• Là où tout a commencé mais de cela personne

    n’en parle ! 

    A quoi ont servi les 89 militaires français morts 

    en Afghanistan ? 

    Là où tout a commencé mais de cela personne n’en parle !  A quoi ont servi les 89 militaires français morts  en Afghanistan ?

     

    Obsèques du sergent français Damien Buil, mort en Afghanistan 

     © MaxPPP

     

    Dernière Marseillaise entonnée à Kaboul par les soldats français le 31 décembre 2014 car l’opération Pamir prenait fin officiellement elle avait débutée  en 2001 pour lutter contre les talibans et Al-Quaïda. Treize années de présence en Afghanistan qui ont coûté la vie à 89 militaires français, dont le Sergent Damien Buil, tombé lors de l'embuscade d'Uzbin en 2008. Pour son père Jean-François Buil, ce retrait définitif a un goût plus qu'amer. 

     

    "Un très grand échec de l'OTAN"



    "Mon sentiment est un sentiment de catastrophisme aigu, pour moi c'est un très grand échec de l'OTAN. 13 ans de conflit, 89 soldats français morts, 700 blessés. C'est un conflit qui n'a apporté que de la misère. Tous les jours je le revis".
    Un conflit trop long, qui n'aura servi à rien, selon Jean-François Buil. "Ces barbus, ces talibans sont toujours là-bas, ils sont partout dans le monde. C'est comme une mafia. Mon fils, ses camarades, tous ces soldats sont morts pour rien. En 2011, il y avait 140 000 soldats en Afghanistan pour venir à bout de cette rébellion, ils n'y sont pas arrivés et, aujourd'hui, on s'en va. Il ne se passe pas une journée sans qu'il y ait un attentat. C'est l'insécurité totale". 

    Le 31 décembre 2014  le dernier soldat français a quitté le sol afghan et passé le relais à une force turque. La presse nationale s'est contentée de relater l'événement, mais rares sont ceux qui ont dressé le bilan de cette opération.
    C'est Jacques Chirac qui a pris la décision d'intervenir en Afghanistan en 2001, aux côtés de l'OTAN et à la demande des Américains, qui voulaient punir ceux qui selon eux soutenaient les terroristes à l'origine des attentats du 11 septembre.
    L'objectif à l'époque, était en apparence noble : chasser les talibans de Kaboul, détruire les camps d'entraînement d'Al Qaïda en Afghanistan et reconstituer une armée afghane. Pour y parvenir, la France a envoyé plus de 70.000 soldats en Afghanistan. Le contingent français a atteint 4.000 militaires au plus fort des opérations, en 2010. Et cette intervention a coûté la vie à 89 soldats français et fait plus de 700 blessés.
    L'un des épisodes les plus dramatiques a été l'embuscade tendue par des insurgés à une unité française le 18 août 2008 dans la vallée d'Uzbin, district de Surobi, à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de Kaboul. Onze militaires français avaient alors été tués et 20 autres blessés.  

    Treize ans plus tard, peut-on dire que les objectifs de 2001 ont été remplis? Les talibans n'ont été chassés que du coeur de ville de Kaboul et les résidents étrangers ne peuvent y circuler que dans un périmètre très restreint, ultra-surveillé et malgré tout toujours à la merci d'un attentat kamikaze ou d'une roquette.
    A part ça, l’Afghanistan n’a sans doute jamais été dans une situation aussi préoccupante : les talibans sont plus puissants que jamais, contrôlant de très larges pans du territoire et organisant de véritables vagues d'attentats qui ont déjà fait plusieurs milliers de victimes innocentes.
    La démocratisation mise en avant dans un second temps pour justifier notre présence militaire a définitivement tourné à la farce : la corruption, la criminalité, le trafic de drogue, la violence règnent partout. Et le pays est dirigé par un Hamid Karzaï qui négocie ouvertement son avenir avec les talibans, dont tout le monde sait qu’ils prendront immédiatement le contrôle total du pays à la minute même où les derniers militaires occidentaux auront quitté l’Afghanistan.
    Et c'est le même Hamid Karzaï qui a décidé de baser son nouveau code pénal sur la charia, et notamment de réintroduire la peine de mort par lapidation pour les personnes mariées "coupables" d’avoir eu des relations sexuelles adultères. Une décision confirmée auprès des dirigeants américains et des responsables des Nations Unies par Rohullah Qarizada, membre de la commission sur la loi coranique, celui-ci déclarant : "Nous travaillons sur un projet de code pénal de la charia prévoyant que la lapidation sera la sanction de l’adultère s’il est confirmé par quatre témoins oculaires". Les personnes coupables du même "crime" sans être mariées s’en tireront beaucoup mieux : elles ne recueilleront, elles, qu’une centaine de coups de fouet...
    Quand on dresse le bilan d'une opération, on ne peut passer sous silence son coût financier. Selon la commission de la défense de l’Assemblée nationale, la présence militaire française en Afghanistan a déjà coûté 3,5 milliards d’euros aux contribuables pour la période 2001-2013. Une somme qui n’inclut ni l’usure, ni la destruction des matériels aériens et blindés utilisés sur place, ni les frais médicaux, frais d’obsèques ou pensions d’invalidité, ni le coût du retrait progressif du contingent militaire français estimé entre 200 et 300 millions d’euros...
    Tout ça pour ça, serais-je tenté de dire !
    Ajoutons qu'en 2008, lorsque 11 soldats sont tombés dans une embuscade des talibans, de graves accusations avaient été portées par les familles contre l'incompétence de  l'état-major et le manque de moyens dont disposaient les soldats. C'est ainsi qu'on a découvert que ces derniers étaient sous-équipés, souvent obligés d'acheter eux-mêmes leurs équipements pour remplacer celui fourni par l'armée française, soit inadaptés, soit de très mauvaise qualité.

    Aujourd'hui, on est légitiment en droit de se demander à quoi ont servi ces 89 morts.
    SOURCE : http://www.zinfos974.com/A-quoi-ont-servi-les-89-militaires-francais-morts-en-Afghanistan_a79842.html  

     

    Pierre Barbancey, grand reporter, samedi 14 novembre 2015 : « Je suis actuellement en Irak. Ce pays qui a été démembré, ses communautés et ses confessions jetées les unes contre les autres, par une guerre voulue par les Etats-Unis en 2003. C'est sur ce terreau que s'est développé Daech, l'organisation de l'Etat islamique. 

    Des terroristes soutenus et aidés par des pays comme le Qatar, la Turquie et l'Arabie saoudite. Trois pays aux liens privilégiés avec la France qui leur vend des armes. 

    Il faut pleurer les morts du 13 novembre 2015 à Paris. Mais il faut aussi avoir en tête que les populations du Moyen-Orient vivent ce cauchemar au quotidien depuis des années. 

    La France officielle fait des guerres : Libye, Mali, Centrafrique, Irak... Toujours sous des prétextes humanitaires et maintenant contre le terrorisme… Ce qui est un leurre. La guerre n'a jamais rien réglé, au contraire. La guerre ne peut pas toujours se regarder à la télévision. Si on accepte qu'elle ait lieu ailleurs, alors il faut s'attendre à ce qu'elle nous revienne dans la gueule un jour. C'est pour cela qu'il faut la paix. Une politique internationale de la France dédiée à la paix, pas une politique de gendarme, vendeuse d'armes et de captation des richesses d'autres pays… » 

    Que rajouter de plus ? Juste s'interroger sur l'opportunité des interventions de plus en plus nombreuses décidées après l’Afghanistan… Puisque maintenant le terrorisme est en France… et maintenant la France n’a plus le choix… elle doit protéger ses enfants… et pleurer les 130 victimes du 13 novembre 2015… mais avant et après en commençant depuis 2012 pensons aux autres victimes innocentes et par ordre chronologique :

    11 et 19 mars 2012 - Toulouse et Montauban: Mohammed Merah tue 7 personnes.

    7 janvier 2015 - Charlie Hebdo : 17 victimes à Paris.

    13 novembre 2015 - La pire attaque terroriste sur le sol français 

    Le vendredi 13 novembre, la France subit l'attaque terroriste la plus meurtrière qu'elle ait jamais connue. Aux alentours de 21h20, une série de sept attaques est perpétrée par sept terroristes à Paris et Saint-Denis, provoquant la mort de 130 personnes et faisant 300 blessés, dont 99 graves. La tuerie est revendiquée par l'État islamique. Les sept terroristes sont tués pendant l'attaque. C'est la première fois qu'ont lieu des attentats suicides sur le sol français.

    13 juin 2016 - Deux policiers tués dans les Yvelines.

    14 Juillet 2016 - Nice visée pendant son feu d'artifice 

    Le soir de la Fête nationale, un camion-bélier fonce sur la foule venue observer le feu d'artifice sur la promenade des Anglais. Le bilan est lourd: 86 personnes sont tuées et 458 blessées. Deux jours plus tard, l'attentat est revendiqué par l'organisation État Islamique. Le conducteur est un Tunisien de 31 ans nommé Mohamed Lahouaiej-Bouhlel. Il a été abattu par la police française.

    26 juillet 2016 - Le prêtre Hamel est assassiné à Saint-Etienne-du-Rouvray 

    Pendant la messe de 9 heures, deux assaillants attaquent l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray, près de Rouen. Ils assassinent le père Jacques Hamel, âgé de 86 ans de plusieurs coups de couteau. Les deux terroristes prennent ensuite en otage un couple de paroissiens et trois religieuses avant d'être abattus par les forces de l'ordre. Les deux terroristes, Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean se revendiquaient de l'organisation État Islamique.

    20 avril 2017 - Un policier est abattu sur les Champs-Élysées 

    À Paris, un policier, Xavier Jugelé, est tué par balles et deux autres sont blessés sur les Champs-Élysées par un repris de justice français de 39 ans, Karim Cheurfi, qui est aussitôt abattu. L'attentat est revendiqué peu après par le groupe djihadiste État Islamique.

    1er octobre 2017 - Un homme tue deux femmes au couteau à Marseille 

    Deux jeunes filles sont tuées à coups de couteau, dimanche 1er octobre sur le parvis de la gare Saint-Charles à Marseille par un homme qui a crié «Allah Akbar» avant d'être abattu par des militaires, conduisant le parquet antiterroriste à se saisir de l'enquête.

    Et depuis 2015 on nous annonce régulièrement un nombre considérable d'attentats déjoués.


    Alors je conclurai cet inquiétant article par le titre d’un article précédent :

    Nos morts…

     Vos guerres !!! 

     
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    3 commentaires
  • La vidéo d’Armande

    Un article de Jacques CROS

    Source : http://cessenon.centerblog.net/6572338-la-video-d-armande

    La vidéo d’Armande *** Un article de Jacques CROS

     

    Oui, nous sommes en mesure de vous communiquer le lien qui permet de visionner la vidéo que Midi Libre a consacré au témoignage d’Armande de Sète à l’occasion du 11 novembre 2017. Le voici donc :

    La vidéo d’Armande *** Un article de Jacques CROS

    http://www.midilibre.fr/2017/11/11/11-novembre-le-message-pacifique-de-la-setoise-armande-maillet-95-ans,1586150.php 

    La vidéo d’Armande *** Un article de Jacques CROS

    Comme vous pourrez le constater Armande fait part des souvenirs de la guerre de 14-18 que son père lui avait racontés avec l’épisode traumatisant du fusill2 pour l’exemple qu’il avait, requis d’office, tenté de défendre devant un conseil de guerre.

    Sont évoquées également la guerre civile en Espagne, la Résistance au temps de l’Occupation, l’action pour soustraire un Républicain des mains du franquisme. Armande s’est par la suite engagée contre les guerres coloniales, d’Indochine et d’Algérie.

    A ce propos elle nous avait raconté les suites judiciaires qu’avait occasionnées son opposition au départ en gare de Sète d’un train emmenant des rappelés en Algérie pour « le maintien de la sécurité et de l’ordre » ainsi qu’on appelait alors ce qu’on a fini par reconnaître comme étant une guerre. Une guerre anachronique, injuste et sans autre issue prévisible que l’indépendance de cette ancienne colonie.

    Malgré son âge respectable Armande est, vous pouvez le voir en visionnant la vidéo, toujours dans le registre de la paix et de la dénonciation de tous les facteurs qui conduisent à la guerre qui ne règle pas les problèmes mais les aggravent.

    Eh bien merci Armande !

    Jacques CROS

    La vidéo d’Armande *** Un article de Jacques CROS

    Jacques pour cette information

    Un vrai bonheur Armande

     

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  •  

    Contentieux mémoriel, Sahel, Sahara Occidental...  Alger-Paris : les sujets qui fâchent

    Paroles, paroles et encore des paroles, que tu sèmes au vent… 

    C’est l’Algérie elle-même qui nous prévient « sauf grande surprise ne vous attendez pas à des déclarations "historiques" de votre président comme celle du type « La colonisation est un crime contre l’humanité »… ce n’était, en fait que de la simple propagande électoraliste, alors qu’il n’était que candidat à la présidentielle… Comme Hollande ou Sarkozy… il ne devrait rien reconnaître de plus… c’est-à-dire : RIEN !!!

