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    Hier, 21 septembre 2020 c’était l’anniversaire

    de la République

    (celle que Macron a oubliée)

     

    Hier, 21 septembre 2020 c’était l’anniversaire de la République  (celle que Macron a oubliée)

    Bataille de Valmy

    « La convention nationale décrète à l’unanimité que la royauté est abolie en France. » 21 septembre 1792. La fin de plus de huit siècles de monarchie. La République est née. Pas celle d’Emmanuel Macron. L’homme qui déclarait, deux ans avec son élection : « L’absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple Français n’a pas voulu la mort ». L’homme qui, à l’annonce de sa candidature, allait se recueillir à la basilique de Saint Denis, nécropole des rois de France. Le président de la République a choisi le 4 septembre, pour célébrer l’anniversaire de la République. L’objectif n’est pas nouveau : vider la République de son contenu révolutionnaire.

    Robespierre et Saint-Just n’étaient même pas encore morts, que déjà l’Histoire était réécrite. Des barbares, assoiffés de sang, seuls responsables de la Terreur, et même des totalitarismes des siècles suivants. Le bicentenaire de la révolution n’a pas été un anniversaire mais un enterrement. Les historiens réactionnaires autour de François Furet l’emportant dans les médias. Heureusement, des générations d’historiens ont déconstruit les mythes. De George Lefebvre à Albert Soboul, en passant par Albert Mathiez, Claude Mazauric, Michel Vovelle, au XXe, et j’en oublie, jusqu’à Jean-Clément Martin, Marc Belissa, Yannick Bosc ou Hervé Leuwes, qui ont tous les quatre œuvré, cette dernière décennie, à déconstruire la fabrication du monstre Robespierre et à redorer les jacobins.

    « Républicain », « républicain », « républicain ». Aujourd’hui, tous les hommes politiques se vantent partout, tout le temps, d’être : « républicain ». En oubliant ses origines révolutionnaires. Comment la République est née ? Le lendemain de la bataille de Valmy, de la victoire du peuple français sur les troupes royalistes coalisés aux portes de Paris, des trahisons de Louis XVI, de sa fuite à Varennes, du massacre du Champ-de-Mars… Et le Président de la République d’oser aujourd’hui affirmer que notre pays serait nostalgique de la figure du roi ? Macron ose choisir le 4 septembre ?

    La République est née le 21 septembre 1792. N’en déplaise aux charlatans de la République. Liberté, Égalité, Fraternité… Maximilien de Robespierre. C’est l’incorruptible qui, le premier, assembla ces trois mots dans un discours. Combien l’ignorent parmi les tartuffes de la République ? Deux cent vingt-huit ans plus tard, c’est bien une devise robespierriste qui est affichée sur tous les frontons des écoles et des mairies à travers pays. La révolution n’est pas terminée. La liberté, l’égalité et la fraternité sont chaque jour piétinés encore un peu plus. Les profiteurs de crises ont pris 37 milliards d’euros depuis le début du coronavirus. Pendant ce temps là, des millions de Français crèvent la dalle. Chaque jour, ils tentent de diviser le peuple français. Mais on ne les laissera pas détruire la République. Les séparatistes, ce sont eux.

    SOURCE : En ce jour anniversaire de la Première République, chantons comme nos aînés les chants révolutionnaires :

     

    21 Septembre 2020

     

     

    Ça fait du bien au moral !

     

     

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    Peut-on «réconcilier» la France

    et l’Algérie ?

    En cliquant sur ce lien vous pourrez visionner une interview de Benjamin Stora : SOURCE : https://www.mediapart.fr/journal/international/200920/peut-reconcilier-la-france-et-l-algerie?page_article=1 

    Peut-on «réconcilier» la France  et l’Algérie?

    Les présidents français et algérien promettent de « réconcilier » les mémoires meurtries par la colonisation et la guerre. Mais Emmanuel Macron peut-il être crédible dans sa démarche, à l’heure même où il légitime les traditionnelles obsessions identitaires françaises ? On en parle avec l’historien Benjamin Stora, missionné par l’Élysée pour relever le défi mémoriel.

    «Apaiser », « réconcilier » les mémoires endolories par les décennies de colonisation et les années de guerre. Tel est le défi mémoriel inédit, et a priori impossible quand on connaît le poids de l’histoire entre la France et l’Algérie, que se sont lancé les présidents français et algérien de part et d’autre de la Méditerranée. Manœuvre présidentielle dilatoire ou démarche sincère ? 

    En France, c’est l’historien Benjamin Stora, l’un des principaux spécialistes de l’Algérie, qui a été choisi le 24 juillet par le président français Emmanuel Macron pour « dresser un état des lieux du chemin accompli en France sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie » en vue de favoriser « la réconciliation entre les peuples français et algérien », dit la lettre de mission.

    De son côté, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a nommé Abdelmadjid Chikhi, l’inamovible directeur général des archives algériennes, pour mener « un travail de vérité entre les deux pays ». Chikhi est un haut fonctionnaire connu pour verrouiller l’accès des archives aux chercheurs, un cacique du FLN, le parti libérateur devenu la courroie de transmission d’un pouvoir gérontocratique. 

    Sa nomination passe mal en Algérie. « Pour avancer sur le sujet, apaiser les mémoires, ce n’est pas la bonne personne. Chikhi est un apparatchik bloqué en 1962 », regrette l’historienne franco-algérienne Karima Dirèche, qui craint l’immobilisme tant le passé est instrumentalisé par les autorités algériennes… 

    Benjamin Stora, lui, essuie les critiques, à commencer par celle d’être « l’historien officiel d’Emmanuel Macron », et il assume de mener une telle mission, seul dans son coin, sans le concours des nombreux confrères et consœurs qui travaillent sur le sujet.

    « J’ai toujours travaillé seul, depuis 40 ans, sans rien demander à personne. On disait déjà que j’étais l’historien officiel de Hollande lorsque j’ai accepté la présidence du musée de l’Immigration. Et, puis, aussi, comme l’extrême droite le répète, que j’étais proche du pouvoir algérien, des harkis, des cercles algérianistes, et puis, aussi, pro-islamiste, etc. Que dire face à la bêtise et à la jalousie ? », répond lorsqu’on l’interroge Benjamin Stora, invité de notre nouvelle émission consacrée à l’« irréconciliation » entre la France et l’Algérie. 

    Pour Benjamin Stora, dire qu’il est « l’historien officiel » de Macron et de ses prédécesseurs, un abonné aux cercles de pouvoir – « je les ai tous rencontrés pour mes travaux, Mitterrand, Chirac, même Sarkozy » –, c’est reprendre l’antienne de l’extrême droite. Il rappelle que c’était d’ailleurs le titre d’un article de cinq pages que lui a consacré l'hebdomadaire d’extrême droite Valeurs actuelles en octobre 2019 dans un de ses marronniers, un hors-série consacré à l’Algérie française. Un ancien rédacteur en chef de Minute, journal proche du parti du Rassemblement national de Marine Le Pen, fondé par des partisans de l’Algérie française, y signe une violente charge antisémite contre le chercheur. 

    « Ma vie n’est pas réductible aux rencontres avec les présidents de la République française. Si eux font appel à moi, je ne vais pas dire non, tranche encore Benjamin Stora. La question coloniale, particulièrement algérienne, est aujourd’hui devenue centrale en France car elle pose les problématiques françaises, le racisme colonial, le rapport de la France à ses minorités, à la place de la religion. Dans les années 1970-80, lorsque je démarrais mes recherches, ces questions étaient totalement périphériques, y compris dans l’université. Ce sont les universitaires algériens qui m’ont sauvé à l’époque. Je me suis battu seul comme un chien pour faire ma thèse sur Messali Hadj (père fondateur du nationalisme algérien). Charles-Robert Ageron, le plus grand spécialiste français de l’histoire de l’Algérie contemporaine, n’avait même pas de poste à Paris. J’allais le voir à Tours. Aujourd’hui, ce serait impensable. » 

    Là où une partie de la communauté historienne voit une occasion historique ratée d’unir les forces et de travailler collectivement sur un sujet essentiel, éminemment complexe, qui empoisonne les relations entre les deux pays, tourmente en profondeur les sociétés, Benjamin Stora, qui plaide être « l’un des rares historiens français à être connu et reconnu en Algérie » et qui a grandi dans les années 1950 à Constantine dans une famille juive, avant d’être contraint par la guerre à l’exil en France, argue d’« une nécessité de travailler seul »

    « Quand on fait un rapport comme celui-ci, c’est tout seul, explique-t-il. On ne le fait pas avec des collègues. En revanche, on le fait avec les associations, par exemple celle des réfractaires à la guerre en Algérie qui reversent leur pension aux Algériens, ou encore le comité Audin. Ce qui m’intéresse, c’est le point de vue des acteurs, les harkis, les pieds-noirs, les Algériens, les officiers de l’armée française, etc. Bien sûr que je rencontre des historiens, mais je ne prépare pas un colloque. À 70 ans, je ne vais pas soutenir une énième thèse. C’est une réflexion d’un homme engagé qui a traversé 40 ans d’histoire franco-algérienne, un historien qui a travaillé sur le plan universitaire entre les deux rives et qui est aussi un acteur né en Algérie. »

    Un argument que certains chercheurs, sous le couvert de l’anonymat, entendent. À l’image de cet ancien qui reconnaît à Stora « une légitimité par ses travaux, un prestige en Algérie, il est apprécié par beaucoup de gens là-bas, et il a montré qu’il était toujours là quand un président le sollicitait. Il aurait pu demander une commission, mais une commission a-t-elle plus de légitimité ? Cela reste discutable. On a vu sur le Rwanda ce que cela avait provoqué, mettre Untel et pas Unetelle. Maintenant, que va-t-il mettre dans son rapport et est-ce que Macron va suivre ? C’est les questions qui se posent »

    D’autres voient dans l’acceptation de cette mission la validation « d’une problématique bidon » : « Qu’est-ce qu’on va apaiser ?, s’agace un chercheur. C’est une instrumentalisation de plus. Stora va faire un état des lieux de ses travaux, quelques propositions et Macron ne fera rien, sa priorité étant de s’inscrire de plus en plus à droite pour être réélu en 2022. »

    S’il assume de mener la mission seul côté français, Benjamin Stora ne travaillera pas non plus main dans la main avec son homologue algérien ni avec une quelconque commission mixte entre les deux rives. « J’ai appelé Abdelmadjid Chikhi après ma nomination. Il m’a dit qu’il entendait travailler seul et que nous harmoniserions à la fin nos points de vue. »

    Concrètement, sa mission consiste à « trouver des compromis mémoriels » à l’heure où les mémoires se sont durcies au fil du temps, « communautarisées », chacun s’enfermant dans sa mémoire spécifique, harkis, pieds-noirs, anciens appelés du contingent français, juifs d’Algérie, indépendantistes, immigrés algériens… Car « cette histoire coloniale, extrêmement dure, cruelle, continue d’encombrer et de servir à des instrumentalisations politiques, et il y a les souffrances des peuples, des gens de part et d’autre qui, 60 ans plus tard, souffrent d’avoir été abandonnés, trahis, pas reconnus dans leurs souffrances ».

    Son rapport est quasiment terminé. Il y fait l’inventaire « de ce qui a été fait et de ce qui n’a pas été fait ». « J’ai été frappé par le grand nombre d’associations qui ont demandé à me rencontrer depuis que cette mission est connue : des harkis, des pieds-noirs, des immigrés, etc., raconte l’historien. J’ai découvert un foisonnement d’initiatives de gens qui se battent depuis très longtemps pour la restitution d’un canon qui surplombait la baie d’Alger, des clés de la ville de Laghouat, la réhabilitation des cimetières, car c’est très important les cimetières pour faire son deuil, comme celui de Saint-Eugène Bologhine à Alger. Des associations de la communauté juive veulent préserver des cimetières comme ceux de Tlemcen et Constantine. Toute une série d’associations n’ont jamais cessé de revendiquer des passerelles mémorielles et n’attendent pas tout des États. »

    « Les Français ignorent qu’on décapitait les Algériens pendant la conquête coloniale »

    Benjamin Stora entend saisir le président Macron sur deux problématiques décisives qui mobilisent depuis des années la communauté chercheuse : la question des archives, devenue intenable tant en France qu’en Algérie, à la suite de divers obstacles, et celle des disparus de la guerre d’Algérie (voir à ce sujet le travail remarquable que mènent les historiens de l’association Histoire coloniale et post-coloniale à travers le site 1000autres.org).

    « L’ouverture des archives a été promise mais il y a des restrictions de fermeture avec l’IGI 1300 [instruction générale interministérielle de 2011 mettant en application la loi de 2008 sur les archives – ndlr], qui oblige à tamponner les documents un par un et retarde l’accès à des documents déclassifiés, y compris secret défense. »

    Comment écrire et débattre de l’histoire quand les archives ne sont pas accessibles ? Emmanuel Macron est d’autant plus attendu au tournant que cet IGI 1300 contredit son engagement d’ouvrir les archives, promesse faite lors de sa visite en septembre 2018 à Josette Audin, qui s’est battue toute sa vie pour qu’éclate la vérité sur la mort de son mari Maurice Audin, le célèbre mathématicien et militant anticolonialiste, torturé et assassiné en 1957 pendant la bataille d’Alger. 

    Premier président français à être né après l’indépendance de l’Algérie, ce qui a son importance dans une France qui refuse encore d’affronter ce passé qui ne passe pas, il fait preuve d’un certain volontarisme sur la question algérienne, plus que ses prédécesseurs, qui se sont surtout contentés de discours, selon plusieurs observateurs. Mais ses intentions restent inconnues. 

    « Il y a une part de sincérité chez lui, l’envie d’avoir comme Chirac sur le Vél d’Hiv un marqueur historique de la même portée mémorielle pour l’histoire de France où il reconnaîtrait la dérive coloniale de l’État français, veut croire un acteur. Il le dit en off à des journalistes mais il n’a jamais fait de discours en ce sens. C’est un peu des déclarations pour l’exportation. Pour l’instant, il n’a pas fait grand-chose. On attend encore les actes. »

    Après avoir déclaré pendant la campagne présidentielle de 2017 que la colonisation était « un crime contre l’humanité », pour ne plus en parler ensuite, Emmanuel Macron a reconnu, une fois élu, la responsabilité de l’État français dans l’assassinat du militant communiste Maurice Audin. Il a dans le même temps admis le recours systémique à la torture pendant la guerre d’Algérie.

    Une semaine après sa visite à Josette Audin, il a également honoré des harkis, ces combattants algériens qui ont servi la France puis qui ont été abandonnés par les autorités françaises dans des conditions tragiques. Il a encore restitué à Alger, début juillet, vingt-quatre crânes de résistants algériens décapités pendant l’interminable et sanglante conquête de l’Algérie par la France au XIXe siècle, crânes qui étaient entreposés au musée de l’Homme. Un geste qualifié de « grand pas » par Alger. 

    « Emmanuel Macron fait preuve d’un volontarisme fort en matière de relations franco-algériennes […]. Il doit y avoir des questions d’intérêts et d’impératifs de politique extérieure mais pas seulement. Il faut aussi prendre en compte qu’en France, depuis les années 1990-2000, les présidents de la République se sont engagés sur le terrain mémoriel et prennent de plus en plus au sérieux les politiques publiques à mettre en œuvre en la matière. Emmanuel Macron s’inscrit dans cette tendance. Il la renforce cependant, s’implique plus, me semble-t-il, que ces prédécesseurs », analyse l’historienne française Sylvie Thénault dans un entretien au site algérien Algériecultures.

    Tout en prenant ses distances avec l’idée de « réconciliation » : « Bien sûr, il y a des gens qui ont vécu cette guerre dans des camps opposés, qui en ont souffert de multiples façons mais parmi eux, tout est possible : soit ils ont déjà fait un effort de compréhension pour le vécu des autres et compris qu’il pouvait exister d’autres points de vue, d’autres souffrances que les leurs ; soit ils n’ont pas fait cet effort et je ne crois pas à la possibilité de les forcer à le faire. »

    Emmanuel Macron tient, lui, à « la réconciliation ». Mais peut-on être un président crédible quand on dit : « Moi je veux réconcilier la France et l’Algérie, apaiser les mémoires endolories, concurrentes » sur la scène internationale et quand, « en même temps », on est le chef de file d’un gouvernement de pompiers pyromanes qui fracture la société française en ressortant des bas-fonds la sémantique incendiaire des temps coloniaux, en continuant de violenter une partie de la société, celle qui descend d’anciens colonisés, en l’accusant d’« ensauvagement », de « séparatisme » ? 

