• Quarante ans après la Marche pour l'égalité, où est passée la fraternité en France ?

    Le Journal de Saône-et-Loire (Le JSL) est le quotidien où j’ai passé 39 années de ma vie professionnelle. Aujourd’hui je vous propose deux de ses articles qui évoquent la très inquiétante actualité de ce que nous vivons en ce moment même dans notre pays la France.

    Michel Dandelot

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    Quarante ans après la Marche

    pour l'égalité, où est passée

    la fraternité en France ?

    À 40 ans d’écart, la différence est saisissante. De l’élan fraternel de la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983, il paraît ne rester que des cendres dans la société française irréconciliée de 2023, enflammée par des colères et des haines décomplexées. Avec ces violences reflue dans le pays un racisme délétère.

    Quarante ans après la Marche pour l'égalité, où est passée la fraternité en France ?

    Le week-end dernier a été marqué par de vives tensions à Romans-sur-Isère, dans le Drôme, où des dizaines de militants de l’ultradroite ont défilé. Photo EBRA/Le DL/Fabrice Hebrard

    « Rengainez ! On arrive. » Il y a 40 ans, une rafale d’agressions et de crimes racistes tirait sur les routes de France, de Marseille à Paris, une longue marche pacifique pour l‘égalité et contre le racisme, la première manifestation de ce type en France. Un mouvement non-violent sans précédent qui avait culminé dans les rues de la capitale le 3 décembre 1983, avec une foule de plusieurs dizaines de milliers de personnes. « Un rendez-vous de la France avec elle-même comme pays de la diversité, comme pays d’immigration », selon le sociologue Ahmed Boubeker.

    Après la montée de l’antisémitisme…

    l'islamophobie

    De cette union de 1983, donnant du relief aux valeurs de la République, il ne reste que des miettes d’illusions en 2023 : la diversité s’est faite divisions. La discorde a gagné contre la concorde. Chaque étincelle sociale menace de se transformer en feu. Après l’incendie des émeutes urbaines de l’été après la mort du jeune Nahel tué par un policier, après l’antisémitisme attisé par le conflit entre Israël et le Hamas, la communauté arabe et musulmane est depuis une dizaine de jours la cible d’attaques, désignée coupable de la mort de Thomas, 16 ans, tué dans la nuit du 18 au 19 novembre 2023, lors d’une rixe en marge d’une fête à Crépol, dans la Drôme.

    L’inscription « Mort au bougnoule » a été taguée samedi 25 novembre sur la porte de la mosquée d’Octeville, dans la Manche. Et un peu plus loin : « Justice pour Thomas, ici on est en France, mort aux Arabes ». Le même slogan « Justice pour Thomas » a été découvert lundi 27 novembre sur la clôture de la future mosquée d’Angers, avec des portraits de l’adolescent tué à Crépol placardés avec les mentions « Massacre de Français, stop ! autodéfense ». « Rendre les musulmans responsables de la mort de Thomas est une injustice insupportable », s’indigne Mohamed Briwa, le président de l’Association des musulmans d’Angers. Une plainte a été déposée. Une mosquée de Valence (Drôme) a également reçu une lettre de menaces.

    « Des activistes veulent créer un climat

     de guerre civile »

    L’histoire se répète : mêmes boucs émissaires, mêmes violences visant des personnes en raison de leurs origines, de leur culture ou de leur religion. Comme un retour en arrière, l’ultradroite ranime la France rance des années 70, le spectre de cette décennie noire marquée par une quarantaine d’attaques contre des consulats, des foyers ou des cafés maghrébins. Pour le député Renaissance de la Gironde Éric Poulliat, rapporteur d’une mission d’information sur l’activisme violent, « des activistes veulent capter tous les faits divers pour créer un choc des civilisations. Ils cherchent donc à ce que leur action soit le plus médiatisée possible sur les réseaux et les chaînes d’info pour créer un climat de guerre civile ». Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a annoncé mardi sur France Inter qu’il va « proposer la fin du groupuscule Division Martel » et de « deux autres » groupuscules d’extrême droite.

    Le racisme que repoussaient les marcheurs de l’égalité de 1983 retrouve en 2023 droit de cité, brutalement et frontalement. Les actes ne sont pas isolés : ils se diffusent en nombre. « Les récits racistes des soulèvements se multiplient, parlant de « barbares » et d’immigration, et l’on craint qu’ils ne débouchent sur un succès dans les urnes », observait déjà François Dubet, professeur émérite de sociologie à l’Université de Bordeaux, dans son analyse des émeutes urbaines du début de l’été.

    L’extrême droite en première ligne

    Depuis la mort de Thomas à Crépol, l’extrême droite est en première ligne, trouvant un créneau porteur, à effet électoral possiblement démultiplicateur : stigmatiser, c’est mobiliser. Au Rassemblement national, la députée Marine Le Pen a fustigé des « banlieues criminogènes dans lesquelles se trouvent des milices armées qui opèrent des razzias ». Marion Maréchal, tête de liste Reconquête aux élections européennes de juin 2024, voit dans les événements autour du drame dans la Drôme une « guerre ethnique » et « les prémices de la guerre civile ».

    Le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti agite le chiffon rouge du péril fasciste. Lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, mardi, il a accusé le RN de pousser l’ultradroite dans la rue, en opposant « la France rurale et tranquille, catholique et blanche, à la France des cités, la France des Mohamed, des Mouloud et des Rachid ». Le garde des Sceaux invite le parti d’extrême droite à faire « le ménage » : « Chassez de vos rangs les gudards, les identitaires, les nazillons, les racistes, les antisémites ».

