• Pour ceux qui n’ont pas pu voir « La Fin d’un Monde » vous pouvez le visionner en replay pendant 6 jours

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    http://pluzz.francetv.fr/videos/1954_la_fin_d_un_monde_,113035067.html

     

    1954, l'année oubliée des commémorations

    par  Pierre-Yves Cossé

    Sur France 5 ne manquez pas le documentaire " Fin d'un Monde " le 30 novembre 2014 à 22 h 45

    http://www.latribune.fr/blogs/generation-deuxieme-gauche/20141126trib3aa4e804c/1954-l-annee-oubliee-des-commemorations.html 

    Ancien commissaire au Plan Pierre-Yves Cossé, qui fut président de l’UNEF et engagé contre la guerre d’Algérie, fut longtemps un proche de Michel Rocard et a appartenu au cabinet de Jacques Delors en 1981. Il a rendu compte de son engagement dans « Le Vermeil et la Vie ». Parallèlement, il a mené une carrière classique dans le secteur public : inspection générale des finances, direction de la prévision, conseiller économique et financier (Algérie) BNP, commissariat général au plan, Coface (assurance crédit à l’exportation). A partir de cette double expérience, il commente l’actualité, notamment dans le domaine économique, financier et politique.

    Si l'année 1914 a été largement célébrée, n'oublions pas ce qui se passait il y a 60 ans, en 1954 : une année charnière pour la France. Par Pierre-Yves Cossé, ancien commissaire au Plan

    L'année qui s'achève a été celle de célébrations, nombreuses et excellentes, qui ont intéressé de larges publics : guerre de 1914, libération de la France. D'autres anniversaires, en revanche, ont pratiquement été passés sous silence, alors qu'il s'agit d'événements majeurs dans la vie de notre pays : la chute de Dien-Bien Phu le 7 Mai 1954 - la plus grande défaite militaire depuis mai 40 - et le début de la guerre d'Algérie le premier novembre de la même année, qui allait renverser une République et conduire le pays au bord de la guerre civile.
    France 5, fidèle à sa mission pédagogique, a commandé un documentaire intitulé La fin d'un monde, les cent jours qui ont fait craquer l'empire français. Les cent jours, c'est la période entre Dien-Bien Phu et les débuts de l'insurrection algérienne c'est aussi celle de troubles sanglants au Maroc et en Tunisie, dont l'autonomie est annoncée le 31 août par Pierre Mendès-France. Autre mérite de cette chaîne un peu méconnue, elle a chargé Benjamin Stora et Ben Salama de la réalisation de ce film de 52 minutes. Le choix est excellent, même si le film clair et explicatif est nécessairement engagé.

    La modification du rapport de forces

     au détriment  des pays colonisateurs

    Heureusement, le film ne s'arrête pas au premier novembre mais inclut la conférence de Bandoeng (avril 1955), qui annonce une modification du rapport de forces dans le monde au détriment de l'occident et des pays encore colonisateurs. Au partage du monde ouest/est s'ajoute un nouveau partage nord/sud. C'est alors que le mot tiers- monde apparaît. Il sera une caisse de résonance pour tous les mouvements de libération dans le monde, en particulier pour le FLN. Nos élites ont sous-estimé l'importance de ce nouveau partage, considérant qu'il s'agissait seulement d'une machination montée par la Chine et l'URSS. Nos officiers ont cru qu'ils poursuivaient en Algérie le combat anti- communiste mené en Indochine, qu'ils étaient les croisés de l'Occident, méconnaissant la dimension purement nationale et l'affrontement avec l'Islam. De façon cocasse, des images montrant Chou-En Lai et Nehru bousculés par des foules asiatiques et succombant stoïques sous le riz et les fleurs font sourire.

    Les images-surprises de 1954

     Plus modestement, 2014 est aussi l'année de mes quatre-vingt ans. J'avais vingt ans en 1954 et ne considérais pas que ce fût le plus bel âge de la vie. Militant de l'UNEF (organisation beaucoup moins à gauche que celle de 2014), je suivais avec une attention extrême, voire avec passion, cette succession d'événements dramatiques. Je n'ai nullement oublié ce moment de notre histoire et beaucoup de ce qui est montré dans le film m'était connu. Cependant des images et certain commentaires ont été des surprises.

    Premières images, que je ne me souviens pas d'avoir vues, celles des prisonniers français libérés après les accords de Genève. On dirait des images de déportés sortant des camps nazis. Décharnés, pesant une quarantaine de kilos, certains sont morts après leur libération. Globalement, seule une minorité des douze mille prisonniers a retrouvé les siens. Le commentaire précise que le Viet-Minh n'a pas cherché à faire disparaitre les prisonniers qui recevaient à peu près les mêmes rations que leurs combattants. Mais les Vietnamiens, qui résistaient beaucoup mieux aux maladies tropicales, parvenaient à survivre avec leur bol de riz, qu'ils savaient agrémenter avec des herbes et du piment. Rien n'est dit des milliers de prisonniers dont on a perdu la trace et encore moins des 3000 prisonniers d'origine indochinoise. Ce silence s'apparente à de la complaisance et l'on en fera grief aux auteurs.

