• Saint-Denis, le 16 décembre 2015 en mémoire de Fatima Bédar, assassinée à 15 ans par la police française le 17 octobre 1961 *** MISE A JOUR 20/12/2015

    Saint-Denis, le 16 décembre 2015

     en mémoire de Fatima Bédar, assassinée

     à 15 ans par la police française

     le 17 octobre 1961

    Les "amis" je vous fais part d'un événement étonnant qui a eu lieu mercredi 16 décembre 2015 dans la ville de Saint-Denis dans le square Fatima Bedar, la plus jeune victime du massacre du 17 octobre 1961. Ce square est situé à 200 mètres de l'écluse du canal Saint-Denis où on a retrouvé son corps et son cartable de collégienne le 31 octobre 1961.
    Nous avons inauguré ce square Fatima Bedar ce 17 octobre 2015 mais la république algérienne a tenu à honorer la mémoire de cette martyre représentée par le ministre de l'intérieur algérien ainsi que l'ambassadeur d'Algérie en France et le consul du département et, fait majeur, la république française était représentée par Madame la sous-préfète de Seine-Saint-Denis qui a déposé une gerbe de fleurs en mémoire de Fatima et des centaines de victimes des exactions policières dirigée par le Préfet Papon. Et voilà ce que j'ai vu:
    La représentante de la république française flanquée de deux officiers de haut grade, les trois en habits de grand apparat, ont salué militairement la mémoire de Fatima et des algériens massacrés par la police.
    Un petit pas pour la politique mais un grand pour la vérité.
    J'ai pensé, à ce moment-là, à Jean-Luc Einaudi et j'ai échangé un sourire avec Djoudi Bedar, le petit frère de Fatima qui se bat inlassablement pour ce travail mémoriel. (J'aurai bientôt les images).Inauguration du jardin Fatima-Bedar   à Saint-Denis  17 octobre 1961 : la commémoration  d’hommage aux victimes de la meurtrière  répression policière *** MISE A JOUR 20/12/2015

    Patrick Karl

     

     

     

    Inauguration du jardin Fatima-Bedar   à Saint-Denis  17 octobre 1961: la commémoration  d’hommage aux victimes de la meurtrière  répression policière prendra cette année   un caractère particulier.

    Inauguration du jardin Fatima-Bedar

     à Saint-Denis

    17 octobre 1961: la commémoration

    d’hommage aux victimes de la meurtrière

    répression policière prendra cette année

     un caractère particulier.

    (A suivre... l'inauguration)

    Saint-Denis, depuis une quinzaine d’années, rend hommage aux Algériens assassinés par la police française le 17 octobre 1961 à Paris, mais aussi en banlieue comme dans le quartier Gare à proximité du canal. En 2007, le conseil municipal a donné le nom de place des Victimes-du-17-octobre-1961 au parvis est de la gare. Samedi 17 octobre, la commémoration se fera en deux temps et prendra un éclat particulier. Après la cérémonie traditionnelle à 11h sur l’esplanade, avec les discours du maire, du consul d’Algérie et de représentants d’association comme le Cercle de réflexion citoyen, les participants se rendront en cortège au niveau du 4, quai de Seine, dans le nouveau quartier Néaucité. Là, à 11h30, le jardin Fatima-Bedar sera inauguré. 

    Ce square, financé par le groupe Brémond et réalisé en partenariat avec Plaine Commune, portera le nom de cette jeune fille de 15 ans qui avait vécu à Stains, puis à Aubervilliers, et qui étudiait à Saint-Denis quand son corps a été retrouvé dans le canal Saint-Denis. Le 17 octobre 1961, pour protester contre le couvre-feu frappant les Algériens, Fatima avait bravé l’interdit parental de manifester. C’est en 2012 que le choix de son nom a été arrêté après une consultation des Dionysiens visant à mettre en avant le rôle des femmes sur les plaques des rues de ce nouveau quartier. Pour l’inauguration, Djoudi Bedar, son frère de dix ans son cadet, sera évidemment présent. Didier Daeninckx, l’écrivain du célèbre Meurtre pour mémoire sera là aussi tout comme Patrick Karl, auteur et réalisateur de théâtre qui a écrit Octobre 61, j’ai vu un chien. Avec trois comédiens, il jouera des extraits de cette pièce qui traite l’histoire emblématique de cette enfant.

