• Quand les parents prennent de l’âge

     

    Quand les parents prennent de l’âge

    Voir ses parents vieillir est une épreuve qui nous renvoie à notre propre finitude. Un cheminement susceptible de bousculer toute la famille.

    Quand les parents prennent de l’âge

    La grand-mère du photographe Yann Castanier vivait seule à son domicile depuis que son mari était entré en maison spécialisée pour la maladie d’Alzheimer. / Yann Castanier/Hans Lucas

    Pour Annie, cela a été un choc. Son père était allé se promener le long de cette côte qu’il parcourait depuis plus de quarante ans. Mais, ce jour-là, au bout de plusieurs heures, il n’était toujours pas revenu… Sa fille l’a finalement retrouvé, assez loin de chez lui, adossé à un mur : il ne retrouvait plus sa maison. « Ce jour-là, j’ai compris que rien ne serait plus comme avant », raconte Annie Beauducel, accompagnatrice de personnes âgées et auteure, avec son mari, d’un petit guide pratique pour accompagner les parents qui vieillissent.

    La prise de conscience de l’avancée en âge de son père ou de sa mère peut être plus brutale, lorsqu’on est confronté, par exemple, à un accident vasculaire cérébral, qui oblige à prendre des décisions en urgence. Elle peut aussi être plus progressive. « En étant attentif à des petits signes, comme la tendance à reposer la même question, à ralentir le rythme de la marche », indique Florence Leduc, présidente de l’Association française des aidants.

    « Les parents sont les repères majeurs »

    Dans tous les cas, voir ses parents vieillir constitue une épreuve. « Les parents sont les repères majeurs. Nous nous sommes construits par rapport à eux, que ce soit dans une certaine continuité ou en opposition », relève Annie Beauducel. Un jour, nous découvrons leur fragilité. Et leur vieillissement nous renvoie à notre propre finitude.

    Lorsque nos parents prennent de l’âge, une nouvelle relation se crée. Un temps d’adaptation est nécessaire pour ajuster nos gestes, à leurs besoins. Quand le parent va bien, « il s’agit de poser sur lui un regard attentif, mais non inquisiteur, de l’interroger sur son appétit, son sommeil… », précise Florence Leduc. Il est essentiel, à ce moment-là, hors de toute urgence, d’aborder la question de la maladie et de la dépendance, recommande la spécialiste. En cas de pépin de santé, quels seraient les souhaits du parent ? S’il décide de rester à domicile, comment se répartir les tâches entre frères et sœurs ?

    La façon dont on se comporte avec ses parents vieillissants dépend en grande partie des relations qu’on a eues avec eux. « Dans les deux tiers des cas, selon une étude publiée en 2010, la solidarité familiale s’exerce », remarque le psychogériatre Philippe Thomas. Lorsqu’on a été un enfant choyé, « On se tourne le plus souvent vers ses parents dans un mouvement naturel de compassion, d’empathie, fondé sur des loyautés invisibles ». À chacun ensuite de « déterminer le niveau d’aide qu’il est en capacité d’apporter, et ce pour quoi il préfère déléguer », conseille Florence Leduc, qui insiste sur « la nécessité de concilier son rôle de proche aidant avec les autres domaines de sa vie ».

    Quand les parents prennent de l’âge

    En août 2015, atteinte de démence fronto-temporale, la grand-mère de Yann Castanier (ici avec sa fille) a dû entrer en Ehpad à Frontignan (Hérault). /  Yann Castanier/Hans Lucas

    Avec les progrès de la médecine, il est devenu fréquent de voir coexister quatre voire cinq générations dans une même famille. Dans cette configuration, « certains appartiennent à une génération”charnière” qui doit s’occuper à la fois des petits-enfants et des parents âgés, tout en étant encore souvent dans la vie active », souligne Annie Beauducel. Aussi, il est crucial d’échanger avec sa propre famille, et en premier lieu, son conjoint. «Certes, nous avons à honorer nos parents, mais jamais au détriment de notre couple », avance Annie Beauducel.

    « Personne ne nous a appris à nous occuper de nos parents vieillissants » 

    « Dans un tiers des cas, les familles agissent par sens du devoir ou encore par obligation sociale, les deux étant parfois entremêlés », complète Philippe Thomas. Les enfants sont parfois éloignés. « L’aide repose alors souvent sur un seul membre de la fratrie, en général le plus proche géographiquement, qui devient en quelque sorte le bras armé de son parent », observe Philippe Thomas. L’un peut se montrer autoritaire envers l’autre, jouer du sentiment de culpabilité. Le parent, à la limite du caprice, exigera de son enfant qu’il lui fasse une nouvelle course, alors qu’il a déjà rempli son réfrigérateur. Ou bien l’enfant réprimandera son parent parce qu’il n’a pas pris sa douche, contrairement à la consigne donnée… Ces situations rendent l’accompagnement difficile. En cas de conflit avec le parent ou dans la fratrie, le recours à une médiation familiale peut aboutir à une décision collective, le cas échéant à un placement en maison de retraite. 

    Pour entrer dans une relation apaisée avec son père ou sa mère, une autre voie est possible, celle de la réconciliation. « On peut essayer de pardonner dans l’intimité de son cœur », estime Annie Beauducel. Dans le même esprit, Philippe Thomas suggère de profiter de cet accompagnement pour faire la paix avec ses parents. « Personne ne nous a appris à nous occuper de nos parents vieillissants », reconnaît le sociologue Bernard Ennuyer.

    Il ne faut donc pas hésiter à se faire aider par du personnel spécialisé. Ce fin connaisseur de l’aide à domicile préconise aussi d’entretenir des « relations aussi normales que possible ». Offrir du temps, sans les coller, faire preuve de patience, accepter qu’ils ne soient pas toujours au top. Surtout éviter de les infantiliser, ce qui risquerait de précipiter leur perte d’autonomie. « Nos parents restent des adultes, capables généralement de faire des choix, même si cela ne nous convient pas », affirme-t-il.

    Enfin, il ne faut pas sous-estimer l’importance des modèles que l’on donne à ses enfants ou petits-enfants lorsqu’ils nous voient prendre soin de nos aînés. Un jour, eux aussi auront peut-être à s’occuper de nous.

    France Lebreton

     

     

     

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