    Sa déclaration, très courageuse, avait suscité l’enthousiasme de nombreux historiens et de militants anticolonialisme, qui se sont adressés à lui, une fois élu, pour lever le déni qui entoure un certain nombre de faits, comme le massacre du 8 Mai 1945, la disparition de Maurice Audin ou encore les massacres du 17 Octobre 1961, à Paris. Mais leurs demandes ont à chaque fois été déçues. Contrairement à son prédécesseur, François Hollande, le nouveau locataire du Palais de l’Élysée, s’est abstenu de la moindre déclaration.
    De même, il a décidé de supprimer le secrétariat d’État des anciens combattants et de la mémoire, qui était en charge des pourparlers avec l’Algérie, sur un certain nombre de dossiers litigieux, liés à la Guerre d’Algérie, dont ceux relatifs aux disparus, aux victimes des essais nucléaires de l’armée française dans le Sahara algérien et de la restitution des archives. Un autre sujet épineux a été rajouté à la liste. Il concerne le rapatriement des crânes des résistants algériens conservés au Musée de l’Homme à Paris, et qui sonne comme un véritable imbroglio juridique.
     

     

     

    Contentieux mémoriel, Sahel, Sahara Occidental...

    Alger-Paris : les sujets qui fâchent

    Macron n’évoque pas les massacres du 17 Octobre 1961, à Paris. © D.R. 

     

    À Alger, le chef de l’État français devra sans doute dire pourquoi il garde le silence sur la période coloniale alors que, candidat, il s’était engagé à prendre des actes forts. 

    L’annonce par le président Emanuel Macron lui-même de son intention de se rendre à Alger le 6 décembre prochain intervient dans un climat politique, a priori, détendu entre la France et l’Algérie. Les accords ayant sanctionné la quatrième session du Comité mixte économique algéro-francais (Comefa), qui vient de se tenir à Alger, sont le reflet d’une coopération bilatérale, voulue comme exemplaire.
    Pourtant, les points de divergence entre les deux voisins méditerranéens ne manquent pas. Le plus grand malentendu est historique. Lorsqu’il sera à Alger, le chef de l’État français devra sans doute dire pourquoi il garde le silence sur la période coloniale, alors qu’il s’est engagé, lorsqu’il était candidat à la présidence de la République, à prendre des actes forts sur ce qu’il a considéré comme une page sombre de l’histoire de la France. M. Macron avait notamment qualifié, au cours d’une visite électorale à Alger en février 2017, la colonisation de crime contre l’humanité.
    Sa déclaration, très courageuse, avait suscité l’enthousiasme de nombreux historiens et de militants anticolonialisme, qui se sont adressés à lui, une fois élu, pour lever le déni qui entoure un certain nombre de faits, comme le massacre du 8 Mai 1945, la disparition de Maurice Audin ou encore les massacres du 17 Octobre 1961, à Paris. Mais leurs demandes ont à chaque fois été déçues. Contrairement à son prédécesseur, François Hollande, le nouveau locataire du Palais de l’Élysée, s’est abstenu de la moindre déclaration.
    De même, il a décidé de supprimer le secrétariat d’État des anciens combattants et de la mémoire, qui était en charge des pourparlers avec l’Algérie, sur un certain nombre de dossiers litigieux, liés à la Guerre d’Algérie, dont ceux relatifs aux disparus, aux victimes des essais nucléaires de l’armée française dans le Sahara algérien et de la restitution des archives. Un autre sujet épineux a été rajouté à la liste. Il concerne le rapatriement des crânes des résistants algériens conservés au Musée de l’Homme à Paris, et qui sonne comme un véritable imbroglio juridique.
    Sur la scène régionale et internationale, Alger et Paris ne sont pas aussi sur la même longueur d’onde. Leur plus grande divergence concerne la lutte contre la menace terroriste dans le Sahel. L’Algérie reproche à la France de jouer au gendarme dans la région en privilégiant l’option militaire et en ne tenant pas compte de ses positions en faveur d’une démarche inclusive et qui repose sur le dialogue. Pour exprimer son désaccord, l’État algérien a refusé d’intégrer le G5 Sahel, une alliance pour la lutte contre le terrorisme, formée par la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad et orchestrée par la France. L’autre problème est celui du Sahara occidental. Sur ce sujet, la France est accusée de s’aligner ouvertement sur la position du Maroc.


    S. L.-K.

    SOURCE : https://www.liberte-algerie.com/actualite/alger-paris-les-sujets-qui-fachent-281282 

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  • 200 rues parisiennes rendent hommage

     à la colonisation et c’est inadmissible 

    Est-il normal que des rues et boulevards parisiens portent les noms d'esclavagistes ou généraux ayant tenu des propos racistes ? C’est la question que se posent Didier Epsztajn et Patrick Silberstein dans leur Guide du Paris colonial et des banlieues.

    Rues, boulevards, avenues, places et autres voies, sans oublier collèges, lycées, statues et monuments, sont autant de témoins muets, mais ô combien parlants, de l’histoire telle qu’on nous la raconte et nous l’impose. Une histoire qui, comme l’écrit Robert Aldrich (1996) « reste marquée par cette volonté d’inscrire l’action coloniale sur les rues et les places de Paris ».

    Sur les quelque 6000 artères, places, promenades et impasses de la capitale, elles sont plus de 200 à parler explicitement du fait colonial. On y retrouve des officiers ayant fait leurs classes « aux colonies » avant, pour la plupart d’entre eux, d’atteindre les plus hautes fonctions en 14-18 et qui y seront de retour, pour les plus jeunes, dans l’entre-deux-guerres. Il y a aussi des « explorateurs », souvent officiers de marine ou de l’infanterie coloniale en « mission », des bâtisseurs, des ministres et des députés. On croise également des littérateurs, des savants, des industriels, des banquiers, des « aventuriers », des déclassés, voire des exaltés. Plus discrets et moins épiques, ils ne bénéficient cependant guère de la reconnaissance toponymique.

    Un peu partout, dispersées dans la capitale, se trouvent des rues et des avenues dont les noms qui, tout en ayant l’apparence de la prétendue neutralité d’un guide touristique, sont autant de points de la cartographie coloniale qui sentent bon le sable chaud et qui font tintinnabuler les vieilles rengaines du « temps des colonies » (Liauzu, 2002). Les rues de Constantine, de Kabylie, de Tahiti, de Nouvelle-Calédonie, d’Annam, du Tonkin, du Dahomey, de la Martinique, de la Guadeloupe ou du Congo ne sont pas une invitation au voyage, mais le rappel subliminal que ces terres étaient ou sont encore pour certaines d’entre elles, comme la Kanaky, des possessions françaises et qu’elles ont été le théâtre de la force des armes et de la « mission civilisatrice » de l’universalisme à la française.

    Bien évidemment, au fil du temps et des inversions de rapports de force, d’autres noms ont pu se glisser sur les plaques bleues pour dire que le Paris de 1792, de 1848, de la Commune et de la Libération est encore debout. La place Gabriel-Péri, les rues Guy-Môquet, Jacqueline-Jakubowicz et Groupe-Manouchian respectivement dénommées en 1944, 1945, 1954 et 1996, le carrefour du Général-Pâris-de-la-Bollardière, ce général qui dénonça l’usage de la torture en Algérie, dénommé en 2007, et quelques autres sont là, comme des coins enfoncés dans le Paris du « parti colonial ».

    Il est temps de « renoncer à la légende » (Manceron, 2006) et de mettre fin à la glorification du brigandage colonial et aux hommages à des personnages qui seraient, en vertu du droit international d’aujourd’hui, considérés comme des criminels de guerre ou des criminels contre l’humanité. Il n’est pas supportable que le Maréchal de France Bugeaud, « insulte permanente à l’émancipation des peuples et aux Algériens en particulier, et à la République qu’il a toujours combattue et haïe » (Le Cour Grandmaison, 2017), parade sur nos avenues. Il n’est pas supportable que des établissements scolaires portent le nom de Paul Bert, partisan d’une éducation limitée pour les peuples colonisés qui voulait « placer l’indigène en position de s’assimiler ou de disparaître ». Il n’est pas supportable que des établissements scolaires portent le nom de Colbert, le « ministre de Louis XIV […] qui jeta les fondements du Code noir, monstre juridique, qui légalisa ce crime contre l’humanité », qui « fonda la compagnie des Indes occidentales, compagnie négrière », l’homme qui « symbolise à la fois la théorie et la pratique » (Sala-Molins et Tin, 2017).

    Si cela n’aurait guère de sens d’éviter de déambuler dans les rues coloniales de Paris, il doit être possible de convoquer les innombrables fantômes qui peuplent la mémoire coloniale. Nous n’en citerons que quelques-uns qui nous viennent sous la plume : Frédéric Passy, premier prix Nobel de la paix en 1901 pour son hostilité au colonialisme, le chef kanak rebelle Ataï, la citoyenne Corbin, auteure d’une Marseillaise des citoyens de couleur, Jacques Nestor, tué à Pointe-à-Pitre en 1967, Solitude, l’esclave maronne et fanm doubout, Hocine Belaïd, ouvrier municipal communiste d’Aubervilliers tué par la police en 1952, Fatima Bedar disparue le 17 octobre 1961, Tran Tu Binh, l’ouvrier qui passa cinq années au bagne de Poulo Condor pour avoir dirigé la rébellions des coolies dans les plantations d’hévéa des usines Michelin en Indochine, les indigènes anonymes des régiments coloniaux qui ont pris Monte Cassino…

    Le passé colonial de la France est lourd à porter. Mais un héritage, cela s’accepte ou cela se refuse, en totalité, ou en partie. On peut aussi choisir de préférer de revendiquer un autre héritage, notamment celui des luttes anticoloniales. En tout cas, comme l’écrit Françoise Vergès (2011), si héritage il y a, il n’y a « pas de legs sans responsabilité, et cette responsabilité nous oblige à recevoir, mais aussi à choisir, à exclure, à préférer ». Ceux qui, tel le coq gaulois, se dressent sur leurs ergots pour empêcher que le moindre drapeau ne soit replié, que la moindre plaque ne soit dévissée ou reformulée, veulent nous contraindre à accepter leur patrimoine et à empêcher que la discussion sur le legs ne puisse déboucher sur un affichage public différent.

    Peuple français, tu as tout vu,
    Oui, tout vu de tes propres yeux,
    Et maintenant vas-tu parler ?
    Et maintenant vas-tu te taire ? (Kateb Yacine)

    Ceci est un extrait du Guide du Paris colonial et des banlieues

    Un livre de Didier Epsztajn et Patrick Silberstein, aux éditions Syllepse (link is external).

    Un peu partout, dispersées dans la capitale, on traverse des rues et des avenues dont les noms qui, tout en ayant l’apparence de la neutralité d’un guide touristique, sont autant de points de la cartographie
    coloniale : rues de Constantine, de Kabylie, de Tahiti, du Tonkin, du Dahomey, de Pondichéry, de la Guadeloupe… Toutes célèbrent des conquêtes et des rapines coloniales que rappellent la nomenclature des rues de Paris.
    Classées par arrondissement, les notices fournissent des éléments biographiques sur les personnages concernés, particulièrement sur leurs états de service dans les colonies. Des itinéraires de promenade sont proposés qui nous emmènent au travers des plaques bleues de nos rues en Guadeloupe et en Haïti, en Afrique, au Sahara, au Maroc, en Tunisie, en Algérie, en Nouvelle-Calédonie, en Indochine, à Tahiti, etc.
    Un livre qui se veut un outil pour un mouvement de décolonisation des cartographies des villes et qui propose un voyage (presque) immobile dans la mémoire coloniale de Paris.

    Propos recueillis par Inès Belgacem

    SOURCE : https://www.streetpress.com/sujet/1510665415-paris-hommage-colonisation-inadmissible 

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  • "Mais qu’est-ce que tu connais toi de la France si ce n’est Bugeaud et Bigeard... Je voudrais que tu retiennes que mes camarades et moi n’avons fait que notre devoir, car nous sommes l’autre face de la France. Nous sommes l’honneur de la France." Francis Jeanson s’adressant au Président Abdelaziz Bouteflika - (Juin 2000) 

    Chalon-sur-Saône n'oublie pas le philosophe

    Francis Jeanson le 18 novembre 2017 au studio 70

    7 nov 2017 - Daniel DERIOT

    « Un intellectuel engagé dans le siècle »... mais aussi dans la cité, tel est le thème de la rencontre qui se déroulera le samedi 18 Novembre prochain, au studio 70, à partir de 14 H 30.


