• Trois mémoires d’Algérie pour pacifier le passé

    Trois mémoires d’Algérie

    pour pacifier le passé

    Trois mémoires d’Algérie pour pacifier le passé

    Merci à Annette Smagghe‎ et Danièle Ponsot de m’avoir signalé ces livres sur FB

    Michel Dandelot

    Trois mémoires d’Algérie pour pacifier le passé

    Hasard des sorties, trois bandes dessinées reviennent sur l’histoire chaotique qui lie l’Algérie et la France. Mais loin de la grande histoire, chacune l’aborde sous un angle intime. Une façon de renouer les liens familiaux et d’en finir avec l’amnésie ...

    Trois auteurs de bande dessinée, partis en quête de leurs origines, s’interrogent sur les liens de leur histoire familiale avec l’Algérie dans des œuvres autobiographiques et intimes. Pour l’un, il s’agit de retrouver les fils de la mémoire fuyante d’un père atteint d’une maladie dégénérative. Pour les autres, leur parti pris confronte des images contradictoires dans un voyage initiatique du pays d’origine de leurs parents. Dans « l’Esprit à la dérive », Samuel Figuière se plonge dans les carnets de son père. Lors de son service militaire, ce dernier avait refusé le port d’armes. « Cela l’a marqué à vie. Ses enfants aussi. Il a été victime de stress post-traumatique. Et il nous l’a légué de manière inconsciente.

    Le fait qu’il décide de se retirer du monde dans un travail sans lien avec personne est lié à la guerre », analyse l’auteur. L’œuvre raconte les brimades, la sale guerre, la torture encouragée, tolérée mais également la solidarité et la bienveillance de camarades de chambrée, ulcérés par la violence des officiers.

    « HEUREUSEMENT, J’AI DÉCOUVERT QUE MES GRANDS-PARENTS N’ÉTAIENT PAS FACHOS, ET ONT AIDÉ DES GENS DU FLN. » JOËL ALESSENDRA

    L’album sert à recouvrer la mémoire de son père mais aussi à se construire sa propre histoire. « Je suis trentenaire et quand j’ai appris la guerre d’Algérie au lycée, on me disait qu’il y avait eu quelques débordements. Dans ces carnets, la plupart des jeunes de 20 ans se vantent d’avoir violé ... y compris ceux qui ne l’ont pas fait. Je ne suis pas historien mais c’est une guerre où nous étions du mauvais côté », reconnaît Samuel Figuière.

     

     LE SILENCE OU LES CRIS

     « Petit-fils d’Algérie », dont les trente premières pages ont été publiées dans la revue « XXI », offre à Joël Alessandra l’occasion de revenir sur les traces de sa famille. Les Alessandra arrivent de Sicile au tournant du XX e siècle.

     « C’était l’eldorado pour les ouvriers avec un savoir-faire. Il y avait le besoin d’une maind’œuvre qualifiée. Mon grand-père a pris la nationalité française. Il a fait le débarquement en Provence dans un bataillon indigène français. Je suis très français mais je n’oublie pas mes racines. C’est intéressant dans la perspective du double exil », avance l’auteur. Dans son enfance, ses grands-parents et ses parents ne parlaient pas de l’Algérie. « Ou alors, j’entendais mes grands-parents gueuler sur De Gaulle, “ le traître ”, et les Arabes qui les avaient virés d’Algérie. Ça fait chier d’avoir des parents fachos. J’ai mené cette enquête comme une réassurance par rapport à la réalité pour comprendre qui ils étaient vraiment.

    Heureusement, j’ai découvert en Algérie qu’ils n’étaient pas fachos et ont aidé des gens du FLN », commente Joël Alessandra. Dans cette œuvre en forme de parcours initiatique, il se rend à Constantine, où était installée sa famille. « La ville est majestueuse, reliée par une quantité de ponts. » De promenades en rencontres, guidé par une figure locale, il se lie aux habitants, redécouvre un pan d’une histoire familiale méconnue. « Les Algériens ont envie d’échanger, de s’ouvrir sur le monde, d’apprendre, de rencontrer des gens. »

    Conçu comme un carnet de voyage, avec ses billets et ses photos, « Petit-fils d’algérie » nous entraîne dans la quête initiatique de l’auteur: se réapproprier des souvenirs enfouis.

     LA SOIF DE SAVOIR

    Si d’un point de vue graphique, « L’Algérie c’est beau comme l’Amérique » diffère de « Petit-fils d’Algérie », le point de départ reste assez similaire. Dans un beau noir et blanc, agrémenté de quelques planches en couleurs, le dessin de Mahi Grand croque le récit autobiographique d’Olivia Burton, fille de pieds-noirs, désireuse d’en savoir davantage sur sa famille.

    Elle n’a alors que les souvenirs de vacances chez sa grand-mère à Bandol ou les grandes tablées familiales arrosées pour comprendre. « J’avais envie de soulever très modestement cette histoire algérienne. On passe du fantasme à un rapport normalisé. Cela m’a réconciliée avec une histoire familiale dure à porter. L’Algérie était l’objet de peur, d’inquiétude. Faire ce voyage, le raconter, a créé un lien. Je me suis fabriqué un bout d’expérience algérienne », témoigne l’auteure.

    Avec leur regard anecdotique par rapport à la grande histoire, ces trois bandes dessinées passionnantes semblent ouvrir un rapport pacifié, normalisé entre la France et l’Algérie, comme si le fait de se rencontrer et de témoigner d’expériences intimes pouvait clore la guerre de mémoire larvée qui empoisonne les relations entre les deux pays.

     

    « PETIT-FILS D’ALGÉRIE », de Joël Alessandra. Éditions Casterman, 128 pages, 19 euros.

     

     

    « L’ESPRIT À LA DÉRIVE », de Samuel Figuière. Éditions Warum, 112 pages, 18 euros.

      « L’ALGÉRIE C’EST BEAU COMME L’AMÉRIQUE », d’Olivia Burton et Mahi Grand. Éditions Steinkis. 180 pages, 20 euros.

    « Pierre Daum : “Ménard essaie de réchauffer de vieilles braises de haine”Maire de Béziers, « l’emmerdeur sans frontière Ménard » est spécialiste des décisions polémiques… c’est aussi un opportuniste… devenu plus extrémiste que l’extrême droite… »
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