• Ne manquez pas le remarquable documentaire  « La Police de Vichy »  par David Korn-Brzoza et Laurent Joly  France 3  Mercredi 19 septembre, 20h55

     

     

    Ne manquez pas le remarquable documentaire

    « La Police de Vichy » 

    par David Korn-Brzoza et Laurent Joly 

    France 3 

    Mercredi 19 septembre, 20h55

     

    Ce documentaire revisite ces années noires qui marquèrent à jamais l’institution policière française.

    La Police de Vichy retrace les années noires de la police française : la collaboration, la traque des communistes, les rafles des Juifs, la Résistance, la Libération, l'épuration. Grâce à des archives rares et au moyen de l’animation et de la création graphique, ce film redonne vie aux principaux responsables politiques et administratifs de la police de Vichy : Laval, Bousquet, Pucheu (ministre de l’Intérieur), des miliciens... Leurs paroles, consignées dans des mémoires, des procès-verbaux d'audition, de la correspondance, nous racontent, de l’intérieur, une histoire inédite de la police de Vichy. 

    Ne manquez pas le remarquable documentaire  « La Police de Vichy »  par David Korn-Brzoza et Laurent Joly  France 3  Mercredi 19 septembre, 20h55

    Soldats allemands et policier français au sommet de l'Arc de Triomphe. Paris (VIIIème arr.), 14 juin 1940. © Ullstein Bild / Roger-Viollet

    Comment la police de Vichy s'est totalement soumise aux nazis

    Longtemps passée sous silence, taboue, la police de Vichy a pourtant eu un rôle déterminant dans la collaboration avec les Allemands. Sans elle, ils n'auraient jamais été capables de rafler autant de Juifs de France. Dans un remarquable documentaire à voir sur France 3 le 19 septembre, Laurent Joly et David Korn-Brzoza reviennent sur l'histoire indigne de nos forces de l'ordre.

    "La police française a réalisé jusqu'ici une tâche digne d'éloges". Cinq jours après la rafle du Vel' d'hiv, le général en chef de la SS en France, Carl Oberg, acclame en ces mots les forces de l'ordre françaises. Elles viennent d'orchestrer et de réaliser une opération colossale, arrêtant 13 152 Juifs parisiens en quelques jours.

    Peu connue, la police française est pourtant "la principale force du régime de Vichy" et "le principal atout de la Collaboration", rappelle le documentaire La police de Vichy. Diffusé sur France 3 mercredi 19 septembre, en prime time à 20h55, ce film revient sur la proximité extrême des forces de l'ordre avec le régime nazi, jusqu'à la Libération.

    Le brillant historien Laurent Joly y pointe une réalité déchirante : les flics français ont une grande responsabilité dans l'extermination des juifs. Sous l'état dictatorial de Pétain, c'est la police de Vichy qui a largement collaboré avec la Gestapo, raflé les Juifs, les réfugiés politiques, les communistes, les résistants, ou encore donné des noms d'otages à exécuter aux Allemands.

    Ne manquez pas le remarquable documentaire  « La Police de Vichy »  par David Korn-Brzoza et Laurent Joly  France 3  Mercredi 19 septembre, 20h55

    Un soldat SS avec un policier français. © Mémorial de la déportation 

    Des camps d'internement en zone libre, surveillés

     par les Français 

    Car les forces de l'ordre françaises ont dépassé les attentes des Nazis. "Dès le premier jour [de l'occupation], l'occupant est surpris de l'esprit de collaboration étonnant des policiers français", narre la voix off. Et cet esprit ne se tarira pas. Si "des dizaines des flics réputés antinazis sont arrêtés", les hommes restant se mettent au pas d'Hitler, "sans complexe". A la tête de la police, des activistes d'extrême-droite, des hauts fonctionnaires, ou des anticommunistes déterminés noueront des "arrangements criminels avec les Allemands". 

    Sans sourciller, le Ministère de l'Intérieur commence par ouvrir en zone libre des camps de concentration (pudiquement appelés "camps spéciaux") pour y interner 40 000 Juifs étrangers. Uniquement surveillés par les forces de l'ordre françaises, les détenus vivent dans des conditions dramatiques. A l'hiver 1941, "dans le seul camp de Gurs, plus de 700 internés décèdent". 

    “Le pire est à venir” 

    Plus la guerre avance, plus l'épuration politique et raciale ira loin dans l'horreur. "Le pire est à venir", conte le documentaire, compilant archives rares, vidéos de propagande et articles de journaux d'époque. En 1942, les forces allemandes dans l'Hexagone ne sont plus que 40 000 (trois fois moins que leurs collègues français), mais les chefs de Vichy n'en profitent pas pour freiner leur collaboration avec les Nazis. Bien au contraire.

    Quand les hommes du Reich annoncent la déportation prochaine de 5 000 Juifs en zone occupée, le nouveau chef de la police René Bousquet leur fait savoir qu'"il y a aussi des milliers de Juifs étrangers en zone libre, et qu'il serait disposé à [leur] livrer". Un mois plus tard, en juin 1942, les Allemands réclament ainsi la livraison de 40 000 Juifs de France. Cet objectif sera malheureusement dépassé. "A la fin de l'année 1942, 42 000 victimes ont quitté [l'Hexagone] à destination d'Auschwitz".

    “Vichy prétend s'être entendu avec l'occupant pour sauver les Juifs français. En vérité, il en a sacrifié des milliers.”

    Ne manquez pas le remarquable documentaire  « La Police de Vichy »  par David Korn-Brzoza et Laurent Joly  France 3  Mercredi 19 septembre, 20h55

    Prestation de serment des agents de police, faisant le salut fasciste au palais de Chaillot, à Paris, en janvier 1942 (photographie interdite par la censure). © LAPI / Roger-Viollet 

    Le drame des enfants, une honte absolue 

    L'indignité des forces de l'ordre atteint son paroxysme lors de la rafle du Vel' d'hiv'. Dans un premier temps, les Allemands n'avaient pas prévu de déporter les Juifs de moins de seize ans. Mais ce n'est pas de l'avis des policiers français, qui arrêtent 13 152 "Israélites", dont 4 000 enfants.

    Alors que le chef du gouvernement Laval avait prévu de livrer 24 000 Juifs aux Allemands, il rougit devant cet "échec relatif". Et "insiste ainsi pour que les enfants soient déportés avec leurs parents". Deux semaines plus tard, les Nazis donnent leur accord à la déportation des enfants. Si leurs parents ont déjà été envoyés dans les camps de la mort, "les enfants, dont plus de 800 ont moins de six ans, sont déportés sans eux, dans des wagons plombés".

    “Le drame des enfants a fait jouer à la police et à la gendarmerie le rôle le plus honteux de leur histoire.”

    “Tous ont tenté de justifier l'inacceptable” 

    A la fin de la guerre, à leurs procès, les responsables de Vichy n'hésitent pas à se cacher derrière des mensonges culottés, éhontés, martelant effrontément qu'ils ont sauvé des Juifs français. "Tous ont tenté de justifier l'inacceptable". Avec talent, le réalisateur David Korn-Brzoza confronte les paroles fallacieuses des chefs de la police (incarnés par des comédiens) et les archives, ne laissant aucun doute sur leur culpabilité. Laval, Bousquet ou encore Darnand reprennent ainsi vie, cachés derrière un cynisme affligeant.

    Ne manquez pas le remarquable documentaire  « La Police de Vichy »  par David Korn-Brzoza et Laurent Joly  France 3  Mercredi 19 septembre, 20h55

    La reconstitution des paroles de René Bousquet, dans le documentaire La police de Vichy © PROGRAMM 33

    Jusqu'à la Libération, les arrestations de Juifs, mêmes français, se multiplieront. Début 1944, sous la houlette du nouveau Ministre de l'Intérieur Joseph Darnand, la terreur s'installe. Les policiers traquent, torturent et assassinent les résistants et réfractaires au Service du travail obligatoire (STO).

    Les flics, valets de la Gestapo devenus miraculeusement résistants 

    Mais après le Débarquement, le vent tourne chez les policiers. Sans pour autant déserter, "40% [d'entre eux] sont officiellement souffrants" en juillet 1944. Dans les combats pour la Libération de Paris, les flics sont en première ligne, et se joignent aux résistants. "Pourtant, parmi ces héros du jour, nombreux avaient jusque-là exécuté les pires ordres : arrêter des résistants, ou rafler des Juifs."

    Les combats de Paris suffisent toutefois à "laver l'opprobre". En ces temps agités, le pouvoir gaulliste a besoin de forces de l'ordre, et "tourne la page de la collaboration policière". La police sera quand même "le corps professionnel le plus épuré à la Libération".

    “Plus de 10 000 policiers sont sanctionnés, internés ou jugés. Les chefs des brigades spéciales, les commissaires zélés, les pourvoyeurs de pelotons d'exécutions, sont condamnés à de lourdes peines.”

    Si Laval est condamné à mort, certains réussissent à se faire oublier, comme René Bousquet. "Responsable des grandes rafles anti-juives", il est acquitté en 1949 pour services rendus à la résistance. Il n'est inculpé qu'en 1993 pour complicité de crimes contre l'humanité, avant d'être assassiné par un déséquilibré la veille de son procès. Laurent Binet écrit dans son livre HHhH (Grasset, 2009) que ce "spectaculaire abruti" nous a ainsi privés du "procès du siècle".

    La Police de Vichy, de David Korn-Brzoza et Laurent Joly, sur France 3, le mercredi 19 septembre à 20h55.

    SOURCE : https://www.lesinrocks.com/2018/09/16/medias/comment-la-police-de-vichy-sest-totalement-soumise-aux-nazis-111124859/ 

    La police de Vichy : l’obéissance aveugle... jusqu’à l’abomination

    Sans la collaboration zélée de la police avec la Gestapo, jamais les occupants nazis n’auraient pu rafler autant de Juifs, de résistant-es, de communistes, de réfugié-es politiques … Un documentaire remarquable de Laurent Joly et David Korn-Brzoza, sur France 3, mercredi 19 septembre à 20h55, revient sur ces années honteuses des forces de l’ordre françaises. Un passé entièrement révolu ?

    « Dès le premier jour [de l'occupation], l'occupant est surpris de l'esprit de collaboration étonnant des policiers français », expose la voix off. Le documentaire La police de Vichy nous rappelle que la chasse au quotidien et les rafles des Juifs, résistants, communistes, réfugiés politiques, la livraison aux Allemands des listes d’otages à exécuter… ont principalement été le fait des policiers et gendarmes français, dans leur grande majorité inféodés au régime de Vichy, auquel ils prêtèrent serment sans état d’âme.

    Ainsi, l’hiver 1941, ce sont les forces de l’ordre françaises, et uniquement elles, qui surveillent les camps de concentration où le Ministère de l’Intérieur interne dans des conditions épouvantables 40 000 Juifs étrangers. « Dans le seul camp de Gurs, plus de 700 internés décèdent. » L'indignité de la police française atteindra son paroxysme lors de la rafle du Vel' d'hiv, les 16 et 17 juillet 1942, avec l’arrestation de 13 152 « Israélites ». Dont 4 000 enfants, dépassant ainsi la « commande » des Allemands qui, dans un premier temps, avaient exclu de les déporter. Ravi par tant de zèle, peu après la rafle du Vel’d’hiv, le général en chef de la SS en France s’exclamera : « La police française a réalisé jusqu'ici une tâche digne d'éloges ! »

    « Le pire est à venir » nous prévient le documentaire qui nous décrit la montée en puissance d’une terreur policière qui ne prendra fin qu’en juillet 44, quand les flics tourneront casaque, certains allant jusqu’à rejoindre la Résistance en participant aux combats pour la Libération de Paris !... Ce qui suffira à « laver l’opprobe ». « Pourtant, parmi ces héros du jour, nombreux avaient jusque-là exécuté les pires ordres : arrêter des résistants, ou rafler des Juifs. » Après ce sera l’épuration puis l’oubli…

    Bien construit, servi par un commentaire informatif et incisif, des images d’archives exceptionnelles, des articles de la presse collaborationniste et des films de propagande choisis avec pertinence, le documentaire de Laurent Joly et David Korn-Brzoza est un réquisitoire sur les pratiques des forces de l’ordre française sous l’occupation – « le principal atout de la Collaboration » – et de leurs chefs (les Laval, Bousquet, Darnand…).

    « On ne peut s’empêcher de penser

     à la guerre d’Algérie

    et à des événements plus récents »

    Reste qu'après La police sous Vichy, on s’interroge, on se demande comment et pourquoi des êtres humains peuvent ainsi plonger dans une telle indignité. Inévitablement, on pense à l’après. Car, même s'il ne peut être question de comparer la période de l’occupation avec celles qui ont suivies, l’amalgame ne pouvant qu’être contre-productif, on ne peut s'empêcher de penser à la guerre d’Algérie et au rôle peu reluisant joué par la police, au racisme, aux rafles (encore !), au massacre de Charonne le 8 février 1962, à celui du 17 octobre 1961 où furent arrêtés, bastonnés et assassinés des centaines d’Algériens, sur l’ordre d’un certain Maurice Papon... On pense aussi, notamment et dans le désordre, aux violences policières en Mai et juin 68 (« CRS : SS ! »), à la chasse aux sans-papiers, aux réfugiés, aux harcèlements policiers à l’égard des jeunes des cités, aux humiliations, violences et assassinats impunis, aux milliers de grenades balancées par les gendarmes mobiles à Notre-Dame-des-Landes… Et, bien sûr, on pense à un certain Benalla à l’insolence et à la violence rendues possible par l’obéissance coupable de fonctionnaires de police, à tous les niveaux de la hiérarchie.

    Pour comprendre, pour se garder de toute illusion suicidaire sur la police, c’est à un rescapé de la rafle du Vel’d’hiv qu’il faut faire appel. Pour Maurice Rajsfus, auteur de nombreux livres sur le génocide des Juifs en France et sur le rôle de la police, « sur le terrain, la police n'est pas plus républicaine qu'elle n'est une institution représentative de la démocratie authentique. Elle a toujours formé un corps de fonctionnaires habitués à l'obéissance aveugle. Ces civils en uniforme ont, en chaque occasion, jugé utile d'aller au-delà des ordres reçus, d'améliorer le rendement, d'être performants. Les policiers sont pour la plupart des citoyens qui se situent au-dessus des lois qu'ils sont censés faire respecter. » (1)

    La Police de Vichy 

    par David Korn-Brzoza et Laurent Joly 

    France 3 

    Mercredi 19 septembre, 20h55 

     (1) La police de Vichy, les forces de l’ordre françaises au service la Gestapo, Le Cherche Midi,1995.