    CHALONNAIS...DURANT UN PEU PLUS DE 3 ANNEES...

    MAIS UNE INFLUENCE QUI PERDURE

    En rendant hommage à Francis Jeanson, les membres de l'association bourguignonne des amis du Maitron ( A.B.A.M ) vont rappeler les engagements publics du résistant, de celui qui s'est opposé à la guerre d'Algérie, de celui qui a été à la direction de la préfiguration de la maison de la culture. En effet, en 1967, dans notre ville, Francis Jeanson a porté un nouvel élan culturel avec les soutiens du Ministre de la culture d'alors, André Malraux et celui du maire, Roger Lagrange. Des «  acteurs » chalonnais, engagés à ses côtés comme Colette Andriot, Paul Vannier ou encore Gérard Godot et Lise Visinand, vont au cours de cette rencontre apporter leurs témoignages sur la création de ce qui allait devenir en 1971, la maison de la culture ( M.C)... devenue en 1984, après le changement de majorité municipale, Espace des Arts.

    SANS OUBLIER « LA FOI D'UN INCROYANT » ET « L'ACTION CULTURELLE DANS LA CITE »

    Le philosophe après une campagne de dénigrement active a quitté notre ville, pour d'autres engagements professionnels et politiques, ces derniers seront évoqués. Du militantisme de la pensée, il passe à l'action celui qui avait créé le «réseau Jeanson» démantelé en 1960. Il entre alors dans la clandestinité. Jugé par contumace, condamné en 1960 à dix ans de prison ferme, il sera amnistié en 1966.


    Il a joué son propre rôle dans La Chinoise de Jean-Luc Godard. Engagé jusqu'au bout, il avait été président de l'Association Sarajevo en 1992 et candidat sur la liste L'Europe commence à Sarajevo du professeur Schwartzenberg lors des élections européennes de 1994. Parmi ses ouvrages, on retiendra La Foi d'un incroyant, Éloge de la psychiatrie et Sartre dans sa vie ou encore L'action culturelle dans la cité, paru en 1973 et dont notre ville a été pour le philosophe un laboratoire.....Francis Jeanson est décédé, le 1er Aout 2009...

    Guerre d'Algérie : qui se souvient

     des « porteurs  de valises » ?

    Ces oubliés de l’histoire algérienne

    Le 5 juillet 2012 l’Algérie a commémoré en grande pompe le 50e anniversaire de son indépendance. Une indépendance emportée de haute lutte et acquise dans la souffrance face à l’occupant. Or, les Français qui ont lutté pour l’indépendance et la reconstruction de l’Algérie, n’ont visiblement pas droit au chapitre.

    La Guerre d’Algérie (1954-1962) laisse de nombreuses traces dans les mémoires française et algérienne, chez ceux, civils ou militaires des deux camps, qui ont subi ou pratiqué des atrocités. A l’occasion de la 50e année de l’indépendance algérienne, l’histoire a refait surface dans la douleur, des deux côtés de la Méditerranée, même si les autorités françaises commencent lentement à reconnaître les actes de barbarie et à chercher la réconciliation avec la sœur-ennemie algérienne.

    Or, certains détails de l’histoire évitent la généralisation, l’analyse manichéenne de ce conflit, cette guerre ou guerre civile, assurément horrible. Parmi ceux-là, il est important de citer les « porteurs de valises ». Des journalistes, des artistes, des prêtres, des militants catholiques, qui sont devenus complices du Front de libération nationale (FLN). Qui parle à Alger du « Réseau Jeanson » ? Cette équipe, menée par Francis Jeanson, se chargera pendant pratiquement toute la guerre de collecter et de transporter des fonds et des faux-papiers pour les agents du FLN de métropole, une cinquième colonne indispensable à la résistance algérienne.

    Ce groupuscule sera finalement démantelé en février 1960 et son procès s’ouvrira le 5 septembre de la même année. Six Algériens et dix-huit Français, défendus par le jeune avocat Roland Dumas, sont alors inculpés et condamnés. Quinze d’entre eux sont condamnés à dix ans de prison, trois à cinq ans et huit mois, et neuf sont acquittés. Francis Jeanson quant à lui, sera condamné à dix ans de prison, puis amnistié en 1966.

    Des intellectuels de gauche apporteront par le « Manifeste des 121 » un soutien à ces « porteurs de valises ». Qui se remémore aujourd’hui de ces Français qui ont lutté et qui sont parfois morts, comme Henri Curiel, pour ou en raison de la cause algérienne ?

     

     Algérie : qui se souvient   des « porteurs  de valises » ?  Ces oubliés de l’histoire algérienne *** Francis Jeanson a été le fondateur de la Maison de la Culture de Chalon-sur-Saône

    Pour certains «vieux chalonnais, l’Espace des arts a été avant tout une maison de la culture, la fameuse Ma’cul où l’on militait autant que l’on se cultivait. Mais qui se souvient que justement l’ébauche de cette maison de la culture voulue par Malraux a été constituée par Francis Jeanson, personnage historique s’il en est ? Jeanson, disparu il y a seulement deux ans, à l’âge de 87 ans. Proche de Sartre, il avait géré à sa demande, la revue des Temps modernes.

    Un père nommé Francis Jeanson

    Militant pro FLN, Jeanson est condamné à dix ans de réclusion, par contumace. Celui que l’on nommait le porteur de valises du parti socialiste algérien, paye son engagement dans la guerre d’Algérie. Sous le coup d’une amnistie, il finit par revenir en France en 1966 et Malraux, toujours fidèle, décide de lui confier la charge de créer une préfiguration de la maison de la culture , ce sera à Chalon. Il ne restera dans la ville de Niépce que quatre ans entre 1967 et 1971 .

    Extrait du Journal de Saône-et-Loire

    Lorsque Francis Jeanson est décédé le 1er août 2009 la presse locale "Vivre-à-Chalon" avait écrit cet article :

    Fondateur de la Maison de la culture de Chalon : Francis Jeanson n'est plus

    4 août 2009 - DERIOT Daniel

    - Vidéos de Francis Jeanson par Dominique-Emmanuel Blanchard Nommé par M. André Malraux, alors Ministre de la Culture, directeur de la Maison de la Culture de Chalon lors de sa création,  M. Francis Jeanson est décédé à Bordeaux, il y a quelques jours.

    Ci-dessous une rétrospective de sa vie, de ses engagements parue sur hebdo-livres.fr :

    "Le philosophe, militant activiste, et écrivain nous a quittés samedi à l’âge de 87 ans.

    Le philosophe Francis Jeanson, fondateur d'un réseau de soutien au FLN pendant la guerre d'Algérie (réseau dit des "porteurs de valise"), est mort à 87 ans, samedi 1er août près de Bordeaux. Il se voulait le défenseur des causes justes et s'était engagé aux côtés des combattants algériens après le déclenchement de la guerre d'Algérie, créant un réseau permettant de collecter et transporter fonds et faux-papiers pour les militants du FLN opérant en France.

    Francis Jeanson est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages, dont plusieurs consacrés à Jean-Paul Sartre, notamment Sartre par lui-même (1955) et Le problème moral et la pensée de Sartre (1966, Le Seuil)... mais aussi à des philosophes comme Montaigne (1994, Le Seuil). On lui doit également La Foi d'un incroyant (1976, Le Seuil), Eloge de la psychiatrie (1979, Le Seuil), Algérie (1991), Conversations privées 1974-1999 (2000, éd. Le bord de l’eau). Les éditions du bord de l’eau ont publié plus tôt cette année Cultures… & non-public et Quel sujet ? Pour quelle foi ?

    Né le 7 juillet 1922 à Bordeaux, licencié de lettres et diplômé d'études supérieures de philosophie, Francis Jeanson rejoint en 1943 les Forces françaises d'Afrique du Nord. Devenu reporter à Alger républicain en 1945, il rencontre Camus et Sartre. Ce dernier lui confie la gérance de la revue Les Temps modernes (1951-1956). Parallèlement, Jeanson crée et dirige aux éditions du Seuil la collection "Ecrivains de toujours".

    En 1955, il publie L'Algérie hors la loi, qui dénonce l'échec du système d'intégration des masses algériennes et affirme la légitimité des hors-la-loi du FLN, avec lequel il prendra contact. Du militantisme de la pensée, il passe à l'action et crée deux ans plus tard le "réseau Jeanson" qui sera démantelé en 1960. Il entre alors dans la clandestinité, quittant la France pendant quelques années. Jugé par contumace, condamné en octobre 1960 à dix ans de prison ferme au terme du procès de son réseau, il est amnistié en 1966. La découverte avait édité Le procès du réseau Jeanson en 2002. Autre biographie sur cette figure activiste : Marie-Pierre Ulloa avait rédigé Francis Jeanson : un intellectuel en dissidence en 2001 chez Berg International.

    Après cela, il se tourne alors vers l'action culturelle, puis l'action sociale en milieu psychiatrique. Il est chargé par André Malraux de diriger la Maison de la culture de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire) de 1967 à 1971. Puis il participe ensuite à des expériences de psychiatrie ouverte et des réseaux de réflexion pour faire sortir la maladie mentale des murs de l'hôpital.

    Engagé jusqu'au bout, il est président de l'Association Sarajevo en 1992 et candidat sur la liste "L'Europe commence à Sarajevo" du professeur Léon Schwartzenberg pour les élections européennes de 1994."

    SOURCE : http://www.vivre-a-chalon.com/lire_Fondateur-de-la-Maison-de-la-culture-de-Chalon-_-Francis-Jeanson-n_est-plus,23030d51f775ec264c01adf8189da19ec86676fe.html

     

    Francis Jeanson: Un juste qui sauva l'honneur

    de la France

    "Mais qu’est-ce que tu connais toi de la France si ce n’est Bugeaud et Bigeard... Je voudrais que tu retiennes que mes camarades et moi n’avons fait que notre devoir, car nous sommes l’autre face de la France. Nous sommes l’honneur de la France."

    Francis Jeanson s’adressant au Président Abdelaziz Bouteflika - (Juin 2000)