    « On peut réfléchir sur la personnalité de Macron, ses prises de position mais ce qui m’intéresse, c’est que les termes utilisés renvoient à une posture ancienne, héritage d’un républicanisme outrancier qui valorise la colonisation comme une sorte d’exemplarité civilisationnelle, réagit Benjamin Stora. C’est beaucoup plus profond, c’est quelque chose qui est dans une mentalité historico-politique française, une sorte de matrice culturelle fabriquant des stéréotypes avec des illusions que le nationalisme a pu apporter et être universaliste. […] On en est trop restés en France à des postures politiciennes. On peut critiquer Macron, la droite, une fraction de la gauche, etc. Plus fondamentalement, tout un travail d’éducation politique doit être mené sur l’utilisation de ce vocabulaire postcolonial pour qu’on ne reste pas dans ce logiciel. »

    Benjamin Stora regrette qu’aucun parti politique français, même à gauche, ne soutienne sa mission dans un pays où des millions de personnes sont pourtant directement concernées par l’histoire franco-algérienne : « L’extrême droite est naturellement très hostile car elle ne reconnaît pas la nation algérienne, la droite se tait sous le feu de l’extrême droite et ce qui me surprend, la gauche classique, Parti socialiste, communistes, verts, insoumis, ne se sont pas manifestés sur cette mission. Ils n’ont ni approuvé ni désapprouvé. C’est une affaire qui ne les intéresse pas. Il y a un gros souci de la gauche française sur la question algérienne. »

    L’historien avance deux hypothèses concernant cette indifférence de la gauche : « Elle ne veut pas trop soulever le couvercle de la mémoire sur l’histoire algérienne et les responsabilités politiques » ; « plus fondamentalement, le Sud ne les intéresse pas. Tout ce qui se passe de l’autre côté de la Méditerranée ne rentre pas dans leur champ de vision ».

    Les obsessions identitaires françaises révèlent pourtant combien l’histoire franco-algérienne hante les débats et nourrit les pires fantasmes de la France contemporaine sur l’immigration, l’islam, le voile, les banlieues, la citoyenneté, l’identité française. « Il faut se battre pour faire se regarder tous les côtés de l’histoire, se battre contre les assignations à résidence identitaire. L’extrême droite grignote au niveau des médias, de l’université, de la jeunesse », s’inquiète Benjamin Stora.

    Il appelle à mener « la bataille culturelle, même si elle est très difficile », à inventer des lieux d’histoire nouveaux en France pour disséquer 132 ans de colonisation beaucoup trop méconnus des Français ; à entendre cette jeunesse en mouvement contre le racisme mais aussi contre les violences faites aux femmes, aux migrants, à la planète à l’heure de la lutte mondiale pour la « réappropriation de l’histoire des peuples »

    « Il faut prendre des initiatives, expliquer. Qu’est-ce que la guerre coloniale, les camps de regroupement, etc. ? Les Algériens connaissent l’histoire française, les Français ignorent l’histoire algérienne, ils ignorent qu’on décapitait les Algériens pendant la conquête coloniale […].

    On a inventé un lieu sur l’histoire de l’immigration [le musée de l’Immigration à Paris – ndlr] qui vit difficilement. Pourquoi ne pas inventer un musée de la France et de l’Algérie, des espaces critiques, de réflexion sur le modèle de la Colonie qui a malheureusement fermé [un bar, lieu de débats et d’expositions à Paris, indépendant, fondé par l’artiste Kader Attia, qui n’a pas survécu à la pandémie de Covid-19 – ndlr] ? La France, ce n’est pas Bugeaud, Gallieni, Faidherbe. C’est aussi l’anticolonialisme, Pierre Vidal-Naquet, Gisèle Halimi, Jean-Paul Sartre, Frantz Fanon. » 

    * * * 

    Benjamin Stora, Une mémoire algérienne, collection « Bouquins », éditions Robert Laffont.

     


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    Racket sur les retraités et les personnes

    en perte d’autonomie : le rapport Vachey 

    Michel Étiévent : « La Sécu a été entièrement bâtie dans un pays ruiné grâce à la seule volonté militante »

    Michel Étiévent : « La Sécu a été entièrement bâtie dans un pays ruiné grâce à la seule volonté militante »

    Le rapport Vachey sur l’organisation d’une branche autonomie de la Sécurité sociale propose de « racketter » les retraités et les personnes en perte d’autonomie pour financer la 5ème branche. 

    Ce rapport, créé par la loi du 7 août 2020 et confié à l’ancien directeur de la CNSA (Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie) Laurent Vachey vient d’être rendu public.

    Il présente 2 caractéristiques principales : 

    - Il confirme l’étatisation de la gestion de la perte d’autonomie, antinomique à son intégration dans la Sécurité sociale ; 

    - Il organise un véritable « racket » sur les retraités et les personnes en perte d’autonomie, exonérant les employeurs de toute participation au financement de ce risque. 

    La gestion de la perte d’autonomie est très largement étatisée ; tant sur son pilotage que sur son financement qui reposera principalement sur la CSG – qui est un impôt – et non sur des cotisations sociales.
    Les premiers impactés seront les retraités, présentés comme des « nantis », avec alignement de leur CSG sur celle des actifs et la réduction de moitié de l’abattement fiscal de 10% sur leur pension.
    C’est aussi une réduction de niches sociales et fiscales, pas pour les entreprises du CAC 40 mais pour les résidents en EHPAD (alors que le coût moyen de l’hébergement excède le montant de la retraite moyenne) et ceux qui ont plus de 70 ans et ont recours aux services d’aide à domicile.
    Les salariés ne sont pas non plus oubliés, avec la proposition d’une 2ème journée de solidarité ou la réduction de l’abattement dont ils bénéficient sur la CSG.
    En revanche, rien n’est demandé aux entreprises, si on excepte la proposition de limiter l’exonération de cotisations patronales famille sur les plus hauts revenus (entre 2,5 et 3,5 Smic).
    Une autre préoccupation centrale du rapport est de limiter les dépenses : il s’en prend ainsi à l’Allocation pour Adulte Handicapé, dont il propose « de réguler » (comprendre diminuer) la croissance, tout comme durcir les conditions d’attribution de l’Allocation personnalisée d’autonomie (APA) pour les personnes propriétaires de leur logement, en ajoutant « un loyer fictif » à leur revenu correspondant à la valeur de leur logement.
    Ceci démontre l’impasse que constitue la création d’une 5ème branche, comme la CGT l’a dénoncé.

    Pour la CGT, ce rapport « fourre-tout » est loin de répondre aux enjeux et aux besoins. 

    Elle réaffirme sa revendication d’un droit à l’autonomie, dans le cadre de la branche maladie de la Sécurité sociale, financé par la cotisation sociale, prenant en compte le handicap de la naissance à la mort. 

    La simplification doit passer par la désignation, à terme, d’un payeur unique et intervenant unique : la Sécurité sociale, à travers l’Assurance maladie, afin de répondre aux besoins des personnes en perte d’autonomie. C’est pourquoi la CGT demande la création d’un grand service public de l’aide à l’autonomie, en établissement comme à domicile, avec du personnel formé, qualifié et revalorisé. 

    Pour la CGT, il est urgent de créer 200 000 emplois dans les Ehpads, 100 000 dans le secteur de l’aide domicile. 

    Ces choix, tournés vers une réponse adaptée aux besoins des personnes, induisent des propositions de financement de la perte d’autonomie reposant sur le partage des richesses. 

    Montreuil, le 18 septembre 2020

    SOURCE :

    Confédération Générale du Travail - CGT 

     

    Michel Étiévent : « La Sécu a été entièrement bâtie dans un pays ruiné grâce à la seule volonté militante »

    Michel Étiévent : « La Sécu a été entièrement bâtie dans un pays ruiné grâce à la seule volonté militante »

    Ambroise Croizat, au centre

    Avec Macron, la privatisation de la Sécu est en marche forcée : augmentation de la CSG (contribution sociale généralisée), milliards d’euros “économisés” (et lits d’hôpitaux en moins), chasse aux fraudeurs, augmentation du forfait hospitalier… Pour comprendre pourquoi on devrait défendre la Sécurité sociale avec acharnement plutôt qu’accepter béatement sa destruction méticuleuse, nous revenons sur les conditions de sa création et son histoire avec Michel Étiévent – historien militant né dans la même maison que l’homme à l’origine de la Sécu – Construite envers et contre le Capital dans un pays ruiné par la guerre, la Sécurité sociale est probablement le service public qui a le plus changé la vie des Français au siècle dernier.

    Comment les gens se soignaient-ils en France

     avant la création de la Sécurité sociale

     en 1945 ?

    En 1938 en France, il y a sept millions de salariés. Cinq millions d’entre eux n’ont aucune protection sociale. Les deux millions restants ont de vagues assurances sociales. Celles-ci sont nées en 1930 et s’apparentent plutôt à de l’aumône. Certains ont aussi de vagues mutuelles mais elles sont épuisées à la moindre épidémie de grippe. La majorité des gens ne se soignent pas et attendent la mort. C’est l’insécurité totale du lendemain. Cinq millions de salariés n’ont pas de retraite non plus. La seule retraite à l’époque, c’est le cimetière. On imagine la rupture qu’apportât la Sécurité sociale en amenant simplement de la dignité. La Sécu, au final, ce n’est rien d’autre que le droit de vivre.

    En 1945 en France, le taux de mortalité infantile est de 100 pour 1 000. Neuf ans après seulement l’institution de la Sécu, on passe à 30 pour 1 000. De 1915 à aujourd’hui, on a gagné près de trente années d’espérance de vie. On le doit essentiellement à la Sécu qui a apporté à tous la possibilité de se soigner et qui a mis à la disposition de tous les grands succès médicaux, comme la naissance de médicaments tels que la pénicilline, ou ceux pour soigner l’hépatite, qui ont pu sauver des vies.

    « La Sécu, ce n’est rien d’autre que le droit de vivre. » 

    À la faveur de quoi le processus de création de la Sécurité sociale s’est-il enclenché ?

    Après la guerre, le Conseil national de la résistance (CNR), un groupe de 18 jeunes résistants mené par Jean Moulin avant sa mort, a décidé d’en finir avec cette insécurité du lendemain. C’est l’idée de cotiser selon ses moyens et recevoir selon ses besoins. C’est le sens d’ailleurs de la première intervention d’Ambroise Croizat, ministre communiste de la Libération, à l’Assemblée nationale en 1945 : « Désormais, nous mettrons fin à l’insécurité du lendemain, nous mettrons l’homme à l’abri du besoin, nous ferons de la retraite non plus l’antichambre de la mort mais une étape de la vie et nous ferons de la vie autre chose qu’une charge et un calvaire. » Du programme rédigé par le CNR naît la fameuse ordonnance du 4 octobre 1945 qui institue la Sécurité sociale.

    Qui est Ambroise Croizat ?

    Ambroise Croizat est un fils d’ouvrier, un fils de manœuvre, qui naît le 28 janvier 1901 à Notre-Dame-de-Briançon, en Savoie. Très vite, Antoine Croizat, son père, comprend que si on veut améliorer les conditions de vie extrêmement dures des travailleurs, il faut se bouger. Il lancera une grève en 1906. Ce sont les prémisses des revendications pour la protection sociale. Il s’agit de changer les rythmes, d’avoir des conditions de travail plus décentes et surtout d’obtenir une caisse de secours, l’ancêtre de la Sécu en fait, qui amènerait une couverture en cas de maladie ou d’accident de travail, puisqu’à l’époque, il n’y avait rien. Il se fera licencier pour ça. La famille va alors partir pour Ugine avant de rejoindre Lyon. Ouvrier depuis ses 13 ans, Ambroise va devenir un syndicaliste important de la CGT [Confédération générale du travail, NDLR]. Il adhérera au Parti communiste en 1920. En 1936, il est secrétaire de la fédération nationale CGT des métaux et il devient alors député de Paris. C’est le Front populaire. Dans les batailles menées à l’époque, c’est lui, avec d’autres, qui imposera les 40 heures, les congés payés, les conventions collectives.

    Suite au pacte germano-soviétique d’août 1939, le PCF est dissous et ses militants incarcérés, dont les 36 députés communistes de l’Assemblée nationale. Croizat est ainsi arrêté et sera déporté au bagne d’Alger par Pétain. Il est libéré en 1943, après le débarquement anglo-américain sur les côtes algériennes et marocaines, et il rejoint le général de Gaulle dont le gouvernement provisoire est alors à Alger. Il fera ainsi partie de la commission consultative du premier gouvernement provisoire de la France, qui est en lien avec le CNR fondé la même année. Croizat est nommé président de la commission Travail par de Gaulle et il est chargé de préparer clandestinement la mise en œuvre du programme social du CNR.

    En 1945, à la Libération, et suite au succès du Parti communiste aux élections législatives, il est nommé ministre du Travail et de la Sécurité sociale. Il laissera un héritage social considérable : les retraites, les comités d’entreprise, la médecine du travail, le triplement du montant des allocations familiales, le doublement du congé maternité, la prévention dans l’entreprise, la reconnaissance des maladies professionnelles, et la mise en place de tous les statuts sociaux (de la fonction publique, des mineurs, d’électricien-gazier, etc.) avec Marcel Paul. Croizat a permis aux travailleurs d’avoir un rôle social, avec la création des comités d’entreprise notamment, dans la gestion et l’avenir de leur profession. Il va le payer très cher puisqu’il va mourir très jeune, en 1951. Il a 50 ans. Un million de personnes suivent le cortège dans les rues de Paris lors de son enterrement. C’est un enterrement à la Victor Hugo. Il n’y en a pas eu beaucoup. Les gens lui ont rendu hommage.

    J’imagine qu’Ambroise Croizat n’a pas mené cet immense chantier seul.

    Sur le terrain, qui a bâti la Sécu ?

    La Sécu va être bâtie par le peuple français, par un petit groupe de militants de base, essentiellement issus de la CGT en fait. Ces mêmes militants géraient la Sécu. La CGT avait d’ailleurs la majorité dans les conseils d’administration des caisses où 75 % des sièges étaient réservés aux travailleurs syndiqués et 25 % aux patrons. Ce sont donc des ouvriers comme Jolfred Fregonara, qui apparaît dans le film La Sociale, qui ont bâti en un temps très court la Sécu. On dit souvent que ça a pris 18 mois parce que ça correspond au temps qu’Ambroise Croizat, qui avait la maîtrise d’œuvre de ce chantier, est resté au gouvernement, mais en fait la création des caisses a eu lieu du 22 mai 1946 à août 1946. C’est un travail considérable. Ces militants vont construire 138 caisses de Sécu et 113 caisses d’allocations familiales, qui vont complètement changer la vie des gens. Il faut imaginer que les caisses de l’époque, c’est parfois une baraque en planches, parfois un wagon aménagé dans une gare, c’est un petite pièce ici ou là où des bénévoles, ramassent les feuilles de Sécu, payent les gens, etc.

    On comprend l’enthousiasme indescriptible dans lequel ces militants ont bâti la Sécu, hors de leur temps de travail, pendant leur temps de congé et de manière totalement bénévole. Ils ont bouleversé la vie des Français en un temps très court, dans un pays totalement ruiné.

    Au moment de la création de la Sécu, quelles ont été les résistances ?

