• Par un mardi pluvieux d’octobre, il y a 55 ans...

    Par un mardi pluvieux d’octobre

     il y a 55 ans...

    Lundi 10 octobre 2016, par Michel Berthelemy

    Comment parler d’octobre 1961 ? De ce 17 octobre où le pouvoir français s’est rendu coupable d’un crime de masse comme on n’en avait plus connu depuis la Semaine sanglante » de 1871 ?

    Par un mardi pluvieux d’octobre, il y a 55 ans...

    La gueule du loup, 17 octobre 1961

    par Kateb Yacine.

     

    Peuple français, tu as tout vu
    Oui, tout vu de tes propres yeux.
    Tu as vu notre sang couler
    Tu as vu la police
    Assommer les manifestants
    Et les jeter dans la Seine.
    La Seine rougissante
    N’a pas cessé les jours suivants
    De vomir à la face
    Du peuple de la Commune
    Ces corps martyrisés
    Qui rappelaient aux Parisiens
    Leurs propres révolutions
    Leur propre résistance.
    Peuple français, tu as tout vu,
    Oui, tout vu de tes propres yeux,
    Et maintenant vas-tu parler ?
    Et maintenant vas-tu te taire ?

    Cinquante-cinq années plus tard, ce texte n’a malheureusement rien perdu de son actualité.


     

    Parler. Répondant à l’appel de Kateb Yacine, c’est ce que nous tentons de faire chaque année, et cette année encore sur le Pont-Saint-Michel à Paris, pour rendre hommage aux centaines de victimes de cette sanglante répression.
    Les faits ? Gilles Manceron nous les rappelle : incités par le FLN à manifester contre le couvre-feu imposé par le préfet Papon, des dizaines de milliers d’Algériens se dirigent vers le centre de Paris sans aucune arme. Beaucoup ont été appréhendés à la sortie des stations de métro et conduits dans des cars de police où ils ont été passés à tabac. Les cortèges rassemblés à Neuilly, sur les Grands boulevards ou au Quartier latin ont été violemment chargés par les policiers qui ont ouvert le feu en plusieurs endroits et frappé des manifestants sans résistance. Les violences se sont poursuivies pendant plusieurs jours. Il y eut au total 15000 arrestations. Des milliers de manifestants furent reconduits en Algérie. Des dizaines d’hommes furent jetés à la Seine.

    Pendant trente ans, quelques rares livres et articles ont évoqué cet épisode terrible de l’histoire contemporaine. C’est seulement en 1991 et surtout en 2001 que d’autres ouvrages et films apparaissent, et que la Mairie de Paris appose une plaque commémorative sur le Pont-Saint-Michel. C’est également depuis cette dernière date que des rassemblements de plus en plus nombreux, et partout en France, marquent cet anniversaire.

    Ne serait-il pas temps que le Président de la République, au nom de la France, confirme par un geste symbolique la reconnaissance et la condamnation de ce crime d’état ?
    C’est notamment ce que demanderont les Parisiens le lundi 17 octobre 2016, à partir de 17h30 sur le Pont Saint-Michel. (voir l’appel en PJ).

    Par un mardi pluvieux d’octobre, il y a 55 ans...

     

    On pourra lire avec profit l’ouvrage édité par Les Petits Matins, « Le 17 octobre 1961 par les textes de l’époque », avec une préface de Gilles Manceron.

    Par un mardi pluvieux d’octobre, il y a 55 ans...

     Ainsi que le livre que vient de publier Fabrice Riceputi (lauréat du Prix du Livre anticolonial 2016), aux éditions Le Passager clandestin, « La Bataille d’ Einaudi, ou comment la mémoire du 17 octobre 1961 revint à la République ».

    « Edith Piaf est décédée le 10 octobre 1963 ce fut une immense chanteuse *** Il est honteux que des putschistes ont modifié les paroles et massacré l'une de ses chansonsQui sont les Soldats F.S.E de la force locale algérienne après le 19 mars 1962 ? *** Ce sont aussi des oubliés de l'histoire de la France coloniale ! »
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