    C’est par cette phrase que le philosophe Francis Jeanson a défini son rôle lors de l’aide qu’il a apportée à la Révolution algérienne : il n’a fait que son devoir et il n’en rougit pas, il se démarque des «autres» de tous les «nostalgériques» qui, au mieux, ont protesté mollement, notamment à propos de la torture, au pire, l’ont approuvée comme l’a fait à titre d’exemple avec une charité toute chrétienne, le cardinal Saliège pour qui, «la terreur doit changer de camp». Sait-on qui est Francis Jeanson, celui qui est mort dans l’anonymat le plus strict dans son pays? Peut-être parce qu’il s’est déterminé au moment où même les intellectuels biens pensants humanistes en temps de paix, dénonçaient, de loin, la torture en essayant toutefois de ne pas effaroucher le pouvoir pour ne pas compromettre leur carrière? De l’autre côté de la Méditerranée, dans l’Algérie d’aujourd’hui qui refuse de voir son histoire en face, sait-on que des Français se sont battus, se sont exposés et ont mis en jeu leur liberté et parfois leur vie pour l’indépendance du pays tout en étant fidèle à une certaine idée de la France?
    Le philosophe et écrivain Francis Jeanson proche de Sartre, est mort samedi 1er août à l’âge de 87 ans à Arès, près de Bordeaux. Francis Jeanson «Le porteur de valises» selon le bon mot de Jean-Paul Sartre, les a définitivement posées. Durant la Guerre d’Algérie il avait fondé le réseau Jeanson, le plus important réseau de soutien au FLN en Métropole.
    Jeanson était un intellectuel, un homme de conviction profonde, traduite dans le feu de l’action. Il s’opposera à Camus et à sa thèse que toute révolution débouche sur la négation des libertés. La position de Camus condamnait toute révolution alors que Jeanson soutenait le projet de ces révolutions, notamment les guerres de libération. Sartre interviendra dans cette célèbre controverse en assénant à Camus qui voulait garder ses mains propres : «Avoir des mains propres, c’est ne pas avoir de mains.»  
    Justement, l’action caractérise la vie de Jeanson qui, en 1943, à l’âge de 21 ans avait rejoint les Forces françaises d’Afrique du Nord. A la Libération, il entre aux Editions du Seuil. C’est à cette époque qu’il rencontre Jean-Paul Sartre et collabore aux Temps modernes. En 1948, rappelle Sud-Ouest, il part faire une série de conférences en Algérie et, là, découvre une situation dont il comprend vite qu’elle est intenable. La conviction de Jeanson reposant sur l’existentialisme de J.-P. Sartre postulait que l’opprimé recouvrait son humanité dans le processus même de la lutte contre l’oppresseur et son Etat. Jeanson a été choqué par le racisme des colons en Algérie qui parlaient de la boucherie du 8 Mai 1945 comme s’ils avaient tué des cloportes ! On comprend, alors, comment un intellectuel français qui, a priori, n’avait pas de relation avec l’Algérie, puisse être interpellé par le sort des indigènes et surtout par l’institutionnalisation de la torture qui restera longtemps taboue. Il a fallu attendre quarante ans pour que les langues se délient.  
    «Depuis 2000, écrit Florence Beaugé, témoignages, articles et procédures judiciaires se succèdent en France, portant sur les pratiques de l’armée durant les "événements" d’Algérie. La torture en Algérie ne date pas de 1957, année de la Bataille d’Alger, ni même de 1954. Les exactions commencent dès 1830, quand les troupes françaises débarquent à Sidi Ferruch, pour une expédition coloniale longue de quarante ans. Pillages, carnages, incendies de maisons, rafles de civils à grande échelle, etc. La conquête de l’Algérie s’accompagne d’actes de barbarie, les documents d’histoire en attestent. » « (...) Extrait d’une lettre d’un soldat à sa famille en métropole : Nous rapportons un plein baril d’oreilles, récoltées paires à paires sur les prisonniers. (...) Je lui fis couper la tête et le poignet gauche, et j’arrivai au camp avec sa tête piquée au bout d’une baïonnette. (...) Je l’envoyai au général Baraguay, qui fut enchanté.» »
    « Aujourd’hui encore, les noms des généraux Montagnac et Turenne restent connus en Algérie pour leurs «enfumades» de centaines de civils dans des grottes, en 1836 et 1837. Au XXe siècle, comme au XIXe, la «pacification» en Algérie passe par la répression (comme en Indochine ou à Madagascar).
    Policiers, gendarmes, magistrats disposent de pouvoirs beaucoup plus importants qu’en Métropole. Ils sont surtout totalement autonomes. Dès 1947 et 1948, André Mandouze et Francis Jeanson s’alarment, dans la revue Esprit, de la situation qui prévaut dans les trois départements français. Mais ils crient dans le désert. En 1951, un ancien résistant, le journaliste Claude Bourdet, pose la question «Y-a-t-il une Gestapo algérienne?» dans les colonnes de L’Observateur, et décrit les méthodes en vigueur dans les commissariats(...)La torture se généralise et s’institutionnalise, comme le reconnaîtra le général Massu, en novembre 2000, dans Le Monde.(...) La Guerre d’Algérie terminée, beaucoup de tortionnaires notoires feront carrière, en toute impunité. (...)Tous, abondamment décorés, sont à l’abri des lois d’amnistie décrétées après l’Indépendance. Amnistie signifie-t-elle amnésie ? (1)  
    Francis Jeanson, avec sa lucidité coutumière, explique pourquoi et au nom de quel intérêt la France a été amenée à torturer. Interviewé par le Monde il déclare : «Avant de s’indigner des atrocités commises en Algérie, il faut se demander pourquoi nous avons fait la guerre au peuple algérien et pourquoi nous avons laissé faire des choses qui n’avaient pas de raison d’être. (...) mais je ne comprends pas qu’on pose aujourd’hui la question de la torture sans poser la question de la guerre coloniale. Ce sont deux questions indissociables. On semble dire que, si la guerre avait pu se passer de la torture, elle aurait été justifiée. Pour moi, c’est le contraire. La torture ne pouvait être qu’un des aspects déchirants de cette situation.(...) Il y avait aussi les viols, les camps de concentration, qui faisaient partie de la guerre au même titre que la torture. Ce qui compte, à mes yeux, c’est que nous avons mené une politique de colonisation insoutenable. Depuis mai 1945, et les massacres de Sétif, on aurait dû le savoir. La torture n’est pas née de la Guerre d’Algérie en 1954. (...) Nous avons démissionné, laissant les véritables intérêts de la nation disparaître face aux exigences du grand colonat algérois.» «(...) Oui, je persiste à le penser, l’Algérie va s’en sortir. Cette population composite, et si riche de sa diversité, a toujours fait preuve d’exceptionnelles ressources dans les pires moments de son histoire. Le courage et l’humour ne lui ont jamais fait défaut...» (2)  
    En 1955, il publie L’Algérie hors la loi, qui dénonce l’échec du système d’intégration des masses algériennes et affirme la légitimité des hors-la-loi du FLN, avec lequel il prendra contact. (...) Il faut se replacer dans le lourd climat de l’époque. Depuis six ans, dure cette guerre qu’on refuse de nommer. (...) C’est dans ce contexte de mol conformisme et de démission intellectuelle que surgissent, dans les premiers mois de 1960, deux événements. Le premier tient à la révélation que des Français, généralement issus d’une mouvance de gauche mais réfractaires au militantisme officiel, se sont organisés clandestinement pour apporter leur soutien au FLN. Au nom de la maxime selon laquelle «un peuple qui en opprime un autre n’est pas un peuple libre». «Ils ont choisi de se libérer eux-mêmes de leur virtuel statut d’oppresseurs en aidant les Algériens à se libérer d’une oppression coloniale dont ils refusent d’être solidaires. Au mois de février 1960, au scandale de la bonne presse qui les stigmatise comme des traîtres à la communauté nationale, une dizaine d’entre eux sont arrêtés par la police : ils appartiennent au principal réseau de soutien, qui organisait l’hébergement en France de responsables FLN et l’acheminement de sommes d’argent au profit de l’organisation indépendantiste.» (3)  
     
     
                                                     Le procès du réseau Jeanson en accusation
        
     Le second événement consiste en la mobilisation d’une appréciable partie de l’intelligentsia autour d’une Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie, qu’on appellera couramment Manifeste des 121, d’après le nombre de ses premiers signataires, ce manifeste prône le droit à l’insoumission. Le Manifeste des 121 révèle en effet à l’opinion l’existence de jeunes soldats - plus de trois mille - qui refusent d’aller «pacifier» l’Algérie, voire désertent. Quand s’ouvre donc, le 6 septembre, le procès du réseau Jeanson, c’est dans cette atmosphère marquée par le soudain réveil d’une «gauche insoumise», qui n’accepte plus les messages de la guerre d’Algérie. Elle en bénéficiera tout en l’amplifiant. (...) D’emblée, en effet, le procès fut conçu comme une machine de guerre, si l’on peut dire : de guerre contre la guerre. Sa force de frappe en était le collectif des avocats du FLN, dirigé par Abdessamad Benabdallah, Mourad Oussedik et Jacques Vergès, qui rejoignirent de talentueux indépendants, au premier rang desquels Roland Dumas. Échappant chaque jour davantage à un tribunal désemparé, le procès du réseau Jeanson se transforma en «procès de la guerre d’Algérie» (3).  
    Jeanson le «traître». L’homme qui a monté, en France, le réseau de soutien au FLN. C’est lui, ce vieux monsieur qui ne regrette rien. «Je voudrais bien, dit-il, que l’on me donne l’unité métrique du regret.» Dans Notre guerre, livre qu’il fit paraître dans la clandestinité en 1960, il s’est expliqué sur son combat. A ceux qui lui reprochaient de soutenir les ennemis de son pays, il écrivait : «Notre cause n’est certes pas toute blanche. Mais la vôtre, de quelle couleur la voyez-vous?» Il est entré dans la clandestinité à la demande du FLN. «Ce qui se passait en Algérie au nom de la France était inadmissible. Il fallait être contre. La seule façon d’être contre, c’était d’être aux côtés de ceux qui se battent. On m’a souvent dit que c’était de la trahison. Mais, pour moi, il y avait déjà trahison : celle des valeurs de la France.» De ceux qui, dans l’ombre, acheminent les fonds réunis par la Fédération de France du FLN, fournissent des caches, procurent des faux papiers aux militants de l’indépendance algérienne en France. 400 millions de francs transitent chaque mois par les «porteurs de valises», révèle Jeanson aux journalistes. (4) 
    «En cette année 1960, écrit Dominique Vidal, où la France se résigne à la souveraineté d’une quinzaine de ses ex-colonies africaines, elle refuse obstinément celle de l’Algérie. Dès 1958, la diffusion des livres La Gangrène et La Question- publiés par les Editions de Minuit, mais aussitôt interdits parce qu’ils témoignent de la généralisation de la torture, mobilise des centaines de militants. (...) En juin 1960, des personnalités de toutes opinions - y compris gaullistes - se retrouvent dans le Comité Djamila Boupacha, cette combattante du FLN emprisonnée dont l’avocate Gisèle Halimi tente de sauver la tête.» (5)
    «Au début de la guerre, déclarera Hélène Cuénat, une des principales accusées du procès Jeanson, j’ai commencé par participer à des actions légales. (...) Puis il est devenu évident que cela n’aboutissait pas. La guerre continuait. Il m’a semblé qu’il n’y avait plus qu’un seul moyen, se ranger aux côtés d’un peuple qui luttait contre le colonialisme.» Comme elle, plusieurs centaines de militants basculent dans la clandestinité - les premiers dès 1957. Les réseaux, notamment celui dirigé par Francis Jeanson puis par Henri Curiel, prennent en main l’aide aux militants du FLN.
    (...) Malgré l’extrême confusion des débats, le procès braque les feux de l’actualité sur l’engagement de ceux qu’on appellera les «porteurs de valise». (5)
    Si le pouvoir espérait ainsi réduire au silence les partisans de l’indépendance de l’Algérie, il s’est lourdement trompé. (...) Rien, après le procès Jeanson et le Manifeste, ne sera plus comme avant. Le procès Jeanson - estime La Guerre d’Algérie, ouvrage coordonné par le communiste Henri Alleg - catalyse donc les réactions de certaines couches de la population. Il révèle aussi, peut-être surtout, la lente mais constante progression de leur opposition à l’aventure coloniale et aux méthodes barbares qui l’accompagnent. (...) [Ce mouvement] déjà largement développé dans de vastes secteurs de l’opinion publique, marque chaque jour plus fortement, en dépit de la propagande officielle et des savantes ambiguïtés des discours gaullistes, une impatience grandissante devant la guerre qui se prolonge. «L’histoire serait-elle injuste? Pour nombre de spécialistes de la Ve République, de Gaulle, revenu au pouvoir en s’appuyant sur l’armée et les ultras, donc censé maintenir l’Algérie dans le giron de la France, se serait en fait secrètement convaincu de l’inéluctabilité de l’indépendance. Et sa politique - zigzags compris - n’aurait eu d’autre but que d’en convaincre progressivement les Français. (...) Leur liberté, les Algériens la doivent donc d’abord à leur propre combat, et, pour une part, à l’aide de leurs amis français.» (5)
    A côté de Francis Jeanson, d’Henri Curiel mort assassiné, d’André Mandouze, de l’abbé Béranguer, du Cardinal Duval et de tant d’autres de cette «armée de l’ombre» qui joua un rôle non négligeable dans la libération de l’Algérie, quelle a été la reconnaissance de l’Algérie ?
    Est-il concevable que nos étudiants continuent à ignorer l’oeuvre et la pensée de Fanon ou de Jeanson et de tant d’autres. Assumons notre histoire !
    Paradoxalement, nos bourreaux sont mieux connus que nos bienfaiteurs. On continue en Algérie voire à Alger de parler du lycée «Bugeaud» (le fameux Bouchou dont nous parlait nos grands-mères pour nous faire peur !) de la cité «Lavigerie». Sait-on qu’il a tout fait pour christianiser par la force ? On parle de Rovigo de Clauzel, mais personne parmi les jeunes ne connaît l’humanisme de Mandouze, Jeanson, et de tant d’autres. Il nous faut rendre justice à ces «Justes». Des institutions devraient leur être dédiées et ils devraient logiquement faire partie de notre histoire.  
     
    1. Florence Beaugé : La torture, ou que faire de cet encombrant passé ? Le Monde 31.10.2004
    2. Francis Jeanson, «La question de la torture est indissociable de la question coloniale» «Propos recueillis par Thomas Lacoste et Hervé Le Corre Le Monde. 28 mai 2001
    3. Marcel Péju : Le procès du réseau Jeanson Préface à l’édition de
    2002
    4. F. Jeanson «La seule façon d'être contre». Le Nouvel Obs. n° 2085 21 octobre 2004
    5. Dominique Vidal : Ces «traîtres» qui sauvèrent l’honneur de la France.
    Le Monde diplomatique Septembre 2000

     
    Pr Chems Eddine CHITOUR
    Ecole Polytechnique Alger

    SOURCE : http://www.alterinfo.net/Francis-Jeanson-Un-juste-qui-sauva-l-honneur-de-la-France_a35427.html

     

     "Les égorgeurs ne justifient pas les tortionnaires " France Soir, 12 novembre 1957

     

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    1 commentaire
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    France-Algérie : Emmanuel Macron

     se rendra à Alger le 6 décembre 2017

    Emmanuel Macron va-t-il oser confirmer ses propos prononcés en début de cette année à Alger, souvenons-nous, vent debout, des responsables français de droite et d'extrême droite ont fait part de leur émoi et de leur "honte" après que le candidat à la présidentielle en France, Emmanuel Macron, a qualifié la colonisation de "crime contre l'humanité". C’est vrai qu’il n’était encore que candidat à la présidentielle, devenu président il a nommé, entre autres, Gérald Darmanin,  ministre de l'Action et des Comptes publics, ce dernier avait twitté :  

     

    France-Algérie : Emmanuel Macron   se rendra à Alger le 6 décembre 2017

    France-Algérie : Emmanuel Macron   se rendra à Alger le 6 décembre 2017

    Si macron ose, ce que personnellement je ne crois pas, alors darmanin va bouffer sa cravate !!!

