• Raconte-moi ton Algérie : “j’ai sauté sur une mine” *** Remerciements à Jacques Cros pour le signalement de cet article

    Raconte-moi ton Algérie : “j’ai sauté sur une mine” *** Remerciements à Jacques Cros pour le signalement de cet article

    http://www.agriculteur-normand.com/actualites/raconte-moi-ton-algerie-j-ai-saute-sur-une-mine&ca=2Z0Y1N1PA7BPQL6BJPV8&cn=HMJECRVV:40I8L2JH.html 

    Plus de 1,3 million d’appelés ou rappelés du contingent ont passé de 6 à 36 mois en Algérie entre 1956 et 1962. Parmi eux, de nombreux agriculteurs (ou futurs agriculteurs). André Marie, agriculteur retraité à Saint-Marcouf-du-Rochy (14), se souvient.

    "On nous a fait casser la gueule pour rien. Tout ça, c’était pour les colons”. Allongé dans son lit, André Marie n’est pas tendre avec les autorités politiques de l’époque. Un sentiment de rancune qui s’explique peut-être par une jambe laissée là-bas. André a sauté sur une mine, indemnisé aujourd’hui à 865 euros par mois. “Pas cher payé, mais paradoxe, si je n’avais pas ma pension d’invalidité, on serait mal !”, lance-t-il à sa femme Claudine. Et de faire ses comptes. A sa pension d’invalidité de 865 euros s’ajoutent sa retraite d’ancien combattant (330 euros deux fois par an) et ses 546 euros mensuels de retraite agricole. Soit moins de 1500 euros/mois pour une vie de labeur sur une seule jambe.
    Fils d’agriculteur, André stoppe les études à 14 ans pour travailler sur la ferme familiale. En mars 1956, âgé de 21 ans, il a plein de projets dans la tête. Mais avant de les mener à bien, il doit remplir ses obligations militaires. En mars de cette année, il part pour Coblence en Rhénanie-Palatinat (Allemagne). Il intègre le 9ème Régiment de Bataillon du Génie. Trois mois de classes et une unique permission avant de partir, en juillet, pour l’Algérie. “Je n’avais pas peur. Il fallait y aller”, lâche-t-il laconiquement. Il n’imaginait pas alors que, neuf mois plus tard, il frôlerait la mort.  

    Le premier véhicule n’a pas sauté
    Une de ses missions là-bas a presque un caractère agricole. Il commande un compresseur qui lui sert à fabriquer des piquets. Il pose ensuite le fil de fer barbelé. Objectif : tenter d’étanchéïser au mieux la frontière algéro-marocaine. Autre mission : réparer les pistes d’atterrissage. Ce qui l’oblige à de fréquents déplacements entre aérodromes. C’est au cours de l’un d’eux, le 17 février 1957, que tout bascule. “On avait un porte-char qui transportait un bulldozer, un camion et une jeep. Je me souviens qu’un des gars m’avait proposé de monter dans la jeep. Moi, j’ai préféré le camion”. Au hasard d’une piste, la jeep qui ouvrait le convoi est passée mais le camion a sauté. Le véhicule léger a-t-il évité la mine ou s’agissait-il d’une mine radio commandée qui ciblait un véhicule censé transporter plus de militaires ? André Marie n’a jamais eu la réponse mais il se rappelle avoir sauté en l’air pour retomber lourdement sur la piste. “Je gueulais. J’avais une jambe en morceaux mais c’était l’autre, avec une simple fracture du tibia, qui me faisait le plus mal”. Parmi ses camarades d’infortunes, on déplore un mort et on relève  3 autres blessés aux jambes. Une fusée de détresse est lancée. L’hélicoptère sanitaire mettra 1/2 heure à arriver. “Je criais. Ils m’ont endormi. J’ai été opéré dans la nuit par des médecins militaires. Ils m’ont coupé la jambe au-dessous du genou”. Le lundi de Pâques 1957, André Marie est rapatrié en France. Bateau puis train pour rejoindre l’hôpital Villemin (1)  situé à Liancourt dans l’Oise.

    Mon moignon qui rapetisse
    Il va y séjourner plusieurs mois. On lui pose d’abord un pilon “parce que mon moignon rapetissait sans cesse”. Il revient définitivement à Saint-Marcouf-du-Rochy en novembre et c’est à Caen qu’on lui pose sa jambe artificielle. Il est réformé de l’armée en avril 1958, “redevenu civil. Je suis resté à la ferme même si mes parents voulaient que je fasse autre chose”. Il s’installe officiellement en 1968. “2-3 vaches à téteux, 2-3 vaches à viande. J’arrivais à vivre. Ma soeur m’aidait. Je marchais bien. Je faisais tout ce que je voulais : du vélo, monter sur le tracteur, faire les foins...”
    “Mais pas courir après les bêtes”, temporise Claudine, sa femme. 29 ans qu’ils sont mariés. “Il m’avait écrit. Enfin, c’était sa soeur qui tenait le crayon. Je savais qu’il était mutilé mais mon précédent ami était un grand brûlé civil du débarquement. Je n’ai jamais éprouvé de pitié pour André. C’était de l’amour et voilà”.
    Quatre mois après cette lettre Claudine et André vont se marier. Ils ont eu 2 enfants. “Il nous arrive parfois même de déconner avec sa jambe. De toute façon, le mal est fait” s’amuse Claudine. Une sacrée leçon de chose.
    Quant à André, s’il y a laissé un membre, il en a aussi ramené des médailles. Il tient d’ailleurs à poser avec pour la photo. Au moment du clic final, Claudine et André affichent tous deux un sourire. Le sourire sans doute de la vie.

    (1) : du nom de Jean-Antoine Villemin, né à Prey dans les Vosges le 25 janvier 1827 et mort à Paris le 3 octobre 1892. Médecin militaire, hygiéniste et épidémiologiste français, il est connu pour avoir démontré en 1865 que la tuberculose était une maladie contagieuse.


     

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