     

    D.Sz

     

    Un lieu, une inscription :

    La plaque du 17 octobre 1961 à Saint-Denis

    Inauguration du jardin Fatima-Bedar   à Saint-Denis  17 octobre 1961: la commémoration  d’hommage aux victimes de la meurtrière  répression policière prendra cette année   un caractère particulier.

    Saint-Denis. La plaque en hommage aux victimes du 17 octobre 1961. (LP/N.P.)

    La plaque fut posée en mars 2007 sur la passerelle qui passe au-dessus du canal à Saint-Denis et rejoint le parvis de la gare. Elle rappelle ce jour tragique du 17 octobre 1961. La manifestation des Algériens en faveur de l’indépendance fut réprimée dans le sang.

    Le nombre exact de victimes n’a jamais pu être établi. On sait que des cadavres furent retrouvés dans la Seine et dans le canal de Saint-Denis — notamment une jeune fille d’Aubervilliers, âgée de 15 ans à peine, Fatima Bedar. L’événement, effacé de la mémoire officielle, est désormais célébré chaque automne. A Saint-Denis, on jette des roses dans le canal en souvenir des victimes.

     

    Inauguration du jardin Fatima-Bedar   à Saint-Denis  17 octobre 1961: la commémoration  d’hommage aux victimes de la meurtrière  répression policière prendra cette année   un caractère particulier.

    31 octobre 1961 : Fatima Bedar, collégienne, noyée par la police, est retrouvée dans le canal Saint-Denis

    Témoignage du petit frère et de la petite soeur de Fatima 

    Ce soir, (17 octobre 1961) Fatima n’est pas à la maison. Adolescente à la longue chevelure très brune, toujours bien habillée. Fatima a 15 ans depuis le mois d’août. Elle est née en Algérie, à Bougie. C’est à l’âge de 5 ans qu’elle est venue en France, avec sa mère. Son père, Hocine, est ouvrier à Gaz de France. Fait prisonnier en 1940, il s’est évadé et a participé à la campagne d’Italie. Il a été démobilisé en 1945. En France, Fatima a eu deux sœurs et un frère. La famille a d’abord habité Sarcelles et, cette année, elle vient de s’installer à Stains.

    Fatima est l’aînée. Elle aide beaucoup sa mère à la maison, s’occupe des plus petits. Aux yeux de sa sœur, Louisa, elle fait figure de véritable femme. Souvent, elle accompagne son petit frère, Djoudi, à l’école maternelle. Il est émerveillé par ses gros dictionnaires. Elle est élève du collège commercial et industriel féminin, rue des Boucheries, à Saint-Denis.

    Ce matin, Fatima et sa mère se sont vivement disputées. Les parents de la jeune fille ne voulaient pas qu’elle aille aux manifestations. Le ton monte : sa mère, très énervée, a jeté quelque chose dans sa direction. Elle a voulu retenir sa fille. Louisa a vu sa grande sœur partir en courant. Ni le lendemain ni les autres jours Fatima ne reviendra à la maison. Chaque matin, son père partira de bonne heure pour la chercher.

    Souvent, sa mère emmènera Djoudi dans les rues de Stains, à sa recherche. Et puis, un soir, le père rentrera à la maison, le cartable de Fatima à la main. Le 31 octobre, on retrouvera le corps de Fatima, noyé dans le canal de Saint-Denis.

    Qui a tué Fatima Bédar ? On ne le saura jamais. Mais ce que l’on sait, c’est qu’au commissariat de Saint-Denis au poste de police de Stains, dépendant de Saint-Denis, des policiers avaient, depuis des semaines, pris l’habitude de jeter les gens dans le canal et dans la Seine.