    SOURCE : https://blogs.mediapart.fr/jean-pierre-anselme/blog/170918/la-police-de-vichy-l-obeissance-aveugle-jusqu-l-abomination 

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    L’universitaire français

     Olivier Le Cour Grandmaison :

    L’ensemble des crimes coloniaux doivent être qualifiés “comme ils devraient l’être”

    Les massacres du 17 octobre doivent être reconnus comme crime d’État

    L'universitaire français Olivier Le Cour Grandmaison a estimé que l'ensemble des crimes coloniaux, commis par la France, doivent être qualifiés "comme ils devraient l'être", affirmant que la déclaration du président Emmanuel Macron sur l'affaire Maurice Audin est un "immense pas".

    "Si la déclaration d’Emmanuel Macron, au sujet de l’arrestation, de la torture et de la disparition de Maurice Audin, est un immense pas pour la famille, et pour toutes celles et tous ceux qui, depuis cet événement, se sont mobilisés pour que le crime perpétré ce jour-là soit enfin reconnu par les plus hautes autorités de l’Etat, beaucoup d’autres devront être  effectués pour que l’ensemble des crimes coloniaux soient qualifiés comme ils devraient l’être", a-t-il précisé dans un entretien à l'APS, à quelques jours de la déclaration du président français.
    Cependant, il a estimé que le président et ses conseillers demeurent "très en-deçà" de ce qui aurait dû être déclaré, rappelant que lors de son déplacement à Alger, en tant que candidat à l’élection présidentielle, il avait déclaré que la colonisation avait été un "crime contre l’humanité", mais il s’est bien gardé, a-t-il dit, de réitérer ses propos à cette occasion "alors que les faits visés ressortissent bien à ce type de qualification". L'auteur de "L’Empire des hygiénistes. Vivre aux colonies" (Fayard, 2014) a tenu également à rappeler au chef d'Etat français que l’article 212-1 du Code pénal français explique que sont considérés comme des crimes contre l’humanité : "la déportation (...) ou la pratique massive et systématique d’exécutions sommaires, d’enlèvements de personnes suivis de leur disparition, la torture ou d’actes inhumains inspirés par des motifs politiques (...) organisés en vertu d’un plan concerté à l’encontre d’une population civile".
    "Pour ménager les militaires, la droite et l’extrême-droite, et sans doute aussi, une partie de son électorat, peut-être aussi pour éviter des procédures judiciaires, cette qualification n’a donc pas été employée alors qu’elle est parfaitement adéquate aux pratiques de l’armée française pendant la guerre d’Algérie et aux crimes commis antérieurement à partir du 8 mai 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata, puis en Indochine, à Madagascar en 1947 et le 17 octobre 1961 à Paris", a-t-il soutenu, soulignant que de ce point de vue, la déclaration du président Macron "ne saurait satisfaire celles et ceux qui exigent, parfois depuis des décennies, que ces massacres soient reconnus par les plus hautes autorités de l’Etat".

    Les massacres du 17 octobre1961 doivent être reconnus

    comme crime d’État

    A propos de la promesse du président Macron d'ouvrir les archives, l'universitaire juge ambiguë sa déclaration à ce sujet.
    "Soit cela porte uniquement sur l’affaire Audin, et c’est alors singulièrement restrictif, soit cela concerne l’ensemble de la guerre d’Algérie, et la mesure est autrement plus importante. Reste que cet accès demeure le fait du prince", a-t-il expliqué et, pour ne pas abandonner son doute, il s'interroge sur le sort "des archives relatives aux événements précités auxquels il faut ajouter le massacre de Thiaroye du 1er décembre 1944 et la guerre trop longtemps oubliée conduite au Cameroun entre 1955 et 1971".

    Pour Olivier Le Cour Grandmaison, comparativement à d’autres pays comme les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, la législation française sur l’accès aux archives est "une des plus restrictives et que beaucoup, par le passé, se sont vus refuser l’accès à certaines archives", mettant en valeur, dans ce cadre, le travail du regretté Jean-Luc Einaudi sur les massacres du 17 octobre 1961. Il a annoncé à cet effet que, dans moins d’un mois, le collectif pour la reconnaissance des massacres du 17 octobre à Paris et sa banlieue se réunira, comme tous les ans, sur le Pont Saint-Michel, pour "exiger la reconnaissance de ce crime comme crime d’Etat et l’ouverture de toutes les archives".
    "Le président de la République laisse croire qu’il est disposé à solder les comptes du passé criminel de la France en Algérie, qu’il le prouve en faisant enfin une déclaration précise et circonstanciée sur ce qui s’est déroulé à Paris et en banlieue parisienne où les arrestations arbitraires, la torture et les disparitions forcées ont également été employées par des policiers et des harkis agissant sous les ordres du préfet de police de l’époque, Maurice Papon", a-t-il conclu.

    SOURCE : http://www.elmoudjahid.com/fr/actualites/128408 

     

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  • Algérie. "J’ai fait le chemin pour demander pardon" Gilbert Quellec avait 20 ans en Algérie. Il s’y trouvait pendant « les événements », comme il a longtemps été d’usage de désigner la guerre. 60 ans

     

    Algérie. "J’ai fait le chemin pour demander pardon"

    Gilbert Quellec avait 20 ans en Algérie. Il s’y trouvait pendant « les événements », comme il a longtemps été d’usage de désigner la guerre. 60 ans après, le Morbihannais a emprunté un chemin de mémoire, effectué un acte de réconciliation dont il revient, simplement, heureux.

    Avec une infinie délicatesse, il ressort une petite photo en noir et blanc de son grand album familial. « C’est moi à Lamoricière, aujourd’hui renommée Ouled Mimoun… J’avais 20 ans et je ne savais pas vraiment pourquoi j’étais là-bas… ». Gilbert Quellec a laissé une grande part de sa jeunesse en Algérie. Avant la repentance de l’État et la rencontre d’Emmanuel Macron avec la famille de Maurice Audin, Gilbert avait déjà entrepris de réaliser son propre acte de réconciliation. « Le président Macron a oublié de parler des deux camps, il y a eu de nombreux morts des deux côtés ».

    On avait toujours la boule au ventre

    Jeune appelé, Gilbert revêt l’uniforme, tout d’abord en Allemagne, avant de découvrir l’Algérie. Il y restera deux ans. « Du 1er novembre 58 au 1er novembre 60 ». Il découvre un pays plongé dans la violence, où la peur s’est logée dans les recoins de l’esprit. « On avait toujours la boule au ventre. La nuit, quand on était couché ou quand nous étions en patrouille, on entendait les bruits de mitraillettes… », se remémore-t-il aujourd’hui, dans le silence apaisant de sa ferme de Locoal-Mendon (Morbihan). Les combats, la mort, la peur… Les images sont intactes. « Il y a eu des moments très douloureux. Un jour, j’ai vu tomber l’un de mes copains… Je ne savais même pas qu’il était là. Il y avait plusieurs groupes et nous étions pris dans une embuscade. On a eu le temps de se mettre à l’abri, mais on ne pouvait pas intervenir sur un autre groupe qui se faisait mitrailler. Après un moment, le radio, qui était à côté de moi, me dit : "je crois qu’il y en a un de chez toi, là-bas"… C’était vrai. Il se trouve qu’on faisait du vélo ensemble à Lanester, quand nous étions plus jeunes. Il s’appelait René Le Du et il est mort à quelques dizaines de mètres de moi ».

    Décoré par De Gaulle

    D’autres souvenirs, moins terrifiants, s’agrègent dans le recueil de la mémoire. « Nous étions jeunes mais nous restions soudés. Il y avait un esprit de camaraderie très fort. Je me souviens aussi de ce pays, magnifique, avec ses lumières, son désert extraordinaire… ». Dans l’Oranais, Gilbert était chauffeur. Il lui est pourtant arrivé de se trouver en première ligne, sous le feu de l’adversaire. « Mais je n’ai jamais tiré sur quelqu’un. Un jour, un commandant qui avait repéré une patrouille m’a demandé de prendre à revers un groupe et de le rabattre vers l’oued (rivière). Il a ainsi été mis hors de combat. C’est ce qui m’a valu d’être décoré ». Une décoration remise par Charles de Gaulle en personne. « Le Général se trouvait sur place, en 59, pour faire la tournée des popotes ». Gilbert est revenu d’Algérie, a fait sa vie, eu plusieurs métiers et accompli de belles choses. Mais toujours, le taraudait l’envie de retourner là-bas.

    Certains nous disaient qu’ils n’avaient pas vu

     de Français dans cette partie du pays

     depuis l’indépendance

    « Je parlais de mon projet avec les anciens combattants et ils me disaient de ne pas y aller… Mais j’ai finalement trouvé des compagnons de route qui avaient le même désir : deux anciens des Landes et un autre Morbihannais, Jean Richard, de Séné. Et puis, j’avais avec moi mes deux gardes du corps : ma fille et mon petit-fils de 18 ans ». L’appréhension des débuts est rapidement balayée par les vents de ce désert qui a bien changé. « Le fort du col des Zarifet est devenu un zoo, et Lamoricière (située au nord-ouest), la petite ville de 2 000 habitants, en compte aujourd'hui 20 000… Les gens étaient surpris de nous voir venir. Certains nous disaient qu’ils n’avaient pas vu de Français dans cette partie du pays depuis l’indépendance ».

    Algérie. "J’ai fait le chemin pour demander pardon" Gilbert Quellec avait 20 ans en Algérie. Il s’y trouvait pendant « les événements », comme il a longtemps été d’usage de désigner la guerre. 60 ans

    Devant le monument aux morts de Khemis Miliana 

    Là où Gilbert et ses compagnons craignaient des portes fermées, des bras accueillants s’entrouvrent. « On a été accueillis avec chaleur. Nous avons expliqué ce que nous faisions là. On entendait : "soyez les bienvenus"… Partout, des gens désireux de venir parler avec nous, d’écouter. Un homme, dont le père était mort pendant la guerre, a pris le temps de nous montrer le monument aux morts où 109 Algériens figurent… D’autres voulaient entendre notre histoire. J’ai été invité à manger le couscous le jour de mon anniversaire, le 12 mai, que j’ai fêté là-bas. C’était tout bonnement incroyable ».

    Unis par les larmes

    L’émotion est à son comble quand Gilbert et ses amis découvrent une « maison de torture » à Beraoun : « Un homme, Benamar Salah, nous accompagnait. Il avait été torturé sur place. Il y avait là les cachots, la corde pour pendre, la baignoire où les têtes des gens étaient plongées, la gégène et un puits pour jeter les cadavres. À l’époque, je ne savais pas que tout cela existait. Je pense qu’il n’y avait pas de salle de torture au fort de Lamoricière. Là, tout ça… C’était trop. On s’est mis à pleurer. Benamar aussi. Et on s’est pris dans les bras… ». Gilbert est revenu, en paix avec lui-même. « Je pense qu’on n’avait rien à faire en Algérie. C’était un conflit inutile. Tous mes amis le disent ».

    SOURCE : https://www.letelegramme.fr/soir/memoire-j-ai-fait-le-chemin-vers-l-algerie-pour-demander-pardon-18-09-2018-12082489.php 

     

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  • PARIS

    Merci à Maurice Audin, assassiné en juin 1957

    en Algérie

    ALGER

    La guerre d’Algérie a été une grande école politique pour toute une génération. Pour les « appelés » de l’armée française que l’on associait au « sale boulot », comme les «corvées de bois», lorsqu’on exécutait des prisonniers algériens ; celles des étudiants « sursitaires », menacés d’être expédiés en zone de guerre s’ils étaient fichés comme anticolonialistes ; celles des citoyens qui ont découvert le sort réservé aux peuples du Sud lorsqu’ils contestaient leur subordination à des métropoles sans scrupules.

    A tous, cette sale guerre, qui aurait pu être évitée par la négociation, a permis d’apprendre très vite ce qu’une « démocratie » est capable de faire par-delà ses discours libéraux ; ce qu’est le racisme, particulièrement anti-arabe, dans une République qui pourtant depuis plus d’un siècle administrait des populations arabo-musulmanes en Afrique du Nord et prétendait diffuser dans le monde entier un message d’humanité ; cette guerre a enseigné aussi qu’une fraction de l’armée, douze ans seulement après le combat contre le nazisme, était susceptible d’user de la torture et de massacrer sans discriminations pour servir la cause coloniale, tout comme l’armée du Chili en 1973 contre les communistes et leurs alliés. On a appris qu’une masse de citoyens apathiques pouvait tout tolérer sans protester ou même chercher à ignorer. Cette longue guerre (qualifiée «d’opération de police et de pacification») nous a enseigné aussi, survenant après le massacre de Sétif en 1945, véritable début de la guerre d’Algérie, que les politiciens de droite (et pas seulement de la droite extrême) et les prétendus « socialistes » (à l’époque de la SFIO dont le secrétaire général était Guy Mollet, premier ministre en 1956-1957, avant de céder la place au Radical Bourgès-Maunoury et aux Socialistes Lacoste et Max Lejeune) ne craignaient pas les mensonges d’État : au nom du rétablissement de la paix. Les trois ministres ont autorisé l’emploi de la torture dans la recherche du renseignement. Les Ordonnances du 8 octobre 1958, 12 février 1960 ont en effet supprimé la plupart des droits protecteurs des justiciables en Algérie pour offrir à la police et à l’armée toutes facilités pour pratiquer « légalement » la torture et favoriser les « disparitions ».

    Combien de magistrats aussi se sont faits complices du « système », selon la qualification du Président Macron dans les procès concernant par exemple Djamila Bouhired, Badech Ben Hamdi, Henri Alleg, sans compter les 3.000 Algériens « disparus » durant la seule « Bataille d’Alger ».

    Combien de professeurs de droit n’ont pas osé se prononcer sur les pratiques scandaleuses utilisées durant cette guerre, souvent préoccupés davantage du maintien de l’ « Algérie Française » que des droits de l’Homme dont beaucoup feront quelques années plus tard leur fond de commerce !

    Quels sont les partis politiques, à l’exception des communistes et de quelques petits groupes d’extrême-gauche, qui ont manifesté leur opposition à cette guerre et appelé à la paix et à l’indépendance de l’Algérie?

    La démarche du Président Macron auprès de Madame Audin, 61 ans après l’assassinat de son mari (par les Paras du 1er RCP en juin 1957), jeune assistant de mathématiques à la Faculté des Sciences d’Alger et membre du parti communiste algérien, reconnaît la responsabilité de l’État français. Elle a le mérite de raviver notre mémoire et peut-être au delà du geste politique symbolique de rappeler une leçon fondamentale : les détenteurs du pouvoir, quels qu’ils soient, commis de l’élite du moment, se croient tout permis, y compris s’il le faut d’éliminer par la violence (soit par les forces régulières de l’ordre soit par des officines et autres milices parallèles) ceux qui les dérangent un peu trop.

    Le terme « système », appliqué à la répression en Algérie, engage avant tout les responsables politiques de l’époque. C’est une avancée. Il manque cependant à la parole du Président de la République toute référence aux autres militants français victimes à titres divers de cette guerre et aux milliers d’Algériens anonymes victimes du combat pour l’indépendance de leur pays.