    SOS Racisme alerte d’une rhétorique ravageuse, utilisant les termes de « racailles », « ensauvagement » et « décivilisation », ainsi que des « analyses ethnicisantes de nombreux responsables politiques du RN, de Reconquête et de LR ». L’association pointe leur responsabilité dans les appels à des représailles lancés sur les réseaux sociaux et « l’accélération des attaques racistes, adossées à l’épaisseur d’une parole publique stigmatisante qui s’est installée et banalisée dans notre pays sur les derniers mois - en ciblant les Arabes, les immigrés, les noirs ou les musulmans selon le besoin du moment ». L’association née en 1984, un an après la longue marche de 1983, en appelle au président de la République et à l’exécutif : « Il est de la responsabilité du chef de l’État ou de la Première ministre de réagir solennellement afin de rappeler le refus du racisme en République et le refus des cycles de ''vengeance'' que l’extrême droite essaie manifestement d’enclencher ».

    SOURCE : Société. Quarante ans après la Marche pour l'égalité, où est passée la fraternité en France ? (lejsl.com) 

    40 ans de la Marche pour l'égalité

    et contre le racisme : un combat toujours d'actualité

    Le 15 octobre 1983, une dizaine de marcheurs s'élançaient de Marseille avec la volonté de relier Paris à pied pour dénoncer le racisme. 40 ans après cette marche historique, soutenue par la gauche et des dizaines de milliers de Français, les anciens participants déplorent la persistance des « violences policières ».

    Quarante ans après la Marche pour l'égalité, où est passée la fraternité en France ?

    La « Marche pour l'égalité et contre le racisme » a été initiée par des militants issus principalement des quartiers populaires. Photo Sipa/Tufan

    Ils rallièrent Paris depuis Marseille à pied pour dénoncer le racisme et les violences policières : la « Marche contre le racisme et pour l'égalité des droits » fête son 40e anniversaire dans une période où les colères des quartiers populaires résonnent avec celles d'alors.

    Partis dans la quasi-indifférence de la Cayolle, une cité marseillaise, le 15 octobre 1983, la dizaine de marcheurs atteint la capitale sept semaines plus tard, accueillie par près de 100 000 personnes. Pour la première fois, les discriminations quotidiennes vécues par les immigrés et leurs descendants en France seront mises en lumière. 

    Agressions racistes et affrontements avec les forces de l'ordre sont légion dans les quartiers populaires de cette France des années 1980, sur fond de percée du Front national, parti d'extrême droite aujourd'hui renommé Rassemblement national. « On était en marge de la société et en état de guerre, car notre quotidien c'était les balles, les morts, les contrôles au faciès... le tout dans l'indifférence générale », raconte Hanifa Taguelmint, 61 ans, une des participantes.

    Des quartiers qui se sentent abandonnés

    L'un des éléments déclencheurs de la marche fut le meurtre en juillet de Toufik Ouanes, 9 ans, abattu par un voisin dans la cité des 4 000 à La Courneuve, en région parisienne. Si son caractère raciste reste débattu, il témoigne des tensions sociales récurrentes dans ces quartiers qui se sentent abandonnés par les pouvoirs publics. Renommée « Marche des Beurs » par les médias, terme qu'exècrent ses initiateurs, qui font justement valoir leur qualité de citoyens français, l'événement a permis de « rassembler les immigrés avec la France profonde ». 

    Elle prend une nouvelle ampleur mi-novembre 1983 lorsqu'un touriste algérien est tabassé et jeté d'un train par des légionnaires. Jusqu'ici méfiante, la gauche au pouvoir prendra progressivement conscience du mouvement en dépêchant des émissaires lors de ses dernières étapes.

    A Paris, une délégation est reçue par le président François Mitterrand. S'il refuse d'accorder le droit de vote aux étrangers aux élections locales, il promet une carte de séjour valable dix ans pour les immigrés et la prise en compte des crimes racistes devant les tribunaux.

    Une délégation de « marcheurs » est reçue

     à l’Élysée le 3 décembre 1983.

    Quarante ans après la Marche pour l'égalité, où est passée la fraternité en France ?

    Photo Sipa/Rebours

    Rien n'a bougé ?

    « Cette marche aura réussi à visibiliser la deuxième génération (enfants d'immigrés), les violences policières et les crimes racistes », retient Hanifa Taguelmint. Jeudi, lors d'une soirée à Marseille où se sont réunis d'anciens « marcheurs », des militants et des membres du public ont cependant déploré qu'une partie des difficultés dénoncées en 1983 persistent.

    Les ex-marcheurs dénoncent la persistance « des violences policières ». « Le meurtre de Nahel (abattu par un policier à Nanterre en juin, NDLR) prouve qu'il y a toujours un problème de logiciel du maintien de l'ordre à la française », s'exaspère Farid L'Haoua, 65 ans, porte-parole de la Marche de 1983 et militant antiraciste. Mais tous disent « faire confiance aux jeunes d'aujourd'hui » pour trouver une manière de s'engager et de faire bouger les lignes et « trouver un projet d'espérance ».

    SOURCE : Société. 40 ans de la Marche pour l'égalité et contre le racisme : un combat toujours d'actualité (lejsl.com) 

     

    « Deux enfants de 9 et 15 ans tués par l’armée israélienne en CisjordanieProche Orient. À Paris, plusieurs milliers de personnes pour « la paix et la justice » »

  • Commentaires

    1
    fifi
    Samedi 2 Décembre 2023 à 20:14

    Ces mouvements populaires me font penser aux mouvements qui avaient lieu en France juste avant la seconde guerre mondiale où l'ensemble des français étaient tellement divisés du point de vue politique qu'il y a eu la débâcle de 40. Je ne sais pas si on est à la veille de la 3ème guerre mondiale, mais je vois bien une défaite à la Sedan comme en 70, où Marine Le Pen réincarnerait Adolf Thiers.

    Vive les Fédérés!

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