    Immédiatement, dès l’apparition de l’ordonnance d’octobre 1945 instituant la création de la Sécu, des défiances sont apparues. Elles viennent, naturellement, d’abord des patrons qui n’en veulent pas puisqu’il faut payer des cotisations sociales. Ensuite, ça vient de syndicats minoritaires, comme la CFTC [Confédération française des travailleurs chrétiens, NDLR], qui voulaient revenir aux anciennes caisses. Les oppositions proviennent évidemment des mutuelles dont la Sécu prend alors les biens puisque c’est elle qui va désormais tout gérer. Ça vient aussi des médecins, notamment du syndicat des médecins libéraux, qui s’opposent tout de suite à la Sécu parce qu’elle fixe leurs honoraires. Ils supportaient par ailleurs difficilement que la Sécu soit gérée par des ouvriers, qui plus est par des ouvriers de la CGT. Les assurances privées ont également lutté contre la Sécu, on comprend pourquoi. La droite française s’est battue farouchement bien qu’elle se refusait à le faire ouvertement puisque le rapport de force était contre elle. C’est d’ailleurs ce rapport de force au moment de la Libération qui a permis à la Sécu d’être mise en place : les cinq millions d’adhérents à la CGT, les 29 % d’adhérents au Parti communiste et les classes ouvrières sont sortis grandis de leur résistance alors que le patronat était totalement mouillé par la collaboration. Ce dernier pouvait difficilement dire quelque chose.

    « Cotiser selon ses moyens et de recevoir selon ses besoins. »  

    Quels sont les principes qui ont orienté la création de la Sécurité sociale

    Il y en a quatre et ils ont tous été volés aujourd’hui.

    Le premier, c’est l’unicité : dans une seule caisse, au plus proche des habitants, par département, on va grouper tous les risques sociaux (maladie, vieillesse, maternité). De la naissance jusqu’au décès, les gens peuvent disposer de tous leurs droits sur place et au même endroit.

    Le deuxième grand principe au moment de la fondation de la Sécu, c’est celui de l’universalité. On le doit principalement à Croizat. Tout le monde sera soigné. Ceux qui ne le veulent pas, c’est parce qu’ils l’ont refusé, comme les fonctionnaires ou les cheminots qui ont décidé d’avoir leurs propres caisses.

    Le troisième, et il constitue l’exception française, c’est la solidarité. La Sécu est financée essentiellement par la cotisation sociale par répartition et par solidarité, qu’on soit bien portant ou malade, vieux ou jeune, actif ou non actif. Ce qui est formidable dans la cotisation sociale, contrairement à l’impôt, c’est qu’elle va directement du cotisant au bien-être des gens. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle aujourd’hui, on voudrait supprimer les cotisations sociales, parce que cet argent ne passe par aucun actionnaire, aucune banque, il va directement aux gens qui en ont besoin.

    Le dernier pilier de la Sécu, qui est à imputer à Croizat aussi, c’est la démocratie. Si on veut permettre l’accès au droit de la santé pour tous, il faut que l’institution soit gérée par les intéressés eux-mêmes. C’est l’idée des conseils d’administration à majorité ouvrière.

    Comment la Sécurité sociale a-t-elle évolué depuis ?

    Dès 1953, les premières vraies batailles contre la Sécu apparaissent. On essaye d’abord de miner la retraite des fonctionnaires. Puis, en 1959, on va essayer d’imposer ce qu’on appelle les franchises, c’est-à-dire que les gens ne seront remboursés qu’à partir d’une certaine somme dépensée en soins médicaux, à l’époque c’était 3 000 francs. L’opposition a été si forte qu’elles n’ont pas pu être mises en place.

    En 1958, c’est la première attaque forte contre la Sécu par le général de Gaulle, pourtant porteur de l’idée en 1945 quoiqu’elle lui ait été imposée par le rapport de force. Les directeurs de caisses seront dès lors nommés et non plus élus. Puis, il revient sur l’idée même de Sécurité sociale en imposant les ordonnances Jeanneney d’août 1967. Celles-ci imposent le contrôle préalable des budgets et le paritarisme, supprimant ainsi la gestion de la Sécu par les travailleurs puisque 50 % des sièges du conseil d’administration passent alors aux mains des patrons, laissant 50 % aux ouvriers. Il suffira alors d’un syndicat patronal minoritaire (mais unique) pour faire basculer la gestion vers le patronat. De Gaulle casse aussi la Sécu en plusieurs branches : auparavant tout était lié, les accidents de travail, la maternité, la maladie, la vieillesse. C’est comme un saucisson, quand on le coupe c’est plus facile de le manger. Le principe de solidarité est supprimé.

    « Aujourd’hui, alors que la France est la 5e puissance du monde, 32 % des Français hésitent ou renoncent à se soigner pour des raisons financières. » 

    Et puis, il y aura toute une succession d’attaques. Avec le plan Barre, l’État commence à vouloir faire des économies sur la Sécu. Le ticket modérateur – le reste à charge pour l’assuré – était très mince sous Croizat et, dès lors, il ne cessera plus d’augmenter sous tous les gouvernements successifs dans le sillage de la privatisation rampante de la Sécu via le contrôle de l’État. Rocard impose ensuite la CSG (Contribution sociale généralisée), qui est un impôt et plus du tout une cotisation sociale prélevée sur le salaire. Georgina Dufoix va essayer d’imposer des franchises dans les années 1980. Et l’ensemble des plans Juppé, Raffarin, Chirac vont allonger la durée de travail et de cotisation. Et ça continue jusqu’à aujourd’hui avec l’ANI (Accord national inter-professionnel) de 2013 que la CGT n’a pas signé mais que la CFDT [Confédération française démocratique du travail, NDLR] a avalisé. Celui-ci impose une mutualité dans l’entreprise et constitue une rupture d’égalité puisque tout le monde n’est pas concerné, mais uniquement ceux qui travaillent (vieux, chômeurs et précaires ne l’ont pas). La mutuelle est au choix du patron. L’ANI impose aussi une rupture de confidentialité dans la mesure où les patrons peuvent potentiellement connaître le profil pathologique de leurs employés. Tout ça participe à privatiser la Sécu.

    Il ne faut pas oublier que la Sécu a été entièrement bâtie dans un pays ruiné grâce à la seule volonté militante. Aujourd’hui, alors que la France est la 5e puissance du monde, 32 % des Français hésitent ou renoncent à se soigner pour des raisons financières [chiffres Insee de 2007, NDLR]. Tout ça est imposé par les réductions budgétaires décidées par l’État et votées par les députés. Si on voulait en finir avec le “problème” du “trou” de la Sécu, pourtant, on le pourrait. Celui-ci est de 10 milliards d’euros et dû au fait qu’il y a de moins en moins de recettes. Ceci est notamment imputable à la baisse de l’emploi : alors que plus de trois millions de personnes ont été mises au chômage, 100 000 emplois en plus en France correspondraient à deux milliards de plus dans les caisses de la Sécu. Aujourd’hui, il y a 40 milliards d’euros d’exonérations de cotisations sociales pour le patronat, obtenus par le chantage à l’emploi. Il y a 20 milliards de fraude aux cotisations, principalement obtenues par le travail au noir. Il y a 80 milliards d’évasion fiscale. Enfin, il y a 312 milliards d’euros de revenus financiers en France qui ne sont soumis à aucune cotisation sociale. L’État vient d’employer 270 personnes pour courir après les chômeurs. Est-ce qu’on ne pourrait pas plutôt employer ces gens-là pour courir après l’évasion fiscale, c’est-à-dire après les gens qui ne payent pas de cotisations.

    Le problème du prix des médicaments est scandaleux par ailleurs : un traitement pour l’hépatite C aujourd’hui coûte 100 dollars à la fabrication et est vendu 48 000 euros à la Sécu. On pourrait très bien créer un Pôle public du médicament avec des médecins et des usagers qui géreraient tout ça. Un autre moyen “d’économiser” serait de faire enfin de la prévention : par exemple, on connaît la toxicité de l’amiante depuis 1967 mais il a fallu attendre 1997 pour l’interdire. Entre temps c’est 30 000 morts et on en annonce 100 000 nouveaux. Il y aurait beaucoup de choses à faire avant de vouloir supprimer la Sécu. Il faudrait seulement un peu de courage politique. Et c’était la vertu cardinale de certains de nos représentants au moment de la Libération : ils plaçaient l’humain au centre de tout leur champ politique. Ce n’était pas les banques qu’ils voulaient sauver, c’était l’homme.

     

     

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    Hapsatou Sy alias "Corinne" :

    Éric Zemmour mis en examen

    après ses propos

    Hapsatou Sy alias "Corinne" : Éric Zemmour mis en examen après ses propos ***

    À force, Éric Zemmour va connaître les palais de justice aussi bien que les plateaux télé sur lesquels il est régulièrement invité à déverser ses propos toujours plus clivants. Après son clash avec Hapsatou Sy autour de son prénom, il a été mis en examen.

    Avec Éric Zemmour, une affaire chasse l'autre. Récemment, c'est lui qui avait le statut de victime après la condamnation d'un homme qui l'avait harcelé dans la rue. Mais la vapeur se renverse déjà puisqu'il est désormais mis en examen pour injure à caractère racial. La conséquence de son clash avec la chroniqueuse Hapsatou Sy.

    Hapsatou Sy alias "Corinne" : Éric Zemmour mis en examen après ses propos ***

    David Perrotin, ex-membre de BuzzFeed aujourd'hui chez Loopsider, Éric Zemmour aura prochainement affaire à la justice après avoir fait polémique en septembre 2018 sur le plateau de l'émission Les Terriens du dimanche. "Après les propos tenus par Éric Zemmour contre la chroniqueuse Hapsatou Sy qui aurait dû s'appeler 'Corinne', une plainte a été déposée. Zemmour a été convoqué par le juge cet été et a été mis en examen cette semaine pour injure à caractère racial. C'est Éric Dupond-Moretti qui représentait Hapsatou Sy. Étant devenu ministre [nommé à la Justice en juillet 2020, NDLR], c'est Antoine Vey (son associé) qui défend l'animatrice", a précisé le journaliste.

    À l'époque, Éric Zemmour avait été invité à parler de son livre Destin français et, une fois encore, il était parti en roue libre. Il s'en était pris pendant l'émission à Rachida Dati, puis à Hapsatou Sy, alors chroniqueuse des Terriens du dimanche avant qu'elle ne soit poussée vers la sortie avec pertes et fracas. "Normalement, chez moi, en tout cas depuis une loi de Bonaparte qui a malheureusement été abolie en 1993 par les socialistes, on doit donner des prénoms dans ce que l'on appelle le calendrier, c'est-à-dire les saints chrétiens", avait-il dit, reprochant par là à l'ancienne ministre d'avoir appelé sa fille Zohra. Ces propos avaient choqué Hapsatou Sy, qui lui avait alors fait remarquer qu'en dépit de son prénom, elle était française. "Eh bien, votre mère a eu tort", lui avait-il rétorqué en lui lançant que Corinne aurait été un prénom idéal pour elle. Vive polémique, soutien des stars sur la Toile et menaces de mort contre la chroniqueuse avaient suivi.

    Après ce clash, Hapsatou Sy avait effectivement déposé plainte.

    SOURCE : https://www.purepeople.com/article/hapsatou-sy-alias-corinne-eric-zemmour-mis-en-examen-apres-ses-propos_a404120/1

    MAIS C’EST PAS TOUT

    CAR DANS 6 JOURS LE 25 SEPTEMBRE

    ZEMMOUR CONNAÎTRA LE SORS

    QUI LUI EST Réservé concernant

    Cette autre affaire :

    Procès Zemmour: les associations antiracistes demandent une sévérité exemplaire

    Hapsatou Sy alias "Corinne" : Éric Zemmour mis en examen après ses propos ***

    Éric Zemmour était jugé pour « injures publiques à caractère racial » et « provocations publiques à la haine raciale » par la 17e chambre correctionnelle de Paris, le 1er juillet. Neuf associations antiracistes, parties civiles, ont demandé une peine exemplaire contre le polémiste, habitué aux dérapages racistes. Compte rendu.

    La salle est comble. Au point que la présidente de la 17e chambre correctionnelle de Paris demande que le public debout soit évacué. Mais à quelques minutes de l’audience, Éric Zemmour n’est toujours pas là. Il ne viendra pas.

    « A-t-on reçu une lettre d’excuse de la part du prévenu pour expliquer son absence ? », s’enquiert la présidente auprès d’Olivier Pardo, l’avocat d’Éric Zemmour. « Non madame la présidente, mon client est victime d’agressions physiques et verbales quotidiennement, il choisit donc ses sorties. Et la loi l’autorise à être représenté. » « C’est dommage, le tribunal aurait aimé lui poser les questions directement », réplique la présidente.

    Le polémiste est jugé pour « injure publique à caractère racial » et « provocation publique à la haine raciale » après des propos contre l’islam et l’immigration tenus le 28 septembre 2019 lors de la « convention de la droite », un rassemblement organisé par des proches de l’ancienne députée frontiste, Marion Maréchal.

    À La Palmeraie, dans le XVe arrondissement de Paris, ce jour-là, une bonne partie de l’extrême droite est présente. Et LCI retransmet le tout en direct, à robinet ouvert. Éric Zemmour a été invité pour ouvrir la réunion. 32 minutes de discours. 32 minutes où cet adepte du grand remplacement se laisse aller à ses obsessions face à un auditoire conquis d’avance. La communauté musulmane est, comme à son habitude, sa cible favorite. « Il y a une continuité entre les vols, viols, trafics de drogue jusqu'aux attentats de 2015, en passant par les innombrables attaques au couteau dans les rues de France. Ce sont les mêmes qui le commettent, qui passent sans difficulté de l'un à l'autre pour punir les koufars, les infidèles. C'est le djihad partout, et le djihad pour tous et par tous. »

    Malgré les condamnations unanimes, Éric Zemmour avait maintenu ses propos, quelques jours plus tard. Pendant la semaine précédant le procès, son avocat a tenté d’expliquer dans les médias que le discours de son client était tenu dans un cadre privé, et que ces propos n’avaient pas vocation à être diffusés sur une chaîne de télévision publique. Sauf que les places pour cette convention étaient disponibles à l’achat sur Internet, et pas sur invitation. Les intervenants avaient été prévenus de la présence de 120 médias accrédités pour l’occasion.

    Dans la semaine qui a suivi ce discours, le CSA a reçu quelque 3 600 signalements. Des chiffres exceptionnels. La Licra, SOS Racisme, le MRAP, le CCIF… Neuf associations se sont constituées partie civile.

    « Éric Zemmour est le Dieudonné des chaînes d’info », déclare le président de SOS Racisme, Dominique Sopo. Ses propos sont des appels à passer à l’acte contre les immigrés et les musulmans. » « Et ce n’est pas un oncle aviné, c’est un journaliste qui connaît le sens des mots », rappelle-t-il.

    Un constat partagé par le représentant de la Fédération nationale de la maison des potes : l’attentat islamophobe de Christchurch a été inspiré par Renaud Camus et sa théorie du grand remplacement, théorie largement relayée par Zemmour à longueur d’antenne. Selon les chiffres du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), en 2019, les actes islamophobes ont augmenté de 77 % par rapport à 2018. Jawad Bachare, le directeur exécutif du CCIF, pointe la responsabilité de Zemmour dans cette augmentation « Zemmour est prévenu, il a déjà été condamné. Il récidive. Le boulevard que lui donnent certains médias l’encourage. On veut une justice ferme avec ce multi-récidiviste », insiste-t-il.

    Les neuf avocats représentant les parties civiles sont unanimes. Le tribunal doit condamner fermement Zemmour, déjà condamné pour provocation à la haine raciale. « La stratégie est de faire taire Éric Zemmour, qu’il ne parle plus, plus comme ça », explique Jérôme Karsenti, avocat de la Fédération nationale de la maison des potes.
    Patrick Klugman, conseiller de SOS Racisme, rappelle qu’en leur temps, Dieudonné et Alain Soral ont été condamnés à du sursis ou de faibles amendes. « Ça ne les a pas découragés ! », relève-t-il. Il pique ensuite : « Zemmour est implacable quand il parle de délinquance, sauf de la sienne. » Slim Ben Achour, spécialisé dans les questions de racisme et d’immigration, enchaîne : « Éric Zemmour développe un business florissant, celui de la haine. »

    Trois des neuf associations ont demandé 100 000 euros de dommages et intérêts. Dénonçant « la rhétorique insidieuse » d’Éric Zemmour, qui, selon elle, « détourne l’histoire, les dates, les citations, enchaîne les sophismes aux fins de son discours », la procureure a requis 10 000 euros d’amende et un an de prison en cas de non-paiement à l’encontre du polémiste.