    Applaudir le Chef de l’État semble suffire aux grands médias. Ils oublient le combat permanent du Comité Audin, constitué dès novembre 1957, autour de l’épouse de Maurice Audin fait docteur es-sciences in abstentia par la suite, qui n’a pas cessé de réclamer la vérité, sans bénéficier des TV et des journalistes de la grande presse écrite durant plus d’un demi-siècle (1).

    Ils négligent les quelques avocats courageux français et algériens, comme Maîtres Jacques Vergès, Bentoumi, Oussedik, Zavrian, Nicole Dreyfus, Roland Dumas, etc. qui dénonçaient la torture subie par leurs clients et les exécutions sommaires comme crimes de guerre.

    Ils oublient aussi le témoignage d’Henri Alleg, ancien directeur d’Alger Républicain, communiste, torturé, auteur de La Question, assimilé à un « terroriste » par des militaires tortionnaires démontrant qu’il tel qualificatif pourrait servir demain en cas de crise sociale grave contre des citoyens n’ayant rien à voir avec la violence du fascisme islamiste !

    Ils ne se souviennent plus que pour Maurice Audin, comme pour Henri Alleg et tous les autres, les organismes de contrôle de la légalité et de protection des libertés n’ont pas fonctionné, comme par exemple la Commission de Sauvegarde des Droits et Libertés individuels.

    Merci donc à Maurice Audin, comme à Henri Alleg de nous avoir appris, alors que nous étions encore étudiants, ce qu’il en était des lâches indifférents, de la violence imbécile, de la soldatesque sans principe, des différentes droites, des pseudo-socialistes, des discours humanistes sans portée, de la nature de la colonisation raciste et de la domination, dont on voit la renaissance en Europe et aux États-Unis ces dernières années.

    Merci enfin au Président Macron, dont les sondages au plus bas le poussent à une plus grande prise en compte et à plus d’élégance politique vis-à-vis des plus faibles !

    Le 15 septembre 2018.

    Robert CHARVIN

    (1) Voir, par exemple, Comité Audin. Sans commentaire. Éditions de Minuit. 1961.

    SOURCE : https://www.investigaction.net/fr/merci-a-maurice-audin-assassine-en-juin-1957-en-algerie/ 

     

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    Le repas de cochon

    C'était aussi une tradition dans la Bresse bourguignonne

    Et je l’ai connu dans mon enfance et adolescence…

    Mais pourquoi je tiens à vous raconter cette histoire ?

    Nous sommes arrivés au dernier mois de l’année, en plein hiver : les distractions ne sont plus les mêmes et les journées sont bien longues…
    Il fallait couper la monotonie de ces journées d’hiver par quelques distractions nouvelles… L’une d’elles était le « repas de cochon » : il se faisait à une époque indéterminée, le plus souvent entre la Saint-Martin et Noël, alors que pour les besoins du ménage un cochon gras sera tué et dont la majeure partie ira au saloir.
    Cet usage est très ancien, autant que la pratique de l’élevage des porcs en Bresse. Du temps des Gaulois, les peuplades séquanaises se trouvant sur la rive gauche de la Saône pratiquaient déjà l’élevage des porcs et en faisaient un commerce apparemment très réputé. On disait même en 1600 que le meilleur jambon présent à la « foire aux jambons de Paris » venait de Chalon-sur-Saône : il devait provenir en grande partie de la Bresse chalonnaise et du Louhannais.
    De nombreux auteurs ou érudits on évoqué ces repas de cochon comme étant de vrais festins pantagruéliques, d’une durée interminable, où les paysans faisaient montre d’un robuste appétit rompant avec le jeûne forcé de tous les jours. La viande était en effet un mets de luxe, n’apparaissant sur leur table qu’à de bien rares occasions.
    Le jour où l’on tuait le cochon a toujours été un grand évènement dans les maisons. C’était l’occasion d’une vraie fête et d’un dîner où l’on invitait les parents, les voisins, les amis dont quelques-uns avaient prêté la main à la besogne. On revêtait alors ses beaux habits, ceux « du dimanche » ou ceux, comme on disait alors, « à manger du fricot ». On faisait bombance complète de viande de porc et de ses reliefs formant boudins, andouilles, saucisses et fricassées. Du boudin et un peu de viande fraîche pour faire de la « grillade » étaient envoyés aux amis n’ayant pu venir. C’étaient là d’anciennes et bonnes habitudes rencontrées en Bresse que certaines familles ont su conserver en partie notamment avec l’abattage du cochon à la ferme. Le repas de cochon était bien le symbole de l’entretien d’une certaine cordialité des relations d’amitié et de voisinage.

    Aujourd’hui il existe encore des repas de cochon en voici un exemple :

    L’Abergement-Sainte-Colombe

    190 convives au repas de cochon de la JSAC 

    Cette troisième édition a connu autant de succès que les précédentes. Photo K. N’G. (CLP)

    Après la galette des rois, la Jeunesse sportive de L’Abergement-Sainte-Colombe (JSAC) avait organisé son troisième repas de cochon.

    Le repas de cochon, tradition culinaire locale, est un menu composé exclusivement de porc. Cette formule connaît de plus en plus d’adeptes. De nombreuses associations de la région en font un thème de repas favori pour conserver la tradition. Le menu (tout cochon) concocté par le traiteur Franck Bouiller, de Lessard-le-National, est ainsi composé : soupe, viande de soupe, pâté, fromage de tête, boudin, rôti, salade, fromage, fruit au sirop, brioche. Les convives, des habitués, ont bien apprécié cette agape. 

    Nous changeons de registre

    mais je préfère et de loin la fête du cochon de la Bresse

     

    «  La fête du cochon » politique, extrémiste

     et salut nazi d’Hayange

    Fête du cochon d’Hayange : une journaliste

    de BFMTV crie à la discrimination

    Comme de nombreux médias, BFMTV s’est rendue mardi à la fête du cochon d’Hayange, en Moselle. Mais seule la journaliste de la chaîne d’information en continue s’est étonnée de n’y trouver que… du cochon. Au point de crier à la discrimination envers les juifs et les musulmans… dit la fachosphère…

     

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    Lann Dreff. Sur les pas de Germaine Tillion

    Lann Dreff. Sur les pas de Germaine Tillion

     

    Lann Dreff. Sur les pas de Germaine Tillion

    Nelly Forget, cofondatrice du service des centres sociaux en Algérie, et Anne Gaussens, de l’association Maison de Germaine Tillion.

     

    À l’occasion des Journées européennes du patrimoine, les portes de l’ancienne maison de Germaine Tillion étaient ouvertes, samedi et dimanche, à Lann dreff. La Dame de Plouhinec avait plus de 65 ans lorsqu’elle a imaginé les plans d’une maison où elle pouvait recevoir ses nombreux amis. « D’abord les gens, ensuite les meubles autour des gens, ensuite les murs autour des meubles », aimait-elle préciser.

    Une exposition consacrée au service des centres sociaux pendant la guerre d’Algérie était également présentée. « Germaine Tillion a été appelée en Algérie en 1954 au début des événements. Elle a constaté un effondrement économique et l’extrême pauvreté qui frappait une grande partie de la population, notamment dans la région de l’Aurès. Elle a créé une structure pour aider les plus démunis et organiser des actions de formation à leur profit », expliquait Nelly Forget, cofondatrice des centres sociaux et amie de Germaine Tillion pendant 50 ans.

    SOURCE : © Le Télégramme https://www.letelegramme.fr/morbihan/plouhinec/lann-dreff-sur-les-pas-de-germaine-tillion-17-09-2018-12080783.php#K4WJYSE12KjY0ypd.99

     

    Germaine Tillion : de Ravensbrück

     au Panthéon en passant par l’Algérie

     et la Bretagne

     

    Lann Dreff. Sur les pas de Germaine Tillion

    Le 27 mai 2015, 4 figures de la Résistance ont fait leur entrée au Panthéon. Il s’agit de Pierre Brossolette, Jean Zay, Geneviève Anthonioz-De Gaulle et Germaine Tillion. Cette dernière, ethnologue, a été déportée à Ravensbrück. Elle est beaucoup venue en Bretagne où elle possédait une maison.

    La maison est fermée, le jardin abandonné aux herbes folles et derrière les arbres qui ont poussé, on devine à peine la petite Mer de Gâvres. C’est là, à Plouhinec dans le Morbihan, dans cette maison de Lann Dreff qui appartient désormais au Conservatoire du Littoral que Germaine Tillion a passé la moitié de sa vie une fois à la retraite. Entre 1974 et 2004, elle y a effectué de multiples séjour. Elle avait acheté le terrain à la fin des années 60 pour faire construire la grande maison blanche ou elle aimait travailler et recevoir ses proches. En toute discrétion. « Certains », racontent François Marquis et Marie-Christine Bougant, membres de l’Association Germaine Tillion et qui l’ont rencontré à plusieurs reprises, « pensaient qu’elle était l’ancienne assistante du général de Gaulle, ce qui était totalement faux. Beaucoup ignorait tout de sa vie et de l’étendue de ses travaux. »  C’est dans ce lieu propice à la méditation et à la réflexion, propice aussi aux grandes promenades sur la plage qu’elle aimait travailler et réfléchir. Un lieu de paix pour oublier les si dures années de guerre.

    Ethnologue en Algérie

    Germaine Tillion est née à Allègre en Haute-Loire en 1907. Fille d’une famille aisée -son père est magistrat- elle poursuit de brillantes études en Auvergne puis à St-Maur où ses parents s’installent en 1922.  Titulaire du baccalauréat en 1925, elle étudie tour à tour l’histoire, l’archéologie et surtout l’ethnologie qui va la passionner. A la fin de ses études en 1934, elle part en mission dans les Aurès chez les Berbères. Pendant 5 ans, elle effectuera plusieurs voyages en Algérie et devient l’une des spécialistes françaises de cette région du monde. C’est aussi durant ces années d’avant guerre qu’elle se lie avec les responsables du Musée de l’Homme à Paris et notamment de Jacques Soustelle.

    Les années de guerre

    Lorsque la guerre éclaté, Germaine Tillion va très vite choisir son camp. Dès le 17 juin 40 et le discours du maréchal Pétain, elle décide d’entrer dans la résistance et intègre le réseau connu plus tard sous le nom de « réseau du Musée de l’Homme ». En 1941, le réseau est démantelé, ses responsables arrêtés et 7 d’entre eux sont exécutés. Germaine Tillion, elle, a pu échapper à l’arrestation et va continuer ses missions au sein d’un autre groupe, le réseau Gloria, jusqu’en août 42. Mais le réseau est infiltré et le 13 août Germaine et tout un groupe de résistants sont arrêtés à la gare de Lyon à Paris. Incarcérée à la prison de la Santé, elle est ensuite transférée à Fresnes avant d’être déportée au camp de Ravensbrück en octobre 43 (sa mère, arrêtée en janvier 43  y sera aussi transférée un an plus tard avant de mourir gazée en mars 45).

    Verfügbar en enfer

    Germaine Tillion va rester 18 longs mois à Ravensbrück. A ses cotés, d’autres femmes dont les noms sont liés à jamais à l’histoire des camps : la française Geneviève Anthonioz de Gaulle ou Margarete Buber-Neumann. Germaine Tillion fait partie des « Verfügbar », ces prisonnières sans affectations précises qui ne sont pas soumises aux travaux forcés comme les Kommandos mais participent à diverses tâches au sein du camp. Pendant cette année et demie, Germaine Tillion parvient à écrire en cachette une opérette : « le Verfügbar aux enfers » ou elle raconte sur un mode ironique et joyeux la vie dans le camp. Elle qui n’est pas musicienne, écrit ses textes sur des airs d’opéras célèbres ou des chansons de l’époque.

    Libérée en avril 45, Germaine Tillion est évacuée vers la Suède où elle commencera dès son arrivée un travail de recherche sur le camp de Ravensbrück (des travaux conservés aujourd’hui au Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon)

    L’engagement algérien

    De retour en France, Germaine Tillion va reprendre son travail au CNRS mais pour se consacrer cette fois-ci aux crimes de guerre des nazis. Elle fera partie notamment de la Commission internationale contre le régime concentrationnaire.

    En 1954, lorsqu’éclate la guerre d’Algérie, Germaine Tillion est sollicitée pour une nouvelle mission dans le pays qu’elle connaît si bien. Chargée d’étudier l’évolution de la population algérienne et en particulier la scolarisation des jeunes ruraux, elle entre en 1955 au cabinet de Jacques Soustelle, nommé gouverneur général à Alger. C’est dans ce cadre qu’elle va mettre en place un projet de centres sociaux qu’elle défendra jusqu’en 1957. Mais l’ancienne déportée ne peut assister sans réagir à la montée de la répression et à l’instauration de la torture. Membre de la commission chargée de visiter les lieux de détention en Algérie, Germaine Tillion témoigne en faveur d’algériens accusés d’attentats lors de leurs procès, elle intervient aussi dans des négociations entre la France et l’Algérie.

    En 1959,  elle entre au cabinet du Ministre de l’Education pour s’occuper de l’enseignement dans les prisons françaises. C’est grâce à elle qu’est crée en 1963, le premier poste d’enseignant en milieu pénitentiaire.
    Après l’indépendance de l’Algérie, Germaine Tillion ne cessera de s’intéresser à ce pays et à ses voisins, défendant notamment la cause des femmes de Méditerranée, prenant position contre l’excision ou l’esclavage moderne.

     

    L’Algérie au cœur

    de Germaine Tillion

     

    L’Algérie au cœur de Germaine Tillion

    Germaine Tillion avec les Touaregs dans les années 1970. - Collection privée Erik Guignard

    Femme d’exception, Germaine Tillion est entrée au Panthéon le 27 mai 2015. Parmi sa longue et riche vie, la création des centres sociaux en Algérie, épisode peut-être moins connu, lui « tient le plus à cœur ».

    Germaine Tillion aimait la France et l'Algérie. « De toutes les choses que j'ai faites dans ma vie, ce qui me tient le plus à coeur, c'est d'avoir créé les centres sociaux en Algérie, déclare-t-elle en 2003. D'autres choses que j'ai faites étaient aussi nécessaires et justes… Les centres sociaux en Algérie, c'était oeuvrer pour le Bien, un Bien qui n'était pas en opposition avec quelque chose. Un Bien créateur sans être destructeur. »

    La femme Chaouïa

    L’Algérie au cœur de Germaine Tillion

    Chaouïa : qui travaille la laine

    L'ethnologue a 27 ans quand elle débarque en 1934 à Alger. Elle suit la tribu «Chaouïa», semi-nomade qui « l'hiver vit au Sahara, l'été tout en haut des cimes, et en mi-saison dans les gourbis qui avoisinaient la guelaâ, forteresse où ils stockaient leurs récoltes » (Il était une fois l'ethnographie). Elle apprend à connaître les habitants et leur territoire, étudie les relations entre les sexes, les lignées, la vie économique et les aspects matériels, le statut de la femme Chaouïa et la transmission du patrimoine (*).