     

    France-Algérie : Emmanuel Macron

     se rendra à Alger le 6 décembre 2017

    France-Algérie : Emmanuel Macron   se rendra à Alger le 6 décembre 2017

    Emmanuel Macron se rendra en Algérie le 6 décembre prochain, a annoncé mardi le chef de l'État français, en réponse à un habitant qui l'interpellait lors d'un bain de foule pendant une visite dans le nord du pays, à Tourcoing.

    Les déclarations d’Emmanuel Macron lors de sa prochaine visite en Algérie, le 6 décembre, seront scrutées de près. Il faut dire que son dernier déplacement à Alger avait marqué les esprits. Alors candidat à la présidentielle française, Emmanuel Macron avait affirmé, lors d’une visite express dans la capitale algérienne en février, que la colonisation française était un « crime contre l’humanité », provoquant de vives réactions en France. 

    « J’ai toujours condamné la colonisation comme un acte de barbarie. La barbarie fait partie d’un passé que nous devons regarder en face en présentant nos excuses à l’égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes », avait-il ajouté lors de cette entretien accordé à la chaîne privée Echourouk News.

    Macron, « un ami de l’Algérie »

    Une déclaration saluée par le président algérien Abdelaziz Bouteflika, qui avait applaudi l’élection « bien méritée » d’Emmanuel Macron en mai dernier, affirmant que le peuple français avait « distingué un ami de l’Algérie ».

    Abdelaziz Bouteflika avait par ailleurs ajouté qu’Emmanuel Macron, avec ses déclarations, avait fait « l’ample démonstration de (sa) claire détermination à travailler avec nous [L’Algérie, NDLR] à compenser les occasions manquées dans les relations algéro-françaises ».

    SOURCE : http://www.jeuneafrique.com/492405/politique/france-algerie-emmanuel-macron-se-rendra-a-alger-le-6-decembre/

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    2 commentaires
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    Parce que cette guerre n’était pas légitime en faisant obstacle à la juste revendication du peuple algérien, nous refusons le titre d’anciens combattants.

    IMPORTANT : avant de lire cet article merci de cliquer sur le lien ci-dessous, mais revenez sur cet article au bout de 1 mn 11 sec, ce qui se dit après n'a rien à voir. merci.

    http://www.pressreader.com/france/l%C3%A9cho-de-la-presqu%C3%AEle-sn/20170407/283150018546887/radio

    Les auteurs du livre : Camille Trivière, Jean-louis Guitton, Jean Saulnier, René Guitton (manque sur la photo, Émile Chevalier et Jean-luc Joly)


    Livre-témoignage d’anciens combattants français

    Tourner la page de la Guerre d’Algérie : Paroles d’appelés

     

    Ecrire une page d’histoire avant de la tourner, c’est l’ambition affichée par les auteurs du livre collectif Tourner la page de la Guerre d’Algérie : Parole d’appelés, paru récemment en auto-publication soutenue par l’Association française des anciens appelés en Algérie et leurs amis contre la guerre (4ACG).

    «A 20 ans, sans préparation ni conscience politique, nous avons vécu une guerre qui nous a dépassés et qui ne voulait pas dire son nom. Il n’était alors question que de maintien de l’ordre et de pacification. Nous avons subi sans réagir parce que nous ne savions pas», écrivent en introduction les co-auteurs Emile Chevalier, Jean-Louis Guitton, René Guitton, Jean-Luc Joly, Jean Saulnier et Camille Trivière.

    Le texte de ces membres de la 4ACG est essentiellement un recueil de témoignages de quatorze de leurs camarades, anciens combattants mobilisés entre 1954 et 1962. Riches, variées, émouvantes et sincères, les paroles de ces témoins d’histoire donnent un aperçu très juste et assez représentatif de ce qu’a été cette période très douloureuse pour les Algériens, mais aussi pour les Français touchés directement ou indirectement par sept ans de guerre injuste et injustifiée.

    C’est leur façon de dire qu’«il faut tourner la page, mais sans la déchirer, de façon que les générations futures puissent y revenir et comprendre ce qui s’est passé». Ils offrent aux lecteurs une écriture d’histoire des plus objectives, cousue par un style narratif brut et sans détours.

    D’emblée, Guillaume, qui était stationné à Skikda, met à nu l’iniquité de l’armée coloniale : «Au mois de mai (1955), un gars m’a dit qu’avec sa section il était allé fouiller un village où d’après un renseignement il devait y avoir des suspects. N’ayant rien trouvé, il a vu un sergent déposer une grenade dans un gourbi. L’ordre a été donné de refouiller. Evidemment, une grenade a été trouvée.

    Donc, il y avait des armes dans ce village ! Comme sanction, le feu a été mis à toutes les mechtas en terre et en paille.» Son témoignage dégage beaucoup d’émotions car très cru. Evoquant la torture qu’il a vue de ses propres yeux, il écrit : «Elle était méthodiquement organisée et généralisée. C’était les hommes du 2e bureau, le service du renseignement, qui s’en chargeaient.» Encore sujet tabou en France, la torture était «bien réelle».

    C’est ce qui a marqué profondément Jean-Marc. Ce dernier narre avec regret les agissements de plusieurs soldats de son régiment, établi à Tizi Ouzou, qui étaient volontaires pour donner d’affreuses tortures aux «suspects» arrêtés, quelquefois jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il était témoin de deux décès sous interrogatoire. «Quand j’y pense encore… J’ai honte, je restais indifférent. Personnellement, je n’ai pas levé le petit doigt. J’ai honte pour moi bien sûr et pour ceux qui ont laissé faire ou organiser ces tortures», explique-t-il.

    Quant à Fernand, qui dit avoir côtoyé la «haine» du côté français — exactions, tortures, assassinats et politique de la terre brûlée —, il a fait également le constat de la violence inouïe dont savaient faire preuve les «rebelles algériens». Dans la région de Saïda, il a assisté à quelques embuscades. Plusieurs de ses amis sont «tués, massacrés […], achevés à la hache».

    Toutefois, au milieu de tous ses souvenirs douloureux, il garde en mémoire quelques faits pleins d’«humanisme» et d’héroïsme ordinaire, lesquels sont accomplis par des soldats qui défendaient leur idéal républicain en refusant de s’adonner aux exactions et par des révolutionnaires prêts à mourir pour défendre l’honneur de leur peuple.

    Dans ce sens, il raconte : «Trois jeunes Algériens ont été incorporés dans notre section. Cela se passait bien avec eux. Une nuit, l’un d’eux est parti avec son arme. Lors d’un accrochage, il a été tué en criant ‘vive l’Algérie’ libre !» Mais question «belles» histoires, Gabriel était sans doute l’appelé le plus chanceux. Il a passé la plus grande partie de la durée de son incorporation en tant qu’instituteur, s’occupant d’une classe d’enfants indigènes à Guelâa, dans le douar Amalou (Béjaïa) : «Mes élèves m’invitaient à aller boire le ‘kawa’ chez eux.»

    Ces quelques extraits en disent long sur l’importance de ces témoignages inédits et d’une valeur historique indubitable, surtout que les écrits des anciens soldats sont enrichis par plusieurs photos de l’époque, illustrant leur vie à la caserne, en ville et au maquis. Sur quelques-unes, on constate leur insouciance, voire leur inconscience, par rapport à la réalité du conflit. Sur d’autres, leur solidarité avec la population autochtone qu’ils ont appris à connaître et comprendre ses souffrances, infligées par le colonialisme qu’ils servaient.

    En guise de conclusion, les auteurs et tous les «anciens combattants» -qui ont raconté ce qu’ils ont vécu- affirment qu’ils sont soulagés d’avoir enfin pris la parole pour dire qu’ils ne sont «pas fiers d’avoir fait la Guerre d’Algérie. Elle a été un terrifiant et dramatique fiasco. […] Parce que cette guerre n’était pas légitime en faisant obstacle à la juste revendication du peuple algérien, nous refusons le titre d’anciens combattants.

    Nous nous considérons comme des anciens appelés en Algérie, contraints de faire une guerre que nous avons cautionnée par notre silence». Ils aspirent à un travail de mémoire plus apaisé en France et en Algérie, dans la perspective d’une réconciliation franco-algérienne plus d’un demi-siècle après la fin de la guerre.

    SOURCE : http://www.elwatan.com/hebdo/france/tourner-la-page-de-la-guerre-d-algerie-paroles-d-appeles-31-10-2017-355741_155.php 

     

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  • « Que de crimes on commet en ton nom liberté !  Que de crimes on commet en ton nom démocratie ! Que de crimes on commet en ton nom indépendance ! Vous n'aurez pas notre peur ! Notre haine ! Notre soumission car l'amour est plus fort que votre vie ratée vous les terroristes ! »

    La peur est notre ennemie

    Vendredi 13 novembre 2015, toute une société fut, à Paris et à Saint-Denis, la cible du terrorisme : notre société, notre France, faite de diversité et de pluralité, de rencontres et de mélanges. C’est cette société ouverte que la terreur voudrait fermer ; la faire taire par la peur, la faire disparaître sous l’horreur. Et c’est elle qu’il nous faut défendre car elle est notre protection.

    Un vendredi soir d’automne, sous un temps clément. Fin de semaine, temps de sortie, moment de détente. Joies des retrouvailles amicales, des concerts musicaux, des matchs sportifs. Sociabilités populaires et juvéniles. Hommes et femmes mêlés, jeunesses sans frontières, plaisirs variés où l’on peut, selon les goûts ou les envies, boire, fumer, danser, se côtoyer, se mélanger, se séduire, s’aimer, bref aller à la rencontre des uns et des autres.

    Il suffit d’aligner ces mots simples, sans grandiloquence, pour partager ce que nous ressentons tous depuis hier : tout un chacun, nos enfants, nos parents, nos amis, nos voisins, nous-mêmes, étions dans le viseur des assassins. 

    Parce qu’ils ne visaient pas des lieux manifestement symboliques comme lors des attentats de janvier, exprimant leur haine de la liberté (Charlie Hebdo) ou leur haine des juifs (l’HyperCacher), il s’est dit que les terroristes auteurs des carnages parisiens n’avaient pas de cible. C’est faux : armés par une idéologie totalitaire, dont le discours religieux sert d’argument pour tuer toute pluralité, effacer toute diversité, nier toute individualité, ils avaient pour mission d’effrayer une société qui incarne la promesse inverse.

    Au-delà de la France, de sa politique étrangère ou de ceux qui la gouvernent, leur cible était cet idéal démocratique d’une société de liberté, parce que de droit : droit d’avoir des droits ; égalité des droits, sans distinction d’origine, d’apparence, de croyance ; droit de faire son chemin dans la vie sans être assigné à sa naissance ou à son appartenance. Une société d’individus, dont le « nous » est tissé d’infinis « moi » en relation les uns avec les autres. Une société de libertés individuelles et de droits collectifs. 

    Prendre la juste mesure de ce que menace cette terreur sans précédent sur le territoire hexagonal – les attentats les plus meurtriers en Europe après ceux de Madrid en 2004 –, c’est évidemment mesurer aussi le défi que nous ont lancé les assassins et leurs commanditaires. C’est cette société ouverte que les terroristes veulent fermer. Leur but de guerre est qu’elle se ferme, se replie, se divise, se recroqueville, s’abaisse et s’égare, se perde en somme. Cest notre vivre ensemble qu’ils veulent transformer en guerre intestine, contre nous-mêmes.

    Quels que soient les contextes, époques ou latitudes, le terrorisme parie toujours sur la peur. Non seulement la peur qu’il répand dans la société mais la politique de la peur qu’il suscite au sommet de l’État : une fuite en avant où la terreur totalitaire appelle l’exception démocratique, dans une guerre sans fin, sans fronts ni limites, sans autre objectif stratégique que sa perpétuation, attaques et ripostes se nourrissant les unes les autres, causes et effets s’entremêlant à l’infini sans que jamais n’émerge une issue pacifique.