    Après cinq heures d’audience, Olivier Pardo, l’avocat d’Éric Zemmour, joue la victimisation. « J’encaisse les attaques depuis des heures. Tout est permis, puisque c’est d’Éric Zemmour dont il est question », affirme-t-il. Pendant une bonne demi-heure, il tente de réhabiliter son client, victime selon lui d’idées reçues qui lui collent à la peau. « S’il était Dieudonné ou Alain Soral, est-ce que le président de la République l’aurait appelé pendant 45 minutes ? Je ne crois pas. » L’argument se veut sans appel…

    L'affaire a été mise en délibéré et le jugement sera rendu le 25 septembre.

    SOURCE : https://www.mediapart.fr/journal/france/020720/proces-zemmour-les-associations-antiracistes-demandent-une-severite-exemplaire 

     

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    La guerre des mémoires, la France face

    à son passé colonial, par Benjamin Stora

    La guerre des mémoires, la France face à son passé colonial, par Benjamin Stora

     

    Treize ans après la sortie de La guerre des mémoires, le dialogue entre l’historien Benjamin Stora et le journaliste Thierry Leclère vient d'être rééditée cet été 2020 en format poche. Une conversation toujours d’actualité « dans une France encore déchirée en profondeur par son passé colonial » selon les mots du journaliste, qui tient pour exemple les polémiques récurrentes visant les tenants des études postcoloniales qui se voient reprocher de « voir du colonial partout ». « Oui, la France, en 2020, est toujours malade de son passé colonial », constate Thierry Leclère dans l’avant-propos d’un livre dans laquelle Benjamin Stora livre une parole précieuse.

    Pour ce spécialiste reconnu de la guerre d’Algérie et de la question coloniale, « la guerre des mémoires n’a jamais cessé, mais elle vivait dans le secret des familles ». Une guerre longtemps restée « cloisonnée, non assumée » et « souterraine » jusque dans les années 2000. Un épisode en particulier va réveiller les blessures : la très contestée loi du 23 février 2005 consacrant « le rôle positif de la colonisation », qui finira par être abrogée par Jacques Chirac en janvier 2006 malgré les cris d’orfraie poussés dans les rangs de la droite. « Un révélateur très puissant » que « la France n’est toujours pas réconciliée autour de la décolonisation et de la perte de l’Algérie française », pour celui qui s’est vu confier en juillet 2020 une mission sur « la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie » par Emmanuel Macron.

    Avec La guerre des mémoires, Benjamin Stora décode cette guerre des mémoires et revient pour cela sur ses sources mais aussi ses pièges. Car le débat sur la colonisation est loin d’être clos et il faut pouvoir l’affronter le plus sereinement possible - ce qui est loin d'être évident - pour envisager, dans un avenir plus ou moins proche, une réconciliation des mémoires qu'il importe de favoriser et pour laquelle l’historien oeuvre de longue date.

     

    Présentation de l'éditeur

    La guerre des mémoires, la France face à son passé colonial, par Benjamin Stora

    En ces temps tumultueux, il est utile de lire – ou de relire – ce petit livre de Benjamin Stora. Dans un dialogue limpide avec le journaliste Thierry Leclère, Benjamin Stora nous interroge : ­comment se vivre comme descendant ­d’esclaves, ou encore comme fils ou fille de colonisés ? Ce choc des mémoires est-il une rumination vaine du passé ou, au contraire, une relecture «  thérapeu­tique  » de l’histoire ? Qu’est-ce qu’être Français, aujourd’hui ?

    Des sujets au cœur de notre actualité, suivis d’un récit âpre et mélancolique, Algérie 1954, qui relate les dernières heures, cruciales, de ­l’Algérie française. Une réflexion toujours aussi ­percutante.

    L'auteur

    Historien et sociologue, Benjamin Stora est professeur d’histoire du Maghreb et de la colonisation française à l’Institut national des langues et des civilisations orientales.

    SOURCE : https://www.saphirnews.com/La-guerre-des-memoires-La-France-face-a-son-passe-colonial-par-Benjamin-Stora_a27394.html

     

     

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    Faïza Guène : la transmission silencieuse

     du trauma colonial

    Faïza Guène : la transmission silencieuse du trauma colonial

    Le dernier roman de Faiza Guène, "La discrétion", dresse le portrait d’une famille algérienne habitant à Aubervilliers. La romancière vient, avec justesse et subtilité, interroger le récit national français sur la guerre d’Algérie. Lu à la lumière des récentes études sur la transmission du trauma colonial, ce roman invite toute une génération d’enfants d’immigrés algériens à se saisir de leurs vérités.

    Si Faiza Guène nous semble figurer dans le paysage littéraire français depuis longtemps, c’est qu’elle n’était qu’une adolescente quand a été publié son premier succès, Kiffe kiffe demain (publié en 2004, alors qu’elle n’a que 19 ans), un roman traduit en 26 langues. 16 ans plus tard, c’est un face à face générationnel entre la discrète Yamina Taleb, Algérienne de 70 ans, et ses enfants nés en région parisienne, que son dernier roman, La discrétion, évoque sans jamais tomber dans le pathos, les douleurs et les errances partagées par de nombreuses familles algériennes.

    Le silence institutionnel sur les crimes coloniaux en toile

     de fond 

    Au lendemain de l’indépendance de l’Algérie, De Gaulle et ses successeurs ont orchestré une politique de l’oubli, enterrant, un quinquennat après l’autre, les récits des ex-colonisés algériens. Au fil du temps, ces récits subalternes ont formé une mémoire seconde, une histoire souvent orale, souvent racontée à travers des anecdotes familiales, souvent cantonnée aux marges de l’histoire, quand elle n’est pas tout simplement tue. Mais même dans le silence, il s’agit d’une histoire portée, par des millions de corps franco-algériens. « Mais personne n’a pris la peine de l’écrire, cette histoire » écrit Faiza Guène.

    Le silence au sujet du crime colonial entraîne un sentiment d’injustice et de colère partagé chez les enfants d’immigrés algériens, incarnés dans le roman à travers le personnage de la jeune Hannah. Ces enfants qui portent en eux une vérité qu’ils peinent à articuler, soupçonnés d’être des traitres à la nation dès qu’ils interrogent ce récit national que leur propre corps vient contredire.

    La hantise de la disparition 

    Plus qu’une occupation et une spoliation des terres, la colonisation s’est érigée comme un arrachement du colonisé à sa langue, son identité, sa réalité. Dans son livre, L’an V de la révolution algérienne, Frantz Fanon insistait sur ce dépouillement de l’identité algérienne qu’il formulait en ces termes :

    « Le colonialisme français s’est installé au centre même de l’individu algérien, et y a entreprit un travail soutenu de ratissage, d’expulsion de soi-même, de mutilation rationnellement poursuivie. Il n’y a pas une occupation du terrain et une indépendance des personnes. C’est le pays global, son histoire, sa pulsation quotidienne, qui sont contestés, défigurés, dans l’espoir d’un définitif anéantissement. Dans ces conditions, la respiration de l’individu est une respiration de combat. » 

    C’est de cet arrachement que les enfants de colonisés sont les héritiers. Ainsi, la politique d’assimilation de la France, souvent traduite par une injonction à l’invisibilité, à la "discrétion", s’érige comme une étape supplémentaire dans le processus colonial qui souhaitait l’effacement des corps colonisés.

    Pour être des Français convenables, il faudrait se fondre et s’effacer, se taire, et accepter un discours officiel qui enterre les vérités de nos parents. Plus qu’un simple refoulement, la France se pare encore d’un discours officiel qui n’hésite pas à avancer les bienfaits de la colonisation.

    Toute recherche hors du discours officiel sur la guerre d’Algérie va être interprétée comme une ingratitude, une offense faite à la France

    Dans ce contexte, le corps franco-algérien devient dangereux pour la survie du déni national, la fracture semble irrémédiable, et toute recherche hors du discours officiel sur la guerre d’Algérie va être interprétée comme une ingratitude, une offense faite à la France. Il est alors compliqué, pour les enfants de Yamina comme pour tant d’autres, de trouver leur place dans la société. Il est compliqué d’admettre que ce qui de notre point de vue – et du point de vue de la communauté internationale à l’époque – a constitué une déchéance humaine et morale puisse avoir des « aspects positifs » pour d’autres, jusqu’aujourd’hui.

    Taire sa colère, sa vérité pour protéger ses enfants 

    Plus que de discrétion, le personnage de Yamina semble faire preuve d’abnégation vis-à-vis de ses enfants : taire sa colère, sa vérité, c’est les protéger. Et quant au racisme ordinaire, « elle a compris que si elle commençait à relever la moindre chose, ça n’en finirait plus ». Ne pas relever le racisme dans ses interactions quotidiennes, c’est un réflex de protection comme un autre, une sagesse, un aveu de fatigue parfois, mais surtout un refus d’accorder de l’importance à ce qui n’en a pas ou ne devrait pas en avoir. Mais ses enfants, eux, n’ont pas envie de laisser passer.

    Eux ils savent qui elle est, ce qu’elle a traversé, et ils exigent que le monde entier le sache aussi.

    Comme Yamina, née dans une Algérie coloniale, de nombreux parents se sont tus, pour ne pas remuer le couteau dans la plaie, pour protéger leurs enfants d’une réalité trop brutale. De leur côté, les enfants peinent à poser des questions, de crainte de faire revivre par le souvenir des expériences traumatiques. Dans un pacte de protection mutuelle, implicite, comme entre Yamina et ses enfants, le silence fait foi.

    Mais les interactions quotidiennes, marquées de racisme ordinaire, viennent faire exploser ce pacte et raviver d’anciennes douleurs. « Hannah pourrait en pleurer. Chaque fois qu’on se montre condescendant avec sa mère, il lui semble qu’elle rétrécit sous ses yeux, comme un vêtement lavé à haute température. Il y a tellement de rage coincée dans sa gorge que ça lui laisse un goût aigre, une rage ancienne, de plus en plus difficile à contenir ».

    Du colonial à l’errance psychique postcoloniale :

     la transmission générationnelle 

    Les analyses des psychiatres et psychanalystes donnent quelques éléments de réponse quant aux effets subjectifs et conséquences psychiques des violences de l’histoire coloniale. La guerre d’Algérie a produit des traumatismes qui se sont transmis de génération en génération, et même quand ils sont tus, ils ne disparaissent pas. Ils planent, font leur chemin et se transmettent de parents à enfants, d’autant plus quand ces enfants vivent des violences qui font intimement écho à celles vécues par leurs parents, parfois dans une confusion des espaces et des temporalités.

    C’est la conclusion de Malika Mansouri, psychologue-psychanalyste, dont le travail se penche sur une vingtaine de jeunes hommes franco-algériens qui avaient participé aux révoltes de 2005 à Clichy-sous-Bois. Le constat est sans appel : si la majorité de ces jeunes n’a jamais abordé le sujet des souffrances subies pendant la colonisation avec leurs parents/grands parents, ils en portent l’héritage.

    « La souffrance exprimée individuellement, révèle une souffrance collective, liée à un passé d’indignité se télescopant à un présent en miroir » conclut la psychologue dans son ouvrage Révoltes postcoloniales au cœur de l’Hexagone, paru en 2013. Pour ces jeunes de quartiers populaires, chaque contrôle au faciès, chaque violence, chaque mort, chaque humiliation, chaque remarque condescendante, va venir réveiller une douleur ancestrale. « La colère, même réprimée, se transmet l’air de rien » nous rappelle Faiza Guène.

    De ce déni, naît une « pulsion de vie » 

    L’amnésie officielle et l’impossibilité de s’approprier son histoire familiale semblent constituer le terreau d’une fêlure qui n’attend que d’être comblée. De ce déni naît une colère sourde que Malika Mansouri qualifie de « pulsion de vie », dans un univers qui condamne à la disparition. En effet, qu’il s’agisse des révoltes de 2005, mais aussi dans une certaine mesure, des festivités suite aux matchs de l’Algérie, parfois jugées excessives, il semblerait qu’il soit dit collectivement : « nous sommes vivants, et vous allez nous entendre ».

    À chaque occasion, le drapeau algérien flotte, et le slogan « 1,2,3, viva l’Algérie » résonne comme un cri interdit depuis longtemps qui traduit une irrémédiable envie d’être fier, d’être visible, de ne plus être des fantômes.

    Avec les dernières générations d’enfants d’immigrés algériens, la France échoue encore à répondre à une demande de reconnaissance et de condamnation de ce que l’entreprise coloniale a produit d’indigne, de 1830 à nos jours. En 2001, la mission a été donnée à des footballeurs d’acter une réconciliation fictive, et précoce, à travers un match amical France-Algérie. Certains enfants d’immigrés algériens, dans un besoin irrépressible d’indiscrétion, ont répondu par un doigt d’honneur, en envahissant le stade alors que l’Algérie perdait 4-1. Ironique métaphore.

    Ce que la colère fait de meilleur, ou la création

     « d’espace de métaphores » 

    Si la France et l’Algérie sont indissolublement liées, ce n’est pas que par leurs fantômes, mais aussi par les vivants : les franco-algériens. Autant d’héritiers d’une histoire coloniale violente ; exclus du récit national, en proie à une sorte de faille narcissique potentiellement aggravée par un quotidien semé d’expériences d’altérisation et de racisme.

    Face à l’injonction à la discrétion, face à nos subjectivités étouffées par une prétendue neutralité, nos colères sont saines, et elles sont politiques. Tous les espaces littéraires, culturels, artistiques, politiques, militants, investis pour interroger ce silence meurtrier correspondent à ce que Malika Mansouri désigne comme des « espaces de métaphore ».

    Et il semblerait qu’ils soient réparateurs, car dire nos réalités historiques est un premier pas vers la connaissance, et vers la reconnaissance. C’est transformer « l’indicible en savoir » selon la psychologue-clinicienne. « La respiration de l’individu est une respiration de combat » disait Frantz Fanon. Faiza Guène, à travers son dernier roman, respire, et nous offre au passage une bouffée d’air. Pour ne pas enterrer nos parents en silence, dans un dernier refus de disparition.

    Haciba MEFTAH

    Crédit photo : Camille MILLERAND / Divergence

    SOURCE : https://www.bondyblog.fr/culture/faiza-guene-la-transmission-silencieuse-du-trauma-colonial/ 

     

     

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    Colonisation et guerre d'Algérie défi mémoriel du quinquennat ?

     

     

    Dans le numéro 588 de son journal  « L’Ancien d’Algérie » la FNACA donne sa position sur le travail de mémoire qui a été confié, côté français, à Benjamin Stora. C’est bien sûr un domaine qui correspond tout-à-fait à la nature de cette fédération de soldats qui ont participé à la guerre d’Algérie et aux combats du Maroc et de Tunisie.

    Le colonialisme ? C’est hors sujet, cette question est laissée au libre arbitre de chacun. Apparemment la FNACA ne fait pas le lien avec la nature de la guerre d’Algérie, et plus généralement les guerres coloniales qui, c’est pourtant patent, avaient pour objectif de perpétuer le système social qui était la norme dans les pays que nous avions soumis à notre domination.

    La conquête de l’Algérie et ses atrocités ? On ne va pas en parler puisque les adhérents de la FNACA n’y ont pas participé. Ces données historiques ne présentent pas d’intérêt !

    Sur l’un et l’autre de ces deux aspects chacun est libre d’avoir l’opinion de son choix. C’est que cette fédération de soldats ayant participé à la guerre d’Algérie ou aux combats du Maroc et de Tunisie ne saurait se prononcer sur une question éminemment politique. Il est cependant exact que son silence en la matière alimente l’idéologie de ceux qui sont attachés à une certaine idéologie.