    Enquête El Moudjahid

    Jetée à la Seine le 17 octobre 1961 

    Née à Bejaïa, en petite Kabylie, Fatima était la fille d’un ouvrier à Gaz de France, Hocine Bedar. Cette élève au Collège commercial et industriel féminin, rue des Boucheries, à Saint-Denis, avait 15 ans lorsqu’elle fut noyée, le 17 octobre 1961, par la police, comme de nombreux Algériens.

    La jeune collégienne avait de qui tenir. Son père, Hocine Bedar, mobilisé au début de la seconde guerre mondiale, a été fait prisonnier en 1940. Le jeune soldat s’évade, rejoint le forces françaises et participe à la libération, dans la campagne d’Italie, puis en France, au sein des tirailleurs algériens, avant d’être démobilisé en 1945.

    A la Libération, Hocine Bédar, qui s’installe à Stains, puis à Sarcelles, fait venir sa famille, avant que la guerre d’Algérie ne le rattrape. Fatima avait cinq ans à son arrivée en France. Elle grandit au sein d’une famille de militants nationalistes, son père milite à la fédération de France du FLN.

    Cette jeune fille n’avait rien d’une avant-gardiste, d’une militante née avant l’heure. Mais quand le FLN lance son appel à une manifestation pacifique, elle brave l’interdit parental pour y prendre part.

    Faisant mine de se rendre au collège, emportant avec elle son cartable, la jeune fille se rend à la manifestation. Elle n’en reviendra jamais. Le 31 octobre 1961, on retrouvera le corps de la jeune collégienne noyé dans la canal de Saint-Denis.

    A l’instar de nombreux Algériens, elle a été victime de la répression ordonnée par Maurice Papon. « Mon père a combattu pour la France durant la seconde guerre mondiale, on lui a enlevé sa fille » a déclaré, Djoudi, le frère de Fatima. C’est dire.

    Hassane Zerrouky

    Inauguration du jardin Fatima-Bedar   à Saint-Denis  17 octobre 1961: la commémoration  d’hommage aux victimes de la meurtrière  répression policière prendra cette année   un caractère particulier.

    Fatima Bedar, fille de tirailleur algérien, "noyée" le 17 octobre 1961

     

    C’est l’une des nombreuses victimes de la répression du 17 octobre 1961. Le corps sans vie de Fatima, 15 ans, est retrouvé dans le canal de Saint-Denis le 31 octobre 1961. Témoignage de Djoudi Bedar, le frère de la victime. 

    Fatima avait 15 ans en octobre 1961. Son frère Djoudi avait 5 et demi. Il se souvient très bien de sa sœur : “C’est elle qui m’accompagnait chaque matin à l’école. Elle avait de très longs cheveux noirs. Je me souviens de son cartable et de ses livres. J’étais émerveillé à l’époque par ses gros livres et ses gros dictionnaires”. En 1946, leur père arrive en France pour travailler. Il vit dans des hôtels comme de nombreux travailleurs. En 1951, il construit un baraquement au sein du bidonville Pleyel à Saint-Denis. Puis, il fait venir sa fille Fatima et sa femme. En 1954, il a les moyens d’acheter une habitation en dur à Aubervilliers : “Je suis né dans cette maison en 1956. Nous avons ensuite habité à Sarcelles en 1959-1960 pour enfin arriver en avril 1961 à Stains dans le quartier de l’Avenir. Nous étions voisins avec Monsieur Beaumale, le maire actuel de la ville” ajoute Djoudi. Fatima accompagne chaque matin Djoudi à l’école. Elle étudie au collège industriel et commercial féminin rue des Boucheries, à Saint-Denis.

    Octobre 1961. Fatima Bedar veut répondre à l’appel lancé par la fédération de France du Front de Libération Nationale (FLN) pour se rendre à la marche pacifique afin de lutter contre le couvre-feu raciste instauré par le Préfet de police Maurice Papon, sous la présidence du Général de Gaule. Djoudi confie : “Mon père soutenait le mouvement de l’indépendance en Algérie, il se rendait régulièrement à des réunions clandestines du FLN, accompagné parfois de ma sœur Fatima ou de mon autre grande sœur qui avait dix ans et demi. C’est sûrement dans ces réunions que ma sœur, qui comprenait le kabyle, connaissait exactement l’intention des Algériens de l’époque et leurs difficiles conditions de vie et de travail en région parisienne.”