    Aussi douloureux qu’il soit, il nous faut faire l’effort de saisir la part de rationalité du terrorisme. Pour mieux le combattre, pour ne pas tomber dans son piège, pour ne jamais lui donner raison, par inconscience ou par aveuglement. Ce sont les prophéties auto-réalisatrices qui sont au ressort de ses terrifiantes logiques meurtrières : provoquer par la terreur un chaos encore plus grand dont il espère, en retour, un gain supplémentaire de colère, de ressentiment, d’injustice… Nous le savons, d’expérience vécue, et récente, tant la fuite en avant nord-américaine après les attentats de 2001 est à l’origine du désastre irakien d’où a surgi l’organisation dite État islamique, née des décombres d’un État détruit et des déchirures d’une société violentée.

    Saurons-nous apprendre de ces erreurs catastrophiques, ou bien allons-nous les répéter ? C’est peu dire qu’à cette aune, dans un contexte de crises déjà cumulatives – économique, sociale, écologique, européenne, etc. –, notre pays vit un moment historique où la démocratie redécouvre la tragédie. Où la fragilité de la première est au péril des passions de la seconde. Car l’enjeu immédiat n’est pas au lointain, mais ici même, en France. Nous savions, au lendemain des attentats de janvier, que la véritable épreuve était à venir. Cet automne, au moment de quitter ses fonctions, le juge antiterroriste Marc Trévidic nous l’avait rappelé – « Les jours les plus sombres sont devant nous » (lire ici son interview à Paris-Match) –, dans une alarme qui ne ménageait pas nos dirigeants : « Les politiques prennent des postures martiales, mais ils n’ont pas de vision à long terme. (…) Je ne crois pas au bien-fondé de la stratégie française. »

    Car, devant ce péril qui nous concerne tous, nous ne pouvons délaisser notre avenir et notre sécurité à ceux qui nous gouvernent. S’il leur revient de nous protéger, nous ne devons pas accepter qu’ils le fassent contre nous, malgré nous, sans nous.

    Il est toujours difficile, tant elles sont dans l’instant inaudibles, d’énoncer des questions qui fâchent au lendemain d’événements qui saisissent tout un peuple, le rassemblant dans la compassion et l’effroi. Mais, collectivement, nous ne saurons résister durablement à la terreur qui nous défie si nous ne sommes pas maîtres des réponses qui lui sont apportées. Si nous ne sommes pas informés, consultés, mobilisés. Si l’on nous dénie le droit d’interroger une politique étrangère d’alliance avec des régimes dictatoriaux ou obscurantistes (Égypte, Arabie saoudite), des aventures guerrières sans vision stratégique (notamment au Sahel), des lois sécuritaires dont l’accumulation se révèle inefficace (tandis qu’elles portent atteinte à nos libertés), des discours politiques de courte vue et de faible hauteur (sur l’islam notamment, avec ce refoulé colonial de « l’assimilation »), qui divisent plus qu’ils ne rassemblent, qui alimentent les haines plus qu’ils ne rassurent, qui expriment les peurs d’en haut plus qu’ils ne mobilisent le peuple d’en bas.

    Faire face au terrorisme, c’est faire société, faire muraille de cela même qu’ils veulent abattre. Défendre notre France, notre France arc-en-ciel, forte de sa diversité et de sa pluralité, cette France capable de faire cause commune dans le refus des amalgames et des boucs émissaires. Cette France dont les héros, cette année 2015, étaient aussi musulmans, comme ils furent athées, chrétiens, juifs, francs-maçons, agnostiques, de toutes origines, cultures ou croyances. La France d’Ahmed Merabet, d’origine algérienne, ce gardien de la paix qui a donné sa vie au pied de l’immeuble de Charlie Hebdo. La France de Lassana Bathily, d’origine malienne, cet ancien sans-papiers qui a sauvé nombre d’otages à l’HyperCacher. Cette France qu’ont illustrée, dans cette longue nuit parisienne, tant de sauveteurs, de soignants, de médecins, de policiers, de militaires, de pompiers, de bonnes volontés, mille solidarités elles aussi issues de cette diversité – humaine, sociale, culturelle, confessionnelle, etc. – qui fait la richesse de la France. Et sa force.

    En Grande-Bretagne, lors des attentats de 2005, la société s’était spontanément dressée autour du slogan inventé par un jeune internaute : « We’re Not Afraid. » En Espagne, lors des attentats de 2004, la société s’était spontanément rassemblée autour de ce symbole : des mains levées, paumes ouvertes, tout à la fois désarmées et déterminées.

    Non, nous n’avons pas peur. Sauf de nous-mêmes, si nous y cédions. Sauf de nos dirigeants s’ils nous égarent et nous ignorent. La société que les tueurs voudraient fermer, nous en défendons l’ouverture, plus que jamais. Et le symbole de ce refus, ce pourrait être deux mains qui se rencontrent, se serrent et se mêlent, se tendent l’une vers l’autre. Deux mains croisées, l’une dans l’autre.

    Deux mains en relation.

    14 novembre 2015 Par Edwy Plenel 

    Retour au samedi 14 novembre 2015 

    Vos guerres, nos morts  

    Ce sont les nôtres qui sont morts la nuit dernière.  

    À la terrasse d’un restaurant, dans un bar, dans la rue, dans une salle de concert.  

    Les nôtres.  

    Morts parce que des assassins ont décidé de frapper en plein Paris et de tirer dans la foule, avec pour objectif de faire le plus de victimes possible.  

    11h30. Sarkozy vient de déclarer : « Nous sommes en guerre ». 

    Pour une fois je suis d’accord avec lui. Ils sont en guerre.  

    Vous êtes en guerre, vous les Sarkozy, Hollande, Valls, Cameron, Netanyahou, Obama. 

    Vous êtes en guerre, vous et vos alliés politiques, vous et vos amis patrons de multinationales. 

    Et vous nous avez entrainés là-dedans, sans nous demander notre avis. 

    Afghanistan, Iraq, Libye, Mali, Syrie… Nous n’avons pas toujours été très nombreux à protester. Nous n’avons pas suffisamment réussi à convaincre que ces expéditions militaires ne feraient qu’apporter toujours plus d’instabilité, de violences, de tragédies. 

    Là-bas, et ici. 

     Car la guerre n’a pas commencé hier soir. Et elle n’avait pas commencé en janvier lors des tueries de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher. Elle avait commencé bien avant. 

    En janvier, j’écrivais ce qui suit : 

    L’une des causes de la sidération qui a touché de larges secteurs de la population, y compris les cercles militants, est la (re-)découverte de cette vérité : oui, la France est en guerre. Une guerre qui ne dit pas toujours son nom, une guerre dont on discute peu dans les assemblées, dans les médias et plus généralement dans l’espace public, une guerre contre des ennemis pas toujours bien identifiés, une guerre asymétrique, mais une guerre tout de même. Les récentes tueries l’ont rappelé de manière brutale à qui l’ignorait, refusait de le voir ou l’avait oublié : la France est en guerre, la guerre fait des morts, et les morts ne se comptent pas toujours chez l’adversaire. 

    Contre qui la France est-elle en guerre ? Selon les discours et les périodes, contre le « terrorisme international », contre le « jihadisme », contre la « barbarie intégriste », etc. Ce texte n’a pas vocation à discuter de ces dénominations imprécises, des généralisations abusives qu’elles impliquent et des paradoxes qu’elles sous-tendent (alliances à géométrie variable, soutien à des régimes dont les politiques favorisent le développement des courants « jihadistes », participation à des interventions militaires qui renforcent ces courants, etc.). Il s’agit plutôt de souligner que la France a, en réalité, emboîté le pas aux États-Unis de George W. Bush dès septembre 2001 (guerre en Afghanistan, législation « antiterroriste ») et fait sienne, sans toutefois le dire, la rhétorique et la politique du « choc de civilisation ». 

    Voilà près de 14 ans que la France était en guerre sans l’assumer. 

    Aucune raison de modifier une ligne de cet extrait. Et dire cela, ce n’est pas manquer de respect aux victimes ou à leurs proches. 

    L’émotion, l’indignation et la douleur sont évidemment légitimes. Et les assassins qui ont bousillé des centaines, des milliers de vies hier soir, sont inexcusables. 

    12h. Daech vient de revendiquer. Évidemment. Eux aussi, ils sont en guerre. 

    D’après l’AFP, citant un témoin présent au Bataclan, l’un des assaillants aurait crié : « C’est la faute de Hollande, c’est la faute de votre président, il n’a pas à intervenir en Syrie ». 

    On peut fermer les yeux et se boucher les oreilles. Et se laisser enfumer par la rhétorique dépolitisante du « terrorisme aveugle », forcément inexplicable. 

    Mais les assassins de Paris ne sont pas des pauvres types irresponsables, « fous » ou manipulés par je-ne-sais-quels-services-secrets. On en saura plus dans les heures et les jours qui viennent, mais nul doute qu’ils auront un profil et un discours à peu près similaires à celui des Kouachi et de Coulibaly, à propos desquels, toujours en janvier, j’avais écrit ça : 

     Les tueurs ont un discours (voir leurs interviews et vidéos, dans lesquelles ils parlent de la Syrie, de l’Iraq, des offenses faites aux musulmans en France et dans le monde, etc.) ; un corpus théorique (voir notamment l'article publié par Mediapart) ; des références organisationnelles (État islamique, al-Qaeda dans la péninsule arabique). 

     (…) Ils se pensent, rationnellement, en guerre contre une certaine France, et ils se considèrent, rationnellement, en situation de légitime défense. En témoigne cette déclaration de Coulibaly dans sa vidéo posthume : « Vous attaquez le Califat, vous attaquez l’État islamique, on vous attaque. Vous ne pouvez pas attaquer et ne rien avoir en retour ». 

    Oui, Daech fait de la politique. Ce sont des assassins, mais ils font de la politique. 

    Et hier soir ils ont frappé fort, très fort. 

    Aveuglément ? Oui et non. 

    Oui, parce qu’ils s’en sont pris à des gens qui ne sont pas directement impliqués dans cette guerre, des gens dont le seul crime était d’être là, des gens qui auraient pu être ailleurs et être encore parmi nous aujourd’hui. 

    Non, parce que frapper de la sorte, c’est lancer un message : « Votre pays est en guerre contre nous, et tant que cette guerre durera, aucun d’entre vous ne sera en sécurité ». 

    Ils font de la politique. Détestable, mais de la politique. 

    Nous vivons dans un monde en guerre. La Russie, la France et les États-Unis bombardent la Syrie. L’Arabie Saoudite bombarde le Yémen. Les « opérations » françaises se poursuivent au Mali. Obama a annoncé que ses troupes ne quitteraient pas l’Afghanistan.  

    D’après le Haut Commissariat aux Réfugiés, il n’y a jamais eu autant de réfugiés et déplacés qu’aujourd’hui, et il n’y a aucune raison que les choses s’améliorent. 

    Le bilan, à l’heure actuelle, est de 130 morts. 130 morts de trop. 

    Le 13 novembre 2015, 130 morts. 

    130, c’est beaucoup. C’est effrayant. 

    C’est presque autant que la moyenne quotidienne des morts en Syrie depuis mars 2011. 

    Presque autant que la moyenne quotidienne, oui : 250.000 morts depuis mars 2011, ça fait presque 4500 morts par mois, soit près de 150 morts par jour. 

    Avis au prochain qui nous expliquera qu’il ne comprend pas pourquoi les Syriens fuient vers l’Europe : depuis plus de 4 ans et demi, c’est le 13 novembre tous les jours en Syrie. Et c’est votre nouvel allié Assad qui en porte la responsabilité première, en ayant réprimé sauvagement un soulèvement alors pacifique.  

    Nous vivons dans un monde en guerre. Et cela permet à certains de faire des affaires. 

     La France se félicite de vendre ses machines de guerre à l’Égypte. La France se félicite de vendre ses machines de guerre à l’Arabie Saoudite. La France se félicite de vendre ses machines de guerre aux Émirats arabes unis. 

    Mais la France s’étonne, s’indigne, s’insurge d’être elle aussi ciblée. 

    Hypocrisie. Lâcheté. Mensonge.  

    Les chiens sont lâchés. Leurs babines écument. 

    Il va falloir tenir bon. 

    Retour au mois de janvier : 

    Toute réponse guerrière, sécuritaire, stigmatisante ou aveugle aux réalités économiques, politiques et sociales de la France de 2015 est non seulement condamnée à échouer mais, qui plus est, un pas supplémentaire vers les tueries de demain. 

    Nous y sommes. Demain, c’était hier soir. 

    13h. Cambadélis annonce que « la France en guerre vient de subir une épreuve de guerre ».  

    Ils disent et ils répètent que la France est en guerre. Mais quand ils disent ça, c’est pour dire « nous sommes en guerre ». Un « nous » dans lequel il voudrait nous impliquer. 

    Non. 14 ans de votre guerre n’ont apporté, aux quatre coins du monde, que toujours plus de violences, de tragédies, et de nouvelles guerres. 

