• Références collaborationnistes, esclavagistes, racistes : ces “rues de la honte” qui ont fait polémique

    Références collaborationnistes, esclavagistes, racistes :

     ces “rues de la honte”

     qui ont fait polémique

    À Nice, le maire Christian Estrosi a créé la polémique en inaugurant ce 24 novembre, une rue Jacques Médecin. Cet ancien maire niçois a été condamné pour plusieurs malversations et a purgé près de deux ans de prison. En France, ce n'est pas la première fois que le nom d'une rue fait l'objet d'un scandale.

    Références collaborationnistes, esclavagistes, racistes : ces “rues de la honte” qui ont fait polémique

    L'ancienne rue Pétain de Dernancourt (Somme), débaptisée le 5 novembre 2010 © Maxppp / Fabrice Julien

    La rue Jacques Médecin à Nice

    "Je suis fier de donner enfin à Jacques Médecin la place qui lui revient dans la ville", estime le maire LR Christian Estrosi. Mais pour ses opposants, donner à une rue le nom de Jacques Médecin relève du scandale. En cause : les nombreuses "casseroles" de l'ancien maire de Nice, mort en 1998. 

    À la fin de son mandat (de 1966 à 1990), il est visé par la justice qui enquête sur des malversations qu'il aurait commises : Jacques Médecin fuit alors vers l'Uruguay, avant d'être extradé en 1994. La France le condamne alors dans plusieurs affaires pour ingérence, abus de confiance, corruption passive et recel d'abus de bien sociaux. Déchu de ses droits civiques, il purge 672 jours de prison avant de repartir en Uruguay, où il meurt en 1998, toujours redevable d'une importante dette fiscale. 

    "On sait très bien que c'était un truand mais tout le monde l'adore", résume auprès de l'AFP le dessinateur niçois Joann Sfar qui a fait en 2016 de Jacques Médecin le héros d'un polar, dont la suite en BD paraîtra en mars. "Quand les gens étaient mal garés, il leur faisait une contravention en se marrant. Les gens étaient ravis et gardaient l'amende signée par Jacques Médecin", se souvient-il. L'opposition niçoise, elle, juge que l'ancien maire était un "repris de justice" "qui a laissé la ville exsangue". Héros ou paria, Jacques Médecin laisse donc un souvenir controversé. Mais cette polémique niçoise n'est pas une première : ailleurs en France, plusieurs noms de rue ont fait polémique par le passé.

    L'avenue Bugeaud à Paris

    Le 21 novembre, le journaliste Jean-Michel Apathie s’offusque, sur Twitter, de l’existence d’une avenue Bugeaud à Paris.

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    Et donc, il existe une avenue #Bugeaud à Paris 16, du nom du maréchal auteur des odieuses « enfumades » en Algérie, qui scandalisèrent les Français à l’époque et que défend aujourd’hui Eric #Zemmour Quand donc @Anne_Hidalgo va-t-elle débaptiser cette avenue hideusement nommée ?

    Un autre internaute fait remarquer qu’une rue Bugeaud existe aussi à Lyon, dans le 6e arrondissement. 

    Le maréchal Thomas Robert Bugeaud est revenu dans l'actualité suite à une émission d'Éric Zemmour sur Cnews  (à laquelle Jean-Michel Apathie fait visiblement référence), dans laquelle le polémiste de droite dit être "du côté du général Bugeaud" qui, lorsqu'"il arrive en Algérie, commence à massacrer les musulmans et même certains juifs". 

    Effectivement, le général Thomas Robert Bugeaud a participé à la conquête de l'Algérie par la France, réalisée entre 1832 et 1871. Dans les années 1840, il avait mis en place une "politique de la terre brûlée" avec des colonnes militaires mobiles, des "enfumades" (des feux pour asphyxier des personnes réfugiées dans une grotte), des razzias et des regroupements de populations. Après les propos d'Éric Zemmour sur Cnews, la direction de Canal+ a décidé de stopper la diffusion en direct de l’émission, au profit d’un format enregistré.

    L'ex-rue du 19 mars 1962 à Béziers

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    En 2015, le maire de Béziers et proche du FN, Robert Ménard, crée un tollé dans sa ville en décidant de changer le nom de la rue du 19 mars 1962, date des accords d’Évian qui mettent fin à la guerre d’Algérie. À la place, la rue prend le nom d’Hélie Denoix de Saint-Marc, militaire partisan de l’Algérie française et protagoniste du putsch des généraux en 1961.

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    Le jour de l’inauguration, un millier d’opposants se réunissent pour taxer Robert Ménard de “révisionniste”. Mais l'édile, déjà connu pour ses multiples coups d'éclat, n'a pas changé d'avis.

    Le stade Gaston-Gérard à Dijon

    Les amateurs de football connaissent bien ce nom : Gaston-Gérard, le stade qui héberge les rencontres du DFCO en Ligue 1. L’enceinte sportive porte ce nom depuis 1969, date de la mort de Gaston Gérard, maire de Dijon de 1919 à 1935, qui avait lancé la construction du stade dans les années trente. Mais Gaston Gérard, outre son mandat de maire et la célèbre recette de poulet à qui il a donné son nom, était aussi… un collaborationniste notoire. 

    En 2011 déjà, le quotidien local, Le Bien Public, s’interrogeait : “Faut-il rebaptiser le stade Gaston-Gérard ? Mediapart s’en mêlait également : Gaston Gérard était "un homme assoiffé de pouvoir, ne dédaignant pas les bassesses pour le conserver, qui après avoir voté les pleins pouvoirs à Pétain, soutient le gouvernement de Vichy avec zèle et sera déclaré inéligible le 9 décembre 1945". 

