• Scène du racisme ordinaire à Nice par Ursula Del Aguila Journaliste, enseignante, doctorante en philosophie à Paris VIII

    Scène du racisme ordinaire à Nice

    Scène du racisme ordinaire à Nice par Ursula Del Aguila Journaliste, enseignante, doctorante en philosophie à Paris VIII

    Ursula Del Aguila 

    Journaliste, enseignante, doctorante en philosophie à Paris VIII

    J'étais habituée à ça. Le racisme du sud-est, de Nice, des Français d'Algérie, de ma famille parfois. Je mettais ça sur le compte du déracinement, de la maison perdue en Algérie, de la perte et du double exil qui ne sera jamais réparé et du dressage colonial bien réussi. Se sentir français et supérieur dans le fantasme tout en étant des agriculteurs espagnols droits et increvables qui ont fui la misère andalouse dans la réalité, et qui, une fois rentrés en métropole ne se sentiront jamais réellement français, auront toujours plus à partager avec leurs voisins arabes et seront rejetés par les "vrais" Français. Ce sentiment de n'être jamais réellement en adéquation avec son identité. Une absence à soi originaire.

    Mais le racisme pied-noir s'est dilué à mesure que le FN montait en France ces 20 dernières années et devenait respectable. On ne change pas les douleurs pieds-noirs quand la France elle-même ne fait pas un vrai travail de mémoire. Et puis, dans les faits, ces douleurs, ces identités multiples nous rapprochent de ceux-là même qui les ont rejetés pour reconquérir leur terre. Le désamour au cœur.

    Les Pieds-noirs ne se sont jamais vraiment aimés. Je connais cela. Je porte ce désamour comme une pierre chagrineuse au fond de l'âme transmise de génération en génération. Mais cette pierre a une force incroyable. Car elle permet de comprendre le socle fragile de l'identité.

    En réalité ce racisme-là s'est répandu, institutionnalisé et il est même devenu le racisme pouvant appartenir à ceux-là mêmes que la France a stigmatisés.

    Alors je n'ai pas bien compris ce qui s'est passé il y a trois semaines, pendant la semaine de Carnaval à Nice, où j'étais allée voir mes parents, les grands-parents de mon fils.

    Nice, sublime, fière, sauvage et douce aussi, ma ville dont j'aime tant le ciel bleu profond qui a porté mon enfance et mes rêves d'adolescente. Ce bleu, couleur préféré de mon fils qui distingue déjà bleu nuit, bleu turquoise, bleu falot du jour qui naît.

    Scène du racisme ordinaire à Nice par Ursula Del Aguila Journaliste, enseignante, doctorante en philosophie à Paris VIII

    Nous allions prendre le train à la gare de Nice Ville, mon amie, mon fils et moi-même, quand, alors que nous compostions nos tickets, un agent de la SNCF s'est exclamé en regardant mon fils: "Eh! Chinois, Chinois" en regardant mon fils qui a 4 ans dont le père est né en Asie du Sud-Est. Ma conscience s'est figée. J'étais projetée d'un seul coup dans la France coloniale de la fin du XIXe siècle à l'exposition universelle de Paris de 1878 où l'on exhibait les indigènes des colonies françaises.

    Comment peut-on interpeller un enfant de 4 ans, aujourd'hui en France, par du "Chinois, chinois" tout simplement parce que cet enfant a une double origine?  

    Cette adresse à l'autre est insoutenable, c'est pour cela que je ne me suis jamais vraiment sentie française, ce mode d'adresse-là est légion en France. L'autre, l'arabe, le chinois, le noir, la femme, la lesbienne, la salope. La caricature est le mode d'adresse à l'autre. Et cette caricature est constante, politique, permanente.

    J'ai répondu à ce monsieur "pourquoi cette adresse raciste ?". Il m'a répondu: "mais non, c'est pas ça, madame, pas du tout". Mais alors, qu'est-ce que c'était ? Ce "chinois, chinois" venait d'un agent lui-même d'ailleurs.

    L'ambiance confetti et la fièvre carnavalesque en cette veille de corso expliqueraient-elles cette adresse "chinoise" ?

    Ou alors Nice résumerait-elle à elle seule l'inconscient collectif français métissé, raciste, grotesque, grosses têtes? Ces mêmes grosses têtes que mon adorable batman fils a regardé défiler, captivé à côté de sa maman vampire et de sa femme pirate, aux côtés de Niçois déguisés en Chinois...

    SOURCE : http://www.huffingtonpost.fr/ursula-del-aguila/racisme-france-nice_b_6847452.html

     

    « La montagne va accoucher d'une souris !!! Les héritiers des putchistes d'Alger du 21 avril 1961 vont donner le nom de leur héros à la plus petite impasse de Béziers et encore provisoirement... Les élections départementales en France libèrent la parole anti-arabe ! »
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