    Une idéologie qui a conduit à la guerre d’Algérie qui concerne précisément les appelés du contingent qui ont eu le malheur d’avoir 20 ans en ces temps-là et qui ont nécessairement souffert du rôle qu’on leur a fait jouer. Mais si la FNACA déclare avoir le souci de la défense des intérêts matériels et moraux de ses adhérents cela ne va pas jusqu’à mettre en cause le mécanisme qui les a amenés à perdre de longs mois de leur jeunesse, et quelquefois plus, dans cette guerre anachronique, injuste et sans issue prévisible autre que l’indépendance de l’Algérie…

    La FNACA invite toutefois les anciens d’Algérie à apporter leurs témoignages sur ce qu’ils ont vécu. Ici les situations sont très diverses. Tout le monde n’a pas été confronté aux exactions commises. Mais chacun a pu prendre connaissance de la misère qui touchait la grande masse des autochtones et du racisme consubstantiel qui l’accompagnait.

    La domination militaire qui permettait au système de se maintenir était parfaitement perceptible et ce qu’on demandait aux conscrits s’inscrivait dans une telle logique. On relève à ce propos les carences d’une fédération dont ce serait la responsabilité de faire le point sur le but qui était assigné aux militaires engagés dans cette affaire…

    Jacques Cros 

     

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    Décolonisations, du sang et des larmes :

     soirée spéciale le 6 octobre sur France 2

    Décolonisations, du sang et des larmes : soirée spéciale le 6 octobre sur France 2

    À découvrir le mardi 6 octobre dès 21h05 sur France 2, « Décolonisations, du sang et des larmes ». Les deux volets de cette fresque historique s’inscrivent dans le cadre d’une grande soirée spéciale présentée par Julian Bugier, qui sera suivie d’un débat.

    La décolonisation française est le plus long conflit que la France aura connu au XXe siècle. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et durant trois décennies, la République s’est acharnée à conserver ses colonies par tous les moyens. Une histoire peu connue faite de sang et de larmes, d’espoirs et de renoncements qui a laissé des traces encore profondes aujourd’hui.

    Réalisés à partir d’images d’archives en grande partie inédites et mises en couleur, ces deux films en résonance avec les débats les plus brûlants de notre société actuelle donnent la parole aux témoins, acteurs et victimes de de cette page sombre de notre histoire ainsi qu’à leurs descendants. Trois générations qui des années après les faits sont les dépositaires d’une mémoire à vif et dont les récits constituent une histoire commune qui n’en finit pas de nous façonner et de faire débat. « Décolonisations, du sang et des larmes » nous rappelle que désormais le dernier grand tabou de l’Histoire de France doit se raconter à plusieurs voix.

    Cette grande soirée sera accompagnée d’un important dispositif éditorial sur les antennes, plateformes et réseaux sociaux de France Télévisions. La plateforme Lumni mettra en ligne une série de modules pédagogiques destinés au jeune public, réalisés à partir du documentaire. Les magazines de France 2 et France 5, ainsi que les éditions d’information et franceinfo, se feront le relais de cette soirée, au travers d’invités, de chroniques, d’extraits et de reportages. Les réseaux sociaux du Groupe seront également mobilisés, tout comme france.tv

    Partie 1 : La fracture (1931-1954) - Dès les années 30, alors que l’empire colonial français est à son apogée, les premières revendications d'indépendance se font entendre mais la France reste sourde à ces manifestations. La seconde guerre mondiale va rabattre les cartes et remettre en question un système de domination qui semblait jusque-là immuable. S'engage alors un cycle de répressions qui va durer un quart de siècle. Du Sénégal à l'Indochine et de Madagascar à l'Algérie en passant par le Maroc et la Côte d'Ivoire, la France va tenter coûte que coûte de conserver ses colonies. En vain.

    Partie 2 : La rupture (1954-2017) - Après huit années de conflits meurtriers, l’Empire colonial français craque de toute part. La défaite de Diên Biên Phu oblige la France à abandonner l'Indochine, puis ses comptoirs indiens. Pour tous les peuples colonisés, c’est une étincelle : la France, aussi puissante qu'elle soit, peut être vaincue. La Guerre d’Algérie éclate aussitôt. De l’Afrique aux Antilles en passant par l’océan Indien et la Polynésie, l’incendie se propage mais à rebours du vent de l'histoire, la République répond par la force quand elle n’use pas de la ruse pour tenter de préserver ses possessions.

    Un film écrit par Pascal Blanchard et David Korn-Brzoza. Réalisé par David Korn-Brzoza. Raconté par Lucien Jean-Baptiste.

    Crédit photo © Cinétévé

    #France 2 

    SOURCE : http://www.leblogtvnews.com/2020/09/decolonisations-du-sang-et-des-larmes-soiree-speciale-le-6-octobre-sur-france-2.html

    Décolonisations, du sang et des larmes

    A découvrir le Mardi 6 octobre à 21h05 sur France 2 ! L'empire colonial français s'est effondré en l'espace d'un quart de siècle. A rebours du vent de l’histoire, la France s’est acharnée à conserver ses colonies par tous les moyens. L’aveuglement de la République a nourri des décennies de haine et de violences, laissant une fracture profonde dans les cœurs et dans les âmes. Le temps des colonies n’est plus, mais les mémoires sont encore en conflit tant ce passé ne passe pas.

     

     

     

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    La Saône-et-Loire c’est le département où j’habite… Chalon-sur-Saône c’est la ville où je serais demain 17 septembre dans une manifestation… Eh oui comme mon ami Jacques Cros à Béziers je représenterais les vieux retraités… Vous savez ces retraités qui ont participé à la sale guerre d'Algérie, ceux qui ne sont pas adhérents d'une association d'anciens combattants, ceux qui ont refusé toutes décorations...

     

    Pourquoi j’ai refusé la

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    Ma participation à cette guerre d’Algérie j'y étais opposé, je l’ai donc subie et je le regrette,  quant à mon statut de combattant, j'ai été contraint de l'accepter...

    Ceux qui ont participé à la seconde guerre mondiale, c'était leur devoir ou d'autres qui se sont engagés dans la Résistance ou ont rejoint l’armée de la France Libre pour combattre le nazisme. Ils choisirent, et firent là actes de citoyens libres et responsables. Si j’avais été dans ce cas-là j’aurai accepté la croix du combattant… mais en aucun cas pour la sale guerre coloniale d’Algérie…

    Je refuse de considérer les anciens des guerres coloniales de la France comme des combattants au même titre que ceux qui se sont engagés pour des causes justes ? (contre le nazisme par exemple).

    La croix du combattant je l'ai refusée parce qu'en Algérie on ne défendait pas la France mais l'Empire colonial.

    Et, enfin, je n'ai pas combattu, je ne me suis jamais servi d'une arme individuelle, je n'ai pas de sang sur les mains.

    Mon témoignage d'ancien appelé de la guerre d'Algérie "Pourquoi j'ai refusé la Croix du Combattant"

    A la place de la croix du combattant je suis fier de voir la colombe de la Paix

     

     

    FACE AU GOUVERNEMENT, ON NE LÂCHE RIEN ! Quatre manifestations en SAÔNE-ET-LOIRE le 17 septembre 2020 (à Autun, Mâcon, Chalon-sur-Saône et Montceau-les-Mines)  

     

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  • L'OAS rincé par la République

     

    L'OAS rincée par la République : En particulier pour les anciens de l'OAS qui ont (presque) tout obtenu de la République… Ne nous étonnons pas si des stèles honorant des criminels et terroristes de l’OAS sont toujours en place à Béziers et Perpignan puisque la République n’a jamais rien fait pour les interdire… 

     

    Le 5 juillet est un jour de commémoration mais surtout un "jour de fête" pour les nostalgiques de l’Algérie française. En particulier pour les anciens de l’OAS qui ont (presque) tout obtenu de la République.
    Tant d'années après la loi du 23 février 2005, qui avait osé promulgué "le rôle positif de la colonisation", on aurait pu croire que c’en était fini des réminiscences. Malgré le retrait de l’alinéa polémique de l’article 4 par Chirac en 2006, on s’aperçoit qu’un arsenal législatif est finalement passé quasi incognito. Zoom sur l’article 13 où “Peuvent demander le bénéfice d’une indemnisation forfaitaire les personnes de nationalité française (..) en relation directe avec les événements d’Algérie pendant la période du 31 octobre 1954 au 3 juillet 1962, de condamnations ou de sanctions amnistiées, de mesures administratives d’expulsion, d’internement ou d’assignation à résidence, ayant de ce fait dû cesser leur activité professionnelle”. En clair, cette loi bénéficie aux anciens de l’OAS qui ont dû cesser de travailler pour s’être opposé aux forces régulières !! De Gaulle en mangerait sa casquette.
    Une association et un homme ont particulièrement oeuvré. Philippe de Massey, français de métropole, ancien engagé volontaire dans les parachutistes en Algérie. Il a, pour le compte de l’ADIMAD - Une association créée par le général Salan et défendant les anciens de l’OAS- battu le pavé pendant quatorze ans pour obtenir des allocations substancielles.
     

     

    Dans cette vidéo nous pourrons revoir le regretté François Nadiras qui est mort ça fera 3 ans le 27 octobre 2017... François nous ne t'oublions pas.

     

     

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    Débat. La gauche face au défi du pouvoir : comment imposer une alternative ?

    NOUS INFORME

     

    Débat. La gauche face au défi du pouvoir : comment imposer une alternative ?

    Au cœur d’une rentrée marquée par une crise sans précédent, Fabien Roussel (PCF), Olivier Faure (PS), Léa Balage El Mariky (EELV) et Adrien Quatennens (FI) ont débattu, ce samedi, à l’Agora de la Fête l’Humanité Autrement.
    Dans cette période de crise exceptionnelle et face à la nouvelle offensive libérale du gouvernement, que peuvent être les combats communs à gauche ?

    LÉA BALAGE El Mariky : La politique du gouvernement n’a pas changé alors que l’horizon est très court au regard des défis climatiques et sociaux. Il continue de soutenir les entreprises qui licencient avec nos impôts et d’approuver certaines thèses du RN jusque dans les actes. Dans le plan de relance, nous estimons à 12 milliards d’euros ce qui est véritablement destiné la transition écologique, loin des 30 milliards annoncés. Il faut aller plus loin, avec 4 milliards d’euros rien que pour la rénovation thermique des logements. Il faut aussi renouveler nos petites lignes, plutôt que d’investir dans les LGV. Avec la Convention citoyenne pour le climat, il y a tout pour faire un plan de relance vertueux. Ses 149 propositions vont dans le bon sens, il faut les reprendre sans filtre. Et nous avons besoin d’un travail entre toutes les forces de gauche. Nous l’avons fait pour la réforme des retraites, nous devons le faire sur la transition écologique pour préserver les emplois, sans maintenir toutes les activités puisque certaines sont néfastes pour la planète et l’humain.

    Fabien Roussel : Cette crise a révélé que, à l’inverse de ce que martèlent les libéraux, on a besoin d’État, de souveraineté économique, de services publics. Même Macron a dit gloire aux salariés en première ligne. Alors, réparons ce qui a été cassé. Quand eux parlent du « jour d’après », moi je veux parler du système d’après. Les 560 milliards d’euros mis sur la table – les 460 du plan de soutien et les 100 de la relance –, c’est notre argent. Nous voulons avoir notre mot à dire. Annoncer la suppression de plus d’un million d’emplois, c’est une manière de tétaniser le peuple, mais c’est aussi une réalité. Car des grands groupes profitent de la crise pour accélérer les délocalisations, diminuer la masse salariale et augmenter les dividendes comme à Verallia. Il faut sortir de ce modèle qui épuise l’humain et la planète, reprendre le contrôle de ce plan de relance pour imposer la réduction du temps de travail, l’égalité femmes-hommes… La rentrée doit se faire sous le signe de l’action. Après l’intersyndicale, le 17 septembre, nous appelons à la mobilisation le 10 octobre, devant les préfectures.

    Olivier Faure : Avec ces centaines de milliards, on se dit : « Génial, une relance keynésienne, les libéraux ont enfin compris quelque chose ! » Mais Macron a réussi à transformer l’or en plomb. Ces 100 milliards serviront non pas à la transition sociale et écologique, mais à l’avènement d’un projet préexistant : la baisse des impôts dits de production, sans aucune contrepartie. Comme je l’ai dit lors de l’inventaire du quinquennat précédent, le Cice ne pouvait pas être un cadeau non conditionné à une négociation sur son utilisation. Nous passons à côté d’une opportunité pour les services publics, les premiers de corvée oubliés, les plus précaires. Oui, il faut changer de modèle, de système, se réinventer. La question est aussi de savoir qui va payer. Les 40 milliards venant de l’Union européenne devront être remboursés sur trente ans avec intérêts, soit au total 77 milliards. Mais ce ne devrait pas être à nous de rembourser. Dans le monde d’après, ceux qui paient doivent être ceux qui peuvent payer. Je nous suggère de mener ensemble une grande campagne pour que, au prochain Conseil européen, s’impose une taxe sur les transactions financières digne de ce nom.

    Adrien Quatennens : Bien sûr des entreprises sont en difficulté, mais on voit aussi au grand jour les profiteurs de crise. Et on parle de sécurité, comme c’est l’usage à chaque controverse de ce type. Mais la première insécurité dans cette période, c’est l’insécurité sociale. La philosophie du plan de relance est anachronique, un nouveau catapultage sans contreparties. Souvenez-vous, au moment des 20 milliards du Cice, un petit pin’s mentionnait « 1 million d’emplois », dont nous n’avons pas vu la couleur. Il faut des conditions et les entreprises prises en flagrant délit de licenciements pour des motifs financiers devraient rembourser. Sur la dette, si nous admettons qu’il faudra rembourser, alors les générations futures seront prises à la gorge et ne pourront pas relever les défis qui nous font face. Il y a une solution technique, pacifique : il faut que la BCE rachète la dette des États et la classe en dette perpétuelle. En dix ans, en France, les dividendes ont augmenté de 70 %, le salaire minimum de 12 % et l’investissement productif a reculé de 5 %. On marche sur la tête. Refusons la sinistrose ambiante, nous avons des propositions sérieuses avec l’objectif du plein-emploi et celui d’une véritable planification écologique.

    L’année à venir sera celle de deux rendez-vous électoraux : les régionales et les départementales. La question qui se pose à gauche est de savoir comment être utile aux citoyens pour changer et améliorer leur vie. Mais les stratégies semblent différentes entre vous...

    Adrien Quatennens : le principal enseignement des municipales, c’est le caractère écrasant de l’abstention. C’est une grève civique. La FI propose donc un cadre national pour des programmes communs aux départementales et régionales. Le pire serait de se rendre illisibles avec une géométrie variable région par région. Alors, mettons sur la table nos convergences et nos différences. La question européenne fait débat, des propositions de la Convention citoyenne sont incompatibles avec les traités. Et des forces prônent une vision fédéraliste, quand d’autres pensent que c’est à l’État de planifier. Mais ces enjeux ne sont pas indépassables pour mars 2021. Nous avons donc écrit aux formations. Il n’est pas évident de s’adresser au PS. Mais s’il fait la clarté sur certains sujets, il est possible de discuter pour ces échéances. Enfin, cela ne peut pas être l’hégémonie pour un parti. Alexis Corbière a proposé de renommer EELV en « Europe Hégémonie Les Verts ». C’était une boutade. Mais, aux régionales, le PCF a vocation à mener des listes dans le cadre de rassemblements, et la FI aussi.

    Olivier Faure : La seule question qui nous est posée est de savoir comment gagner ensemble. Tout le reste, ce sont des babillages. Mais, je suis d’accord pour apporter des clarifications et en demander. Je souhaite que chacun soit respecté pour ce qu’il apporte. À partir de là, que fait-on sur les six ans des régions et sur les cinq ans d’un gouvernement ? Comment mettre en œuvre un programme commun ? Nous avons dix ans pour sauver le climat, mais vous pensez que l’on a dix ans pour savoir qui aura le leadership sur la gauche ? Si l’on joue à ça, ce ne sera pas le printemps de la gauche, mais son été meurtrier. Nous aurons encore Wauquiez, Pécresse et Bertrand, car les élections régionales se gagnent dès le premier tour. Tant nous rassemble… Faisons en sorte que les Français n’aient pas à choisir entre nous.