    Le matin même du  17 octobre, Djoudi assiste à une brève altercation entre sa mère et Fatima qui souhaite se rendre à la manifestation le soir du 17. “Mes parents y étaient opposés puisque c’était elle qui devait nous garder à la maison. Nous étions sept frères et sœurs. Mes parents devaient se rendre à cette manifestation pacifique. Elle n’en a fait qu’à sa tête, et le 17 au soir, elle n’est pas rentrée à la maison. Mes parents ont commencé à s’affoler. Ils se sont d’abord rendus dans les différents lieux qu’elle fréquentait, notamment chez les cousines et cousins. Mais impossible de savoir où elle était” se souvient-il. Le père de Fatima ne va pas immédiatement au commissariat à cause de l’ambiance bouillante qui règne alors. Ils attendent chez eux le retour de Fatima. Le lendemain, il se rend au commissariat de Stains et Saint-Denis pour signaler sa disparition. “Mon père a été très mal reçu par la police avec des insultes, des bousculades ainsi que des coups. La police lui a dit qu’elle n’avait pas de nouvelles. Le 18 octobre 1961, mon père a déposé une déclaration de disparition au sujet de ma sœur”.

    “Mon père a été invité à regarder l’ensemble des corps pour reconnaître celui de ma sœur” 

    Quinze jours durant, le père de Fatima, aidé d’un cousin et de sa femme française, essaient d’avoir plus d’informations en se rendant dans plusieurs commissariats, notamment, celui du 8e arrondissement pour demander de faire une recherche nationale. “Pendant quinze jours, ma mère me prenait par la main. Je me souviens, comme si s’était hier, des rues qu’on arpentait dans les villes de Saint-Denis mais surtout celles  de Stains : rue des Hucailles, Aristide Briand, Jean Jaurès et rue du Repos…  Je me demandais pourquoi ma mère me ramenait tous les jours comme cela et je la voyais pleurer et prier durant ces deux semaines. Mais le 31 octobre, mon père est arrivé à la maison avec le cartable de Fatima à la main en annonçant la nouvelle : ma sœur avait été retrouvée noyée dans le canal de Saint-Denis” livre Djoudi. Le père de Fatima a été convoqué par le commissariat de Saint-Denis à 8h30. Djoudi explique : “On lui a signalé que le corps d’une femme avait été découvert et qu’il pouvait s’agir de sa fille”. C’est un éclusier de Saint-Denis qui a découvert le corps de Fatima. “Elle était agrippée, les jambes coincées dans la grille de la turbine de cette écluse. L’éclusier a donc appelé les pompiers et la police » ajoute t-il.

    Le père de Fatima s’est donc rendu à l’institut médico-légal de Paris. “Arrivé là-bas, il a eu droit à une fouille au corps. Puis, on l’a fait entrer dans une grande salle où il y avait entre une quinzaine et une vingtaine de corps allongés à même le sol dans des sacs plastiques. C’étaient des corps d’Algériens qui ont été repêchés dans le canal. Mon père a été invité à regarder l’ensemble des corps pour reconnaître celui de ma sœur. Il a regardé les corps un par un pour arriver sur celui de Fatima. Elle était méconnaissable. Elle était gonflée et de couleur violette. Il a reconnu sa fille grâce à ses longs cheveux noirs”. Les policiers ont conclu à un suicide. “Ce n’était pas le cas, ma sœur n’avait aucune raison de se suicider. Elle était pleine de vie. A l’époque, c’était l’omerta ! Mon père était sous la pression de la police, ils ont fini par le faire signer un procès verbal dans lequel une petite histoire a été racontée” explique Djoudi.

