• Rives-en-Seine : Jean Riboulet, soldat français pendant la guerre d’Algérie, raconte son histoire dans son livre « Couleur kaki »

     

    Rives-en-Seine : Jean Riboulet, soldat français pendant la guerre d’Algérie, raconte son histoire dans son livre « Couleur kaki »

    Rives-en-Seine : Jean Riboulet, soldat français pendant la guerre d’Algérie, raconte son histoire dans son livre « Couleur kaki »

    Jean Riboulet, à partir d’archives, produit un livre fort, « il faut intégrer la guerre d’Algérie dans la mémoire officielle »

     

    Le Caudebecquais Jean Riboulet est connu pour ses œuvres picturales et poétiques... Il expose et vend ses tableaux et a publié différents ouvrages (Humeurs, L’Encyclopédie Poétique, Les ongles sous la peau).

    Cette fois-ci, Jean Riboulet revient sur son vécu d’appelé du contingent entre 1958 et 1961 où il servira en Algérie, ce territoire où la France menait « des opérations de maintien de l’ordre ». Comme beaucoup de soldats, il parlera peu de cette guerre. Mais il y a quelques mois, il ouvre un carton oublié dans l’armoire de sa mère décédée. « Tous les courriers envoyés à ma famille pendant près de deux années et demie, sont là, sous mes yeux » précise-t-il.

    Il était temps d’en parler

    À 80 ans, Jean, voyant ses petits-enfants grandir, se sent obligé de parler de sa propre histoire « militaire imposée », qui fut celle de générations de jeunes hommes qui ont dû vivre par la suite avec leurs souvenirs enfouis. Alors c’est sous la forme d’un livre, Couleur kaki, que Jean Riboulet témoigne « de la guerre de ses 20 ans », pas seulement pour les siens mais pour le grand public qui doit savoir.

    Son livre se base sur cette correspondance retrouvée : « Les lettres que j’ai envoyées à ma famille ne sont qu’un pâle reflet de la réalité. Il m’importait de ne pas l’inquiéter avec les risques, parfois la violence, les frayeurs et les dangers auxquels nous étions confrontés », mais aussi en regard de références historiques, souvent mal connues.

    « Couleur kaki » (Editions Edilivre). À commander en librairie, à la Fnac ou auprès de Jean Riboulet au 02 35 96 39 12 (avec dédicace).

    SOURCE : https://www.paris-normandie.fr/lillebonne/rives-en-seine--jean-riboulet-soldat-francais-pendant-la-guerre-d-algerie-raconte-son-histoire-dans-son-livre-couleur-kaki-KF13430785

      

     

    "Devoir de vérité" par Jean Riboulet 

    Un article du Site Médiapart le 19 décembre 2012

     

    Devoir de vérité 

    Rives-en-Seine : Jean Riboulet, soldat français pendant la guerre d’Algérie, raconte son histoire dans son livre « Couleur kaki »

    L’Histoire se compose d’innombrables histoires. Les historiens cherchent celles-ci pour les confronter, les additionner, chercher leurs vérités et transmettre leurs propres analyses vers l’avenir en les fusionnant avec d’autres voire en contrariant celles-ci. Dans l’article de Lenaig Bredoux du 19 décembre 2012 sur Mediapart, "Hollande face au passé colonial de la France", personne ne nie l’Histoire et la mémoire de l’Histoire. 

    Et là, en Algérie, la colonisation commence en 1830. La rencontre entre les présidents Hollande et Bouteflika consiste, comme l’a dit ce dernier à L’A.F.P., à tirer les enseignements « sans excuses, ni repentance ». Comme le dit la sénatrice socialiste Bariza Khiari : « il faut la vérité, la reconnaissance des faits historiques ». Mais cette vérité est pourtant souvent bafouée, contredite parce qu’il existe partout des oppositions morales (voire immorales), politiques ou sociétales qui tendent à l’étouffement de tout signe de vérité, de culpabilité. Seule la longueur de l’espace-temps permet un jour d’entrevoir cette vérité.  Si tel n’était pas le cas les historiens n’auraient pas lieu d’exister. 