    Fabien Roussel : Notre devoir est de redonner envie aux Français de retourner aux urnes. Si la gauche ne gagne pas, ce n’est pas parce qu’elle est désunie, c’est parce qu’elle est faible. Additionnez l’ensemble des forces de gauche, ça fait 30 % ! Il faut regagner l’électorat, convaincre sur la base de nos idées et programmes. Dans les 13 grandes régions qui ont la taille et la population de certaines nations européennes, il y a de sacrés enjeux. La préoccupation du PCF est que la gauche l’emporte. Je ne veux plus avoir à voter contre. Je veux voter pour. Fixons comme objectif qu’il n’y ait pas l’extrême droite au second tour dans ma région des Hauts-de-France comme pour la présidentielle. Il faut aller chercher tous ceux que la gauche a déçus et leur redonner envie de s’engager pour l’humain et la planète. Sur le programme, il doit être construit « en commun », de la base au sommet. C’est comme ça qu’il aura le plus de force et que l’on pourra gagner.

    Léa Balage El Mariky : Bien malin serait le parti qui pourrait se lancer dans l’hégémonie quand on voit le niveau d’abstention et le désamour qui frappent les partis. Nous proposons un changement de paradigme avec un récit autour de l’écologie. Mais le social et l’écologie forment un même chemin. Donc, soit on se trouve des prétextes, soit on converge. Les prochaines élections sont structurantes pour mettre en place la transition que nous souhaitons tous les quatre. Mais ce n’est pas l’addition de nos partis qui créera la dynamique. Elle sera citoyenne et peut s’enclencher sur des réalités très locales, comme le triangle de Gonesse, le T4, ou l’artificialisation des sols à Saclay pour l’Île-de-France. À EELV, nous sommes fédéralistes. Nous devons respecter les électeurs en leur proposant un programme résolument régional. Et oui, nous sommes pro-européens, et pensons que l’on peut agir dans le cadre des traités. C’est ce que le plan de relance nous montre puisque la règle des 3 % de déficit a volé en éclats.

    Estimez-vous qu’il peut y avoir une voie commune à gauche pour 2022 ?

    Adrien Quatennens :  On peut le déplorer, mais beaucoup de citoyens ont intériorisé l’idée que la seule élection qui compte, c’est la présidentielle. C’est un rendez-vous que nous ne devons pas manquer. La règle que l’on se fixe est simple : pas de divisions superficielles et pas d’union artificielle. Si nous arrivons à traiter nos points de désaccord, alors c’est possible de gagner. Mais je note que, quand la gauche l’a fait par le passé, ce n’était à la faveur d’un candidat commun au premier tour. La priorité étant à la lutte contre l’abstention, il faut que l’incarnation soit appréciée des milieux populaires. Partons du programme. Avec le PCF, cela fait deux fois que l’on défend le même. Il est discutable, ce n’est pas à prendre ou à laisser. Mais nous voulons aussi être respectés, il a réuni 7 millions de voix. Quel chapitre, quelle ligne voulez-vous discuter ? Enfin, j’ai un problème avec le fait qu’un candidat qui a hissé notre famille politique à 12 % en 2012 et à près de 20 % en 2017 soit parfois traité comme il l’est. Quel est le problème avec Jean-Luc Mélenchon ? Je pose aussi la question.

    Olivier Faure : Quand François Mitterrand a été élu, c’était le temps de l’hégémonie, où on ratissait assez large avec plusieurs candidats au premier tour pour rassembler au second. Dans l’éclatement du monde politique actuel, s’il a beaucoup de dents au premier tour, le râteau n’est pas présent au second ; nous risquons de ne pas en être. Ce serait la troisième fois en vingt ans, ce n’est plus un accident. Le débat au PS n’est pas si simple ; ces temps-ci, quelques personnes sont là pour me rappeler que je ne suis pas le bon camarade auquel elles aspirent parce que, justement, j’essaie de répondre à ceux qui, à gauche, s’interrogent, de dire qu’on ne peut pas continuer comme avant. Il faut réaffirmer ce que nous sommes, nous, socialistes, mais en l’articulant à un rassemblement possible de la gauche. Il n’y a pas un problème Mélenchon, ni Hollande, ce n’est pas une question de personne. Aucun de nous n’a envie de se ranger derrière quiconque, personne n’acceptera de reddition. De ce point de vue, nous sommes tous des insoumis. Il s’agit de savoir comment se retrouver sur un projet, puis de chercher quelle en sera la meilleure incarnation.

    Léa Balage El Mariky : Nous avons commencé à construire la maison commune à laquelle a invité Julien Bayou avec la galaxie des partis écologistes et Génération.s. Nous avons lancé un appel pour les régionales en ce sens. Pour faire ensemble, nous devons être capables d’aller avec un peu d’humilité, de constance et de courage vers la société. La jeune génération lit très bien trois enjeux : la lutte pour le climat, pour l’égalité femmes- hommes et contre le racisme. Cette génération est extrêmement politisée. Il faut lui faire une place dans nos organisations, si on veut être crédibles quand on dit qu’on n’est pas là pour le casting et qu’on veut changer nos institutions.

    Fabien Roussel : Il n’y aura pas de programme en commun, de candidature commune – si c’est la voie pour gagner, car on peut en discuter –, si vous ne vous en mêlez pas. Ce débat-là doit se faire avec le mouvement social, avec les organisations syndicales, les associations du monde de la culture, du sport, les ONG… C’est ainsi que nous pourrons donner du poids et de la force à un programme derrière lequel nous saurons nous rassembler. Cette Ve République, avec cette présidentielle, pousse à se mettre d’accord sur un petit dénominateur commun, c’est mortifère. Cela pousse à ne pas remettre en cause le capitalisme, à ce que le PCF soit à chaque fois le porteur de voix de la force qui serait devant lui. Je dis non, ça va changer, ce n’est plus possible. Nous voulons sortir du capitalisme, dire aux citoyens que c’est possible et que nous ne reconstruirons pas une gauche forte, dynamique, ambitieuse sans un PCF fort et influent. En disant cela, je ne dis rien d’autre que discutons-en et créons toutes les conditions qu’au prochain second tour, ce ne soit ni Macron ni Le Pen.

    SOURCE : Débat. La gauche face au défi du pouvoir : comment imposer une alternative ? 

     

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    RENCONTRE. « Gisèle Halimi, comme Simone Veil incarne une sorte d’héroïsme »

     

    Annick Cojean, grand reporter au journal Le Monde, a coécrit les mémoires de Gisèle Halimi, figure du féminisme, les mois précédant sa disparition. Elle nous raconte cette «insoumise éternelle».

     

    RENCONTRE. « Gisèle Halimi, comme Simone Veil, incarne une sorte d’héroïsme »

    L’avocate Gisèle Halimi et Annick Cojean, journaliste au Monde. | RICHARD DUMAS

     

    RENCONTRE. « Gisèle Halimi, comme Simone Veil, incarne une sorte d’héroïsme »

    Comment est né ce livre ? 

    Je connaissais Gisèle depuis une trentaine d’années. Elle m’avait appelée quand j’étais jeune journaliste parce qu’elle avait remarqué mon article sur les femmes de pêcheurs du Guilvinec. Au fil des années, il y a eu des déjeuners où l’on parlait des femmes, de son travail d’avocate, du mien… Je lui ai proposé un long entretien pour Le Monde en septembre 2019. On avait eu plaisir à parler, revenir sur certains épisodes, et se poser la question de ce qu’il se passe maintenant, de ce que vont faire les femmes, de ce qu’elle avait envie de leur dire. Je lui ai proposé le livre, mais le désir était commun de transmettre quelque chose, de passer le flambeau aux nouvelles générations.

    Ces mémoires révèlent une femme d’une grande force de caractère. Vous qui l’avez bien connue, que retenez-vous de Gisèle Halimi ? 

    Je retiens sa perplexité d’abord, d’où sont nées sa colère et son indignation. Perplexité devant les inégalités entre les hommes et les femmes dans sa famille, l’école, la société tunisienne. Ensuite, c’était une femme courageuse. Elle a fait des choix difficiles, elle s’y est tenue. Elle a toujours fait beaucoup plus que son métier. Quand elle allait en Algérie défendre des gens du FLN, elle était traitée de salope, elle était menacée… Quand elle a défendu les femmes qui avortaient, oui c’était son métier, mais elle choisissait des causes difficiles, et les défendait gratuitement ! Avec une générosité, une flamme, qui l’animait constamment, et jusqu’aux dernières semaines de sa vie. Elle avait toujours la même passion de changer le monde, en tout cas de s’y intéresser.

    Était-elle découragée après toutes ces années de voir qu’il y avait encore tant de choses à changer ? 

    Ça la navrait – elle le dit à la fin du livre d’ailleurs – de voir que la révolution des femmes ne s’est pas faite. Et de voir des femmes très consentantes, complices du système patriarcal. Elle s’en insurgeait mais se rassurait en se disant qu’elle avait fait tout ce qu’elle pouvait. Les féministes ont réussi à obtenir des choses, elles ont gagné du terrain, des lois ont été faites.

    Quel passage de sa vie résume pour vous la femme de combat qu’elle était ? 

    Plus qu’un passage précis, ce qui me frappe surtout c’est sa cohérence. Quand j’étais enfant à l’école et qu’on m’apprenait l’Histoire, je m’étonnais qu’il n’y ait pas de grands personnages de femmes.  C’est malheureux mais c’est comme ça  me répondait sœur Thérèse. Pour moi, Gisèle Halimi, comme Simone Veil, incarne une sorte d’héroïsme. Quand j’ai revu les images du procès de Bobigny, quand j’ai relu ce qu’elle a écrit sur la guerre d’Algérie, et les risques dingues qu’elle prenait alors qu’elle avait deux petits garçons à la maison, qu’elle faisait les navettes Paris-Alger… La cohérence de ses propos, de sa révolte, de ses batailles ! Qu’à 92 ans, on ait encore gardé cette foi, cette rébellion, cette dynamique, ça me fascine.

    Quels étaient ses derniers combats ? 

    L’égalité de salaire était extrêmement importante pour elle. C’est comme ça qu’on peut sortir d’un couple, d’une relation toxique, partir avec ses enfants. Quels que soient les métiers, les niveaux de rémunération, l’inégalité salariale reste ahurissante. Les lois existent, maintenant ce sont les mentalités que l’on doit changer. Dans l’organisation familiale, elle voulait un partage des tâches absolument égalitaire. Que les congés parentaux soient les mêmes pour les hommes et les femmes. Et dès 1979, elle a lancé le projet de clause de l’Européenne la plus favorisée, il s’agissait de faire appliquer partout ce qui se faisait de mieux en matière de législation pour les femmes.

    Comment rendre dignement hommage à cette héroïne ? Certains la verraient au Panthéon… 

    Pourquoi pas ! Des pétitions circulent, je m’en réjouis. Il y a des symboles forts, et c’en est un. Ce qu’elle a apporté à la cause des femmes, et donc à toute la société, mériterait bien une sorte d’hommage suprême. J’ai été stupéfaite, aux obsèques, de l’absence de membres du gouvernement. La chaise d’Éric Dupond-Moretti est restée vide, celle de la ministre de la Culture aussi, alors qu’elles avaient partagé plusieurs combats, de même pour la ministre de l’Égalité entre les femmes et les hommes.

    RENCONTRE. « Gisèle Halimi, comme Simone Veil, incarne une sorte d’héroïsme »

    J’espère qu’ils se rattraperont. Nous avons besoin d’héroïnes, et nous en avons là une magnifique.

    « Une farouche liberté », Gisèle Halimi avec Annick Cojean, Grasset, 160 pages, 14,90 €.

    Les grandes dates d’une militante féministe

    27 juillet 1927. Gisèle Halimi vient au monde à Tunis (Tunisie) sous le nom de Zeiza Gisèle Élise Taïeb. Dès sa naissance, ses parents ne cachent pas leur déception d’avoir une fille. En grandissant, elle entretient une relation conflictuelle avec sa mère. Les inégalités de traitement qu’elle subit par rapport à ses deux frères fonderont sa détermination à défendre la cause des femmes.

    1949. Après des études de droit à Paris, elle devient avocate au barreau de Tunis. Politiquement engagée, elle défend très vite des causes difficiles. Entre la France et le Maghreb, Gisèle Halimi s’implique dans des affaires qui lui tiennent à cœur comme l’indépendance de l’Algérie. Elle défend des indépendantistes du FLN (Front de libération nationale) dans les années 1950.

    1971. La militante est signataire du Manifeste des 343, rédigé par Simone de Beauvoir et publié dans Le Nouvel Observateur. Malgré les risques de poursuites et d’emprisonnement, toutes ces femmes déclarent avoir avorté et donc violé la loi de l’époque. Elles appellent à la libéralisation de l’avortement, une cause que ne cessera de défendre Gisèle Halimi. La même année elle crée, avec Simone de Beauvoir, le mouvement Choisir la cause des femmes, engagé dans le combat pour l’IVG.

    1972. L’avocate fait les gros titres en plaidant au procès de Bobigny. Sa cliente est une adolescente de 16 ans, violée, qui a été dénoncée à la police par son violeur pour avoir avorté avec l’aide de sa mère. Dans ce procès très médiatisé, qui ouvrira la voie à la criminalisation du viol, Gisèle Halimi sort victorieuse en obtenant la relaxe de la jeune adolescente.

    28 juillet 2020. Gisèle Halimi décède à Paris à l’âge de 93 ans. Au cours de sa vie, elle aura écrit une quinzaine d’ouvrages. De ses convictions sont nées des lois sur le viol, la torture ou l’avortement qui, aujourd’hui, paraissent naturelles, mais qui tout au long de sa vie, on fait l’objet de fervents combats

    SOURCE : https://www.ouest-france.fr/societe/droits/droits-des-femmes/rencontre-gisele-halimi-comme-simone-veil-incarne-une-sorte-d-heroisme-6971751 

    Mme Annick Cojean je me permets de rajouter à votre article ces paroles de Gisèle Halimi  :

    RENCONTRE. « Gisèle Halimi, comme Simone Veil, incarne une sorte d’héroïsme »

    "Quand j'ai défendu Djamila Boupacha, cela faisait six ans que je défendais des militants du FLN. Avec d'autres avocats, mais nous n'étions pas très nombreux, nous avions instauré un véritable pont aérien entre Paris et l'Algérie, là où il y avait des tribunaux militaires, des tribunaux d'exception. 

    C'était d'autant plus urgent de le faire que sans nous probablement, il n'y aurait pas eu de défense : tous les avocats algériens avaient été plus ou moins arrêtés, déportés, mis dans des camps. Je l'ai fait pendant huit ans de ma vie. 

    J'étais seule, j'avais deux enfants de cinq ans et deux ans, et je n'avais pas les moyens de les faire garder. Mais il y avait une urgence absolue, non seulement pour la cause mais pour ce qui s'y passait. 

    Djamila Boupacha, c'était en 1960. Cela faisait six ans que l'on parlait des tortures. Djamila Boupacha était au secret, torturée et détenue depuis plus de cinq ou six semaines. Militante du FLN, elle avait 21 ans, elle était musulmane, très croyante, elle n'avait pas commis d'attentat mais était sur le point d'en commettre un. Elle allait déposer une bombe, mais elle ne l'a pas fait. Et donc elle a été arrêtée puis abominablement torturée par des parachutistes, jour et nuit. Elle a été violée avec une bouteille d'abord, elle qui était vierge et musulmane ; elle m'écrivait des lettres : "Je ne sers plus à rien, je suis à jeter..." 

    J'ai pris l'avion pour aller la défendre. Son procès avait lieu le lendemain. On m'a donné une autorisation, car il fallait ça, pour y aller. Je suis arrivée à Alger et quand je l'ai vue, j'ai été absolument… enfin comme n'importe qui l'aurait été, bouleversée. Elle avait encore les seins brûlés, pleins de trous de cigarettes, les liens, ici (elle montre ses poignets), tellement forts qu'il y avait des sillons noirs. Elle avait des côtes cassées... 

    Elle ne voulait rien dire, et puis elle a commencé à sangloter et à raconter un petit peu. Je suis rentrée à l'hôtel pour préparer le procès du lendemain et le soir même, la police est venue m'arrêter et m'expulser. Je n'ai donc pas pu plaider le procès. Djamila a refusé de parler. 

