• Pour une rupture politique avec le système policier

     

    Pour une rupture politique

     avec le système policier 

     

    Pour une rupture politique   avec le système policier

    Grâce au rassemblement historique organisé par le Comité Adama le 2 juin 2020, nous sommes à un tournant dans la lutte contre les violences policières en France. Voici quelques éléments stratégiques pour rompre avec un système policier hérité de la colonisation et de Vichy, qui a pour fonction de limiter notre liberté de manifester. Et la liberté de circuler des plus opprimé.e.s parmi nous.

    *Le 19 mars 2020 à Aubervilliers, Ramatoulaye, 19 ans, sort faire des courses pour nourrir son bébé. Elle sera tasée et frappée par plusieurs agents de police. Le 23 mars 2020 aux Ulis, Sofiane 21 ans, livreur, se rend au travail. Il sera violemment frappé par plusieurs agents de la BAC.

    Il ne s’agit pas de cas isolés. Pendant le confinement, de nombreuses violences policières dans les quartiers populaires ont été filmées. Mais il n’y avait là rien de nouveau, ces violences s’inscrivent dans le prolongement de plusieurs décennies de répression policière massive et structurelle.

    Que vaut la vie de Zyed Benna et Bouna Traoré, morts en 2005 ? Que vaut celle de Lamine Dieng, mort en 2007 ? Celle de Wissam El-Yamni, mort en 2012 ? Celle d’Adama Traoré, mort en 2016 ? Celle de Gaye Camara, mort en 2018 ? Celle de Zineb Redouane, morte en 2018 ? Que vaut la vie de Cédric Chouviat, mort en 2020 ? Quelques noms parmi des centaines. Morts asphyxiés sous le poids des policiers, morts une balle dans la tête. Morte suite à un tir de grenade qui la visait expressément. Leur vie comptait-elle ?

    La réalité des violences policières est chiffrée. La France est régulièrement condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme, par exemple dans l’affaire Ali Ziri, mort entre les mains de la police en 2009, à 69 ans. Plus de douze personnes, essentiellement des jeunes hommes noirs et arabes de classe populaire, sont tuées chaque année par la police.

    Très souvent, les syndicats de police expliquent que le jeune blessé ou tué par des policiers l’a bien cherché, il n’avait pas à être là, d’ailleurs il a volé la moto qu’il conduisait au moment des faits. Il arrive souvent que la police mente, et que le jeune n’ait pas volé la moto. Mais quand bien même, disons qu’il l’a volée cette moto. Doit-on mourir pour avoir volé une moto? Mourir pour avoir tenté de fuir un contrôle de police que l’on sait violent ? Mourir pour ça? La peine de mort ne sera-t-elle donc jamais réellement abrogée pour les descendants de l’immigration postcoloniale ?

    À l’origine d’un crime policier, souvent, il y a un contrôle d’identité. Une étude produite par le Défenseur des droits en 2017 montre que ces contrôles sont racistes : les jeunes hommes non blancs ont vingt fois plus de risques d’être contrôlés que les jeunes hommes blancs. Qui dit contrôle policier dit risque d’être insulté, frappé, tué. Aujourd’hui, on le voit, l’État assume le caractère discriminatoire du système répressif. Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, déclarait par exemple le 23 avril 2020, très fièrement, que les quartiers populaires de Seine-Saint-Denis ou de Marseille avaient été beaucoup plus contrôlés et verbalisés pour cause de non-respect du confinement qu’ailleurs.

    C’est donc à ceux qui ont payé le prix du confinement le plus lourd (espaces de vie plus réduits, exposition au travail plus grande, nombre de décès liés au coronavirus plus important, etc.) que l’État a fait subir le plus de contrôles policiers, avec les violences qui les accompagnent.

    De la même manière, le 22 avril 2020, le Tribunal administratif de Nice a validé la discrimination décidée par le maire Christian Estrosi : pour les habitants des quartiers les plus riches, le couvre-feu était à 22 heures ; pour ceux des quartiers les plus pauvres, le couvre-feu était à 20 heures. Ou comment réduire les libertés fondamentales de ceux qui subissent déjà de fortes inégalités sociales.

    Et c’est là le cœur du problème. Les violences policières sont d’abord une atteinte à la liberté de circuler dans l’espace public, une atteinte au droit pour les plus opprimés d’y exister. Il s’agit de réduire les libertés de celles et ceux qui sont perçus comme une menace potentielle, les classes dangereuses, soit à cause de leur couleur de peau, soit à cause de leurs idées, soit à cause des deux. On pense à Vanessa, cette femme Gilet jaune, jeune, blonde, qui raconte dans le documentaire Gilets jaunes, une répression d’État réalisé par Streetpress, comment le CRS lui a tiré au visage, à l’œil, la défigurant, lui laissant des séquelles à vie. Sa vie est brisée, celle de ses proches aussi. Pourtant elle ne faisait rien d’autre que de marcher sur le trottoir, pour rentrer. Le CRS a considéré qu’elle n’avait pas à circuler là, qu’elle n’avait pas à être là. L’État derrière le CRS a considéré qu’elle n’avait pas à exprimer son désaccord, encore moins à venir le manifester sous son nez.