    En 2017, l’Accent Bourguignon, magazine indépendant qui a aujourd’hui cessé son activité, exhume des documents plus que dérangeants au sujet de Gaston Gérard. France Bleu Bourgogne raconte ce "rapport des Renseignements Généraux daté du 4 octobre 1944 qui dresse la liste des 'sympathisants et adhérents à la Ligue Française'. Le nom de Gaston Gérard, sa profession et son adresse y apparaissent. La Ligue Française est un groupe collaborationniste qui a notamment tenté d'assassiner le Chanoine Kir en 1944." De fait, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, Gaston Gérard est frappé d'indignité nationale par le Comité départemental de Libération pour avoir "manifesté en diverses occasions son attachement au pseudo-gouvernement de Vichy".

    La pelouse du stade Gaston-Gérard à Dijon devra-t-elle être arrosée à l’eau de Vichy ? s’interroge le magazine So Foot. Si ces publications créent quelques remous au moment de leur parution, force est de constater qu’à l’heure actuelle, le stade Gaston-Gérard porte toujours fièrement son nom.

    Le boulevard Alexis-Carrel à Rennes

    En 2018, le journal Ouest-France se fait l'écho d’un conseiller municipal réclamant que l’on débaptise le boulevard Alexis-Carrel, situé à l’est de la ville. Prix Nobel de médecine en 1912, Alexis Carrel fut un pionnier de la chirurgie vasculaire, reconnu pour avoir sauvé de nombreuses vies lors de la Première Guerre mondiale.

    Mais Alexis Carrel est aussi connu pour ses penchants eugénistes et sa proximité avec l'idéologie nazie : dans plusieurs ouvrages (notamment “L’homme, cet inconnu”), il défend l’idée de la sélection génétique “nécessaire” selon lui pour perpétuer la race humaine. Il est notamment l’auteur de ce passage : “L’hygiène et la médecine ont manqué de sagesse, elles ont permis et encouragé la reproduction des faibles, des malades, des dégénérés; aussi, le nombre des dégénérés augmente-t-il sans cesse. L’eugénisme est donc devenu indispensable au salut de la race blanche.

    À l'époque de la polémique, la maire de Rennes Nathalie Appéré ne tranche pas : “La question appelle des réponses qui ne sont pas forcément évidentes, mais pas totalement fermées de notre part”, confie-t-elle à Ouest-France. Depuis, le boulevard Alexis-Carrel existe toujours. 

    Références collaborationnistes, esclavagistes, racistes : ces “rues de la honte” qui ont fait polémique

    Capture d'écran d'une pétition lancée en 2017 par les Jeunes communistes d'Ille-et-Vilaine pour débaptiser le boulevard Alexis Carrel / Capture d'écran change.org

    Les rues faisant référence à la traite négrière

    En 2017, franceinfo publiait une cartographie : Ces rues françaises qui portent encore des noms de négriers”. Et de citer de nombreux exemple dans les villes portuaires qui ont joué un rôle dans le commerce triangulaire (Afrique, Amérique, Europe) : Bordeaux, Nantes, Marseille, La Rochelle, Le Havre. 

    Rien qu'à Bordeaux, Franceinfo épingle 21 noms de rues. Par exemple, le cours Journu-Auber (qui existe toujours), en référence à Bernard Journu-Auber. Sa famille était propriétaire d'une flotte de navires utilisés, entre autres, pour la traite négrière. Franceinfo rapporte qu'en 2014, "l'adjoint en charge de la diversité à la mairie de Bordeaux [estimait] que débaptiser les rues était 'trop complexe'. Par ailleurs, il ne voulait pas 'stigmatiser les descendants' de certaines familles."

    Autre exemple à Nantes : la rue rue Guillaume-Grou honore, elle, un négociant et armateur local dont la fortune se constitua grâce à la traite négrière au XVIIIe siècle. Là encore, la mairie n'a pas renommé cette rue, mais franceinfo précise que la ville a "inauguré en 2012 un Mémorial de l'abolition de l'esclavage et créé un 'parcours urbain' sur ce thème".

    Les rues du Maréchal-Pétain

    Au sortir de la Première guerre mondiale, plusieurs rues françaises se voient attribuer le nom de Philippe Pétain, en hommage aux actions de guerre menées par le maréchal en 14-18. Mais lorsque, en 1940, Pétain collabore avec Hitler et instaure le régime de Vichy, de nombreuses communes décident de débaptiser les rues Maréchal-Pétain au sortir de la Guerre. Les dernières villes à l'avoir fait : 

    ·     Belrain, en Lorraine, en 2013 

    ·       Tremblois-lès-Carignan, dans les Ardennes, en 2010

    ·    Toujours en 2010, Dernancourt dans la Somme et Parpeville, dans l’Aisne. Pour ces deux communes, le nom de "rue Pétain" ou "rue du Maréchal-Pétain" figure toujours sur Google Maps, même si la "débaptisation" officielle a bien été actée.

    À noter enfin qu’à Calais, il existe une rue du Sous-maréchal Pétain, mais il s’agit de Raymond Pétain, Chevalier de la Légion d’Honneur et compagnon de la Libération, originaire de Calais.

    SOURCE : https://www.franceinter.fr/references-collaborationnistes-esclavagistes-racistes-ces-rues-de-la-honte-qui-ont-fait-polemique

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