• Rivesaltes : cinquante ans après, le camp révèle ses mémoires enfouies *** Le musée-mémorial inauguré vendredi 16 octobre 2015 *** A 16 h suivez, en direct, l'inauguration

    Rivesaltes : cinquante ans après, le camp révèle ses mémoires enfouies *** Le musée-mémorial inauguré vendredi 16 octobre 2015

    En cliquant sur le lien ci-dessous vous pourrez suivre l’inauguration du musée-mémoire de Rivesaltes, en direct à partir de 16 h, aujourd'hui 16 octobre 2015, sur FR3 Languedoc-Roussillon :

    http://france3-regions.francetvinfo.fr/languedoc-roussillon/pyrenees-orientales/perpignan/suivez-en-direct-l-inauguration-du-memorial-du-camp-de-rivesaltes-831133.html

    Rivesaltes : cinquante ans après, le camp révèle ses mémoires enfouies *** Le musée-mémorial inauguré vendredi 16 octobre 2015 *** A 16 h suivez, en direct, l'inauguration

    Rivesaltes : cinquante ans après, le camp révèle ses mémoires enfouies *** Le musée-mémorial inauguré vendredi 16 octobre 2015

    Rivesaltes : cinquante ans après, le camp révèle ses mémoires enfouies

    Rivesaltes : cinquante ans après, le camp révèle ses mémoires enfouies

    Le Premier ministre Manuel Valls inaugure vendredi 16 octobre 2015 le musée-mémorial dans les Pyrénées-Orientales, où échouèrent 60 000 Espagnols, juifs, tziganes et harkis.

    Source AFP

    Cinq décennies après sa fermeture, le Premier ministre Manuel Valls inaugure vendredi le musée-mémorial du camp de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), où échouèrent près de 60 000 Espagnols, juifs, tziganes et harkis, un lieu de mémoires "enfouies" qui entend résonner avec les migrants du XXIe siècle. L'historien Serge Klarsfeld l'a appelé le "Drancy du Sud" mais Rivesaltes n'était pas seulement un camp de déportation de Juifs de France. "C'est un cas unique en Europe", selon Agnès Sajaloli, directrice du mémorial. "C'est le plus grand camp d'internement de l'Europe de l'Ouest, qui recouvre trois guerres : une guerre civile, une guerre coloniale, une guerre mondiale".

    Le site militaire Joffre de 600 hectares est transformé à partir de 1941 en camp pour une dizaine de milliers de républicains espagnols fuyant la dictature de Franco. Très vite, il renferme également 5 000 Juifs, dont la moitié seront déportés en Allemagne, des tziganes puis des collaborateurs et prisonniers de guerre, avant l'arrivée, vingt ans plus tard, de plus de 20 000 harkis au sortir de la guerre d'Algérie. Leur point commun : être des "indésirables" du XXe siècle. "Ce sont toutes des populations considérées comme potentiellement dangereuses", déclare à l'Agence France-Presse Abderahmen Moumen, coauteur avec Nicolas Lebourg de Rivesaltes, le camp de la France (Trabucaire, 2015).

    "Énorme fardeau"

    À Rivesaltes, "on devenait invisibles", se souvient ainsi Fatima Besnaci-Lancou, fille de harki, qui avait 8 ans à son arrivée. Aujourd'hui sexagénaire, Fatima Besnaci-Lancou veut "symboliquement" déposer cet "énorme fardeau" au mémorial, parmi les témoins dont l'exode se projette sur les murs en béton du nouveau musée. "D'un côté, il y a l'histoire, et de l'autre, les porteurs de mémoire, héritiers d'histoires très douloureuses", souligne Pierre Daum, spécialiste du passé colonial. Le musée "regarde le XXe siècle à hauteur d'homme, à hauteur de déplacé, dans le regard de la souffrance des hommes", commente le réalisateur José Alcala, responsable de l'iconographie du mémorial.

    Près de 21 millions d'euros d'investissements et neuf mois de recherches ont été nécessaires pour "tirer les conséquences de l'histoire". "Le plus difficile était de retracer la rudesse des conditions de vie dans le camp, et la répression", affirme-t-il à l'Agence France-Presse. Car dans les baraquements de l'armée, où s'engouffrent les vents violents, les déplacés luttent contre la vermine, la gale, la tuberculose, les maladies liées au manque d'hygiène. Il y a aussi le froid, la faim et le manque d'eau. Et puis les punaises qui "rentraient dans la bouche, dans les oreilles", se rappelle Antonio De la Fuente, républicain espagnol.