    Il en est ainsi de la répression du 8 mai 1945 dans la région de Sétif qui a fait environ 50000 morts dus à l’armée française. Même chose à Paris le 17 octobre 1961 où la police  de Maurice Papon massacre entre 250 et 300 algériens. Mais l’Histoire montrera bien d’autres évènements, tout aussi importants dans leur monstruosité humaine quoique pouvant paraître anecdotiques par le nombre de victimes. Ainsi, nombre d’appelés du contingent ont vécu cela pendant leur service militaire (obligatoire !) ce que les dirigeants politiques de l’époque, comme la SFIO par exemple et aussi la droite, se refusaient d’appeler la "guerre d’Algérie", préférant l’appellation "maintien de l’ordre". J’ai fait partie de ces jeunes hommes qui ont exécuté des ordres insupportables ou vu des actes inhumains. Il faut exhumer  ces histoires pour la clarté de l’Histoire. 

    Comment ne pas évoquer ici ces "Nouvelles de la Zone interdite" de Daniel Zimmerman qui ont valu presque un bannissement à son auteur par une censure immonde mais une défense de Jean-Paul Sartre ? Comment ne pas évoquer ici des souvenirs  personnels parmi de nombreux pour démontrer que rien ne permet d’oublier les faits barbares de la colonisation ? Je me permets de le faire avec deux souvenirs. 

    Le premier a lieu en Petite Kabylie lors d’une opération militaire du côté de Bordj Tahar dans la région de Djijelli, Jijel aujourd’hui. Nous étions en observation dans un village, le long de la route qui le traversait. Un convoi de la Légion étrangère ou d’un régiment de parachutistes passe et s’arrête devant nous. Les véhicules reviennent d’une "action de maintien de l’ordre". Devant moi un camion est arrêté. Un homme, un fellagha, est ficelé sur la calandre tout contre le moteur bruyant et brûlant du véhicule. L’homme est anéanti par une abominable souffrance, mais vivant. Son regard, fier mais presque suppliant, perce le mien. Peut-être devine-t-il mon désarroi, l’horreur qui me saisit. Le ventre torturé, la tête nauséeuse, je le regarde. Une sueur honteuse envahit mon corps. Je ne fais rien. Aujourd’hui encore je suis coupable de cette immobilité. 

    Un autre souvenir, parmi d’autres, surgit. En 1960, Toujours dans le même secteur géographique (Chekfa), notre unité du 129ème R.I. est chargée "d’un regroupement de population" autour de la base 901. Pour ce faire nous ouvrons un camp entouré de barbelés avec des constructions sommaires où s’entassent des familles entières. Camp de concentration ? Presque ! Mais dans le même temps nous détruisons des demeures modestes mais ancestrales, ces mechtas dispersées dans le djebel. Nous imposons aux gens de les éloigner de leur propre vie. Aujourd’hui encore, j’ai honte de ma non révolte.  

    Le sentiment de culpabilité ne peut être effacé par une repentance officielle et je comprends la position du gouvernement algérien. Mais au-delà de « tirer les enseignements de notre expérience passée pour corriger “dans l'action” la trajectoire d'une coopération et d'un partenariat toujours perfectible », comme le dit A. Bouteflika, la France  est tout de même coupable. Coupable d’exactions et de crimes et il convient de se souvenir que des officiers comme les généraux Aussaresses et Bigeard ont bel et bien existé, avec leurs tortures, leurs mains souillées de sang, de celui de centaines de gens qui voulaient être libres mais aussi celui de gens qui luttaient pour cette liberté comme Maurice Audin par exemple. 

    Le Président de la République doit continuer ses devoirs de vérité en ouvrant tous les dossiers pour que l’Histoire de notre passé colonial, notamment en Algérie, continue à s’écrire sans tabou sans réserve. 

    Jean Riboulet 

    « Arrêtez de prendre les Français pour des imbéciles… vous avez inauguré un monument au camp de Risevaltes au mois de mai 2018 (sans l’ébruiter) pour des anciens soldats nazisAC FNACA "Ils sentent la fin du voyage approcher, lentement mais sûrement, alors ils tentent des regroupements avec l'UNC"... »
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  • Commentaires

    1
    Lundi 23 Juillet à 18:26

    Oui, avant de disparaître il faut multiplier les témoignages comme ceux qui sont donnés ici. 

    Que pouvions-nous ? Assez peu sans doute, du moins dans ces circonstances aussi difficiles que celles qui sont évoquées ici.

    Le système avait verrouillé les tentatives de protestations. L'institution militaire était aux ordres et cela correspondait à sa nature, à sa fonction.

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