    Fatima a été enterrée le 3 novembre 1961 au cimetière communal de la ville de Stains en présence de camarades de classe, de professeur ainsi que de la directrice. “A partir de ce jour là, ça a été le black out total. Une chape de plomb s’est posée sur ma famille et sur les événements du 17 octobre 1961. Moi, je ne voyais plus ma sœur me déposer à l’école. Je demandais à mes parents et à mes sœurs ou était Fatima. Ils me répondaient qu’elle ne reviendrait jamais. Pendant vingt ans, nos familles ont occulté ces événements. Nous ne savions pas dans quelles conditions Fatima avait disparu. Mes sœurs avaient entendu parler des événements qui ont eu lieu à Charonne car ceux- ci avaient été médiatisés. Nous avons finalement conclu que Fatima s’était rendue à cette manifestation dans laquelle il y avait eu des morts” raconte t-il.

    Meurtres pour mémoire 

    La Famille Bedar connaîtra la vérité sur la mort de Fatima des années plus tard : “Didier Daeninckx a écrit un article dans le journal L’Humanité en 1986, deux ans après la publication de son roman “Meurtres pour mémoire”. Ce roman revient justement sur les événements du 17 octobre 1961. C’était la première fois qu’on en parlait”. Sa sœur Louisa travaillait  à EDF en tant que secrétaire de direction. C’est une collègue de travail qui a lu l’article de ce journal. “En lisant le nom  Bedar, elle a demandé à Louisa si c’était sa sœur. Etonnée, elle a immédiatement  écrit à Didier Daeninckx afin de lui demander ce qui le faisait croire que sa sœur était morte durant les événements du 17 octobre 1961″. Didier Daeninckx a contacté l’historien Jean-Luc Einaudi qui connaissait bien ce sujet pour y avoir travaillé depuis plusieurs années. Djoudi expose :”A partir de là, Jean-Luc Einaudi m’a contacté pour essayer d’avoir un témoignage. Je lui ai donc donné le 27 décembre 1987, ainsi que ma sœur Louisa en janvier 1988. Je suis resté en contact permanent avec Jean-Luc Einaudi qui a fait d’autres recherches notamment dans les cimetières, l’institut médico-légal. Il a également contacté l’éclusier, la directrice du collège de Fatima mais aussi ses camarades de classe, en vain car ces personnes étaient décédées pour la plupart. Par la suite, nous avons pu contacter une amie de sa classe qui a accepté de témoigner. Cette amie nous a affirmé qu’il était fort possible que Fatima ait participé à la manifestation du 17 octobre. Cette amie s’y était elle-même rendue avec sa mère. Ce témoignage était important car il contredisait complètement un autre témoignage qui était indiqué dans le rapport de police de l’époque”.

    Jean-Luc Einaudi a souhaité obtenir les témoignages des parents de Fatima. Mais, Djoudi ne savait pas trop s’ils devaient leur en parler : “Evoquer ces événements à mes parents les rendraient encore plus tristes. Après le drame de 1961, ma mère est tombée malade et s’est rendue dans plusieurs maisons de repos. Elle a eu toutes les maladies possibles et imaginables. Toutes ces maladies l’ont suivi jusqu’à sa mort, en 2003. J’ai posé la question à mon père qui m’a dit de laisser tomber car rien ne pouvait faire revenir ma soeur. A la suite du drame, mon père ne voulait plus entendre parler de cette histoire.”

    “Fatima est morte à l’époque où les policiers français jetaient les Algériens à la Seine” 

    Adolescents, Djoudi et ses sœurs allaient régulièrement au cimetière. Ses sœurs posaient des questions à leur mère pour essayer d’en savoir un peu plus. Elle répondait simplement : “Fatima est morte à l’époque où les policiers français jetaient les Algériens à la Seine”. Djoudi ajoute, “Pour la police, il n’y a eu que deux morts officiellement durant la manifestation. Par la suite, 200 à 300 cadavres ont été découverts. Il y a eu plus de 300 disparus. Pour la police, ces cadavres étaient ceux d’Algériens qui ont bizarrement  décidé comme ma  sœur le 17 octobre 1961 de se donner la mort, ou bien de gens qui ont été victimes de règlement de compte entre le MNA et le FLN. On sait très bien que tous ces morts là sont décédés le 17, 18 ou 19 octobre 1961 et que les corps ont été balancés dans la Seine. Beaucoup de corps n’ont jamais été retrouvés. Certains ont été transportés par le courant jusqu’à Rouen et au Havre, voire même jusqu’à la mer”.