    "Seul camp à être encore debout"

    L'architecte du mémorial, Rudy Ricciotti, a voulu témoigner de "la mémoire enfouie". Il a conçu un monolithe de béton "un peu lourd sur la conscience", auquel le visiteur accède par une rampe partiellement enterrée. "C'est aussi le symbole de la destruction de la mémoire", déclare à l'Agence France-Presse Denis Peschanski, qui préside le conseil scientifique du mémorial. "Après la Libération, on avait les camps mais on n'avait pas la mémoire. Depuis 1980, on a la mémoire mais on n'a plus les camps."

    Or, Rivesaltes, fermé officiellement en décembre 1964, est "le seul camp à être encore debout", souligne le directeur de recherches au CNRS, "le seul en France où l'on se rend compte de ce qu'a pu être l'internement". Son inauguration vendredi par le Premier ministre Manuel Valls intervient à peine un mois et demi après la publication de la photo du petit Aylan, enfant syrien retrouvé mort sur une plage turque, qui a secoué les consciences sur l'accueil des réfugiés du XXIe siècle. "Le Syrien d'aujourd'hui n'est pas le juif d'hier, mais les réactions de peur, de rejet et de fermeture des États démocratiques, c'est le même mécanisme", estime Denis Peschanski. "L'histoire convoque le présent et nous éclaire sur l'avenir."

    SOURCE : http://www.lepoint.fr/societe/rivesaltes-cinquante-ans-apres-le-camp-revele-ses-memoires-enfouies-15-10-2015-1973688_23.php 

     

    Des barbelés au mémorial :

    Rivesaltes, l'histoire d'un camp

    Par Anne Jocteur Monrozier, France Bleu Roussillon et France Bleu

    Camp de Rivesaltes, 1941-42 : enfants faisant la queue pour le goûter Camp de Rivesaltes, 1941-42 : enfants faisant la queue pour le goûter - Fonds Auguste Bohny

    Le mémorial de Rivesaltes est inauguré ce vendredi par Manuel Valls avant son ouverture au public le 21 octobre. L'occasion de retracer, en témoignages et en photos, l'histoire de ce camp où ont été internés ou accueillis plus de 60 000 Espagnols, juifs, tsiganes et harkis de 1941 à 1964.

    C'est "un cas unique en Europe", explique Agnès Sajaloli, directrice du mémorial de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales). 

    "C'est le plus grand camp d'internement de l'Europe de l'ouest, qui recouvre trois guerres : une guerre civile, une guerre coloniale et une guerre mondiale".

    A partir de 1941, les 600 hectares du site militaire Joffre accueillent aux portes de Perpignan une dizaine de milliers de républicains espagnols fuyant la dictature de Franco.

    A la même époque, il sert de camp d'internement pour quelque 5 000 juifs, dont la moitié seront déportés en Allemagne, et des tsiganes, des collaborateurs ou des prisonniers de guerre.

    Vingt ans plus tard, plus de 20 000 harkis y logeront au sortir de la guerre d'Algérie, avec tous les "indésirables" du XXe siècle. Le camp a été officiellement fermé en 1964. Mais dans la mémoire de ceux qui y ont vécu, la plaie est toujours ouverte.

    Enfants juifs, espagnols et tsiganes dans le camp de Rivesaltes en 1941-1942 - Aucun(e)

    David Korn, interné juif

    David Korn n'a que cinq ans lorsque sa mère et lui, tous deux juifs, sont internés à Rivesaltes. "La tramontane vous arrachait la tête, on se baladait avec des couvertures sur la tête", frissonne-t-il. "Et en été il faisait une chaleur à crever."

    Il se souvient de sa première frayeur, en pleine nuit, en 1941 ou 1942 : "J’ai entendu des cris stridents. Une femme s’était fait attaquer par un rat. Je la vois encore, elle tirait la queue du rat qui lui bouffait le nez, elle était couverte de sang." Les conditions de vie au camp étaient "dégueulasses, y a pas d’autres mots".

    Il se souvient aussi de la faim : "On recevait à manger juste assez pour pas crever de faim." Quand les enfants allaient au réfectoire, il se rappelle qu'il cachait toujours un morceau de pain dans sa culotte pour sa mère. A la sortie, c'était fouille obligatoire et David réussissait toujours à se faufiler et à passer inaperçu grâce à sa petite taille. "Mais je me souviens qu’un enfant de neuf ans s’est fait prendre. Il a reçu une paire de baffes et le gars a jeté le pain par terre. Ça marque."

    Antonio de la Fuente, réfugié espagnol

    La famille De la Fuente a fui le franquisme au début des années 40. Quand sa mère et ses enfants débarquent à Rivesaltes, Antonio a 13 ans. La vie au camp, il la résume ainsi : "Nous avons eu faim, nous avons eu froid et nous avons eu peur." Faim parce que la nourriture était inexistante, froid parce que les hivers étaient rudes et peur car ils étaient sans nouvelles de leurs père, oncle et frères.