    Si l’Iraq n’avait pas été rasé, Daech n’existerait pas. 

    Paul Valéry disait que « la guerre est un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas ». 

    Il avait raison. Ce sont toujours les mêmes qui trinquent. 

    Et si on veut que tout ça s’arrête, il va falloir, une fois le choc passé, tout faire pour mettre un terme à cette fuite en avant vers la barbarie généralisée. 

    Il n’est pas trop tard. Il est encore temps de passer à autre chose. Radicalement. 

    En refusant l’injonction « avec nous, ou avec les terroristes ». 

    En refusant les appels à l’unité avec les bourreaux et les fauteurs de guerres qui construisent chaque jour un monde plus barbare. 

    En refusant leur monde fondé sur l’exploitation, le vol, la violence, l’injustice, les inégalités, la mise en concurrence de ceux qui devraient s’unir. 

    Se battre pour un autre monde, qui est non seulement possible, mais plus que jamais nécessaire.  

    Garder le cap et ne rien concéder sous la pression de l’émotion ou de la sidération. 

    Tu pourras me taxer d’angélisme si tu veux. Mais mon angélisme n’a jamais tué personne. Contrairement à ton « pragmatisme ».  

    Il est plus que jamais temps de « résister à l’irrésistible ». Sinon on va tous y passer. 

    Alors, non, Cambadélis. Non, Sarkozy. Non, Hollande. « Nous » ne sommes pas en guerre. 

    Ce n’est pas ma guerre, ce n’est pas notre guerre. C’est votre guerre. 

    Et une fois de plus, ce sont nos morts. Comme à Madrid en 2004, comme à Londres en 2005, comme en Égypte il y a quinze jours, comme à Beyrouth cette semaine. 

    Et comme partout où vous semez la terreur. 

    Vos guerres, nos morts.

    Julien Salingue

     

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    Fusillés pour l'exemple : ces soldats tués

    pour et par la France

    Hommage à un Bourguignon de Dijon

    Fusillés pour l'exemple : ces soldats tués pour et par la France

    Portraits réalisés grâce notamment aux associations et aux Archives départementales

    Août 1914, c'est la mobilisation générale. Des milliers d'hommes sont appelés au combat. Des soldats mais pour la plupart des agriculteurs, des ouvriers, des citoyens en âge de défendre leur patrie. Dans la boue, la peur et la mort, les Poilus combattent les troupes allemandes. Quatre ans durant dans les tranchées, ils ont affronté des conditions d'une violence inouïe. Les balles sifflent, les obus pleuvent, les corps s'entassent. La France subira le plus lourd tribut avec des millions de morts, disparus, blessés...

    "Quand toute une troupe était accusée..."

    Dans cette boucherie militaire, une autre histoire se dessine. Sous l'horreur des bombardements, certains soldats sont tués pour la France et par la France. Ils s'appellent Jules, Alphonse et Louis. Ils sont, officiellement, 639 fusillés pour l'exemple. Ni des lâches, ni des traîtres, ils ont commis le seul crime d'avoir eu peur face à l'ennemi. Ils ont subi la double peine de la guerre et de l'humiliation.

    Après avoir été condamnés à mort par un tribunal militaire sommaire, ils ont tous été fusillés par les leurs. Et leurs familles prostrées dans la honte en ont subi les conséquences. "C'était un déshonneur terrible" explique Marc Pouyet, président de la Libre pensée 04. "Quand toute une troupe était accusée, ils tiraient au sort les condamnés à mort. Ils ont été accusés à tort. Ils avaient le droit de dire non et d'avoir peur."

    Aujourd'hui, de nombreuses associations et élus demandent une réhabilitation collective de ces hommes, car plus de 100 ans après les faits, les témoins ont disparu, certains documents aussi, aucune révision individuelle n'est donc possible. "Tout le monde sait. Le film "Les sentiers de la gloire" de Kubrick en 1957 en faisait déjà état. On ne lâchera pas car la justice passe par la réhabilitation. Les Anglais l'ont fait, les Allemands aussi. En France, il y a toujours une réticence..." 


    Un monument en leur nom

    "L'opprobre s'est répandu sur les familles. Il a fallu pour elles vivre avec ce déshonneur et cette infamie publique qui se sont ajoutés à la douleur de la perte d'un être cher. [...]Les plus hautes autorités de la République reconnaissent désormais qu'ils n'étaient point des lâches mais qu'ils étaient avant tout des victimes de la guerre. [...]Ils n'étaient pas coupables. Alors ils étaient innocents des crimes qu'on leur a attribués. Il faut les réhabiliter ! Notre honneur est notre droit, la justice nous est due." Cet extrait de l'appel à la République des descendants des familles des fusillés pour l'exemple publié pour la première fois en janvier 2017 a été signé par 28 familles auxquelles se sont, depuis, ajoutées 56 autres.

    Une souscription a été lancée par l'association nationale Libre pensée pour ériger un monument sur la ligne de front en l'honneur de ces hommes. Ce monument devrait être inauguré en 2018.


    Les Alpes mobilisées face à un gouvernement timide

    Dans le département, les associations Libre Pensée 04, le mouvement de la Paix 04, la Ligue des droits de l'homme, les anciens combattants (ANACR et ARAC) sont unis dans ce long combat de réhabilitation collective. Dans le cadre des commémorations du Centenaire de la guerre 14-18, le Conseil départemental sous la présidence de Gilbert Sauvan, les conseils municipaux de La Palud-sur-Verdon, Pierrevert, Thorame-Basse et Thoard avaient adressé à la Présidence de la République un voeu portant sur cette exigence. En France, déjà 31 Conseils départementaux, 6 Conseils régionaux et 2000 conseils municipaux ont également fait cette même demande.

    Aujourd'hui, l'appel est relancé pour ce 11-novembre au président Macron. Plusieurs élus se sont déjà penchés sur cette question. Lors de la commission de défense nationale et des forces armées du mercredi 4 octobre 2017, Christophe Lejeune, député de Haute-Saône, a interpellé Geneviève Darrieussecq, secrétaire d'État auprès de la ministre des Armées sur le sujet. "Il est quasiment impossible de réhabiliter les fusillés pour l'exemple d'un point de vue juridique. En revanche, la réhabilitation mémorielle est en cours. Je vous renvoie notamment au site internet "Mémoire des hommes", qui aborde très concrètement le sujet. Le musée de l'armée consacre pour sa part une salle très riche aux fusillés de la Grande Guerre, et la Mission du Centenaire a soutenu de nombreuses initiatives. Le président Hollande a évoqué, en 2017, au Chemin des Dames, les fusillés pour l'exemple. On n'en parlait pas ; on en parle désormais, et c'est déjà une réhabilitation" a-t-elle répondu.

    Contacté, le ministère des Armées nous a confirmé par la voix de son conseiller en communication qu'"une réhabilitation collective était juridiquement difficile. Par contre, une reconnaissance individuelle est possible si la famille en fait la demande avec les éléments d'archives dont elle dispose. Il y a de nombreux motifs et il faut travailler au cas par cas. La reconnaissance politique, civique, historique et militaire est établie. La partie juridique est plus complexe. Aujourd'hui ce n'est plus un tabou. Tout est public."

    Si la réhabilitation "citoyenne et politique" est avérée, les familles attendent malgré tout un geste juridique.

    Brian Orsini

    SOURCE : http://www.laprovence.com/article/edition-alpes/4702836/fusilles-pour-lexemple-ces-soldats-tues-pour-et-par-la-france.html

     

    DIJON (Bourgogne)

    Réhabilitation des fusillés de 14-18 : un hommage est rendu à un Dijonnais 

     
    Histoires 14-18 : Eugene Bouret, premier fusillé rehabilité

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    Vienne : à Château-Larcher, une plaque pour Chloé "victime du terrorisme"

    Chloé Boissinot - 28 ans

    Cet article est une suite logique à mes deux articles précédents (liens ci-dessous) et je trouve que c’est surtout une belle initiative de la municipalité d’une petite commune, en hommage à l’une des victimes des attentats terrorismes du 13 novembre 2015. Oui, c’est mon avis, toutes les victimes du terrorisme devraient voir leur nom figurer sur les monuments aux morts et je pense aux plus anciennes des victimes celles de l’OAS, cette organisation terroriste et criminelle qui a sévi dans les années 1961-1962 pendant la guerre d’Algérie… avant et après le cessez-le-feu du 19 mars 1962.

    http://www.micheldandelot1.com/merci-madame-attentats-a-paris-la-dame-qui-avait-emu-le-web-se-livre-d-a127375968

    http://www.micheldandelot1.com/13-novembre-rescapes-ou-familles-de-victimes-ils-expliquent-pourquoi-i-a132583362

     

    Vienne : à Château-Larcher, une plaque pour Chloé "victime du terrorisme"

    Vienne : à Château-Larcher, une plaque pour Chloé "victime du terrorisme"

    Une plaque commémorative dédiée à Chloé Boissinot, victime des attentats du 13 novembre 2015 à Paris, dévoilée à Château-Larcher dans la Vienne, le 11 novembre 2017 ©GUILLAUME SOUVANT, AFP

    Château-Larcher, petite commune de la Vienne, a rendu hommage le 11 novembre, jour de commémorations nationales, à une enfant du village tuée dans les attentats du 13 novembre 2015, inaugurant une plaque à son nom aux côtés de ceux des soldats morts pour la France.

    "Aux victimes du terrorisme, Chloé Boissinot 13 novembre 2015", lit-on sur la plaque de marbre blanc, posée sur le monument aux morts, où se sont recueillis samedi quelques dizaines d'élus, habitants, et proches de la jeune femme, a constaté un journaliste de l'AFP.

    Chloé avait grandi à Château-Larcher et aurait aujourd'hui 28 ans. Elle est l'une des 15 personnes tuées sur la terrasse du Carillon, un bar du 10e arrondissement de Paris visé par les tirs d'un des commandos jihadistes auteurs des attentats.

    Le choix de la date du 11 novembre, qui marque la commémoration de l'Armistice (1914-1918) et l'hommage national à toutes les victimes de guerre, "n'est pas un hasard, il est délibéré", a expliqué à l'AFP le maire de Château-Larcher, Francis Gargouil.

    "Chloé est morte dans un attentat organisé de telle manière qu'il fait penser à un acte de guerre", a déclaré l'élu. Le conseil municipal a considéré que "des actes aussi barbares que ceux qui ont eu lieu ce jour-là à Paris et Saint-Denis, plus tard à Nice ou ailleurs, sont plus assimilables à des actes de guerre tant par le mode opératoire que par l'ampleur des attaques et le nombre des victimes".

    Les élus ont ainsi décidé "à l'unanimité, et avec l'accord de la famille de Chloé", de faire poser une plaque à sa mémoire, a-t-il précisé. 

    La mère de Chloé, Elisabeth Boissinot, a "énormément apprécié" l'initiative. "C'est un honneur de savoir que ma fille a une plaque sur un monument de la République et que sa mémoire va perdurer dans le temps", a-t-elle déclaré, ajoutant: "Ce que j'aime dans cette idée c'est que les enfants des générations futures se souviendront". Le square du monument aux morts s'appellera en outre "Square Chloé"

    Comme les élus, Mme Boissinot considère que sa fille "est bien une victime de guerre". "Chloé n'est pas morte dans un accident parce qu'elle avait trop bu, elle est morte en état de guerre, avec plein d'autres jeunes. Elle est morte parce qu'elle vivait, libre, dans un pays où on peut boire un verre en terrasse avec des copains".

    Le 11 novembre, après la commémoration de l'armistice, une plaque a été dévoilée sur le monument aux morts de Château-Larcher, en mémoire de Chloé Boissinot, enfant de la commune, tuée lors des attentats de Paris, le 13 novembre 2015. Pour le maire Francis Gargouil, "c'était un acte de guerre". La famille de la jeune femme se dit touchée par cette reconnaissance.

    Vienne : à Château-Larcher, une plaque pour Chloé "victime du terrorisme"

    Des fleurs jaunes ont été déposées sous la plaque à la mémoire

     de Chloé Boissinot.

    © Laurence Mondon Samit 

    A l'occasion de la commémoration du 11 Novembre, la commune de Château-Larcher a rendu hommage à Chloé Boissinot, tuée lors des attentats de Paris le 13 novembre 2015, par une plaque sur le monument aux morts.

    Il y avait deux cérémonies ce samedi 11 novembre à Château-Larcher. L'une commémorant l'armistice de la Première Guerre mondiale. L'autre rendant hommage à la mémoire de Chloé Boissinot, tuée le 13 novembre 2015 lors des attentats de Paris, par le dévoilement d'une plaque sur le monument aux morts. De nombreux habitants ont assisté à cette cérémonie sobre et émouvante, en présence de la famille de la jeune femme.