    Ses séjours dans les Aurès font l'objet de deux thèses. Ses documents de travail et les quelque 700 pages rédigées disparaissent à Ravensbrück…

    Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, plongée dans des recherches sur la Résistance et la déportation, Germaine Tillion n'envisage pas de retourner en Algérie. Et pourtant, elle s'y rendra en décembre 1954 en mission officielle « pour enquêter sur le sort des populations civiles dans les Aurès ».

    Germaine Tillion retrouve les personnes qu'elle avait connues quelques années plus tôt. « Si elle relève les conséquences sur cette population de ce qu'on appelle alors les opérations de maintien de l'ordre, si elle découvre le traumatisme omniprésent des massacres de Sétif perpétrés neuf ans plus tôt et qu'elle avait jusqu'alors ignorés, elle est encore davantage alertée par la dégradation de leurs conditions de vie », explique Nelly Forget, qui l'a accompagnée pendant plus de cinquante ans, dans Germaine Tillion et l'Algérie (1992).

    Dans son ouvrage l'Algérie, en 1957, Germaine Tillion indique : « Quand je les ai retrouvés entre décembre 1954 et mars 1955, j'ai été atterrée par le changement survenu chez eux en moins de quinze ans et que je ne puis exprimer que par ce mot de clochardisation. »

    Pour elle, « la clochardisation, c'est le passage sans armure de la condition paysanne (naturelle) à la condition citadine (moderne) ». En 1955, Germaine Tillion rêve de donner une « armure », c'est-à-dire « une instruction primaire ouvrant sur un métier » à tous les enfants, filles et garçons.

    L’Algérie au cœur de Germaine Tillion

    Les centres sociaux

    L’Algérie au cœur de Germaine Tillion

    En 1955, en l'espace de huit mois, elle met en place les centres sociaux, un programme ambitieux qui vise « à couvrir en dix ans l'ensemble de l'Algérie de 1.000 centres sociaux », avec l'objectif « d'offrir aux jeunes et aux adultes des deux sexes des services concrets (dispensaire, secrétariat social, coopérative…) articulés à des actions éducatives (alphabétisation, formation professionnelle, sanitaire…) ».

    Germaine Tillion déclarera plus tard : « Pour moi, les centres sociaux en Algérie devaient être un escalier bien large pour que toutes les générations puissent y monter ensemble…. Le plus important, c'était de ne pas séparer l'enfant de sa famille. Si on ne s'adresse qu'aux enfants, si on cherche à leur faire franchir, seuls, les étapes de ce qu'on croit être le chemin du progrès, le résultat est qu'on détruit le respect et la tendresse si nécessaires entre les générations. »

    Hostilité coloniale 

    Au final, 120 centres ont été construits, avec près d'un millier d'agents en activité. L'expérience aura duré moins de sept ans car la pression de la guerre pèse lourdement sur le déploiement de ce projet socio-éducatif. L'armée et l'opinion coloniale sont hostiles aux centres sociaux.

     

    L’Algérie au cœur de Germaine Tillion

    Le 15 mars 1962, six inspecteurs sont assassinés par l'OAS.

    « Ce fut l'aboutissement paroxystique d'un processus enclenché très tôt contre les centres sociaux par ceux qui détenaient l'autorité en Algérie et qui en auraient dû être les protecteurs ; d'arrestations en expulsions, amplifiées par des campagnes de presse, les centres sociaux éducatifs furent désignés comme boucs émissaires aux tueurs », relate Nelly Forget.

    Des centres poursuivent leurs activités au-delà de juillet 1962, « en prenant de grands risques ». À la constitution du premier gouvernement algérien, le service est absorbé par le ministère de la Jeunesse, des Sports et du Tourisme.

    « Le souvenir des centres sociaux reste lumineux », note Nelly Forget. En atteste aussi le témoignage d'une Algérienne, « envoyé d'Algérie ces dernières années ».

    Extrait : « À mon avis, celles qui profitèrent le plus de cette création novatrice, ce furent les femmes, aussi bien celles qui y travaillaient que celles à qui elle était destinée. Pour beaucoup, les centres sociaux furent un facteur de progression et d'évolution. Dans les structures algériennes où elles furent versées (après l'indépendance), beaucoup devinrent de parfaites gestionnaires de crèches, de centres pour handicapés, de dispensaires locaux… ».

    (*) Sources : « Association Germaine Tillion ». L'association a été formée par un groupe d'amis de Germaine Tillion en novembre 2004 dans le but de l'assister dans un certain nombre de démarches. Tout renseignement sur le site germaine-tillion.org 

    Jean-Luc Chabaud
     

    Allègre là où elle est née

    Le village d'Allègre se souvient

    de Germaine Tillion

    Le village d'Allègre se souvient de Germaine Tillion

    L'association "Germaine Tillion, mémoires d'Allègre" organisait samedi 28 mars 2015 au centre George-Sand une journée consacrée à l'ethnologue et humaniste Germaine Tillion qui est née à Allègre le 30 mai 1907.

    Le village d'Allègre se souvient de Germaine Tillion

    Jean-Pierre Lauby, président de l'association Germaine Tillion.

    Créée en novembre 2014 l'association "Germaine Tillion, mémoires d'Allègre" organisait samedi le première manifestation d'ampleur de sa jeune existence.
    Une journée consacrée à la plus célèbre des enfants d'Allègre rassemblait dès la matinée quelque 300 personnes au centre George-Sand.
    Une occasion de se souvenir de Germaine Tillion, de rendre hommage à cette grande humaniste au parcours courageux et atypique.
    Après quelques mots de Jean-Pierre Lauby, président de l'association Germaine Tillion, mémoires d'Allègre, Gilbert Meyssonnier, maire d'Allègre, ouvrait cette journée Germaine Tillion à laquelle  participaient notamment Jean-Pierre Vigier, député, Arlette Arnaud-Landau, conseillère régionale, Marie-Agnès Petit, conseillère départementale et régionale.
    Née à Allègre, Germaine Tillion est restée une dizaine d'années au pied du mont Bar avant de poursuivre ses études au lycée Jeanne-d'Arc de Clermont Ferrand.
    Son parcours universitaire fut ensuite particulièrement brillant avec des études de lettres puis d’ethnologie à la Sorbonne. Marcel Mauss et Louis Massignon furent deux maîtres qui nourrirent sa pensée.

    Jeune diplômée, elle part seule dans les Aurès en Algérie où elle effectue quatre missions d'étude de la population berbère Chaouia.
    Un travail sur le terrain, dans un univers difficile qui témoigne du courage de cette jeune femme.
    Ce courage, elle le démontra également lors de son retour en métropole en juin 1940.
    Révoltée par le discours de Pétain annonçant l'armistice, elle décide de participer à la fondation du Réseau du Musée de l'Homme, devenant une des premières résistance de l'Hexagone.
    Un engagement qui lui valut d'être arrêtée et déportée en 1943 au camp de Ravensbrück avec sa mère qui y décèdera. 
    Germaine Tillion poursuivra après guerre son engagement humaniste, en dénonçant le système concentrationnaire en Union soviétique, en créant des centres sociaux en Algérie, en participant à la commission d’enquête sur la torture dans les prisons de la guerre d’Algérie.
    "Il se passe quelque chose autour de cette personnalité que l'on découvre ou que l'on redécouvre" lançait samedi matin Jean-Pierre Lauby.
    Mais il n'y a pas de lieu tangible, de trace du passage de Germaine Tillion à Allègre, seul est conservé le souvenir de sa maison natale, l'ancienne gendarmerie à deux pas du centre du bourg.
    Toutefois, l'ethnologue serait venue par deux fois à Allègre, pour retrouver les lieux de son enfance, mais on ne dispose d'aucune certitude à ce sujet.
    Alors l'évocation de Germaine Tillion à Allègre a quelque chose de symbolique, comme son entrée au panthéon le 27 mai prochain.
    Ce jour-là quatre figures exemplaires de la France, Germaine Tillion, Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle et Jean Zay, auront la reconnaisse nationale qui leur est due. Toutefois, les dépouilles des résistantes Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle n'entreront pas au Panthéon, conformément au voeu de leurs familles qui ont exprimé le souhait qu'elles demeurent dans leur sépulture d'origine. Les cercueils ne contiendront qu'un peu de terre rapporté du lieu où elles sont enterrées.
    La journée Germaine Tillion à Allègre était ponctuée de plusieurs moments durant lesquels divers aspects de sa personnalités étaient évoqués ainsi que le contexte actuel avec une première conférence matinale "l'entrée au Panthéon de Germaine Tillion", donnée par Patrick Garcia.

    Dans l'après-midi, une table ronde permettait d'aborder deux moments de la vie de Germaine Tillion, la Résitance et la Déportation d'une part, l'engament social en Algérie, d’autre part.
    La journée Germaine Tillion consacrait aussi une grand part à l'expression artistique avec l'exposition à l'espace George-Sand et au logis Saint-Paul. Une position partagée entre les travaux à l'espace George-Sand des élèves du collège d'Allègre et quatre artistes qui se sont investis dans cette démarche.
    La journée au centre George-Sand devait se terminer par une lecture publique de plusieurs textes de Germaine Tillion par Claire Vidoni, du Théâtre de l'Imprévu
    .

     Merci de cliquer ICI pour visualiser une vidéo concernant Germaine Tillion dans son village de naissance : Allègre

     PUIS CLIQUEZ SUR CE CHIFFRE

     Hommage à Germaine Tillon qui est née à Allègre le 30 mai 1907

     

     

    Hommage

    à Germaine Tillion au Panthéon

     

     

    Germaine Tillion est entrée au Panthéon le 27 mai 2015

    Germaine Tillion est venue en Bretagne, dans sa maison de Plouhinec jusqu’en 2004. Elle l’avait cédée en 2001 au Conservatoire du littoral mais en gardait la jouissance. Elle s’est éteinte le 19 avril 2008 à St-Mandé à l’âge de 100 ans. Presque dans l’indifférence. Aujourd’hui encore, bien peu de Français savent qui est Germaine Tillion. Pourtant, en février 2014, c’est elle qui avec 3 autres résistants a été choisie par François Hollande pour entrer au Panthéon.

     

     

     


     

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    Pendant que la fachosphère, vent debout, se déchaîne contre la décision d’Emmanuel Macron déclarant que le mathématicien Maurice Audin, militant communiste en Algérie qui avait disparu en juin 1957, a été enlevé, séquestré, torturé, puis exécuté. Il a expliqué que cet acte avait été rendu possible par l’existence d’un système légalement institué : « Le système arrestation-détention, mis en place à la faveur des pouvoirs spéciaux qui avaient été confiés par voie légale aux forces armées à cette période ». Emmanuel Macron demandant pardon à Josette Audin. Je souhaite rappelé un article mis en ligne sur mon blog en 2013 : rappelez-vous de cette vidéo « La France est grande quand elle reconnait ses crimes coloniaux » parole de Bertrand Delanoë, le 8 février 2012, citant Willy Brandt à genoux demandant pardon… 

    Michel Dandelot

     

    Un homme se met à genoux

     une nation se relève

    SOURCE :  http://dipitadidia.unblog.fr/2007/01/20/un-homme-se-met-a-genoux-une-nation-se-releve/ 

    A la fin de la seconde guerre mondiale, le monde a découvert avec effroi le visage la systématisation de la haine. Les camps de la mort ont été livrés au regard de l’histoire et l’opprobre est tombée sur cette Allemagne coupable du pire. Comme il a dû être difficile pour les Allemands fils et filles de nazis de porter leur identité avec fierté. Ce pays a dû faire un travail de mémoire pour faire face à son histoire. 

    Et un jour, le 7 décembre 1970, Monsieur Willy Brandt, chancelier allemand, le jour de la signature de l’accord de Varsovie entre la Pologne et ce qu’on appelait alors la RFA, est tombé à genoux après avoir déposé une couronne devant le mémorial du ghetto juif en mémoire des victimes du nazisme. Son geste a été étonnant, incompris pour beaucoup, condamné par plusieurs. Mais le jour où cet homme d’Etat, représentant son pays s’est mis à genoux, la nation allemande, à mon humble avis s’est relevée. 

    Il y a des moments immenses. Celui-ci en est un.

    Il n’est pas étonnant qu’il ait reçu en 1971 le Prix Nobel de la Paix. 

    Bravo et merci à lui. 

     

    Des historiens algériens saluent un grand

    «pas» de la France sur la mémoire

     de la guerre

    « La France est grande quand elle reconnait ses crimes coloniaux » parole de Bertrand Delanoë, le 8 février 2012, citant Willy Brandt à genoux demandant pardon…

    Un « pas » significatif dans le douloureux travail de mémoire: autorités et historiens algériens ont salué la reconnaissance par la France de sa responsabilité dans la mort sous la torture du militant indépendantiste Maurice Audin lors de la guerre d’Algérie.

    Levant un tabou officiel, le président Français Emmanuel Macron a reconnu jeudi que la France, ancienne puissance coloniale en Algérie, avait mis en place un « système » entraînant des actes de torture pendant cette guerre (1954-1962) et la mort de Maurice Audin.

    « C’est un grand jour », assure Amar Mohand Amer, historien et chercheur au Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (Crasc) d’Oran, grande ville de l’ouest algérien.

    Cette reconnaissance « renvoie à un des nombreux traumatismes de la colonisation (…) la torture et les disparitions de milliers de militants de la cause nationale (algérienne) qu’ils soient musulmans, juifs, chrétiens ou autre », explique-t-il à l’AFP.

    « Il a fallu un jeune président pour avoir le courage de dire que l’Etat français avait menti », souligne-t-il.

    Arrêté le 11 juin 1957, en pleine bataille d’Alger, probablement par des parachutistes français, Maurice Audin, militant du Parti communiste algérien engagé pour l’indépendance de l’Algérie, fait partie des nombreux disparus de la guerre.

    Durant des années, l’Etat français avait expliqué sa disparition en parlant d' »évasion au cours d’un transfert » sans jamais convaincre ses proches.

    Jeudi, Emmanuel Macron s’est finalement rendu chez sa veuve, Josette Audin, 87 ans, pour reconnaître publiquement que la disparition à 25 ans de son mari et père de trois enfants, avait été « rendue possible par un système » et que Maurice Audin a « été torturé puis exécuté, ou torturé à mort ».

    – D’autres reconnaissances – 

    La « reconnaissance par la France de l’assassinat de Maurice Audin est une avancée », a réagi à Alger le ministre des Moudjahidine (anciens combattants) Tayeb Zitouni.

    Le ministre y a vu une « une preuve qu’il y aura davantage de reconnaissances » des crimes commis par la France durant la guerre d’Algérie.