    Il se souvient des matinées d'étude avec sa soeur et des jeux avec ses camarades : "Comme tous les enfants du monde, qu’ils soient dans des camps ou ailleurs, on s’occupait en racontant des histoires ou en jouant à saute-mouton, à cache-cache." Féru de billes, Antonio tente même d'en fabriquer avec de la terre glaise, "mais dès qu’on jouait avec, elles se cassaient. Après on a fabriqué un four dans lequel on faisait brûler quelques brindilles et on faisait cuire les billes, elles résistaient un peu mieux."

    Antonio a été marqué par les privations matérielles : "On trouvait pas un clou, même pas un bout de ficelle, rien." Et les privations de nourriture : "Normalement nous avions droit à 300 à 400 grammes de pain, mais ce n’était pas la réalité, nous avions deux doigts de pain", se souvient-il.

    Antonio de la Fuente et sa sœur Maria, internés à Rivesaltes en 1941-1942 - Aucun(e)

    Hacen Arfi, réfugié harki

    Hacen Arfi est âgé d'à peine cinq ans quand il arrive avec ses parents en France. Il se souvient des tentes où s'entassent les familles. En novembre 1962, les harkis sont accueillis dans des tentes provisoires à Rivesaltes. Il faudra attendre le printemps 1963 pour que des baraques en dur soient aménagées. "A part le froid rien n’avait changé, j’avais l’impression que nous étions toujours en Algérie, toujours en guerre."

    Il se souvient d'images traumatisantes pour un petit garçon de son âge : des piqûres de vaccins, des enfants en larmes. Et surtout d'un drame familial : la mort d'un nourrisson, né quelques jours plus tôt dans la tente de ses parents : "Mon père nous a réveillé très tôt le matin, il a pris une pioche, il a creusé un trou, nous avons enveloppé le bébé dans un linge, il a posé le bébé et nous avons remis la terre."

    Hacen reconnaît être marqué à vie par l'année qu'il a passé à Rivesaltes. "Le récit de ces années pourrait nous faire croire à une autre époque, à un autre lieu", conclue-t-il. "Mais c’était en France à la fin du XXe siècle. Dans le pays des droits de l’homme."


    Hacen Arfi est marqué à vie par ce qu'il a vécu au camp.

    Une fille harkie devant une tente militaire dans le camp en 1962  - Aucun(e)

    Marie-Thérèse, épouse de tirailleur guinéen

    A l'indépendance de la Guinée, Marie-Thérèse et son mari militaire reviennent en France. "On ne pouvait plus revenir chez nous, où nous étions considérés comme des traîtres. On n’avait plus de patrie", confie-t-elle. "Ils nous ont dit qu’on serait mieux là, en France. Mais on ne s’attendait pas à ce qu’ils nous mettent dans des camps, on a rien compris."

    A son arrivée à Rivesaltes en décembre 1964, Marie-Thérèse se souvient du froid. "C'était la première fois qu’on voyait la neige", raconte-t-elle. Au camp, il n'y a ni chauffage, ni eau, ni toilettes et des lits en fer sans matelas. "Il fallait qu’on se débrouille même pour manger." Marie-Thérèse vit sa première grossesse dans des conditions pénibles : "Ma première fille est née ici dans le camp. J’ai failli la perdre."

    Et puis un jour, c'est le grand ras-le-bol : "Nos maris se sont révoltés, ils ne supportaient plus de vivre dans des conditions comme ça avec leurs enfants et leurs femmes." Alors comme l’armée ne savait plus quoi faire des 800 réfugiés, "ils ont décidé de nous faire partir du camp dans les 4 coins de la France". C'était en 1966.

    Marie-Thérèse est revenue à Rivesaltes 50 ans plus tard. "Ça a réveillé des mauvais souvenirs... C'est important que les gens sachent qu’on a souffert ici, que nos enfants ont souffert, que nos maris ont souffert. On n’est pas prêts d’oublier ça."

    SOURCE : https://www.francebleu.fr/infos/societe/des-barbeles-au-memorial-rivesaltes-l-histoire-d-un-camp-1444828500

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    Rivesaltes : cinquante ans après, le camp révèle ses mémoires enfouies *** Le musée-mémorial inauguré vendredi16 octobre 2015

    « " Livre d'histoire au feu ! " Un article de Jacques CROS *** MISE A JOUR : la lettre de Jean-Philippe OULD AOUDIAVérité et Justice pour les victimes des massacres du 17 octobre 1961 »
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