuvré auprès du ministre de la santé Nekkache, pour généraliser et démocratiser la méthode de « l’accouchement sans douleur » qu’il avait introduite en Algérie dans les années cinquante, suite à un séjour en Union Soviétique.

    En France, les nostalgiques de l’Algérie Française n’ont pas cessé de lui vouer une haine féroce, car eux, n’ont pas oublié son engagement total pour l’indépendance de l’Algérie et n’hésitent pas, encore aujourd’hui, à le calomnier et à salir sa mémoire. On trouve encore aujourd’hui sur des sites « nostalgériques » des accusations de mise en place de banques du sang prélevé sur des Européens au profit des "rebelles" du FLN…

    La débaptisation de la clinique Larribère est autant une offense à la mémoire de Jean-Marie et à son combat pour l’indépendance de l’Algérie, qu’à tous ceux qui ont eu le même engagement. Le nom de Jean-Marie Larribère sur cette clinique constituait un symbole fort de reconnaissance, d’hommage et de mémoire sur l’engagement de ces patriotes dans la guerre de libération. Parmi ces femmes et ces hommes, il y avait l’entourage familial de Jean-Marie. Camille Larribère, frère de Jean-Marie, membre du Parti Communiste Algérien et actif parmi les paysans de l’Oranie, avait pris position dès 1952 pour la lutte armée. En 1955, il a été l’un des dirigeants communistes et des organisateurs des Combattants de la Libération (C.D.L.), maquis du PCA qui rejoignirent ensuite les rangs de l’A.L.N. (Armée de Libération Nationale).

    Dans le sillage de leur père et leur oncle, les cinq filles du docteur Jean-Marie Larribère, ainsi que leurs conjoints ont fait preuve du même engagement pour l’indépendance de l’Algérie. Lucette Larribère et son époux en seconde noce, Bachir Hadj Ali, ont eu un parcours militant intense, difficile à résumer en quelques lignes. Lucette a notamment fait partie des Combattants de la Libération (C.D.L.). Elle est restée en clandestinité durant toute la période de la lutte de libération nationale. Son premier époux, Robert Manaranche, membre du syndicat C.G.T. des fonctionnaires et militant de la cause algérienne a été arrêté en février 1957 par les parachutistes français. Il a été retenu 4 mois au centre de tri de Beni Messous coupé de tout contact avec l’extérieur, puis interné au camp de Lodi en 1957. Simone Larribère, épouse Benhaïm, était membre du syndicat des travailleurs de l’EGA (Electricité et Gaz d’Algérie) et activait au sein du Parti Communiste Algérien aux côtés de Maurice Audin qui a payé de sa vie son engagement pour l’indépendance de l’Algérie. Benabdallah Abdelkrim, époux de Suzanne Larribère, dirigeant du Parti Communiste Marocain et du Croissant Noir, organisation de la lutte armée contre le colonialisme français, a été assassiné durant la lutte d’indépendance du Maroc. Paulette Larribère et son époux Daniel Touboul ont été arrêtés après les grèves des étudiants du 19 mai 1956. Paulette Larribère a fait 14 mois à la prison d’Oran où elle a accouché. Son mari Daniel Touboul a été torturé au commissariat de la Marine, pour ensuite faire 3 années de prison à Oran et Berrouaghia. Aline Larribère, s’est engagée au Parti Communiste Algérien à l’âge de 17 ans, au moment de la grève des dockers. Elle a été arrêtée en même temps qu’Emile Schecroun, son actuel époux, militant du PCA aussi, en septembre 1956 lors du démantèlement du maquis de Tlemcen dans les sinistres "caves du Trésor d’Oran".

    Emile fut torturé pendant 3 jours et 3 nuits en présence d’Aline. Ils ont été emprisonnés dans de terribles conditions jusqu’à l’indépendance. Les petits enfants que nous étions alors (de quelques mois à 10 ans), avons été recueillis dans cette clinique par nos grands-parents. Nous échangions entre nous sur ce qui était le « mieux » : un père décédé (assassiné), une mère en clandestinité, deux autres en prison, deux pères internés… dans tous les cas, nos parents n’étaient pas auprès de nous… Voilà ce qu’était la clinique Larribère pendant la guerre d’indépendance. A l’indépendance, aucun des membres de la famille n’a cherché une quelconque reconnaissance, mais nous étions tous fiers de l’hommage symbolique qui était fait à notre grand-père et à la famille, en baptisant la clinique Larribère. Mais nous n’avions pas imaginé cette débaptisation qui survient au moment même, où en France, les "nostalgériques" et les anciens de l’O.A.S. érigent des stèles à la mémoire des criminels de l’O.A.S.

    Nous tenons à remercier très chaleureusement l’AFEPEC pour ses nombreuses luttes contre l’oubli.

    Les petits-enfants Larribère. 

     

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  • Commentaires

    1
    Samedi 30 Septembre à 00:22

    Merci Michel pour cette heureuse nouvelle. Merci Mr. Pouillot pour ces précisions et merci à tous ceux qui se joints  autour de cette honorable famille pour rétablir la justice au profit de nos amis et frères PN : la famille Larribère.

    Je saute de joie parce que j'avoue que de mon côté j'avais - et à maintes reprises- contacté qui de droit pour rétablir cette monumentale erreur commise par des gens , certainement non informés du rôle joué par la famille Larribère.             Je pensais , naïvement,  être seul à faire des démarches puisque étant loin d'Oran , mais , je découvre - et avec une immense joie - que nombreux ont été ceux qui ont aidé à rétablir les droits de la famille Larribère.

    Il est vrai qu'à l'époque,  la plupart des cliniques et des médecins privés , bien que PN, ont magnifiquement  joué leur rôle au profit de nos combattants.

    A Blida , ma ville natale,  le rez-de-chaussée  et les étages supérieurs de la clinique sur la route de Chréa, recevaient régulièrement les blessés du contingent Français.  Quant au sous-sol de cette même clique, et personne ne se doutait de son existence,  était réservé aux membres de l'ALN qui étaient "retapés à neuf " avant de rejoindre le maquis au milieu de leurs frères.

    Merci à vous tous qui lisez ces lignes et bravo à tous ceux qui sont cités dans ces 2 articles.

    Le_Canari_de_retour

    Blida le : 29*09*2017 - 00h12

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