• Point de vue. Germaine Tillion, femme libre au Panthéon

    GERMAINE TILLION AU PANTHÉON


    Née le 30 mai 1907 à Allègre (Haute-Loire), ethnologue, Germaine Tillion anime sous l'Occupation l'Union nationale des combattants coloniaux au sein de laquelle elle se livre à des actions de résistance (propagande, évasion, renseignement). Elle est en contact étroit avec le réseau du Musée de l'Homme. Arrêtée le 13 août 1942 et déportée le 31 octobre 43 à Ravensbrück, elle sera rapatriée le 11 juillet 1945. Germaine Tillion constitue dans l'après-guerre une abondante documentation sur la Résistance et la Déportation. Elle devient directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études en 1956.

    Elle retourne en Algérie dans les années 1960 et dénonce la torture, elle y crée après-guerre les centres d’action sociale, fait admettre l’enseignement dans les prisons, et lutte pour l’émancipation de la femme méditerranéenne. Germaine Tillion est décédée le 19 avril 2008 à Saint-Mandé.


    Point de vue. Germaine Tillion, femme libre au Panthéon

     

    Point de vue. Germaine Tillion, femme libre au Panthéon

     

    Germaine Tillion allait avoir 101 ans lorsqu'elle a disparu, en 2008, après avoir traversé un siècle qui l'a marquée singulièrement.

    Elle a été choisie avec Geneviève de Gaulle-Anthonioz, ancienne présidente d'ATD-Quart Monde, qui fut aussi déportée à Ravensbrück, avec le journaliste et résistant Pierre Brossolette ainsi que l'homme politique et avocat Jean Zay, pour entrer au Panthéon à la fin du mois. 

    Cette femme n'a jamais fait partie d'une organisation politique. Seule, sa conscience guidait ses choix, ses engagements. « Ma seule philosophie est de sauver des vies », disait-elle à ceux qui l'ont connue (1). Et elle l'a prouvé.

    Elle passait une partie de sa vie en Bretagne qu'elle aimait beaucoup. Elle avait bâti une maison à Plouhinec, près de Lorient, face à l'océan. Elle aimait bien observer les nuages au-dessus de île de Groix. « Ma maison ! J'ai d'abord mis les gens, ensuite j'ai mis les meubles autour des gens et à la fin j'ai mis les murs autour des meubles. » On devine l'ethnologue qui donne un sens à tous ses engagements professionnels et militants.

    Germaine Tillion a traversé le siècle, comme première ethnologue des Berbères des Aurès (massif montagneux en Algérie), de 1934 à 1940, et ensuite comme résistante (dans le « Réseau du Musée de l'Homme »). Elle y fut trahie. Elle est donc déportée dans le camp d'extermination de Ravensbrück où sa mère est morte en chambre à gaz. Elle réagit en faisant des exposés dans ce camp. « Lorsqu'on éclaire un monde, même affreux, on le domine. »

    Pendant la Guerre d'Algérie, elle s'oppose à la torture et fait cesser les attentats contre les civils. Inlassable, elle y crée les centres sociaux pour lutter contre la « clochardisation » des ruraux algériens que la misère a poussés dans les villes. L'objectif est d'instaurer une vie digne comme citadins qui puissent être formés à des métiers par des cadres algériens et français.

    Plus tard, Germaine Tillion institue le droit des détenus à faire des études dans les prisons en France. Tout en menant ses enseignements à l'EHESS. (École des hautes études en Sciences sociales, Paris) et dirigeant des thèses, elle n'arrête pas de faire des missions dans plusieurs pays étrangers comme ethnologue.

    « Toujours lucide dans ses engagements »

    Quand on lit l'un de ses premiers livres, Le harem et les cousins, on comprend les conditions de vie et de soumission des femmes des sociétés patriarcales dans ce qu'elle appelait « la flaque méditerranéenne » L'ouvrage Les ennemis complémentaires mesure les enjeux humains de la Guerre d'Algérie qu'elle voulait voir cesser dès 1957. Et elle a tout fait pour s'opposer aux exactions, des deux côtés. Aucune cause ne mérite qu'on tue des innocents.

    C'est une femme, libre, toujours lucide dans ses engagements, dans les risques qu'elle a pris pour comprendre les hommes qui rentre bientôt au Panthéon. Celle dont Tzvetan Todorov écrivait «qu'elle avait su traverser le mal sans se prendre pour une incarnation du bien ».

    (1) Germaine Tillion avait dirigé la thèse sur 'les mariages mixte' d'Augustin Barbara, fondateur de l'association Germaine Tillion, visant à faire connaître ses œuvres. 

    SOURCE : http://www.ouest-france.fr/point-de-vue-germaine-tillion-femme-libre-au-pantheon-3403646

     

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