    C'est en rentrant que j'ai déclenché un peu les choses, j'ai vu Simone de Beauvoir, on a créé un comité pour Djamila Boupacha qui a été le comité de défense le plus important pendant la guerre d'Algérie, Il comprenait Aragon, Sartre, Geneviève de Gaulle, Germaine Tillion qui a fait énormément pour Djamila (née en 1907, Germaine Tillion a été résistante, arrêtée et déportée à Ravensbrück. Elle a témoigné au procès de Nüremberg. Grande ethnographe, elle a beaucoup travaillé en Algérie). 

    Mais il ne comptait pas que des personnes favorables à l'indépendance algérienne. Il y avait par exemple Gabriel Marcel, le philosophe existentialiste chrétien, qui était plutôt pour l'Algérie française. 

    Au ministère de la justice, Simone Veil, une petite magistrate déléguée à l'époque, nous a aidés à la faire transférer car on voulait l'abattre, là-bas dans sa cellule, pour qu'elle ne parle pas. On l'a arrachée aux griffes de ses assassins probables, on a fait un grand procès contre les tortures et nous en sommes arrivés aussi loin qu'on pouvait arriver dans une affaire comme celle-ci pendant la guerre, car c'était encore la guerre. 

    Elle a identifié ses bourreaux en les reconnaissant parmi d'autres militaires sur des photos. Quand on a demandé leur nom, le ministre de la Défense, à l'époque M. Messmer a refusé de les donner en disant que ce serait mauvais pour le moral de l'Armée ! 

    Par ailleurs, un mouvement international est né, avec des manifestations devant les ambassades de France à Washington, à Tokyo, partout, pour elle. Là-dessus, les accords d'Evian ont été signés, c'est-à-dire la fin de la guerre, avec une amnistie pour tous ceux qui, de près ou de loin, étaient poursuivis pour des événements en relation avec la guerre d'Algérie. 

    Alors, la chose amusante, c'est que, bien entendu, Djamila a été amnistiée pour ce pourquoi on la poursuivait mais en même temps, moi, j'avais fait inculper le général Ailleret pour forfaiture et pour recel de malfaiteurs, et le ministre de la Défense, Messmer, puisqu'il refusait de nous donner les noms de ces soldats. Ils ont "bénéficié", si je puis dire, de la loi d'amnistie. L'instruction pénale a été close. 

    J'ai aussi écrit un livre. J'ai rendu public tout le dossier d'instruction, ce que je n'avais pas le droit de faire. Il y avait des lettres d'elle et de son père de soixante-dix ans, qu'on avait torturé et qui criait : "Vive la France ! Pourquoi vous me faites ça ?" Sa sœur, qui était enceinte, torturée, qui a fait une fausse couche ! 

    Djamila Boupacha représente un peu symboliquement ce qui est important pour moi : la défense de l'intégrité physique et morale des individus, les droits de l'Homme, la lutte contre la torture, la lutte contre la colonisation. Mais en plus, c'était une jeune fille vierge de vingt ans qui avait été violée abominablement. Elle était un peu devenue le symbole de la lutte contre la torture et de la lutte du peuple algérien. Mais pour moi, si vous voulez, d'avantage, elle était devenue ce pour quoi je m'étais engagée comme avocate depuis toujours". 

    Gisèle HALIMI

     

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    Ma revue de presse celle que vous ne verrez jamais dans les médias français 

     

    Le militarisme, une « passion française »

    Le militarisme, une « passion française »

    Quand Ronald Reagan lance son offensive néolibérale aux États-Unis en 1980, il fait trois choses : exonérer massivement d’impôts les plus riches, mater le mouvement syndical et relancer la course aux armements. Quarante ans plus tard, Emmanuel Macron tente de faire exactement la même chose. Comme les États-Unis, la France est une puissance impérialiste où le militaire est étroitement lié à l’économique. Un lien qui n’a cessé de se renforcer depuis 2008, estime l’économiste Claude Serfati, membre du Conseil scientifique d’Attac et auteur de l’essai Le militaire, une passion française (éd. Amsterdam, 2017). Entretien.

    Qu’appelez-vous le « moment 2008 » ? En quoi représente-t-il un changement dans l’interventionnisme militaire français ? 

    « À partir de 2008, la France a modifié son comportement sous l’influence d’une série d’évènements : crise financière, récession économique, aggravation de la crise environnementale, crise géopolitique marquée par l’enlisement généralisé des États-Unis et l’émergence d’insurrections populaires contrariant le maintien des régimes despotiques en Afrique et au Moyen-Orient. Bref, c’est la fin de la “mondialisation heureuse” dans laquelle nous serions entrés après l’effondrement de l’URSS en décembre 1991 et qui aurait été caractérisée par l’extension du format “PDF” (Peace, Democracy, Free market) à l’ensemble du globe.

    Ce moment 2008 a eu des répercussions très importantes sur la France. Économiquement, elle perd du terrain sur les marchés mondiaux, y compris dans certains secteurs fleurons tels que l’automobile et l’agroalimentaire. Ses échanges commerciaux avec l’Union européenne sont fortement déficitaires. Et elle perd de l’influence dans les prises de décisions communautaires au profit de l’Allemagne.

    Par contraste, le dynamisme des groupes aéronautiques et de l’armement, porté par la conjoncture mondiale et la diplomatie française de ventes d’armes à tout prix (1), ont permis à la France de se maintenir dans le top 5 mondial des ventes de matériels militaires. Par ailleurs, le moindre interventionnisme des États-Unis conjugué à l’implosion de plusieurs États “relais” de la France en Afrique l’ont obligée à monter en première ligne pour défendre l’ordre mondial. Il est néanmoins très difficile de recenser le nombre exact d’interventions militaires françaises (2) car aucun décompte officiel n’est disponible ; d’ailleurs, le Parlement n’exerce aucun pouvoir de contrôle dans ce domaine, qui demeure le pré carré du Président dans la Constitution de la Ve République. On sait juste que ce nombre est très élevé, à tel point qu’un rapport du Sénat s’était sérieusement demandé en juillet 2016 si l’intervention militaire était une “passion française”. Ce qui l’est beaucoup moins en revanche, c’est le montant de l’aide publique au développement social. Pour le Mali, il est cinq fois inférieur au coût des opérations Serval-Barkhane. »

    Ce dynamisme de l’industrie d’armement, dont les produits sont testés lors des interventions militaires, sert de cache-misère au délitement continu du tissu industriel français ? 

    « L’industrie d’armement a des effets pervers sur l’économie. Un système productif est constitué de toutes sortes d’interdépendances, et on peut identifier des secteurs moteurs en termes de commandes, d’emplois, de retombées technologiques – notamment les machines-outils, la chimie, l’automobile ou les technologies de l’information. L’armement, lui, n’en est pas un. Les promoteurs de cette industrie affirment que si on y investit un milliard d’euros, cela crée des emplois. C’est une tautologie ! Il faut plutôt comparer ce qui passe dans l’armement avec la valeur ajoutée qui serait créée avec ce même milliard dans d’autres activités. Sans surprise, comme le montrent des chercheurs américains, c’est dans le développement durable, l’éducation ou la santé que vous obtiendrez les retours sur investissements les plus significatifs en termes d’emplois.

    L’autre argument, avancé par les ministres de la Défense Florence Parly et Jean-Yves Le Drian, est celui de l’effet d’entraînement technologique des innovations militaires sur l’industrie civile. Ce discours n’est même plus tenu par la Direction générale de l’armement, consciente que le socle déterminant de la recherche et des innovations se trouve dans le monde civil. En effet, les exigences des militaires en termes de technologies sont très spécifiques, très coûteuses et elles mettent des dizaines d’années à être satisfaites. Les principaux transferts de technologies du militaire au civil ont concerné l’aéronautique et aujourd’hui le sécuritaire. Quelles puissances à peu près comparables à la France ont réussi à bâtir un tissu industriel diversifié et robuste dans la seconde moitié du XXe siècle ? L’Allemagne et le Japon ! Deux pays qui à la suite de la Seconde Guerre mondiale, ont abandonné le militarisme et cessé de faire de l’industrie d’armement le vecteur de leur politique technologique. »

    Malgré de nombreuses critiques, un consensus semble perdurer en France autour de l’interventionnisme militaire et plus généralement sur la place de l’institution militaire dans la société. Comment l’expliquer ? 

    « Les dernières manifestations antimilitaristes de grande ampleur en France datent de la guerre du Rif en 1925. Certes, des ONG contre la guerre se font entendre – comme avec la campagne contre les ventes d’armes aux pays impliqués dans la guerre au Yémen – et on assiste à des actions sporadiques comme, en mai 2019, le refus de dockers marseillais de charger des armes à destination de l’Arabie saoudite, conformément à une tradition pacifiste remontant à la guerre d’Indochine. Mais dans ce domaine, la France reste pour le moment en deçà d’autres pays occidentaux.

    Ces difficultés ont des causes multiples. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France a cherché à se placer dans le camp des vainqueurs disposant de responsabilités internationales avec son siège de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. Plus tard, dans les années 1960, la maîtrise de l’arme atomique a participé à l’enracinement profond du militaire dans les institutions et la société française. Et il ne faut pas oublier le rôle majeur joué par le général de Gaulle qui parvint, au moment de la fondation de la Ve République en 1958, à régler son compte à la faction colonialiste et raciste de l’armée, redonnant ainsi à l’institution militaire une légitimité et un solide ancrage économique, tout en la mettant au service d’un récit sur l’indépendance voire la grandeur de la France.

    De plus, au sein de la plupart des grandes entreprises d’armement, il y a une habitude de négociations sociales qui tend vers l’obtention d’un large consensus. Ainsi, entre 2001 et 2013, la liquidation progressive de la Société nationale des poudres et explosifs et son absorption par le groupe Nexter (3) a été accompagnée de plans sociaux s’élevant à des centaines de millions d’euros afin que les salariés soient tous reclassés. Ces éléments permettent de mieux comprendre pourquoi la France n’a pas connu de mouvements anti-guerre de la force de ceux qui ont agité la Grande-Bretagne, comme encore récemment à propos du Yémen avec des millions de manifestants dans la rue. »

    Alors que la IIIe République avait transformé l’armée en « Grande Muette », on voit des bataillons d’officiers de réserve ou en retraite envahir les plateaux de télévision et les librairies tandis que plusieurs militaires d’active figurent sur des listes aux prochaines élections municipales. Cela peut-il révéler une velléité d’émancipation de l’armée par rapport au contrôle politique ? 

    « Il faut distinguer ce qui est de l’ordre de la bulle médiatique et ce qui relève d’une implication plus forte du militaire. Compte tenu de l’obsession militaro-sécuritaire qui semble avoir gagné les sociétés occidentales, il est logique que l’armée cherche à avoir de plus en plus voix au chapitre et qu’elle se sente particulièrement chez elle dans la Ve République française. Dans l’épisode général de Villiers (4) versus président Macron en juillet 2017 autour du budget de la Défense, il ne faut pas voir un quelconque antagonisme. Les deux sont favorables à l’augmentation de ce budget jusqu’à 2 % du Produit intérieur brut (PIB), comme recommandé par l’Otan [Organisation du traité de l’Atlantique nord] et réclamé par Donald Trump. Peut-être le général de Villiers se voyait – ou se voit encore – un destin politique national une fois l’intermède macroniste dissipé.

    Mais il y a quelques éléments plus inquiétants, comme l’insistance du ministère des Armées pour que soient financées des recherches académiques dans divers domaines intéressant la Défense. Le phénomène est ancien mais pourrait rencontrer moins d’hostilité de la part de présidents d’université ou de directeurs de laboratoires désespérément en quête d’argent. Concernant les 15-25 ans, on trouve l’affaire de l’épreuve d’histoire-géographie du brevet des collèges 2017 dans laquelle on demandait aux élèves de “montrer que l’armée française est au service des valeurs de la République et de l’Union européenne”. Ou encore le fait qu’en 2015, l’armée s’est présentée dans une campagne de communication comme le premier recruteur de contrats longs du pays. Ce qui dresse un constat accablant sur l’état du marché du travail et les perspectives offertes à la jeunesse. »

    Vous montrez que faire la guerre à l’extérieur nécessite une union nationale solide obtenue par le recours à un régime parfois attentatoire aux libertés individuelles. Comment sortir de ce triptyque « interventionnisme militaire-attentats-état d’urgence » ? 

    « Si je me place du côté du citoyen, du salarié ou de l’individu lambda, plutôt attaché à la paix et à des relations sociales apaisées, je ne peux que constater depuis 2015 un renforcement de l’option militaro-sécuritaire et un renouvellement de la figure de l’ennemi intérieur qui prend fréquemment les traits du jeune des quartiers populaires. À tel point que la France sera peut-être le deuxième pays au monde après la Chine à se doter d’un vaste système de surveillance de sa population à base de reconnaissance faciale.

    L’importance du militaire en France se vérifie sous de nombreuses formes, par exemple les nombreuses interventions extérieures, les ventes d’armes sans réserve à des pays belligérants, ou encore les bassins d’emploi de l’industrie d’armement où la perspective d’activités alternatives est nécessaire. Beaucoup de mouvements citoyens s’auto-organisent pour lutter contre tel ou tel aspect des choses, mais la centralité du militaire appelle, autant que les enjeux environnementaux, à une réflexion sur les choix de société. »

    Notes

    (1) La vente d’armes, en particulier des produits hors de prix comme le Rafale, se pratique largement à crédit et inclut des commissions et rétrocommissions aux montants parfois faramineux.

    (2) D’après le recensement effectué par Claude Serfati : environ 110 dans le monde entre 1991 et 2015, 70 sur le seul continent africain depuis 1978.

    (3) Leader français de l’armement terrestre, il fabrique le char Leclerc et le canon automoteur Caesar utilisés au Yémen.

    (4) Frère cadet de Philippe, le plus chouan de tous les Vendéens, le général Pierre Le Jolis de Villiers de Saintignon a été chef d’état-major de l’armée de 2014 à 2017. Après sa démission, il commet deux livres sur sa carrière militaire puis intègre le Boston Consulting Group qui se présente comme le leader mondial du conseil en stratégie d’entreprise.

    SOURCE : http://cqfd-journal.org/Le-militarisme-une-passion 

    « Foutez-nous la paix », un festival pour la paix à Saint-Junien, en Haute-Vienne. Avec un hommage à J. de Bollardière

    Le militarisme, une « passion française »

    Du 5 au 11 octobre, Saint-Junien, en Haute-Vienne, se déroulera la première édition d’un nouveau festival, consacré à la paix. Sept jours de réflexion, d’échanges, de coopération, d’hommages, de spectacles, de fête et d’imaginaire… 

    Cette année, l’Algérie sera particulièrement à l’honneur. Une projection débat éclairera la soirée d’ouverture, autour du film récent de Abdel Raouf Dafri, Qu’un sang impur, en présence du réalisateur.

    Le mardi 6 octobre, c’est un grand classique du cinéma algérien qui sera présenté. Réalisé en 1975 par Mohammed Lakhdar-Hamina, Chronique des années de braise a décroché cette même année la Palme d’or au Festival de Cannes. Le film évoque en six tableaux distincts l’histoire du peuple algérien de puis les débuts de la colonisation jusqu’à l’insurrection de 1954.

    Le 5 octobre, un hommage particulier sera rendu au général Jacques Pâris de Bollardière, avec projection du documentaire tourné en 1974 par André Gazut, rappelant les grandes étapes de la vie de cet officier supérieur qui a osé dire non à la torture en pleine guerre d’Algérie pour ensuite militer inlassablement pour la paix.
    Le 10 octobre une cérémonie sera organisée en son honneur avec apposition d’une plaque commémorative à la Maison Bellevue de Saint-Junien.
     

    Enfin, toujours le samedi 10 octobre, l’écrivain algérien Abdelkader Djemaï animera une soirée dédiée au grand mouvement qui secoue l’Algérie : le Hirak. Il y sera évidemment question des atteintes à la liberté perpétrées aujourd’hui par le gouvernement algérien à l’égard notamment des animateurs du Hirak et des journalistes condamnés et emprisonnés pour avoir couvert ces événements.