    Finalement, il ne s’agit que de cela : terroriser, contrôler, assigner à résidence toutes celles et tous ceux qui pourraient remettre en question l’ordre établi, le pouvoir en place. Il ne s’agit pas de bavures, de phénomènes marginaux. Il s’agit d’une politique qui s’inscrit dans une histoire, l’histoire de France.

    Le 26 avril 2020 à l’Île-Saint-Denis, quand des policiers ont parlé de « bicot » à qui on aurait dû « accrocher un boulet au pied afin qu’il se noie », et qu’on a entendu juste après un homme crier, frappé sous les rires de ces policiers, on y a vu une référence aux Algériens et Algériennes jetés dans la Seine sous les ordres de Maurice Papon le 17 octobre 1961. Mais on peut remonter encore plus loin : la police nationale n’a-t-elle pas été créée par Pétain en 1941 ? Et plus loin encore, en 1925, lorsqu’est créé le Service des affaires indigènes nord-africaines, au sein de la préfecture de police de Paris, avec sa brigade nord-africaine, chargée de contrôler et réprimer les Algériens vivant en France, pour empêcher toute résistance politique. Ce service et sa brigade seront dissouts à la libération en 1945 pour faits de collaboration avec la Gestapo. Mais avec la guerre d’Algérie, le service retrouvera en 1956, au sein du ministère de l’Intérieur, l’essentiel de ses prérogatives. Depuis, il n’y a jamais eu de réelle rupture. Jamais de volonté politique forte de mettre hors d’état de nuire ce système policier héritier de l’histoire coloniale, qu’incarne notamment la BAC, police d'exception expérimentée d'abord en Seine-Saint-Denis dans les années 1970.

    Aujourd’hui, il est temps de rompre avec ce système, temps de reconnaître que les violences policières sont structurelles, qu’elles sont liberticides, qu’elles visent essentiellement les classes populaires, avec une forte dimension raciste. Rompre avec l’impunité accordée aux policiers et aux gendarmes qui commettent des crimes, rompre avec l’inversion des rôles qui tend à criminaliser la victime et sa famille. Rompre avec cette politique qui cherche à maintenir sous contrôle la jeunesse racisée des classes populaires. À la mater, en la terrorisant. Insultes racistes, sexistes et homophobes, agressions sexuelles, viols. Ainsi le 2 février 2017 à Aulnay-sous-Bois, n’était-ce pas pour terroriser Théodore Luhaka, alors âgé de 22 ans, qu’une matraque de policier a perforé sa zone péri-anale sur dix centimètres ? Il faut rompre avec cette politique de la terreur qui nous assigne à résidence.

    Pour respirer. Pour circuler librement dans l’espace commun, jour et nuit. Exister dans l’espace public. Pour y courir, jouer, discuter, traîner, tenir le mur si on veut, manifester, y faire de la politique.

    Il faut soutenir les luttes des organisations de l’immigration et des quartiers populaires, portées pendant des années par le MIB, et aujourd’hui par le Comité Adama. Contre les techniques mortifères, la clé d’étranglement, le plaquage ventral, le pliage, contre les contrôles d’identité, contre le quadrillage des quartiers populaires, contre la vidéosurveillance, les drones, pour le démantèlement de la BAC, pour la suppression de l’IGPN et la création d’une autorité indépendante, pour le dépaysement systématique des affaires de violences policières, etc.

    Contre l’état d’urgence – et qu’il soit « sanitaire » ne change rien, car ce n’est jamais pour notre bien. Nous priver de nos libertés fondamentales n’a jamais été pour notre bien.

    La lutte contre les violences policières doit être centrale dans un projet politique qui défend réellement les valeurs de justice et d’égalité, et les libertés publiques. Pour un monde où nous n’aurons plus peur de laisser nos enfants jouer dehors, à cause de la présence dans le quartier d’hommes en uniforme, munis d’armes de guerre. Un monde où nous ne les retiendrons plus pour les empêcher de sortir, par peur d’un contrôle d’identité qui tournerait mal. Un monde plus respirable. Au nom du respect de la dignité humaine, pour défendre nos libertés fondamentales. Pour nos enfants.

    Fatima Ouassak, Porte-Parole du Front de mères

    *Ce texte a été écrit juste avant la mort de George Floyd, avant la marche du 2 juin organisée par le Comité Adama. Il fait partie des 40 contributions du livre "Résistons ensemble pour que renaissent des jours heureux", paru le 26 mai 2020, éditions Massot. A retrouver gratuitement ici : https://massot.com/collections/resistons-ensemble-pour-que-renaissent-des-jours-heureux/ 

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