    Pour Madjid Merdaci, historien algérien et professeur à l’Université de Constantine (400 km à l’est d’Alger), interrogé par l’AFP, « le président la République reconnaît que l’armée française a commis un crime ».

    « C’est un pas significatif. Cette reconnaissance a une portée symbolique pour la France et pour l’Algérie et elle appelle d’autres reconnaissances ».

    Il rappelle en effet qu’outre le cas de Maurice Audin, la guerre d’Algérie a été marquée par « les tortures, les disparitions » et les massacres de civils.

    Or, la déclaration d’Emmanuel Macron, « 56 ans après l’indépendance » est aussi un « pas important pour l’ouverture de centaines de dossiers de disparus dont ceux de la bataille d’Alger, qui sont très nombreux », souligne M. Mohand Amer.

    Jeudi, le président français s’est aussi engagé à garantir « la libre consultation » des archives concernant les disparus civils et militaires, français et algériens, du conflit.

    Rappelant que le travail de mémoire ne peut se « faire dans la stigmatisation et les accusations réciproques », M. Merdaci, se réjouit d' »un pas pour lever les hypothèques qui pèsent sur les rapports entre l’Algérie et la France ».

    – Algérien de choix – 

    Il souligne que le cas de Maurice Audin montre la complexité des situations et des engagements dans ce conflit.

    « Pour nous, Algériens, Maurice Audin est un Français de naissance, mais un Algérien de choix », explique l’historien, « il n’a pas été arrêté parce qu’il était un militant communiste français mais parce qu’il était un militant indépendantiste algérien ».

    La démarche d’Emmanuel Macron est aussi « un rappel important que ceux qui avaient pris fait et cause pour l’indépendance de l’Algérie n’étaient pas tous musulmans ».

    Français, Maurice Audin est toujours considéré en Algérie comme un héros et un « martyr » de l’indépendance algérienne. Une place porte son nom en plein centre de la capitale, non loin de la faculté où il enseignait. Une plaque à sa mémoire y est apposée.

    « Il y a des Français qui ont porté l’honneur de la France et les valeurs de la République française », poursuit l’historien.

    Maurice Audin « a fait le choix naturel de l’Algérie. Ils étaient nombreux, les Européens, à se considérer comme Algériens à part entière et à avoir lutté contre une France coloniale très répressive », confirme Amar Mohand Amer.

    Pour Madjid Merdaci, la reconnaissance de la responsabilité de la France a aussi une importance cruciale à l’échelle de la famille de Maurice Audin: « pour son épouse Josette, son fils Pierre, sa fille. Mme Audin attend cela depuis des décennies ».

    SOURCE : https://afrique.lalibre.be/24365/des-historiens-algeriens-saluent-un-grand-pas-de-la-france-sur-la-memoire-de-la-guerre/ 

     

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  • Les images historiques de la visite d’Emmanuel Macron à Josette Audin

    Les images historiques de la visite d’Emmanuel Macron à Josette Audin

    Le jeudi 13 septembre, Emmanuel Macron s’est rendu au domicile de Josette Audin. Il a reconnu devant elle la responsabilité de l’Etat dans la mort de son mari, Maurice Audin, mathématicien, membre du Parti communiste algérien (PCA), militant anticolonialiste, qui a été arrêté, torturé et tué par l’armée française en 1957, pendant la bataille d’Alger, la période la plus sombre de la guerre d’Algérie. Voici les images historiques de cette rencontre, tournées par le documentariste François Demerliac.

     

     

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    Un nouveau site est né

    Je salue  la co-création par Histoirecoloniale.net et l’Association Maurice Audin, du site Internet 1000autres.org qui va contribuer à faire connaître la vérité sur le sort des nombreuses victimes de disparitions forcées durant la guerre d’Algérie.

    Voici ces coordonnées :   http://1000autres.org/

    Michel Dandelot 

     

    Enlevés, détenus clandestinement, torturés

    et parfois assassinés par l’armée française

    Alger 1957 - des Maurice Audin

    par milliers 

    Raffles et contrôles massifs de la population autochtone d’Alger ; le colonel Marcel Bigeard, le général Jacques Massu, le colonel Roger Trinquier et le commandant Paul-Alain Léger défilant en 1957 à Alger ; à droite, Paul Aussaresses,  commandant à l’époque, chargé par Massu d’exécuter les « basses œuvres » avec son équipe de tueurs.

    « J’appris que les morts qui ont été
    nommés et comptés ne sont pas perdus. »
    Alexis Jenni,
    L’Art français de la guerre.

    Après soixante et un ans, le Président de la République française a reconnu officiellement que Maurice Audin a été torturé par des militaires qui l’avaient arrêté à son domicile et que sa mort a été rendue possible par un système légalement institué qui a favorisé les disparitions. Pour tous ceux qui ont lutté depuis 1957 pour faire reconnaître la vérité, c’est une grande victoire — posthume pour l’historien Pierre Vidal-Naquet, le mathématicien Laurent Schwartz, les universitaires Madeleine Rebérioux et Gérard Tronel, engagés dans le Comité Maurice Audin (1957-1963) puis, depuis 2002, dans l’Association Maurice Audin.

    Le meurtre de ce jeune mathématicien de 25 ans, grossièrement maquillé en évasion, fut loin d’être un cas isolé. Ce fut l’un des nombreux cas d’enlèvement, séquestration, torture, suivis souvent de mort, produits, à Alger, de janvier à septembre 1957, par un véritable système de terreur militaire délibérément instauré et rendu possible par des dispositions législatives adoptées par les institutions de la République française. Algérien d’origine européenne, Maurice Audin s’était rangé, avec le parti communiste algérien, du côté de la lutte d’indépendance de ce pays, dans un moment où l’ensemble de la population autochtone d’Alger était la cible d’une terreur visant à la dissuader de faire ce choix et à la maintenir par force sous la domination coloniale.

    Il y eut alors des Maurice Audin par milliers…

    C’est massivement que des hommes et des femmes ont été enlevés, détenus au secret, torturés, et pour certains l’objet d’exécutions sommaires. La seule victoire des responsables de cette terreur, ces « seigneurs de la guerre aux terrifiants caprices », selon les mots de Jean-Paul Sartre dans L’Express, à la publication de La Question d’Henri Alleg, est l’ignorance par l’opinion française de son bilan humain véritable et des noms mêmes de ceux qui ne sont jamais réapparus. Comme pour toutes les répressions de masse en situation coloniale, le statut politique des Algériens autorisait à la fois le recours à des méthodes universellement réprouvées au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et l’absence complète d’attention au nombre et à l’identité des victimes. « Français musulmans » colonisés, sous-citoyens racisés, tout juste sortis officiellement de l’indigénat et dénués d’une existence politique réelle, ils étaient collectivement suspects de complicité avec une « rébellion » qualifiée d’« antifrançaise ». Ils formaient une population dépourvue de recours judiciaire et politique et de moyens d’alerter une opinion française peu disposée à s’inquiéter de leur sort. Quelques cas ont eu un écho. Ceux de Maurice Audin, d’Henri Alleg et de l’avocat algérien Ali Boumendjel, connu de juristes parisiens, torturé et « suicidé » par ses geôliers. Mais pas les autres, restés des invisibles dont le sort n’est jamais devenu une « affaire française ».

    Un vrai républicain, Paul Teitgen, secrétaire général à la préfecture d’Alger, tenta, selon les mots de Pierre Vidal-Naquet, de « comptabiliser les vivants et les morts, ou plutôt les survivants et les disparus ». Mais les « 3 024 disparus » qu’il dénombra dans l’exercice de ses fonctions ne sont qu’un ordre de grandeur plausible, le sort des personnes enlevées par l’armée lui étant largement dissimulé par les militaires.

    C’est dans ce contexte qu’une archive publique devenue accessible en 2017, sur laquelle a travaillé Fabrice Riceputi, est importante. Ce fichier, conservé aux Archives nationales d’Outre-mer (ANOM) depuis la fin de la guerre d’Algérie, dans le fonds d’un service de la préfecture d’Alger, fournit des informations sur une partie conséquente de la masse anonyme des « humiliés dans l’ombre », selon les mots de Paul Teitgen à Robert Lacoste [ RESTE A CREER lien interne vers cette lettre reproduite sur le site], de la Grande répression d’Alger, appellation préférable à celle, impropre, de « bataille d’Alger ». C’est la source essentielle qui nous permet de publier ici des données sur plus d’un millier d’Algéroises et Algérois dont nous savons trois choses : ils furent arrêtés au cours de l’année 1957 par l’armée française ; leurs proches réclamèrent aux autorités de connaître leur sort, très souvent en vain ; beaucoup furent torturés et certains ne reparurent jamais.

    Librement consultables, environ 850 « fiches de renseignement » remplies entre la fin février et le début d’août 1957 sont ce qui subsiste du fichier du Service des liaisons nord-africaines (SLNA). En septembre 1958, selon un bilan statistique conservé, il en aurait compté 2 049. A ces cas, nous avons ajouté plus d’une centaine d’autres provenant de sources différentes. En particulier du « Cahier vert », publié dans Témoignages et documents en octobre 1959, puis la même année dans Les Temps modernes et aux éditions La Cité, à Lausanne. Et de l’ouvrage L’Affaire des enseignants d’Alger, édité en 1958 par le Comité de défense des enseignants, qui contient de nombreuses plaintes officielles d’européens, communistes ou chrétiens progressistes, victimes et témoins de tortures, en mars et avril 1957, dans l’un des principaux lieux de terreur, la Villa Sésini.

    D’où les plus de mille notices individuelles que nous rendons publiques au lendemain de la déclaration présidentielle du 13 septembre 2018 au sujet du sort de Maurice Audin et de l’institutionnalisation de la torture durant la guerre d’Algérie. Ces notices portent sur des personnes enlevées et séquestrées à Alger, en 1957, dont les proches ont cherché à avoir des nouvelles et dont certaines ne sont jamais réapparues. Leur nombre ne manquera pas de s’accroître lorsque d’autres cas documentés nous seront signalés. Cette publication est aussi un appel à témoignages, notamment vers une mémoire familiale que nous savons encore vive.

    Puisse ce site contribuer à rendre justice à ces personnes et à mieux faire connaître un pan d’histoire trop longtemps occulté. 

     

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    « Cette déclaration laissera une trace ineffaçable »

    Tribune de Benjamin Stora

    Benjamin Stora

    Le président de la République, Emmanuel Macron, vient de déclarer que le mathématicien Maurice Audin, militant communiste en Algérie qui avait disparu en juin 1957, a été enlevé, séquestré, torturé, puis exécuté. Il a expliqué que cet acte avait été rendu possible par l’existence d’un système légalement institué : « Le système arrestation-détention, mis en place à la faveur des pouvoirs spéciaux qui avaient été confiés par voie légale aux forces armées à cette période. »

    La reconnaissance de l’enlèvement et de l’assassinat de Maurice Audin par le plus haut responsable de l’Etat a été le combat, toute une vie durant, du grand historien Pierre Vidal-Naquet. Je pense à lui dans ce moment si particulier, ainsi qu’à la femme de Maurice Audin, Josette, à ses enfants ; aux animateurs du Comité Audin, comme Gérard Tronel ou François Nadiras. Et aussi aux milliers de militants, communistes, démocrates, socialistes ; aux journaux et aux revues qui n’ont cessé d’interroger les autorités politiques et de faire reconnaître cette disparition (Le Monde, L’Humanité, L’Obs, Esprit, Les Temps modernes). L’affaire Audin a été le marqueur essentiel de toute une génération entrée en politique pendant la guerre d’Algérie.

    Aller vers plus de vérités 

    Arrivons-nous, enfin, à sortir de l’amnésie, à propos de cette guerre longtemps jamais nommée ? Dans mon livre La Gangrène et l’oubli, publié en 1991 (La Découverte), j’avais tenté de montrer comment ce conflit ne se finissait pas, dans les têtes et dans les cœurs, parce que, de part et d’autre de la Méditerranée, il n’avait pas été suffisamment nommé, montré, assumé dans et par une mémoire collective. Et en quoi la reconnaissance des crimes et pratiques commis pendant la guerre d’Algérie était une condition essentielle pour aller vers une mémoire plus apaisée.

    On sait que vivre dans le déni d’une tragédie expose toujours à des retours de mémoires dangereuses, cruelles. Et il s’est tissé autour du divorce franco-algérien, le plus tragique de l’époque de la décolonisation, des refoulements, des volontés d’oubli, causes d’innombrables malentendus qui persistent encore. Il faut donc aller vers plus de vérités. Des pas ont été accomplis, comme le vote à l’Assemblée nationale en 1999, de la reconnaissance d’une « guerre » qui avait eu lieu en Algérie. Ou la reconnaissance, en 2005, sous la présidence de Jacques Chirac, des massacres commis à Sétif et Guelma en 1945. Aussi le discours prononcé par François Hollande en décembre 2012 sur la « férocité » du système colonial.

    Cette déclaration d’Emmanuel Macron s’inscrit, à mon avis, dans la grande tradition des décisions de reconnaissance historique (comme, dans un autre registre et une autre proportion, le discours de Jacques Chirac sur le Vel’ d’Hiv). Elle va plus loin que les prises de position des précédents chefs d’Etat, et marque un seuil sur lequel il sera bien difficile de revenir. Car la déclaration d’aujourd’hui sur l’affaire Audin nous parle d’un système établi à la faveur des « pouvoirs spéciaux », qui a limité la liberté d’expression, entravé les droits individuels, légitimé des centres de rétention administrative, mis en place des « zones interdites » où l’on pouvait tirer sans sommation sur un civil aperçu… Ce vote de mars 1956 par les députés de la gauche de l’époque a envoyé tous les jeunes du contingent en Algérie.

    Sortir de l’effacement 

    Cette prise de position du président de la République nous renvoie aussi à la question des disparus de la guerre d’Algérie. Le corps de Maurice Audin n’a jamais été retrouvé. Comme ceux de milliers d’Algériens pendant la bataille d’Alger, ou d’Européens à Oran dans l’été 1962. Comment faire son deuil de cette guerre si l’on n’évoque pas le sort des personnes qui n’ont été jamais enterrées ? Et qui continuent d’errer, comme des fantômes, dans les consciences collectives, française et algérienne ? Sortir de l’effacement, de la disparition permet de s’approcher de la réalité, de la réconciliation possible.

    Bien sûr, cette déclaration fera pousser des cris, dans la droite extrême, de ceux qui diront qu’il s’agit là de « repentance », et qu’il ne faut surtout pas évoquer la face d’ombre du passé français. Pendant un temps, cette polémique occupera les écrans et les esprits. Mais pour l’immense masse de ceux qui ont vécu le temps de la colonisation, elle laissera une trace ineffaçable. Et elle encouragera ceux qui se battent aujourd’hui en Algérie pour aller vers la compréhension de leur propre passé, avec la reconnaissance des aspects tragiques de la guerre d’indépendance.