    Un programme tout aussi intéressant concernera la guerre en Bosnie, avec là encore des projections de films des débats, des rencontres, expositions, lectures, à destination de tous les publics.
    Hors ces thèmes, une rencontre-débat est prévue sur la « drôle de guerre de Macron contre le coronavirus ».

     SOURCE :  http://www.4acg.org/Foutez-nous-la-paix-un-festival-pour-la-paix-a-Saint-Junien-en-Haute-Vienne

     

    DANS “UNE FAROUCHE LIBERTÉ” GISÈLE HALIMI RACONTE SON ENGAGEMENT ALGÉRIEN

    “Rien ne pouvait m’arrêter”

    Le militarisme, une « passion française »

     

    © D.R

     Pour l’avocate décédée le 28 juillet dernier, la lutte des Algériens pour leur émancipation est une cause qu’elle a défendue non par héroïsme mais par souci de cohérence avec ses idéaux de justice et de liberté. 

    Le soutien à l’indépendance de l’Algérie est l’un des combats qui ont marqué la vie professionnelle et militante de Gisèle Halimi. Dans un livre autobiographique, Une farouche liberté, qui vient de paraître aux éditions Grasset et qu’elle a signé avec Annick Cojean, journaliste au Monde, l’avocate franco-tunisienne décédée le 28 juillet dernier à Paris consacre un chapitre à cet engagement obstiné qui lui avait valu une condamnation à mort de la part de l’OAS. 

    “Ce qui se passait en Algérie pendant la guerre d’Algérie était fou. Je ne pouvais refuser de m’y engager. D’abord, il était question d’un peuple qui réclamait sa liberté. Et il n’y a pas de sujet auquel je sois plus sensible. C’était mon idéal. Rien ne pouvait m’arrêter. Je suis née comme ça. Ce n’était pas de l’héroïsme mais de la cohérence”, explique-t-elle.

    En arrivant à Alger en 1956, Gisèle Halimi dit avoir découvert abasourdie l’étendue des pouvoirs spéciaux qui avaient rendu possibles les pires abominations comme la torture, les exécutions sommaires, les condamnations sur aveux extorqués, les disparitions et les viols des militantes du FLN. “La justice, qui était mon métier, n’était plus qu’un simulacre au service d’une logique de guerre.

    Soldats et magistrats travaillaient main dans la main pour rétablir l’ordre répressif français : les premiers tuaient, les seconds condamnaient”, relate l’avocate. Jusqu’aux accords d’Évian, elle ne cessera de faire la navette entre Alger et Paris pour défendre ceux qu’on surnommait alors des fellagas. Gisèle Halimi assure avoir rempli son rôle sans avoir eu peur, sauf une nuit, dans un centre de torture sur les hauteurs d’Alger où les militaires français l’avaient enfermée. Elle pensait qu’elle allait être exécutée. 

    Courageuse et déterminée, l’avocate tient tête aux juges du tribunal militaire et débarque un jour dans le bureau du général Massu pour lui demander des comptes concernant le sort de l’un de ses clients, disparu de la prison de Barberousse où il avait subi la gégène. 

    Le général lui fait alors un plaidoyer en faveur de la torture qui la révulse. “Je n’arrive pas à croire qu’il tente sur moi son prosélytisme abject. Je suis écœurée. Je ne veux même pas entrer dans cette discussion”, raconte Gisèle Halimi. 

    L’affaire Djamila Boupacha va lui permettre de briser le silence autour de la torture, et plus exactement de la torture par le viol. “Djamila Boupacha représentait tout ce que je voulais défendre. Son dossier était même, dirais-je un parfait condensé de combats qui m’emportaient : la lutte contre la torture, la dénonciation du viol, le soutien à l’indépendance et au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, la solidarité avec les femmes engagées dans l’action publique et l’avenir de leurs pays, la défense d’une certaine conception de la justice et enfin le féminisme. Tout était réuni. Le cas était exemplaire !”, souligne l’avocate. 

    Elle rencontre Djamila Boupacha une première fois à la prison de Barberousse et découvre une jeune fille de 22 ans très abîmée physiquement et qui risquait la peine de mort pour avoir refusé de livrer ses camarades de combat. “Il fallait dénoncer les sévices qu’elle a subis et porter plainte en tortures pour que ses bourreaux soient punis. Il fallait en faire un symbole aux yeux du monde entier, des ignominies commises par la France”, explique Gisèle Halimi. 

    Pour ameuter l’opinion, l’avocate compte sur ses amis journalistes. Elle écrit aussi au général de Gaulle et à son ministre de la Culture, l’écrivain André Malraux. Simone De Beauvoir à qui elle raconte les détails de l’affaire rédige un article explosif dans Le Monde et prend la direction d’un comité “Pour Djamila Boupacha” auquel adhèrent d’illustres personnalités comme le poète Louis Aragon, le philosophe Jean-Paul Sartre, l’écrivain antillais Aimé Césaire et l’ethnologue Germaine Tillion. 

    “J’ai trahi le secret professionnel en divulguant devant l’opinion publique les détails du dossier Boupacha, mais je lui avais peut-être évité la peine de mort et attiré l’attention sur un sujet crucial : ces viols commis par les troupes françaises et dont personne ne voulait entendre parler”, fait savoir Gisèle Halimi. 

    À l’intérieur et à l’extérieur des salles d’audience, l’avocate a réussi tout au long de sa carrière à faire triompher des causes perdues d’avance. Sa bataille en faveur de l’émancipation des femmes et de l’égalité fait écho d’un combat plus personnel. 

    Née et élevée à Tunis dans une modeste famille juive, elle s’est insurgée dès son jeune âge contre le destin assigné par son genre. En dépit d’un environnement socioculturel hostile, elle est parvenue à lever toutes les entraves. En 1949, Gisèle Halimi devient avocate. Elle avait 22 ans. 

    SOURCE : https://www.liberte-algerie.com/culture/rien-ne-pouvait-marreter-345371 

     

     

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    Le racisme collé à la peau

    de l’énervé de droite…

     

    Le racisme collé à la peau  de l’énervé de droite…

     

    Rien à ajouter d’autre. Il en a fait la démonstration lui-même, comme on peut le voir dans cette video. Et à part un hochement de tête gentil, aucune réaction sur le plateau… Si, des rires… Barthes l’a poussé à se vautrer dans sa fange, et il a bien fait.

    On savait qu’il n’aurait jamais dû être ministre et encore moins président de la République. Ce type est mis en examen dans de multiples affaires graves. Il écrit des bouquins pour être invité sur les plateaux télé pour faire sa propagande alors que sa place est derrière les barreaux, non même pas digne de la taule. Assigné à résidence pour le restant de ses pauvres jours pour qu'il ne puisse plus contaminer personne.

    « Cette volonté des élites, qui se pincent le nez, qui sont comme les singes qui n’écoutent personne... Je ne sais plus, on a le droit de dire singe ? » s’interrompt soudain Nicolas Sarkozy, lancé dans une diatribe contre les « élites qui se regardent dans une glace », avec un rire sarcastique.

    « Parce que... On n’a plus le droit de dire les... On dit quoi, “Les dix petits soldats” maintenant ? C’est ça ? Ouais... Elle progresse la société ! »

    La société il l’a bien pourrie lui, pendant dix ans et pour longtemps.

    Et les télés les plus regardées en invite à la pelle des extrémistes pour faire de l’audience.

    C’est lui faire de la pub que de parler de lui ? Peut-être. Pas de la bonne en tous les cas.  Dès qu’il apparaît j’ai envie de vomir. C’est comme ça. Je n’ai rien oublié, et je ne comprends toujours pas comment on peut traiter ses successeurs pire que lui alors que lui a pu tout faire pendant qu’il avait le pouvoir, il n’y avait pas grand monde dans la rue pour protester. Et tout le monde fait semblant d’oublier… Rien vu, rien entendu, rien dit... 

    SOURCE : https://blogs.mediapart.fr/gabrielle-teissier-k/blog/110920/le-racisme-colle-la-peau 

     

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    Sécurité : le séparatisme des médias

    Sécurité : le séparatisme des médias

    « Ensauvagement », « séparatisme », « barbares »… le tube médiatique de l’été s’est transformé en sujet numéro un de cette rentrée politique. Alors même que 800 000 jeunes arrivent sur le marché de l’emploi, que des milliers d’emplois sont supprimés à travers le pays, que les masques ne sont toujours pas gratuits, qu’on apprend que 68 % des espèces vertébrés ont disparu, que la crise économique va frapper de plein fouet des millions de Français, qu’il y a urgence sur le front de l’emploi, de la bifurcation écologique… on assiste à une surenchère sécuritaire sur tous les plateaux, qui oblitèrent tant d’autres sujets vitaux. Oui, bien sûr que la sécurité est un problème. Mais il n’est pas traité. Depuis des semaines, on assiste à un concert de démagogues. Sans jamais rentrer dans le fond du problème. Ne surtout pas tenter d’analyser ses causes, ni apporter des réponses de long terme.

     

    « L’ensauvagement » et « le séparatisme » :

     tubes d’été et de rentrée

    La tactique n’est pas nouvelle. Et elle est particulièrement grossière en cette rentrée. Faire monter le Rassemblement National sur ses sujets de prédilections, pour ensuite se poser en seul et unique rempart lors de l’élection présidentielle. Le gouvernement dans le rôle du pompier pyromane, les médias traditionnels dans le rôle de l’apprenti sorcier. La zemmourisation des médias en cours est alarmante. En témoigne la nomination ce 10 septembre de Louis de Raguenel comme adjoint au service politique d’Europe 1. On parle ici de l’ancien rédacteur en chef de Valeurs Actuelles, flashé sur l’autoroute du racisme contre Danièle Obono. En témoigne, aussi, la folle association entre « singes » et « nègres » de Nicolas Sarkozy sur le plateau de quotidien ce même jeudi 10 septembre. Un ancien président de la République déclarant en 2020, en direct sur un plateau télé : “On a peut-être encore le droit de dire singe, sans insulter personne?” Cette zemmourisation médiatique est d’autant plus dommageable que le débat sécuritaire est nécessaire, et que, loin des fantasmes, des solutions existent.

    « L’ensauvagement ». Gérald Darmanin a trouvé le gimmick de l’été, repris sur toutes les ondes. Emmanuel Macron avait déjà annoncé la couleur juste avant la pause estivale : « le séparatisme ». Le gouvernement planche d’ailleurs sur une proposition de loi sur le séparatisme pour 2021. Peu importe qu’on ne sache pas exactement de quoi on parle. « On s’en fiche des chiffres. Il y a un sentiment dans le pays… » a même résumé Julien Pasquet, présentateur sur Cnews, le 31 août. Quand bien même les chiffres de l’INSEE montrent que depuis 30 ans le niveau de violences interpersonnelles est stable. Mais ce n’est pas un débat. C’est une comédie.

    Oui c’est une farce qui dure depuis des années. Nicolas Sarkozy, Manuel Valls, aujourd’hui Gérald Darmanin, sortent à chaque fois la partition sécuritaire pour faire monter l’extrême droite, faire oublier des bilans économiques et sociaux catastrophiques, et se poser ensuite comme barrage d’une cascade qu’ils ont eux même alimentée. Et ça fonctionne. Il faut donc changer de tactique et apporter du fond au « débat ». Oui les chiffres sont en stagnation voire en baisse, mais les violences sont insupportables pour toutes celles et tous ceux d’entre nous qui les subissent. « Oui, il y a un problème ». Cela fait 20 ans que médias et politiques parlent d’insécurité, comment se fait-il que rien ne change ? Comment en est-on arrivé là ? Parce que la police est mal employée, mal formée, et qu’elle a été détruite de l’intérieur.

    L’ensauvagement est à Darmanin

    ce que le Karcher était à Sarkozy

    L’ensauvagement est à Darmanin ce que le Karcher était à Sarkozy : une arme de communication massive. Parlons-en, justement, du bilan sécuritaire du mentor de Gérald Darmanin. Revenons en arrière : 2007-2012, quinquennat Sarkozy. « Les policiers ne sont pas là pour jouer au rugby » : la police de proximité est supprimée. La brigade anti criminalité (BAC) est déployée dans les quartiers populaires. 10 000 postes de policiers sont supprimés. La source des maux actuels de la police est bien à chercher du côté de l’affaiblissement de l’État et du démantèlement progressif de ses services publics. La police n’échappe pas à la logique austéritaire. Faire du lien social dans les quartiers ? Plus le temps. C’est la politique du chiffre qui prime.

    Aux policiers de proximité, connus dans le quartier, succèdent les cow-boys de la BAC. Claquement de portière, tête dans le caniveau. Les contrôles abusifs et les bavures se multiplient. Les contrôles au faciès sont documentés depuis plus d’une décennie. Des sociologues du CNRS ont démontré dès 2009, par une retentissante enquête de terrain gare du Nord à Paris, les discriminations systémiques que dénoncent aujourd’hui Jacques Toubon. Difficile de soupçonner l’ancien défenseur des droits de gauchisme. Pourtant, l’ancien fidèle de Jacques Chirac cite aujourd’hui Pierre Bourdieu et parle bien de discriminations systémiques dans la police.

    Refonder l’institution policière de fond en comble

    Les rassemblements récents en hommage à George Floyd et/ou à l’appel du collectif Vérité pour Adama, qui regroupaient plusieurs centaines de milliers de personnes à travers le pays, ont témoigné de ce ras de bol du racisme et des violences policières. Les témoignages issus des rangs de la police se sont multipliés. La presse a révélé l’existence de groupes Facebook rassemblant plusieurs milliers de policiers et où ces derniers échangent des propos racistes. Flic, un journaliste a infiltré la police est un ouvrage qui fait du bruit en cette rentrée. La force de l’ordre, une anthropologie de la police des quartiers, enquête en immersion mené 10 ans plus tôt par le sociologue Didier Fassin, révélait déjà la même réalité : la violence et le racisme quotidien dans la police. Cela ne veut pas dire que tous les policiers sont racistes et violents. Ces témoignages mettent simplement en lumière des dérives policières systémiques. Si on veut agir efficacement pour la sécurité, il faut donc refonder de fond en comble l’institution policière. De sa formation à son utilisation.

    Depuis des années est réclamé le recrutement de 10 000 policiers et de 5 000 agents administratifs, plus instruits, mieux formés, ce qui signifie, une fois n’est pas coutume, de mettre fin à la logique austéritaire qui détruit nos services publics. Empiler des policiers ne changera rien, la réponse ne peut être que sécuritaire. Il faut un retour de l’État, de l’ensemble de ses services publics, et notamment de la police de proximité. Utiliser la police non plus pour réprimer violemment les mouvements sociaux, non plus pour crever des yeux et arracher des mains de manifestants, non plus pour des contrôles au faciès à répétition, non plus pour faire du chiffre, mais pour assurer sa mission républicaine : protéger la population dans son ensemble. La BAC compte 7000 policiers. Elle ne fait pourtant que du flagrant délit pour faire du chiffre. Avec les bavures que l’on connait. La police judiciaire ne compte quant à elle que 5000 policiers pour enquêter sur les milliards d’euros détourné par la délinquance financière, la criminalité organisée, la drogue, le trafic d’êtres humains, le trafic de monnaies, etc. Suppression de la BAC, retour de la police de proximité dans les quartiers, formation renforcée et recrutements massifs dans la police judiciaire pour en finir avec la politique du chiffre et mener des enquêtes de long termes pour démanteler des réseaux en remontant jusqu’à la source : voici des mesures utiles, pourtant rarement évoquées sur les plateaux télé, mais qui pourraient permettre d’augmenter la sécurité collective.

    « L’urgence pour garantir le droit à la tranquillité publique de tous n’est donc pas dans les opérations de communication façon cow-boy de Darmanin. Il serait bien plus utile de redéployer les moyens à l’intérieur de la police. Moins de policiers pour gazer les manifestations et faire du contrôle d’identité et plus pour traquer les réseaux de trafic d’armes et de drogues.» Cela semble évident et pourtant ce n’est toujours pas fait. Il est urgent de revenir à la raison sur les questions de sécurité.