    C'est une initiative inédite, prise par le maire Francis Gargouil et le conseil municipal. "Sur le fond, tout le monde est d'accord pour dire qu'une enfant de la commune a été victime d'un acte de guerre, en étant tuée par des terroristes organisés. Sur la forme, quelques voix se sont fait entendre pour dire que le monument aux morts est réservé aux soldats morts pour la France. Mais les choses doivent évoluer car c'est une nouvelle forme de guerre", affirme le maire.

    Pour la maman de Chloé, Elisabeth Boissinot, "c'est à la fois très difficile de voir son nom affiché, mais aussi une manière de ne pas oublier qu'elle fut une victime innocente. J'en suis très touchée".

    https://www.lanouvellerepublique.fr/actu/chateau-larcher-honore-la-memoire-de-chloe-victime-du-terrorisme 

     

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    Le passage obligé

    Foutez-leur la paix !

    Ma colère éternelle 

    Il est une visite que je ne manque jamais de faire dans le moindre village que je traverse au gré de mes pérégrinations. Souvent, le but de ma curiosité se trouve sur la place centrale. Là, trône une œuvre d’art discutable à la symbolique opposée à l’effroi qui traverse cette longue liste de noms. On le nomme monument aux morts alors qu’il devrait être mausolée de la bêtise des nations. Un poilu se dresse, il est la plupart du temps, porteur de la volonté d’en découdre, de bouter l’agresseur du sol de la patrie en danger, plus rarement, l’homme est tourmenté, en souffrance ou bien en détresse. L’arme au poing, il veut encore en découdre, message contradictoire avec la raison de sa présence ici.

    Quelquefois c’est dans l’église du village qu’il faut aller chercher le lugubre générique, celui des pauvres diables qui ont laissé leur peau pour un combat insensé, une bataille furieuse durant laquelle l’humanité abandonnait la partie devant les intérêts économiques et la folie des hommes. C’est toujours, pour moi, l’occasion de réveiller, l’espace d’une lecture, la mémoire de ceux qui n’avaient rien demandé.

    La liste est à chaque fois épouvantablement longue. C’est démentiel de rapporter ce lugubre faire-part à la population qui devait  être celle de l’endroit à l’époque. La campagne française a été horriblement sacrifiée, dénaturée par la ponction d’une jeunesse fauchée à ce qui ne mériterait jamais d’être désignée par « Champ d’honneur ». Je me prosterne devant les sacrifiés, j’ai à chaque fois une pensée collective pour ces jeunes gens qui ont connu l’horreur pour des raisons qu’ils n’ont sans doute jamais comprises.

    Puis, immanquablement je pars à la recherche des noms qui reviennent, des familles qui ont donné plus que leur part à la loterie de la mort. Parfois, ils sont trois, quatre, cinq, sans doute de la même famille, couchés là sur la pierre. Ma colère est toujours la même, certes vaine et anachronique mais c’est là, une nécessité pour moi de venir exprimer ma compassion pour ceux que des chefs indignes ont envoyé à la boucherie.

    Pire encore, il y a des endroits où la mort ne suffit pas à rétablir les malheureux dans l’égalité du sacrifice. Il convient pour certains imbéciles d’ajouter le grade, le titre de celui qui est tombé pour cette hérésie que constitue le concept de patrie. La hiérarchie suppose ici un ordre de préséance tandis que la mort, ironique et impitoyable réalisa son terrible nivellement par le bas. Ces monuments là devraient être gravés à nouveau pour effacer à jamais pareille sottise, la distinction des grades n’a pas sa place dans ce sacrifice dérisoire.

    Je ne vais jamais aux cérémonies qui regroupent chaque onze novembre les descendants de ceux qui jadis donnaient des ordres. Leurs discours sont des repoussoirs, des morceaux d’indignité vis-à-vis des victimes qu’ils sont censés honorer. Le drapeau, la sonnerie aux morts, les tenues martiales et les saluts sont autant de crachats envoyés à la mémoire des poilus. Ce sont les mêmes encore qui refusent de rétablir dans leur dignité les fusillés pour l’exemple ; cette caste des chefs toujours à l’abri des balles mais jamais de l’indignité.

    Mon onze novembre à moi ce sont toutes ces visites que je n’ai cessé de faire. Quelques minutes de recueillement et d'exaspération contre cette espèce humaine capable de cette saloperie. Que l’on célèbre les morts au feu par des défilés militaires me hérisse le poil ! C’est tout le contraire qu’il conviendrait de faire et aucune personne en uniforme ne devrait pointer sa face de carême lors de la cérémonie.

    Faisons des monuments aux morts des monuments de la vie, loin des discours officiels moralisateurs et indécents. En mémoire de ces jeunes gens fauchés en pleine santé, la tête remplie d’espoirs, de projets, d’amour pour quelque jeune fille laissée au pays. Par respect pour eux et tout ce dont ils furent privés, par dignité et compassion, nous devrions leur proposer des chants joyeux, des spectacles, des poèmes dans un formidable souffle de vie pour que plus jamais, la logique mortifère des pouvoirs n’impose son ombre sinistre sur les humains.

    SOURCE : https://blogs.mediapart.fr/c-est-nabum/blog/111117/le-passage-oblige

    Mes monuments de la vie ressemblent

     à ceux là

     

    Le passage obligé  Foutez-leur la paix !  Ma colère éternelle

    Le passage obligé  Foutez-leur la paix !  Ma colère éternelle

     

    Le passage obligé  Foutez-leur la paix !  Ma colère éternelle

    Le passage obligé  Foutez-leur la paix !  Ma colère éternelle

     

    "C'était la guerre des tranchées"

    "Une immense fosse commune, voilà où on nous avait mis.
    Des morts... des morts... Des anciens et des encore chauds, la voilà, la curiosité ! La première guerre mondiale dans toute sa splendeur :
    35 pays participants, de près ou de loin ! Tu veux des chiffres ! ...
    Une comptabilité " historique" pour l'avenir ? 10 000 000 de morts ! Combien d'espérance de vie ensevelie à jamais dans la boue ! Combien d'orphelins ? De mutilés, de veuves ?
    Rien qu'en France, 930 ha de cimetière militaire, de la bonne terre pour la betterave, mais seulement des croix qui poussent en surface !
    Si tous les morts français défilaient en rangs par quatre pour le 14 juillet, il ne faudrait pas moins de 6 jours et 5 nuits avant que le dernier ne nous montre sa face livide.
    11 départements, 2907 communes , 485 600 ha de forêts, 1 925 000 ha de terre cultivée dévastée, 794 040 maisons et immeubles, 9 332 000 usines, 58 967 km de routes et 8333 ouvrages d'art détruits, soit 71 000 000 de mètres cube de déblais. 330 000 000 mètres cube seraient nécessaires pour combler les tranchées du front....
    Et le coût ? Canons, obus et autre saloperies ? ... 25 000 milliards de francs or !
    ...Pour ce prix, chaque habitant d'Europe - sans compter les russes - aurait pu percevoir une petite maison de 4 pièces... Mais tu sais, les chiffres ! ...
    Et lui qui amuse la galerie en se faisant porter par un pauvre bougre, peut-être un paysan comme lui, mais Allemand...alors...
    Et toi l'Anglais, on t'a envoyé en allié et en voisin, mais je suis sûr que tu le regrettes.
    Pauvre Sikh, tes maîtres t'ont jeté dans le carnage, et tu penses à ton pays.
    Des ressortissants du Royaume-uni aux Canadiens, Australiens, Néo-Zélandais, Africains du Sud et Indiens, plus de 900 000 sujets britanniques mourront pour sauvegarder les intérêts de la couronne d'Angleterre.

    ...Mais tous ne sont pas tombés chez les bouffeurs de grenouilles.

    Sénégalais, tes ancêtres les Gaulois sont fiers de toi. Tu as froid et tu meurs pour la France. Les pires inepties courant sur ton compte, on te tient à l'écart de la femme du petit blanc qui exploite ta terre et distribue les coups de trique.On dira que tu étais enthousiaste et joyeux à l'idée de te faire étriper, un grand "gosse" reconnaissant et content d'aller aider celui pour ton bien t'a imposé sa religion, son pinard et son bacille de Koch.
    Pauvre esclave, pauvre bête de somme, c'est la mort qu'ils te font transporter sur tes épaules !

    Et toi l'Algérien qui venait de l'Atlas pour mourir en Artois.. on ne t'en sera pas reconnaissant pour autant. Tu es Français après tout !
    ... mais ça ne durera pas. Toi même et ton fils, combattrez le colon qui fait pousser de la vigne sur la terre qu'il a volée. Vous le chasserez !
    Soldats d'"Afrique du Nord", 36 000 victimes, vous effrayez même le poilu...Quand il vous voit monter en ligne, il sait qu'il se prépare un coup dur, vous passez en premier mais il devra suivre.

    L'Indochinois, ils t'en ont fait voir du pays, les Français ! Corvéable à merci, terrassier, cantonnier, fossoyeur, tu creuses !...
    40 ans plus tard, c'est le fond d'une cuvette qui servira de fosse-commune à l'armée Française que tu encercleras et parmi laquelle des légionnaires allemands seront tués. Tu seras en train de libérer ton pays !"

    TARDI. "C'était la guerre des tranchées." 

    A l’image de la France et de l’Allemagne

    Le passage obligé  Foutez-leur la paix !  Ma colère éternelle

    Légendée par  Pedrito le 11/11/2017

     

    Pitoyable image que celle de ces deux politiciens s'étreignant longuement, tellement TROP longuement, devant les caméras : opération de com ridicule, démagogique, une insulte pour la Paix, alors que les risques de conflits internationaux n'ont jamais été aussi proches. Pendant que la misère et les souffrances continuent de faire leurs ravages dans des pays dits émergents, où par centaines de millions des gens, des enfants, des hommes et des femmes, des vieux, sans ressources ni défenses, souffrent et agonisent dans l'indifférence méprisante des puissants, ils continuent de se congratuler sans aucune pudeur pour ces millions de victimes dont ils ignorent la souffrance. Victimes du système financier impérialiste morbide et triomphant.
    Des êtres humains, comme eux, qui ne méritent pas un regard, un intérêt, une attention.
    Et qui crèvent en silence pour le seul profit de la finance…
     


    C’est le message de Jacques CROS 


    http://cessenon.centerblog.net/6572330-a-l-image-de-la-fran…

    Oui, on le sait, après s’être étripés comme il n’est pas permis, les Français et les Allemands se sont réconciliés. La photo, prise le 10 novembre à l’Hartmannwillerkopf,montre les représentants des deux peuples qui  sont tombés dans les bras ! Evidemment il eut été préférable que les guerres entre nos deux pays, à commencer par celle de 70, n’aient pas eu lieu. 

    Déjà atroce elle n’avait pas encore atteint dans l’horreur celle de 14 – 18 qui est a été une guerre industrielle. On le sait la victoire des Alliés, sanctionnée par le Traité de Versailles, a conduit à la Deuxième Guerre mondiale. 

    Cette fois on s’est encore surpassé. L’affaire s’est conclue par le largage de deux bombes atomiques sur Hiroshima le 6 août 1945 et sur Nagasaki le 9. Eh non, on n’a pas lésiné ! 

    Et aujourd’hui ? Ce n’est plus un conflit franco-allemand qui est à l’ordre du jour. Mais si nécessaire on fabriquera un adversaire présentable. L’Union soviétique c’est râpé, il reste la Russie. Il y a encore la Chine, la Corée, l’Iran… et d’une manière générale les terroristes. 

    Ah, ceux-là le risque de l’utilisation de l’arme nucléaire ne les arrêtera pas. Et pourtant l’état de l’arsenal est sans commune mesure avec les bombes à fission utilisées en 1945, qu’elles aient été à l’uranium ou au plutonium. Aujourd’hui les bombes thermonucléaires, c'est-à-dire à fusion, auront des effets d’un autre ordre de grandeur. 

    Alors oui à la paix et ne nous contentons pas de dénoncer la cruauté et l’absurdité des combats qui ont eu lieu à Verdun, au Chemin des Dames, dans la Somme, à l’Hartmannwillerkopf ou ailleurs. Analysons clairement les causes des guerres et ne les confondons pas avec les prétextes utilisés pour les déclencher. 

    Présentons le Traité d’interdiction des armes nucléaires adopté par l’ONU le 7 juillet dernier comme un espoir pour en finir avec les menaces qui planent sur nos têtes. En ce 11 novembre avançons pour en finir avec  un système « qui porte en lui la guerre comme la nuée dormante porte l’orage ». 

    Alors oui à l’amitié entre les peuples allemands et français mais pas seulement. Oui à l’amitié entre tous les peuples et pour ce qui me concerne plus particulièrement avec le peuple algérien.

    Jacques CROS 

    Alors que l'impérialisme français est plus guerrier que jamais crions bien fort : "Si vous voulez faire la guerre payez-la de votre peau" !

     

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