    Dans la gauche radicale, il sera question de « posture politicienne », sans voir que cette déclaration participe du travail qui aide à sortir de ce dilemme entre trop-plein et absence de mémoire (souvent falsifiée). Cette déclaration du président de la République n’est pas un verdict définitif à propos de la guerre d’Algérie. Elle dit des faits, déjà établis depuis longtemps par les historiens ; maintient ouverte la porte des controverses citoyennes pour sortir de la rumination du passé et des blessures mémorielles ; encourage les acteurs et témoins à parler de leurs souffrances (en particulier les anciens appelés d’Algérie). Ce faisant, elle recrée les outils d’un travail de mémoire jamais clos, en soulignant aussi la nécessaire ouverture, des deux côtés de la Méditerranée, des archives de la guerre d’Algérie.

    Benjamin Stora est historien, spécialiste de la guerre d’Algérie, président du Musée national de l’histoire de l’immigration. Pour l’organisation de cet événement, il a été sollicité, comme d’autres historiens, par les services de l’Elysée.


    « Il ne sera plus possible de nier le caractère

    systématique de la torture en Algérie »

    Interview de Raphaëlle Branche

    Les réactions de Benjamin Stora, Raphaëlle Branche, Sylvie Thénault concernant la reconnaissance des responsabilités de l’Etat dans la disparition de Maurice Audin.

    Raphaëlle Branche

    Emmanuel Macron a décidé de reconnaître « au nom de la République française », jeudi 13 septembre, la responsabilité de l’Etat dans la mort de Maurice Audin, jeune mathématicien militant de l’indépendance de l’Algérie, arrêté le 11 juin 1957 à Alger, torturé par l’armée française et disparu sans laisser de traces. Au-delà d’un cas individuel, il s’agit de la reconnaissance que la torture fut un élément indispensable du dispositif répressif mis en place en Algérie, rappelle l’historienne Raphaëlle Branche, spécialiste de l’étude des violences en situation coloniale, et plus particulièrement de la guerre d’Algérie.

    En quoi cette reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français dans l’assassinat de Maurice Audin est-elle un événement ? 

    Pour la première fois, la République assume que, pendant la guerre d’Algérie, des militaires français, qui accomplissaient leur devoir, ont pu se rendre coupables de ce qu’il faut bien appeler des crimes de guerre. Cette reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français dans la torture, la mort puis la disparition du corps d’un homme désarmé, arrêté parce qu’il était soupçonné d’appartenir à un mouvement clandestin opposé au maintien de l’Algérie française, marque un changement radical dans la position officielle de la France.

    Cette reconnaissance est d’autant plus inédite qu’elle porte sur un cas individuel… 

    Le cas de Maurice Audin a été, dès la guerre, porté par les militants engagés dans la dénonciation des violations du droit dont se rendaient coupables les forces de l’ordre. Grâce au comité qui s’est formé autour de son nom et au travail inlassable de Pierre Vidal-Naquet qui écrivit alors son premier grand livre contre le mensonge et la négation de la vérité [L’Affaire Audin, éditions de Minuit, 1958], Maurice Audin n’est pas qu’un cas individuel.
    Bien sûr, il y a une histoire individuelle, et je pense avec beaucoup d’émotion à Pierre Vidal-Naquet ou à Laurent Schwartz, à d’autres encore, qui ne pourront pas voir l’aboutissement ici de leur travail pour que la vérité historique soit enfin assumée politiquement. Car l’enjeu dépasse très largement le cas individuel, comme l’affirme la déclaration du président de la République.

    Doit-on entendre une reconnaissance officielle de l’usage de la torture par une partie de l’armée française ? 

    En se démarquant des propos de ses prédécesseurs qui n’avaient reconnu que des actes minoritaires et déviants, Emmanuel Macron reconnaît que la torture fut un élément indispensable du dispositif répressif que l’armée française mit en place dès le début de la guerre. Il ne sera plus possible désormais de nier son caractère systématique : elle appartenait à l’arsenal disponible pour les militaires chargés de mener une guerre aux formes inédites, dans une population qu’ils connaissaient mal.
    Le président de la République prend acte de ce que la recherche historique a établi depuis longtemps maintenant : qu’en dépit de son caractère illégal, la torture a été massivement pratiquée en Algérie et qu’elle a même été le cœur du système répressif imaginé pour gagner la guerre. Au-delà des personnes arrêtées et soumises à ces violences, la cible essentielle de la torture était la population civile.
    C’est sur elle que reposait in fine la victoire puisque, pour la France, il ne s’agissait pas de se battre pour conquérir une terre, mais pour maintenir une Algérie française avec les Algériens. Au sein des actions qui furent déployées en leur direction, il y eut, d’une part, celles qui visaient à réformer l’Algérie française (plus d’investissements en direction des Algériens) et, d’autre part, celles qui visaient à désolidariser les Algériens des partisans de l’indépendance, parmi lesquelles la torture.
    Emmanuel Macron aurait pu s’en tenir au cas de Maurice Audin, militant communiste, universitaire, citoyen de plein droit. Il aurait pu passer sous silence que, si cet homme pouvait être le symbole des victimes de la torture pendant la guerre d’Algérie, dont toutes ces caractéristiques le distinguaient, c’est parce que cette violence avait été ordonnée et accomplie dans le cadre d’une lutte beaucoup plus large, à laquelle toutes les victimes appartenaient.
    Cette lutte s’embarrassait peu de distinguer les suspects des coupables ou les arrestations des exécutions extrajudiciaires. En reconnaissant la vérité sur la mort de Maurice Audin, il reconnaît la vérité sur le système répressif mis en place à l’époque et continué sous la Ve République, notre République.

    De fait, considérez-vous que cette reconnaissance est aussi importante que celle, de Jacques Chirac en juillet 1995, portant sur la responsabilité de l’Etat dans la déportation et l’extermination des juifs lors de la seconde guerre mondiale ? 

    Comme la déclaration de juillet 1995, il y aura un avant et un après la déclaration de septembre 2018. Plus de cinquante-cinq ans après la fin de la guerre, l’Etat français reconnaît qu’il a été responsable du fait que des hommes aient pu bafouer non seulement les droits de l’homme, mais l’ensemble des règlements et codes auxquels la France prétendait se tenir.
    Il reconnaît que c’est sur ordre que ces crimes ont été commis. Non seulement sur ordres individuels, mais ultimement sur ordres politiques, car toutes ces violences illégales furent couvertes, camouflées voire légalisées. A la fin de la guerre, une amnistie assura à tous les membres des forces de l’ordre un oubli définitif de leurs actions. Par cet acte, le président Macron ne revient bien sûr pas sur l’amnistie, mais il revient sur ce qui pouvait, à l’époque, avoir paru la justifier : la nécessité d’oublier. Bien au contraire, il affirme la nécessité de reconnaître et dès lors de savoir et d’affronter la vérité.

    Est-ce que cela va dans le sens d’un apaisement dans la guerre de mémoire qui se joue entre la France et l’Algérie ? 

    Je ne crois pas qu’il existe une guerre de mémoire entre deux pays. En revanche, il y avait un mensonge, et ce mensonge-là a disparu. Les Algériens n’ignorent rien de la réalité du caractère massif de la torture pendant la guerre d’indépendance, des exécutions sommaires, des tortures et des autres violences illégales accomplies par les forces de l’ordre françaises.
    Cette déclaration ne leur apprendra rien. En revanche, elle leur dira qu’en France aussi les discours officiels sur le passé peuvent changer. Cette reconnaissance était attendue par beaucoup. Elle n’est pas dans l’excès : elle dit ce qui a été ; elle est au plus près de ce que la recherche scientifique a établi pour l’heure. Le partage d’une exigence de vérité est ce que je souhaite, pour ma part, entre les deux pays.

    Quel sens politique donnez-vous à cette déclaration ? 

    En reconnaissant que des crimes ont été accomplis par des militaires français pendant la guerre, Emmanuel Macron ne peut oublier l’histoire coloniale plus que centenaire. Il y a là un engagement présidentiel face à ce passé qui semble s’inscrire dans une certaine continuité, motivée sans doute aussi par le désir de renforcer les liens entre la France et l’Algérie. Le président ne peut oublier non plus l’armée française.
    Dans les « OPEX » [opérations militaires extérieures], la distinction entre civils et ennemis armés n’est pas aisée. On a pu être tenté de s’inspirer des méthodes utilisées pendant la guerre d’Algérie. Par cette déclaration qui assume certaines des taches les plus sombres de l’histoire récente de l’armée française, le président veut sans doute indiquer aussi que l’armée dont il parle n’a plus rien à voir avec les militaires français d’aujourd’hui. Pas plus qu’il ne se reconnaît, j’imagine, dans les hommes politiques qui ont, à l’époque, recommandé ou accepté de gagner la guerre par tous les moyens.

    Raphaëlle Branche est professeure d’histoire contemporaine à l’université de Rouen. Elle est notamment l’auteure de La Torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie, 1954-1962 (Gallimard, 2001).


    « La reconnaissance des responsabilités

     de l’Etat, enfin ! »

    Par Sylvie Thénault

    Les réactions de Benjamin Stora, Raphaëlle Branche, Sylvie Thénault concernant la reconnaissance des responsabilités de l’Etat dans la disparition de Maurice Audin.

    Sylvie Thénault

    Enfin, une reconnaissance des responsabilités de l’Etat dans la disparition de Maurice Audin. Après soixante et un ans d’un combat âprement, inlassablement mené par Josette Audin, un combat qui force l’admiration, pour savoir ce qui est arrivé à son mari après son arrestation, en juin 1957, par des militaires français, à leur domicile, à Alger. Aussi cette reconnaissance, après si longtemps, c’est une libération – et d’abord pour Josette Audin et ses enfants.

    Non pas qu’ils soient libérés de la question de savoir dans quelles circonstances leur mari et père est mort, entre les mains des militaires qui le détenaient, l’interrogeaient, le torturaient ; peut-être même a-t-il été exécuté par un commando venu l’assassiner. Si la question les taraudait, elle continuera tant que l’enquête commencée pendant la guerre elle-même n’aura pas abouti.

    Que la vérité reste à établir n’empêche pas l’essentiel : Maurice Audin est mort du fait de militaires agissant dans un cadre d’exception qui, en tant que dispositif légal, implique les autorités politiques. Aussi, de l’armée à Alger, la chaîne des responsabilités remonte à Paris. La généralisation est logique, obligatoire.

    Douloureux retours sur soi 

    « Enfin ! » aurait certainement dit Pierre Vidal-Naquet, à qui il faut rendre hommage en tant que pilier du Comité Maurice Audin qui, en France métropolitaine, a pris le relais du combat de Josette Audin dès 1957. Ici, la reconnaissance libère la société française du conflit qui l’a animée, en interne. Elle y met un terme non par un consensus impossible à construire – les positions entre partisans de l’indépendance et de l’Algérie française ont été irréductibles.

    Mais avec la distance que permettent les décennies qui se sont écoulées depuis, la reconnaissance des responsabilités de l’Etat dans la disparition de Maurice Audin fait un choix au nom des valeurs qui sont celles de la nation française depuis la Révolution et qui figurent en tête de la Constitution, au frontispice des bâtiments officiels. La reconnaissance se place au-dessus de la mêlée.

    En l’absence de poursuite pénale, il resterait à chacun des responsables individuels de procéder à son examen de conscience

    Autre conséquence et non des moindres de cette généralisation possible à partir du cas de Maurice Audin : la reconnaissance des responsabilités de l’Etat pose la question, en regard, des responsabilités individuelles dans ces tortures et disparitions. Il est sûr qu’une élucidation des circonstances de la mort de Maurice Audin permettrait de nommer un ou des individus coupables de l’avoir tué d’une manière ou d’une autre. En l’absence de poursuite pénale – l’amnistie de 1962 les en protège – il resterait à chacun d’entre eux de procéder à son examen de conscience.

    Il n’en demeure pas moins que prendre la mesure d’un système de répression et lui faire endosser les responsabilités qui lui incombent revient à soulager ceux qui, aujourd’hui, s’interrogent : pourquoi y avoir participé ? pourquoi ne pas avoir désobéi ? Tout peut être invoqué : la jeunesse, l’ignorance, la faiblesse de caractère, la pression du groupe, la folie passagère après la mort d’un copain, le défoulement facilité par l’alcool, l’obéissance à laquelle contraignent la hiérarchie, la discipline, la peur des sanctions…

    En dépit d’une historiographie riche sur le sujet, les mécanismes de l’opposition radicale à l’autorité restent énigmatiques et de fait, dans toute guerre, ceux qui s’insurgent au nom de leurs idéaux ou de la morale, ne constituent toujours qu’une très étroite minorité. Alors si une reconnaissance peut entraîner des retours sur soi toujours douloureux – car elle est l’occasion de se replonger dans un passé qu’on a pu préférer taire et enfouir –, elle peut aussi aider ceux que cette histoire hante encore à mieux l’affronter.

    Effets de pourrissement 

    Tardive, cette reconnaissance l’est certainement, mais celui qui aujourd’hui la prononce n’en porte pas la faute. Unilatérale aussi, pourra-t-on regretter, mais après tout, chaque société, chaque nation a le droit – le devoir ? – de faire son propre inventaire historique. La guerre d’indépendance algérienne et son cortège de violences sont partie intégrante de l’histoire de France. Elle est la guerre de décolonisation qui a le plus massivement bouleversé la société française, concernée en profondeur par l’envoi du contingent.

    Aux anciens combattants s’ajoutent les Français d’Algérie, les harkis, les immigrés venus d’Algérie et, pour tous, leurs descendants. Aussi cette guerre recèle des enjeux internes à la société française qui, à force d’être niés ou négligés, produisent des effets de pourrissement. Elle est exploitable à l’extrême droite, qui campe encore sur la nostalgie de la colonisation. Aussi ce passé colonial a sans nul doute contribué à configurer ce qu’est aujourd’hui encore le racisme anti-maghrébin.

    « La dilution des responsabilités ne les fait pas pour autant disparaître, écrivait Pierre Vidal-Naquet, non pour obtenir le “châtiment des coupables” mais pour pouvoir regarder la vérité en face, et peut-être, en effet, “liquider” le passé. » Avec la reconnaissance, enfin, l’apaisement ?

    (1) Directrice de recherche au CNRS, spécialiste de la guerre d’indépendance algérienne et de la colonisation, Sylvie Thénault a travaillé plus particulièrement sur les législations d’exception. Elle a notamment publié, dans la revue « Histoire@Politique » (n° 31, janvier-avril 2017), « La disparition de Maurice Audin. Les historiens à l’épreuve d’une enquête impossible (1957- 2014) ».