    La capitulation française reconstituée avec la mise en scène la plus humiliante

    Autres images, celles des prisonniers français défilant dans une sorte de farandole de drapeaux blancs. Le maître de la propagande, un soviétique, avait reconstitué ex post la capitulation par une mise en scène la plus humiliante possible. Le concours des prisonniers, dont une grande partie n'était pas des Français de souche, n'avait pas dû être difficile à obtenir. Ces images, largement diffusées dans les pays encore dépendants, notamment en Afrique et en Amérique Latine, ont suscité beaucoup d'espoir dans les mouvements de libération : l'occident pouvait être vaincu.

    De Gaulle réclamant son retour pour sauver l'Empire

    Images sûrement vues mais oubliées, ce qui est significatif : le général de Gaulle, en uniforme, à l'Arc de Triomphe, fin mai, entouré de militants du RPF réclamant son retour au pouvoir afin de sauver l'Empire. Pour ma génération, De Gaulle était un retraité de l'histoire, qui figurait dans nos manuels à côté de Foch ou d'autres héros militaires. Nul n'imaginait qu'il puisse revenir au pouvoir.
    Dernières images oubliées : celles de l'héroïne du camp retranché, la seule femme présente, Geneviève de Galard. Faute de vainqueur à célébrer, la presse grand public-Paris Match- multiplia les images de l'infirmière qui soignait les blessés dans des conditions effroyables. Dans le film, est montré le défilé à New-York dans la cinquième avenue ; l'accueil est celui d'un chef d'état. Cette débauche d'images nous avait fait prendre en grippe notre héroïne. A tort. Elle apparaît dans le film rappelant ses souvenirs avec précision et dignité. A 79 ans, elle tient son rang.

    Une bombe atomique sur Dien-Bien Phu?

    Sur quelques interrogations que nous avions à l'époque, Benjamin Stora fournit des éléments de réponse. La première portait sur la dégénérescence possible du conflit indochinois en conflit nucléaire. Nous soupçonnions notre ministre des Affaires Etrangères, Georges Bidault - qui à l'époque passait pour un anticommuniste farouche mais pas comme un extrémiste- d'avoir demandé aux Américains, les grands financeurs de la guerre, le largage d'une bombe atomique. Dans le film, Maurice Schuman, indique qu'il a été témoin d'un appel de Foster Dulles, le Secrétaire d'Etat américain, à Georges Bidault. L'Américain proposait la bombe et le Français ne répondait pas.

    Les ambiguïtés de Mendès-France

     sur l'Algérie

    Autre interrogation sur la négociation de Genève. Aurait-on pu obtenir mieux ? En ardent mendésistes, lecteurs de l'Express, nous étions convaincus que PMF avait été un grand négociateur, arrachant tout ce qui était possible. Le film confirme que Mendès- France a obtenu plus que ce que la situation militaire justifiait. Mais le grand négociateur fut Chou En Lai, qui imposa son diktat à Pham Van Dong, le Vietnamien. Les Chinois voulaient que leur retour sur la scène se conclue par un succès, quitte à tordre le bras à un allié, qu'ils avaient occupé pendant plusieurs siècles.
    Sur l'Algérie, nous ne savions pas bien ce que pensait Mendès-France. Ses propos ambigus étaient interprétés comme de la prudence, au moment où les députés radicaux des départements d'Algérie se déchaînaient contre lui à l'Assemblée. Benjamin Stora confirme qu'il n'envisageait nullement de négocier avec le FLN, des inconnus ignorants de la réalité française en Algérie. Même au Caire, où ses représentants avaient été bien accueillis à l'instar de la plupart des mouvements de Libération en Afrique, Nasser s'interrogeait sur ces maghrébins qui parlaient si mal l'arabe, parfois d'origine berbère.

    Ce qui à l'époque avait davantage marqué, c'est que dix jours seulement après Genève, Mendès-France s'envolait pour Tunis, en compagnie du maréchal Juin que l'on savait tenant de l'empire, pour proposer l'autonomie interne et que quelques mois plus tard, les fellaghas tunisiens déposaient les armes.

    Si vous considérerez que la connaissance de ce moment de bascule aide à comprendre la France de 2014, regardez dimanche, sur la cinq, la fin d'un monde mais c'est à une heure relativement tardive.


    Diffusion dimanche 30 novembre à 22h25

    Pierre-Yves Cossé
    Novembre 2014

    1954, la fin d'un monde

    Sur France 5 ne manquez pas le documentaire " Fin d'un Monde " le 30 novembre 2014 à 22 h 45

    Résumé

    En 1954, la France vit des jours heureux, les années noires de la Deuxième Guerre mondiale sont derrière elle, l'économie est en plein essor et les salaires augmentent. Aux confins de son empire colonial, un conflit s'achève dans la plus grande indifférence : la guerre d'Indochine. Entre les accords de Genève reconnaissant l'indépendance du Vietnam signés le 20 juillet, aux débuts du soulèvement armé en Algérie, en novembre, 100 jours font craquer l'Empire français et annoncent la fin d'un monde. S'inspirant de l'exemple vietnamien, des militants algériens, puis marocains et tunisiens, décident de passer à l'action pour obtenir l'indépendance.

    • Ben Salama / Réalisateur
    • Benjamin Stora / Auteur
    • Ben Salama / Auteur

     

    « François Hollande répare les erreurs de la France au Sénégal. Il était accompagné par Jean-Marc Todeschini le nouveau secrétaire d'Etat aux Anciens Combattants"L'autre Algérie" "Européens d’Algérie : Une société particulière, produit de la colonisation" de Michèle Villanuèva »
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