    Le 17 octobre 2006, la famille Bedar  a décidé d’exhumer le corps de Fatima pour le rapatrier en Algérie afin de l’inhumer au carré des martyrs. Pour Djoudi ” il est important pour ma famille que Fatima soit enterrée dans sa terre natale.” En 2012, François Hollande, lors du 51e  anniversaire des événements du 17 octobre 1961, a reconnu dans un communiqué de presse que “le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l’indépendance ont été tués lors d’une sanglante répression. La République reconnaît avec lucidité ces faits. Cinquante et un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes”. Djoudi salue cette reconnaissance, “elle permet à ma famille de tourner une page, pas de la déchirer, mais simplement de la tourner et de commencer le véritable deuil “.

    Fille de tirailleur algérien 

    Pour comprendre l’histoire de Fatima, il faut aussi s’intéresser à celle du père. Il est né en 1917 en petite Kabylie. A son adolescence, il travaillait dans les champs pour le compte de colons. “Etant jeune homme, il a voulu faire autre chose et est parti à Bougie (aujourd’hui, Bejaïa) pour travailler en cuisine. En 1938, les gendarmes sont venus le chercher au village pour qu’il effectue son service militaire.”, à la caserne de Constantine de 1938 à 1940. A la seconde guerre mondiale, l’Armée française l’amène en France pour y faire la guerre.” Il n’a pas combattu longtemps car le 17 juin 1940 son unité a été faite prisonnière par les Allemands. Il est resté en captivité dans le camp de Chevagnes, dans l’Allier, durant un an. Comme, il savait cuisiner, on l’a mis dans les cuisines du camp pour préparer les repas des gardes Allemands et des SS” confie Djoudi.

    Le 21 juillet 1941 après un an de captivité, son père s’échappe. Djoudi raconte : “Il se rendait au village du coin qui se trouvait à proximité du camp pour faire le réapprovisionnement. Il a profité de l’inattention de ses  gardes pour entrer dans l’église qui se trouvait tout près de son lieu de détention. En voyant mon père, le curé lui a donné des vêtements de civils et un vélo pour qu’il puisse s’évader et arriver à joindre la ligne de démarcation. C’est une fois qu’il a réussi à dépasser cette ligne qu’il a pu être rapatrié en Algérie. Mais il a été mobilisé une seconde fois en 1943 pour être muté au sein du troisième régiment de tirailleurs algériens de l’infanterie du Général de Monsabert. Et c’est au sein de ce régiment qu’il a participé au combat en Tunisie et à la campagne d’Italie avec les batailles de Sienne et de Rome. Puis le 15 août 1944, il a embarqué en Italie avec son unité du troisième régiment de tirailleurs algériens pour débarquer à Saint-Tropez “.

    Des villes comme Toulon et Marseille ont pu être libérées grâce à la participation dans les combats du troisième régiment des tirailleurs algériens. “Son unité a aussi poursuivi les Allemands à travers les Alpes et le Jura et s’est battue dans les Vosges et en Alsace. Mon père m’a dit qu’il avait beaucoup souffert du froid et de la neige dans cette région. Il a terminé ses combats en mai 1945 à Stuttgart en Allemagne. Bon nombre de ses camarades sont retournés en Algérie en 1945. Ils ont retrouvé leurs familles complètement décimées par un autre massacre qui avait eu lieu à l’époque, le 8 mai 1945, jour de capitulation nazi. Mon père, en fin de compte, était en quelque sorte en sursis car seize ans après Sétif, la France coloniale lui a enlevé sa fille” conclut Djoudi.

    Née en 1946, Fatima serait aujourd’hui  âgée de 67 ans. Elle a disparu, comme des centaines d’autres Algériens un certain 17 octobre pour avoir osé défier l’interdiction de sortir après de 20h30. Fatima souhaitait simplement que les droits des Algériens soient reconnus en France et que l’Algérie devienne un pays indépendant.

    Hana Ferroudj

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