    SOURCE : http://espaceguerredalgerie.com/ 

     

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    Une «fraternité sans borne» pour un voyage

    exceptionnel en Algérie 

    A Alger, le groupe s'est notamment rendu sur la place Audin 

     

    Pieds-noirs progressistes, anciens appelés et réfractaires sont retournés sur les terres meurtries à la rencontre de leurs frères. Deux ans de préparation auront été nécessaires pour l'organisation de ce voyage en Algérie. Début mai, d'anciens appelés qui ont toujours versé leurs pensions de retraite à des actions de paix de l'association 4ACG, des réfractaires et des pieds-noirs progressistes sont ainsi partis sur les traces de cette guerre, "dans un esprit de fraternité et de mémoire", insiste Jacky Malléa, l'un des organisateurs.

    Le groupe s'est d'abord rendu à Guelma où les violents affrontements du 8 mai 1945 marquent, pour les progressistes, le début de la guerre d'Algérie. À Constantine, ils ont ensuite rencontré le professeur Merdaci, auteur d'études sur l'histoire du nationalisme et de la guerre d'indépendance.

    Une «fraternité sans borne» pour un voyage exceptionnel en Algérie

    Le voyage les a ensuite conduits à Ifri dans la maisonnette où a été signé le congrès de la Soumman, acte fondateur de la création de l'ALN (Armée de Libération Nationale) et à Djemila où ils ont notamment rencontrés d'anciens officiers de l'ALN, ainsi "que des femmes Une «fraternité sans borne» pour un voyage exceptionnel en Algérie venues témoigner de ce qu'elles ont vécu". L'occasion également de se rendre compte des capacités de l'Algérie à mener une agriculture performante puisqu'ils ont visité une exploitation produisant quelque 30 millions de plants de tomates ainsi que du blé destiné à la consommation de semoule.

    "Tourner une page" 

    Le groupe s'est enfin rendu à Alger où un rendez-vous était notamment pris avec l'avocat Ali Haroun, chef du FLN en France. "Tout au long de ce séjour, nous avons vécu d'intenses émotions", reprend Jacky Malléa en se souvenant "de ces appelés qui ont pu rencontrer ceux contre qui ils s'étaient battus". Loin de l'esprit de haine et de revanche qui anime encore certaines personnes ayant vécu ces événements, le groupe a ressenti "une fraternité sans borne". "Nous n'avons pas arrêté de nous dire avec nos interlocuteurs que nous n'arrachons pas une page de notre histoire commune, mais nous la tournons". L'occasion également pour celui a qui toujours affirmé : "c'est l'OAS qui nous a foutu dehors !", de conforter sa pensée : "nous avons rencontré de nombreux Algériens qui n'ont cessé de répéter qu'ils ne voulaient pas chasser tous les pieds-noirs… Ils étaient si nombreux à vouloir nous rencontrer pour en discuter que nous n'avons pas pu répondre à toutes les invitations".

    Une «fraternité sans borne» pour un voyage exceptionnel en Algérie

     

    Elle appelle 

     à la réconciliation 

    Une association des pieds-noirs

      "tire" sur l’OAS

    "Nous ne sommes pas pour la revanche mais pour la réconciliation". C’est ainsi que s’est exprimée l’Association Nationale des Pieds-Noirs Progressistes et leurs Amis (ANPNPA), devant la presse régionale. 

    Convaincue que ses positions méritent d’être connues, l’ANPNPA veut se démarquer des autres organisations qui regroupent des nostalgiques de l’Algérie française et d’anciens OAS en transmettant un message de paix et de réconciliation. Dans un communiqué rendu public, cette association souligne : « Nous sommes des pieds-noirs, ex-Français d’Algérie auxquels se sont joints des amis partageant nos vues, qui avons fondé une association pour porter un autre message que les diverses organisations qui regroupent des nostalgiques de l’Algérie française et d’anciens OAS : Nous ne sommes pas pour la revanche mais pour la réconciliation ». Loin de toute la polémique qu’ont provoquée les dernières visites des pieds-noirs en Algérie, l’ANPNPA semble développer un autre discours qui se veut en contradiction avec celui des organisations qui cultivent la haine et la louange absurde d’un régime colonial révolu. « L’ANPNPA a deux objectifs majeurs  », cite l’association dans son communiqué. « Le premier est d’assurer notre propre devoir de mémoire et d’analyse, et de contribuer par là à l’écriture d’une histoire lucide et dépassionnée de la France en Algérie. 

    Nous nous inscrivons de ce fait en contradiction totale avec les organisations qui cultivent la haine et la louange absurde d’un régime colonial révolu » ; quant au second objectif pour l’association, c’est « d’oeuvrer au rapprochement entre l’Algérie et la France, et à l’amitié des deux peuples ». « Nous sommes donc et resterons favorables à toutes les initiatives », dira l’ANPNPA dans son communiqué, « prises tant au plan politique, économique que citoyen, allant dans le sens de la réconciliation entre la France et l’Algérie ». 

    Evoquant le centre de documentation des Français d’Algérie mis en place à Perpignan, l’ANPNPA n’hésite pas à critiquer la mise en place de ce centre qui, estime-t-elle, « privilégie » une seule organisation. Elle souligne dans ce sens que, « concernant la situation locale en Pyrénées Orientales, nous sommes pour deux raisons contre la manière dont est mise en place à Perpignan le centre de documentation des Français d’Algérie ». L’association avance deux arguments justifiant sa position. 

    Cette situation, précise-t-elle, « privilégie une seule organisation, le Cercle algérianiste dont nous contestons la représentativité chez les pieds-noirs et dont nous dénonçons les compromissions avec des anciens OAS ; le second argument pour l’association est « parce qu’un centre de documentation pour être dynamique, ouvert sur le futur et pleinement citoyen, devrait porter non sur les seuls Français d’Algérie mais sur l’histoire commune de la France et de l’Algérie ».

     

    Une «fraternité sans borne» pour un voyage exceptionnel en Algérie


     

     Des Pieds-Noirs : «La lutte des Algériens 

    est juste» 

    Des membres de «l'Association Nationale des Pieds-Noirs Progressistes et leurs Amis» (ANPNPA), venus à Constantine, dans le cadre d’un programme d’amitié et d’échanges, ont affirmé que la lutte des Algériens pour libérer leur pays «était juste et justifiée», soulignant «militer pour un rapprochement des peuples français et algérien». 

    Se déclarant favorables à «l’écriture d’une histoire lucide et dépassionnée (…) entre la France et l'Algérie», Jacques, Victor, Rémy et plusieurs de leurs amis, ont évoqué une «responsabilité à assumer», un «devoir de mémoire» et un «avenir solidaire». 

    Ils ont fait part de leur volonté à «redéfinir le terme Pied-Noir», soutenant que le Pied-Noir «n’est pas nécessairement ce nostalgique du régime colonial et encore moins de l’Algérie française». 

    Rencontré à El-Khroub, à quelques kilomètres à l'est de Constantine, Jacques Pradel, 69 ans, natif de la ville de Tiaret et président de l’ANPNPA, a précisé que son association «milite pour une amitié forte entre les peuples français et algérien (…) et œuvre à renforcer les échanges entre les deux pays». 

    M. Pradel a insisté sur les termes «Pieds-Noirs» et «progressistes» dans l’appellation de l’Association pour expliquer que ces deux vocables «se suivent dans un souci de donner une autre définition au Pied-Noir qui n’est pas forcément un nostalgique du système colonial ou un militant du Front National, raciste, mais plutôt une personne ouverte, qui réfléchit et croit que la lutte des Algériens pour la libération de leur pays était juste et justifiée». 

    Sur le terrain, l’ANPNPA œuvre, selon son président, à contribuer à faire connaître la réalité du régime colonial imposé à l'Algérie : «Nos voyages en Algérie procèdent d’une volonté d’apporter des éclaircissements, de démontrer que des Pieds-Noirs avaient dénoncé, à l'époque, les injustices de ce régime et avaient manifesté ouvertement leur solidarité avec le peuple algérien» en lutte pour son indépendance. 

    M. Pradel revient sur un voyage des membres de cette association, en mai dernier à Guelma, lors de la commémoration des massacres du 8 mai 1945 pour affirmer que, par leur présence, les membres de l’Association entendaient «condamner sans réserve le système colonial imposé à l’Algérie, ainsi que toutes les injustices et les violences commises». Il a également évoqué les rencontres des membres de l’ANPNPA avec des anciens moudjahidine, des jeunes et particulièrement des acteurs de la Révolution algérienne, à l’image de Louisa Ighilahriz et Ali Haroun. 

    Des rencontres qu’il a qualifiées de «très enrichissantes où il était à chaque fois décelé une volonté sincère d’aller de l’avant dans les relations entre les peuples français et algérien». Le président de l’ANPNPA reconnaît «garder toujours en mémoire» les atrocités et crimes commis par la sinistre Organisation de l’armée secrète (OAS) dans les rues d’Oran, à la veille de l'indépendance de l'Algérie. Créée en 2008, l’ANPNPA regroupe des Français originaires d'Algérie qui avaient choisi de s’engager aux côtés des Algériens dans leur combat libérateur et qui furent témoins des atrocités commises par les forces coloniales.

     

     

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    L’affaire Audin dans l’actualité

    Un témoignage de Jacques CROS 

    L’affaire Audin dans l’actualité *** Un témoignage de Jacques CROS

    Elle remonte au temps de la bataille d’Alger. Le 11 juin 1957 Maurice Audin, jeune mathématicien, assistant à la faculté est arrêté chez lui par les paras et disparait au cours de l’interrogatoire qu’il subit. La version officielle, à laquelle personne n’a jamais accordé de crédit, est qu’il s’est évadé et qu’on ne sait pas ce qu’il est devenu.

    On a deux hypothèses vraisemblables. Soit il est mort sous la torture, soit il a été exécuté. C’était ainsi que fonctionnait la « justice » militaire à cette époque. Ce n’est pas le seul prisonnier à avoir ainsi été tué, il y en a eu certainement des milliers qui ont connu ce sort.

    Maurice Audin était membre du parti communiste algérien et engagé pour l’indépendance de son pays, une situation un peu singulière pour un Européen d’Algérie. Il était marié et père de trois enfants.

    Macron vient de rencontrer la veuve de Maurice Audin pour, 61 ans après, établir la vérité sur cette affaire douloureuse. Diverses personnalités, historiens, mathématiciens notamment, avaient sans relâche demandé que toute la lumière soit faite sur cette affaire. C’est d’une certaine manière l’aboutissement de leur démarche.

    L’assassinat de Maurice Audin renvoie à la question des pouvoirs spéciaux votés le 12 mars 1956 par l’Assemblée Nationale. Au terme de ce vote la police et la justice sont confiées à l’armée. On sait que les militaires ne prennent pas de gants en la matière, toutes les exactions commises pendant la guerre d’Algérie en témoignent.

    Mon opinion est qu’il serait opportun de porter un regard lucide sur ce vote des pouvoirs spéciaux par les députés communistes. Il faudrait reconnaitre honnêtement que ce fut une faute qui fit que la guerre a duré six ans de plus avec son cortège de souffrances, qu’elle a permis le Coup d’Etat de 1958, le putsch d’avril 1961, l’émergence de l’OAS… bref que ce n’était pas la réponse au problème auquel nous étions confrontés.

    Il fallait analyser ce qu’est le colonialisme, forme exacerbée de l’exploitation capitaliste. La question renvoie à ce qui se passe actuellement. Ne commet-on pas une erreur de même nature aujourd’hui en refusant de porter jugement sur l’UE ? N’entretient-on pas encore des illusions sur la possibilité d’infléchir le capitalisme pour en atténuer les effets ? N’est-on pas paralysés par la recherche d’unité avec des partenaires qui refusent une rupture avec un système qui fait dans tous les domaines la preuve de sa nocivité ?

    Ce qui se passe avec le retour dans l’actualité de l’affaire Audin, dont nous espérons qu’elle aboutira à la condamnation de la politique que la France a menée en Algérie et dans l’ensemble de ses colonies, incite à poser ces questions.

    Personnellement je n’ai perdu que de longs mois de ma vie, vingt-six pour être précis, dans la guerre d’Algérie. D’autres appelés du contingent ont perdu beaucoup plus. Avant qu’ils ne disparaissent il faudrait qu’on reconnaisse enfin le gâchis de leur jeunesse pour une cause qui n’avait rien de juste.

    Jacques Cros 

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  • Guerre d’algérie. « Jamais je n’aurais imaginé ce qui nous attendait »

    A gauche, Charles Castera en 1957 à Alger. Il a alors 23 ans. Ci-dessus, au centre, le fameux «Babaye», désigné comme l’un des protagonistes de l’assassinat de Maurice Audin. Ci-contre, Charles et de jeunes appelés passent leurs premières journées en Algérie.

     

    Guerre d’Algérie. « Jamais je n’aurais imaginé ce qui nous attendait »

    Dans la foulée des publications de l’Humanité sur l’affaire Maurice Audin, un lecteur du journal a voulu lui aussi raconter les exactions commises par l’armée française pendant la guerre d’Algérie. Un témoignage courageux, qui rappelle que les plaies de cette sale guerre ne sont toujours pas refermées.

    Guerre d’Algérie. « Jamais je n’aurais imaginé ce qui nous attendait »

    Charles Castera appelé à 20 ans
    en Algérie
     

    Il entend encore les cris des femmes dans la casbah. L’image d’un corps violé ne l’a pas quitté. Charles Castera a 84 ans. Militant communiste, syndicaliste à la CGT, lecteur de l’Humanité, il s’est manifesté au début de l’été après avoir lu les articles publiés cette année sur Maurice Audin (voir dossier sur humanite.fr). Il a souhaité contacter sa veuve, Josette Audin, puis a voulu témoigner à son tour. Comme l’avait fait Jacques Jubier en février dernier, relançant l’exigence de vérité sur les circonstances de l’assassinat par l’armée française de ce jeune mathématicien communiste, mais aussi sur les horreurs d’une guerre que l’État français n’a toujours pas reconnues. Charles, lui, n’a pas voulu garder l’anonymat. « De quoi aurais-je peur à mon âge ? »

    Sur le quai de la gare d’Orthez, au cœur de son Béarn natal, là où il fut appelé en Algérie il y a soixante-trois ans, il nous attend de pied ferme, la une de l’Humanité du jour à la main. Heureux et anxieux. « Je veux me libérer de ce poids sur ma conscience. » La gentillesse incarnée, il nous reçoit chez lui, dans la maison qu’il a construite : « Je suis content, j’ai retrouvé des photos ! » Elles sont posées soigneusement sur la table, à côté de ses livrets militaires et de quelques notes, « pour ne rien oublier ». Son histoire est celle de toute une génération qui a eu 20 ans dans les Aurès. Puis qui s’est murée dans le silence et la honte. Il travaille dans une ferme du Béarn quand il est appelé dans l’intendance du 10e Coma. « Pour être franc, j’étais content de partir en Algérie. On nous parlait de pacification. À l’époque, je n’étais pas du tout politisé. Pour moi qui n’avais jamais quitté le Béarn, c’était l’aventure, car je venais d’un milieu très modeste. » Les premières semaines à Beni Messous, dans le sud-est d’Alger, où il fait ses classes, sont à la hauteur de ses attentes : il découvre un autre monde, la beauté des paysages algériens, la camaraderie entre gosses de 20 ans… « Jamais je n’aurais imaginé ce qui nous attendait. » Une nuit, un premier soldat est blessé et Charles comprend que « les opérations de maintien de l’ordre » ne sont pas un camp de vacances. « Ils ont commencé à nous mettre en condition. Tu réalises non seulement que tu risques ta vie, mais que tu vas assister à des choses terribles. »

    Aux Tourelles, Charles croise tous les protagonistes

     de l’affaire Audin

    Tout bascule au début de l’année 1957, avec le début de la bataille d’Alger, quand il est affecté comme chauffeur à la tristement célèbre villa des Tourelles, à Hydra, sur les hauteurs de la ville blanche. Ici, « le cas de ceux qui y entraient était considéré comme assez grave pour qu’ils n’en sortent pas vivants, avouera, en 2001, Paul Aussaresses. (…) Aux Tourelles, la torture était systématiquement utilisée si le prisonnier refusait de parler, ce qui était très souvent le cas. La plupart du temps, mes hommes partaient à une vingtaine de kilomètres d’Alger dans des “maquis lointains” et les suspects étaient abattus d’une rafale de mitraillette, puis enterrés ». Mais, les premiers jours, Charles est loin de s’imaginer les exactions commises presque sous son nez. Il est même plutôt content d’être affecté ici, bénéficiant d’une chambre à lui au dernier étage de cette vaste villa, un luxe pour un jeune appelé. La voix de Charles Castera commence à trembler. « J’ai du mal à me rappeler les détails de la villa. Je ne me souviens même pas où on mangeait. J’ai des trous… » Après un silence, il reprend : « Vu que j’étais chauffeur, je n’étais pas toujours occupé… Une fois, en pleine journée, j’ai fait le tour de la villa et j’ai découvert, au bas des escaliers, des salles de torture. J’ai vu des appareillages de robinets avec des flexibles. J’ai tout de suite compris à quoi cela servait… J’étais sidéré. » Il n’en parle à personne. « JAMAIS quelqu’un n’a évoqué ces salles devant moi. Je n’ai jamais entendu de cris… rien. C’était l’OMERTA totale ! Et ces salauds savaient “travailler” en toute discrétion. »

    Très vite, il repère une équipe de six sous-officiers, des « tueurs professionnels », anciens d’Indochine, qui restent à distance du reste du contingent : Damoiseau, un autre surnommé « Schmittkaiser »… « Les autres, j’ai oublié leurs noms. » Tous sont sous les ordres du fameux lieutenant Garcet (l’un des protagonistes de l’assassinat de Maurice Audin, voir édition du 14 février 2018), et agissent pour le compte d’Aussaresses. Un jour, Charles entend l’un d’eux se glorifier de son exploit du jour : « J’en ai tué 17 aujourd’hui, c’est mon record. » « Ils faisaient des concours d’extermination ! enrage-t-il. Ils attrapaient les prisonniers en provenance du camp d’internement à la sortie du camion. Ils les bâillonnaient et puis les tuaient à l’arme blanche avant de les balancer dans la fosse. Ils pratiquaient la torture et le colonel Trinquier les couvrait. Celui-ci, c’était un secret de Polichinelle, il prenait l’avion tous les vendredis à Maison-Blanche pour aller faire un compte rendu détaillé à François Mitterrand, ministre de la Justice (jusqu’en mars 1957 – NDLR). Je l’ai conduit à l’aéroport une fois. »

    Un jour, Charles est confronté au  boucher  « Schmittkaiser ». « J’étais en mission, je conduisais ma Jeep quand, non loin, un camion de gendarmes appelés en soutien à l’armée a été mitraillé. Je les ai vus tomber. Je me suis arrêté pour les secourir. Et récupérer les armes, car c’était les ordres, de ne jamais laisser des armes qui pourraient servir aux fellaghas. » Quelques minutes plus tard, « Schmittkaiser » s’approche de lui en tenant un jeune Algérien et lui ordonne de le ramener à la villa. « Sur la route, ce gars, qui avait mon âge, m’explique qu’il est innocent, qu’il n’a rien à voir avec l’attaque des gendarmes, raconte Charles. Alors je l’ai laissé partir, je lui ai dit de s’enfuir, de foutre le camp vite. » Quelques minutes plus tard, « Schmittkaiser » lui colle un pistolet sur la tempe : « Je devrais te tuer sans sommation ! La prochaine fois, tu y passes ! Tu sauras que la personne qui rentre ici ne revoit jamais la sortie. Tu as bien compris ce que ça veut dire ? » Charles a bien compris le message, que viendront confirmer les scènes auxquelles il sera ensuite confronté. « Je n’ai rien dit. J’étais blême. Je croyais que j’étais déjà mort. » Le jeune Algérien, lui, n’aura pas survécu, rattrapé par les chiens du sinistre commando.

    Des Algériennes violées par les soldats français

    Guerre d’Algérie. « Jamais je n’aurais imaginé ce qui nous attendait »

    Au centre, le fameux "Babaye", désigné par Aussaresses comme l’un des protagonistes de l’assassinat de Maurice Audin 

    Et puis il voit débarquer auprès du groupe de sous-officiers un collaborateur harki, appelé Babaye (voir photo), lui aussi désigné, notamment par Aussaresses (1), comme l’un des protagonistes de l’assassinat de Maurice Audin. « J’ai tout de suite compris quel était son rôle : une brute épaisse aux ordres de la sale équipe de sous-officiers. Je me souviens qu’il avait un traitement particulier puisqu’il portait un colt. Mais on m’a rapporté qu’il poignardait ses victimes. » Un soir, alors que Charles rentre de mission, le fameux Babaye l’interpelle et l’emmène en contrebas de la villa, dans une sorte de souterrain. « Y a des filles, y en a une qui t’attend ! Fais pas ton timide, tous les autres en ont profité, elle n’attend que toi. » En évoquant la scène, Charles s’effondre en larmes, submergé par l’émotion. Quelques minutes plus tard, des sanglots dans la voix, il poursuit : « Il me dit, tu ne touches que celle-ci, la petite, elle est pour moi. » Sur le sol, une femme est étendue, couchée sur le dos, les jambes recroquevillées. Charles s’approche. « Je comprends tout de suite. Elle avait été violée par de nombreux soldats. Je lui ai touché le bras, elle était froide. Cela a été si rapide et la pénombre était telle que je n’ai pas su si elle était morte ou si elle faisait semblant, la pauvre. »

    «Ça me soulage, c’est la première fois que j’en parle comme ça»

    Plus loin, une toute jeune fille tente de s’échapper en courant. Babaye hurle : « Celle-là, elle est pour moi ! » Charles se met à crier à son tour : « Ce grand salopard ! » « Sur le moment, je me souviens m’être dit “il faut que je le tue”. Et puis, je me suis repris, j’ai compris que si je faisais cela, on aurait été morts tous les trois. Je suis parti le plus vite possible. Je n’ai pas pu dormir. » Ni cette nuit-là, ni les suivantes. Aujourd’hui encore, soixante et un ans plus tard, le corps inerte de cette femme continue de le hanter : « Ça me soulage un peu de te raconter ça. J’y repense toujours quand je vois des reportages sur les guerres. » Très ému, il reprend : « C’est la première fois que j’en parle comme ça. Une fois, j’ai essayé avec quelqu’un qui avait fait l’Algérie aussi. Il avait connu la même chose… » Et puis face à l’omerta, Charles s’est tu lui aussi. Comme près de 2 millions d’appelés, il a préféré tenter d’oublier. Mais le refoulé a fait son grand retour. Depuis le début des années 2000, les mécanismes de fabrication de l’oubli se sont enrayés. Et les appelés, comme la société française, sont fin prêts à regarder l’histoire en face.

    (1) Dans le livre de Jean-Charles Deniau, la Vérité sur la mort de Maurice Audin, Aussaresses, dont les aveux sont sujets à caution, affirme que Babaye aurait enterré le corps de Maurice Audin.

    Guerre d’algérie. « Jamais je n’aurais imaginé ce qui nous attendait »

    Une place maurice-audin inaugurée à la fête

     

    Vendredi, à 16 h 15, la Fête de l’Humanité inaugurera une place Maurice-Audin (voir plan de la Fête), pour rappeler l’engagement de ce jeune mathématicien communiste, anticolonialiste, assassiné par l’armée française en juin 1957. Cette inauguration symbolisera le combat de sa famille et de plusieurs générations de militants, qui n’ont jamais renoncé à l’exigence de vérité, pour Maurice Audin, mais aussi pour toutes les victimes algériennes « disparues » comme lui. Josette Audin (sous réserve), Patrick Le Hyaric, directeur du journal, ainsi que le mathématicien et député Cédric Villani y prendront la parole.

     

    L’affaire audin en débat à l’agora de l’humanité

     

    Vendredi à 15 heures, l’Agora accueillera un débat sur la guerre d’Algérie, avec les historiens Benjamin Stora, Sylvie Thénault (sous réserve), ainsi que Pierre Audin et Claire Hocquet, avocate de la famille: « De l’affaire Audin au traumatisme des appelés, les plaies toujours ouvertes de la guerre d’Algérie ».

    Maud Vergnol

     

    SOURCE : https://www.humanite.fr/guerre-dalgerie-jamais-je-naurais-imagine-ce-qui-nous-attendait-660441 

     

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  • Une mise au point de l’historien  Alain Ruscio  Marine Le Pen et l’affaire Audin : quand la haine le dispute   à l’ignorance crasse

    Une mise au point de l’historien  Alain Ruscio  Marine Le Pen et l’affaire Audin : quand la haine le dispute   à l’ignorance crasse

    Maintenant Racaille Nationale 

    Une mise au point de l’historien  Alain Ruscio  Marine Le Pen et l’affaire Audin : quand la haine le dispute   à l’ignorance crasse

    Une mise au point de l’historien

     Alain Ruscio

    Marine Le Pen et l’affaire Audin :

     quand la haine le dispute

    à l’ignorance crasse

    Quand a été rendue publique, le 13 septembre 2018, la déclaration du président Macron sur l’assassinat par des militaires français en 1957 de Maurice Audin, une personnalité politique d’extrême droite s’est distinguée par son déni de réalité et ses contre-vérités. La dirigeante du Rassemblement national, Marine Le Pen, a cru bon de dire que « Maurice Audin a caché des terroristes du FLN qui ont commis des attentats ». L’historien Alain Ruscio fait un sort à cette inexactitude et précise l’engagement politique de Maurice Audin.

    Marine Le Pen et l’affaire Audin : quand la haine

     le dispute à l’ignorance crasse

    Par Alain Ruscio, historien 

    Dans les heures qui ont suivi la déclaration du président Macron, reconnaissant — enfin ! — la responsabilité des plus hautes autorités de l’État dans l’assassinat de Maurice Audin, les prises de position sont arrivées en avalanche, la plupart plutôt favorables à cet acte de courage.

    D’autres, venant le plus souvent de la nébuleuse d’extrême droite, l’ont condamnée. Sans grande importance. Il en est une, cependant, qu’il est catégoriquement hors de question de laisser passer. Mme Le Pen, dirigeante du Rassemblement national, a laissé tomber cette phrase : « Maurice Audin a caché des terroristes du FLN qui ont commis des attentats ».

    Sans revenir sur toute l’affaire, il est nécessaire de rappeler qui était Maurice Audin, quel était son rôle au sein du Parti communiste algérien.

    Membre du Parti communiste algérien depuis 1950 — il avait alors 18 ans —, mathématicien brillant, assistant à la Faculté d’Alger, il s’apprêtait à soutenir une Thèse et à devenir ainsi un des plus jeunes Docteurs ès Sciences de France. Son directeur, René de Postel, témoigna de la qualité exceptionnelle des travaux de celui qui était un des espoirs de la recherche française (1).

    En novembre 1954, la guerre d’indépendance éclate. Le PC Algérien, sans comprendre immédiatement la portée historique du pas qui vient d’être franchi, dénonce la répression et les actes de guerre qui commencent. Il est dissous en septembre 1955. La direction du PCA répartit alors ses militants en deux catégories : ceux qui plongent dans la clandestinité, voire qui rejoignent les maquis, et ceux qui, non chargés de responsabilités importantes, et donc considérés comme peu surveillés, restent dans la vie active, effectuant un travail discret. Rien là que de très classique : tous les mouvements politiques frappés d’interdit procèdent de la sorte.

    Quelles furent, entre la dissolution de septembre 1955 et l’arrestation de juin 1957, les activités politiques de Maurice Audin ? Son appartement servit de « planque » à des militants politiques recherchés, lui-même stocka et transporta de la documentation, du matériel de propagande, etc. Il participa également à des activités dangereuses, comme par exemple l’exfiltration vers les pays socialistes du Secrétaire général Larbi Bouhali (septembre 1956) : ce fut en quelque sorte une affaire de famille, Maurice Audin ayant assuré la logistique avec sa sœur Charlie et son beau-frère Christian Buono.

    L’engrenage se mit en place le 9 juin 1957. Le Dr Hadjadj, membre du PCA, fut arrêté. Torturé, il résista durant trois jours, mais craqua devant la menace de voir sa propre femme torturée. Il finit, le 11 dans la soirée, par dire qu’il avait soigné Paul Caballero, un dirigeant communiste de premier plan, au domicile de la famille Audin. Les paras s’y précipitèrent. C’est là, à 23 heures, en présence de sa femme Josette et de ses enfants, que Maurice Audin fut arrêté. Son épouse protesta, sa fille aînée Michèle — trois ans — donna même des coups de pieds aux paras (2). Le prisonnier fut transporté à El Biar, dans un immeuble réservé, où, déjà, Ali Boumendjel avait été assassiné, puis immédiatement torturé.

    La triste suite est connue.

    Aucun terroriste poseur de bombes hébergé. Aucun lien avec un quelconque attentat. La pure figure de Maurice Audin ne méritait pas cette ignominie supplémentaire. Le père « travaillait » dans les caves durant la bataille d’Alger. La fille vient d’y ajouter l’ignorance crasse. Faut-il en rire ou en pleurer ? Non : il faut crier sa honte, sa répulsion.


    (1) « Mon assistant, Maurice Audin », Les Lettres françaises, 19 décembre 1957.

    (2) Michèle Audin, Une vie brève, Paris, L’Arbalète / Gallimard, 2013. 

    SOURCE : http://histoirecoloniale.net/Marine-Le-Pen-et-l-affaire-Audin-quand-la-haine-le-dispute-a-l-ignorance-crasse.html 

     

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